La vie d'André-Marie Ampère

André-Marie Ampère est né à Lyon le 20 janvier 1775 dans une maison du quai Saint-Antoine de la paroisse de Saint-Nizier. Son père, Jean-Jacques, négociant puis juge de paix et officier de police du canton de la Halle aux blés, avait épousé en 1771 Jeanne Desutières-Sarcey. A la veille de leur mariage, il avait acheté à Poleymieux un domaine comprenant une maison de maître et une ferme attenante où André Ampère passa son enfance et son adolescence.
Jean-Jacques Ampère, fervent disciple de Rousseau, s’inspira de l’Émile pour instruire sans contraintes son fils qui " n’alla jamais à l’école ". Il lui apprit lui-même le latin. Dès l’âge de treize ans, le jeune Ampère se passionna pour les mathématiques et composa un traité des sections coniques en suivant sa seule inspiration. Frappé par cette précocité, un ami de son père, l’abbé Daburon, lui donna des notions de calcul différentiel et intégral.
Doué d’une mémoire étonnante, Ampère étudia dans l’ordre alphabétique la Grande Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, dont il savait encore des chapitres entiers à un âge avancé.

En 1793, la famille Ampère fut frappée impitoyablement par la mort tragique de son chef. La ville de Lyon accusée de fédéralisme fut assiégée par des troupes de la Convention nationale, prise et condamnée à perdre son nom pour devenir " Ville affranchie ". Comme tant d’autres citoyens, Jean-Jacques Ampère qui avait continué à exercer ses fonctions pendant le siège, fut condamné à la peine capitale et exécuté le 25 novembre. Deux jours avant sa mort, il avait pu écrire à sa femme une lettre admirable où l’on a relevé cette phrase prophétique : " Quant à mon fils, il n’y a rien que je n’attende de lui. "

Après un an de prostration où son intelligence parut sombrer, Ampère composa des poèmes épiques, des tragédies. Il rencontra une jeune fille " aux cheveux d’or, aux yeux d’azur ", Julie Carron, dont la famille habitait Saint-Germain, près de Poleymieux, qui devint sa femme le 6 août 1799. Un an plus tard naissait leur fils Jean-Jacques-Antoine qui devait laisser un nom célèbre dans la littérature et l’histoire.

En 1802, Ampère qui avait commencé à gagner sa vie en donnant des leçons de mathématiques, de physique et de chimie à Lyon, obtient un poste de professeur à l’École centrale de Bourg-en-Bresse.

Il publie alors son premier mémoire important, " Considérations sur la théorie mathématique du jeu ", qui montrait disait-il, que la passion du jeu conduit ceux qui s’y livrent à une ruine inévitable. On commence alors à le remarquer dans les sphères savantes et on lui offre un poste de professeur au nouveau Lycée de Lyon. Revenu dans sa ville natale en 1803, Ampère est à nouveau frappé cruellement par la mort de sa jeune femme, minée par une longue maladie.

Bouleversé par cette épreuve, il quitte la région lyonnaise pour Paris et devient répétiteur à l’École polytechnique. A trente-trois ans, il est nommé Inspecteur Général de l’Université. En 1809, il enseigne l’Analyse mathématique à l’École polytechnique. Il entre à l’Académie des sciences en 1814 dans la section de Géométrie.

Un second mariage malheureux, bientôt suivi d’une séparation, lui donne une fille, Albine. La vie sentimentale d’Ampère se termine par le rêve d’une troisième union avec une jeune fille qu’il appelait " la constante amitié ", d’après une célèbre gravure, rêve sans lendemain. Ampère se consacrera désormais à la Science. Ampère, a dit Paul Janet, " fut homme tout simplement, avec ses amours et ses douleurs, ses alternatives de doute religieux et de foi profonde, son ardeur au travail et ses découragements, et avant tout sa recherche passionnée du vrai qui se résume dans le cri désespéré qu’il adressa à son ami Bredin : Je ne trouve que des vérités, enseigne-moi la Vérité".

Membre de la Légion d’honneur, membre de nombreuses sociétés savantes, le Grand Ampère, usé par le travail, termina sa vie à Marseille le 10 juin 1836 au cours d’une Inspection universitaire. Il y fut inhumé presque dans l’indifférence. C’est en 1869 que des amis de son fils transportèrent son cercueil à Paris, pour laisser reposer en un seul tombeau, au cimetière Montmartre, André-Marie Ampère et son fils Jean-Jacques qui venait de mourir en ne laissant aucune descendance.

L'œuvre d'un génie scientifique exceptionnel

L'œuvre d'Ampère est importante dans de nombreuses disciplines.En chimie, il eut des vues profondes sur la constitution atomique de la matière.En 1809, Gay-Lussac avait remarqué que les substances gazeuses se combinent dans des valeurs toujours simples de leurs rapports de volume (1, 2, 3, 4...). Ampère en déduisit que le nombre de molécules dans un même volume de gaz était constant quel que soit le gaz (1814).  Des considérations analogues avaient déjà été formulées en 1811 par le savant italien Avogadro. C’est la loi vogadro-Ampère.

On doit également à Ampère, en 1809, l’hypothèse de l’existence du fluor. Frappé par les analogies entre l'acide chlorhydrique et l'acide fluorhydrique, il conclut à l'existence d'un élément qu'il appelle « phtore ». Ampère laissera néanmoins à Humphry Davy, convaincu de la justesse de ses vues après trois ans de correspondance, la gloire d'annoncer en 1813 la découverte de ce nouvel élément. Une note autobiographique d'Ampère, dans laquelle il parle de lui à la troisième personne, établit cependant l'antériorité de sa découverte.
Mais ce sera l'électrodynamique qui vaudra à Ampère des honneurs incontestés et la gloire, partagée avec le seul Lord Kelvin, de donner son nom à l'une de nos sept unités fondamentales. Le physicien danois Œrsted publie le 21 juillet 1820 son observation de la déviation d'une aiguille aimantée au voisinage d'un fil conducteur relié aux bornes d'une pile. Cet opuscule de quatre pages en latin se répand en quelques semaines dans toute l'Europe et l'expérience décrite est répétée partout où on dispose de piles. Les 4 et 11 septembre, Arago présente le mémoire d'Œrsted à l'Académie des sciences. Chez Ampère qui assistait aux séances, se produit alors l'une de ces intuitions fulgurantes dont il est coutumier. Il se jette dans de multiples expériences sur lesquelles sa haute culture mathématique lui permet de fonder la théorie de l'électrodynamique.
Il distingue la « tension électrique » qui se manifeste entre deux corps chargés d’électricité, séparés par des corps non conducteurs, et le « courant électrique » qui se déplace à l’intérieur d’un circuit fermé composé de corps conducteurs. Il affirme que les phénomènes magnétiques n’ont pas une origine différente de celle des phénomènes électriques, et que le magnétisme est produit par de petits courants électriques circulant autour des particules de la matière. Il prouve par de nombreuses expériences cette identité entre le magnétisme et l’électricité, et reproduit en particulier les effets des aimants par des « hélices galvaniques » ou « solénoïdes ». Il découvre aussi avec Arago l’électro-aimantation de l’acier (aimant permanent) et du fer doux (aimant temporaire ou électro-aimant). Il montre enfin que deux circuits électriques peuvent réagir l’un sur l’autre sans intervention d’aimants. Il énonce les lois d’attraction et de répulsion de ces courants. Tout est dit en quelques jours. Ses mémoires présentés à l’Académie des sciences donnent une analyse mathématique complète de ces phénomènes, « uniquement déduite de l’expérience ».
 
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