Le Musée

L’ancienne Maison d’AMPÈRE comporte deux bâtiments A et B réservés au Musée séparés par le logement du gardien, soit en tout onze salles d’exposition, avec en outre la "chambre à recevoir" de la maison située au rez-de-chaussée du bâtiment A et dans le bâtiment B, une salle de projection. La "chambre à recevoir" contient notamment une armoire et une commode ayant appartenu à la famille AMPÈRE, ainsi qu’un buste du savant en bronze réalisé par Aubert et les portraits des deux bienfaiteurs américains H. et S. BEHN.
Dans les deux premières salles du bâtiment A ont été rassemblées des maquettes reproduisant les expériences fondamentales d’électromagnétisme qu’avaient réalisées AMPÈRE et certains physiciens de son temps. Le public peut les mettre en fonctionnement et ainsi s’initier par l’expérience aux lois de l’électromagnétisme. Dans la première salle, deux vitrines contenant l’une des spectres magnétiques d’aimants et l’autre l’expérience d’OERSTED font le point des connaissances acquises avant qu’AMPÈRE commence ses travaux. Toutefois, dès la seconde vitrine, ceux-ci sont évoqués puisqu’y figure l’observateur d’AMPÈRE. Sont ensuite présentées l’action d’un aimant sur un courant mobile et l’action mutuelle de deux courants. Trois maquettes enfin sont réservées à l’observation des lignes de force du champ magnétique créé respectivement par un courant rectiligne, deux courants parallèles et un solénoïde.

La seconde salle contient des maquettes illustrant des expériences qui conduisent progressivement des lois fondamentales de l’électromagnétisme à leurs applications. Y figurent tout d’abord l’action du champ magnétique terrestre sur un solénoïde en parallèle à son action sur une aiguille aimantée et une expérience montrant l’identité des effets magnétiques produits par les solénoïdes et les aimants. Un télégraphe électrique construit d’après une idée d’AMPÈRE mais qui, faute de moyens techniques appropriés, n’avait pu être réalisé par le savant, l’électro-aimant auquel sont attachés les deux noms d’ARAGO et d’AMPÈRE, et une roue de BARLOW qui constitue le premier moteur électrique rotatif indiquent les voies dans lesquelles va s’engager la technique en s’appuyant sur les travaux initiés par AMPÈRE afin de mettre l’électricité au service de l’homme. Deux autres expériences installées dans cette salle mettent en évidence les mouvements de rotation que peuvent produire les forces électromagnétiques.
Dans l’une réalisée par FARADAY et interprétée par AMPÈRE, une spire circulaire dans laquelle le courant se partage entre les deux moitiés tourne dans le champ magnétique créé par un pôle d’aimant et dans la seconde due à AMPÈRE, c’est l’aimant qui entre en rotation lorsqu’un courant le parcourt de son extrémité à son milieu.

Au centre de la salle sont disposées deux tables d’expériences. La première provenant de l’Université de Genève contient des appareils qu’avaient utilisés dans cette ville le physicien genevois de la Rive et Ampère lui-même. La seconde est une copie de celle ayant servi à Ampère pour illustrer ses cours au collège de France qui se trouve au Deutches Muséum de Munich. On constate la présence sur cet appareillage de contacts au mercure employés ensuite pendant des décennies dont Ampère a été le premier utilisateur.

La troisième salle de l’étage dite "salle des trois Ampère" est consacrée à André-Marie Ampère (1775-1836) ainsi qu’à son père Jean-Jacques (1733-1793) et à son fils Jean-Jacques-Antoine (1800-1864). Sont exposés notamment des portraits, livres et manuscrits évoquant la vie et l’œuvre des trois Ampère, tels que la lettre testamentaire de J.J. Ampère datée du 23 novembre 1793, deux jours avant son exécution, où l’on trouve cette phrase prophétique à propos d’André-Marie "Quant à mon fils, il n’y a rien que je n’attende de lui" ou les ouvrages rédigés par Jean-Jacques-Antoine, littérateur et historien, qui fut membre de l’Académie Française. On a rassemblé dans cette salle des originaux ou des photocopies de textes montrant l’écriture caractéristique du savant tels que la première page de son journal intime "Amorum" et de nombreuses lettres, ainsi que des exemplaires de ses mémoires, notamment son ouvrage édité en 1826 "Mémoire sur la théorie mathématique des phénomènes électrodynamiques uniquement déduite de l’expérience" et une copie du "Mémoire sur la rectification d’un arc de cercle" qu’il présenta à l’Académie de Lyon en 1788, alors qu’il avait treize ans et demi.

La salle suivante affectée aux grandes commémorations contient entre autres les panneaux rappelant les cérémonies qui marquèrent le centenaire de la mort d’Ampère et la maquette de la statue du savant due à Testor qui a été érigée à Lyon, place Ampère.

Les autres salles du Musée (trois salles du bâtiment A et celles du bâtiment B) sont consacrées à l’histoire de l’électricité. Les panneaux de la salle Coulomb retracent celle de l’électrostatique et dans les vitrines sont exposés les instruments qui rappellent son évolution depuis le 16e siècle, lorsque William Gilbert, médecin de la reine d’Angleterre, montra que le bâton de verre frotté par une peau de chat possédait des propriétés similaires à celles de l’ambre jaune des anciens. Parmi les appareils présentés, citons l’électrophore de Volta, des batteries de bouteilles de Leyde, des électroscopes de différents types, plusieurs machines électrostatiques et une balance de Coulomb, ainsi qu’une maquette animée permettant au public de faire fonctionner un carillon électrique.

L’histoire de l’électrostatique se poursuit dans la salle suivante qui contient notamment une machine de Wimshurst animée, la machine de Carré par frottement et influence, une petite machine de Van de Graaf fournissant une tension de 50 000 V et la machine hydroélectrique d’Armstrong dans laquelle étaient recueillies par un peigne les charges électriques créées sur les gouttelettes d’eau transportées par un jet de vapeur humide passant au travers d’un ajutage en bois dur.

En regard sont exposés les appareils destinés à transformer l’énergie chimique en énergie électrique, piles et accumulateurs, avec deux exemplaires de la pile de Volta, qui supplantèrent les machines électrostatiques durant le 19e siècle.

La visite du bâtiment B du Musée Ampère débute dans la salle du rez-de-chaussée par la mise en fonctionnement de deux expériences : l’une qu’avait connue Ampère en 1823 pour savoir si les courants particulaires dont il imaginait l’existence dans la matière aimantée préexistaient et étaient orientés dans une direction privilégiée lors de l’aimantation ou s’ils étaient créés au moment où se produisait cette dernière ; l’autre, l’expérience classique de Faraday par laquelle il avait mis en évidence l’induction électromagnétique qui comporte un anneau de fer doux pourvu de deux enroulements séparés ; l’introduction ou la suppression du courant dans le premier produit par induction la création d’un courant de courte durée dans le second.

Le montage réalisé par Ampère et de la Rive schématisé par la première maquette comprend un anneau de cuivre suspendu par un fil isolant concentriquement à une bobine fixe avec un aimant en fer à cheval agissant sur un côté de l’anneau. En reliant le bobinage à une pile, on constate un bref mouvement de l’anneau dû à la naissance d’un courant fugace dans cet anneau. Ampère en avait conclu que les courants qu’il avait imaginés préexistaient, mais il ne chercha pas à étudier plus avant le phénomène observé. Or il avait réalisé la première expérience de cette induction dont Faraday fut en 1831 le véritable découvreur. On constate sur cet exemple qu’un incontestable génie comme l’était réellement Ampère a pu passer très près de la découverte sans prendre conscience de l’importance capitale du phénomène qu’il observait. Le but très particulier dans lequel il avait conçu son expérience ne le prédisposait probablement pas à tirer les conclusions qu’un examen critique des faits observés aurait dû entraîner.

Une fois les phénomènes d’électromagnétisme et d’induction présentés au visiteur du Musée Ampère, celui-ci est en mesure de s’initier à la technique et au fonctionnement des machines électriques (génératrices et moteurs) qui sont exposées dans cette salle ainsi que dans la suivante. La machine de Pixii qui fut fabriquée en 1832 par le constructeur d’appareils de physique Pixii sur les indications d’Ampère comporte un inducteur constitué d’un aimant en fer à cheval que l’on peut faire tourner devant un bobinage. Un ingénieux commutateur inventé par Ampère permet d’obtenir dans un circuit extérieur un courant toujours de même sens. Des génératrices à induit tournant (Clarke), ayant la forme d’une navette pour réduire l’entrefer et accroître le flux inducteur (Siemens), à inducteur constitué d’un électro-aimant (Wilde) et à auto-excitation (Siemens) montrent l’évolution des machines et mettent en évidence les perfectionnements qu’on leur à progressivement apportés. Au milieu d’une des deux salles se trouve une dynamo Gramme dont la carcasse a été en partie découpée pour bien faire apparaître les caractères de structure (induit en anneau et collecteur à secteurs séparés) qui la distingue de celles qui avaient été construites antérieurement. C’est un instrument de ce type que l’ébéniste belge Zénobe Gramme avait réalisé pour la Compagnie de l’Alliance, puis pour l’orfèvre Christofle qui recherchait une source d’énergie continue puissante et stable pour la galvanoplastie. Toute une série de génératrices et de moteurs construits à la fin du siècle dernier ou au début de ce siècle est exposée au Musée.

Une très grande pièce située au second étage du bâtiment B est réservée à l’instrumentation électrique et aux courants faibles. On peut y voir un ensemble de galvanomètres depuis celui de Nobili (1826) et la boussole des sinus de Pouillet (1837) jusqu’aux appareils qui ont été utilisés dans la première moitié du 20e siècle, des électrodynamomètres, des appareils étalon et des instruments industriels, ainsi que différents ponts de mesures.

Plusieurs vitrines de la salle contiennent des appareils télégraphiques et téléphoniques, ainsi que du matériel de la télégraphie militaire sans fil. On y trouve notamment un exemplaire de l’appareil récepteur à deux aiguilles "Foy-Breguet" (1845) qui reproduit les signaux du télégraphe Chappe grâce à un dispositif électrique, un appareil Morse à pointe sèche et un télégraphe Hugues, véritable machine à écrire destinée à transmettre et recevoir des messages à grande distance.

La dernière salle d’exposition du Musée est affectée à la lumière électrique. Comme l’initiateur en est Humphrey Davy qui en 1813 réalisa un arc électrique entre deux charbons, deux exemplaires d’arc utilisé industriellement sont présentés. On sait que l’éclairage électrique s’est définitivement imposé avec la lampe à incandescence à la suite des travaux d’Edison et de Swann. Aussi figurent dans les vitrines de nombreuses lampes à filament de carbone telles que celle ayant servi à éclairer la place des Terreaux de Lyon en 1889 ou des lampes étalon, et des lampes à filament de tungstène mono et demi-watt, ainsi que des lampes récentes à atmosphère d’halogène. On leur a joint des tubes à gaz raréfiés, des lampes à mercure, à sodium à haute et basse pression ou à vapeur de mercure et halogénures métalliques, ainsi que des tubes à xénon destinés à effectuer en salle des irradiations de type solaire. Pour permettre au public de mieux comprendre les phénomènes qui interviennent dans ces sources de lumière, des maquettes sur la luminescence des gaz et sur la fluorescence des cristaux peuvent être mises en fonctionnement. Une expérience comportant l’emploi d’une diode laser complète le panorama sur l’histoire de la lumière électrique réalisé dans cette salle. Une série de cellules photoélectriques et de photomultiplicateurs d’électrons montre par ailleurs, comment l’électricité qui a su produire la lumière s’est mise à son service pour en mesurer les caractéristiques.

Après la visite du Musée, le public est invité à visionner dans une salle installée dans le bâtiment B un film sur la vie et l’œuvre d’Ampère.

Ainsi qu’on le voit, le Musée de Poleymieux est à la fois un musée historique et didactique. Ayant pour origine l’existence d’un grand savant qui vécut dans ses murs, A.M. Ampère, il privilégie très justement son œuvre, une œuvre exceptionnelle, que l’on a cherché à insérer dans la succession des découvertes qui jalonnent l’histoire de l’électricité et dont on a voulu faire apparaître les prémisses et mettre en valeur l’importance en montrant tout ce que lui doivent la science et la civilisation d’aujourd’huit.

Simultanément, le Musée Ampère a pour objectif d’apprendre au visiteur comment une science, celle de l’électricité, s’est constituée et développée au cours du temps. Il fait comprendre, aux jeunes en particulier, par les matériels de différents âges qu’il expose, qu’une science se construit lentement et progressivement, avec des échecs souvent, contrairement à ce que ces jeunes pourraient croire à la lecture des manuels scolaires mis à leur disposition qui ne présentent fréquemment qu’une science toute faite, telle qu’elle est aujourd’Hui. Leurs professeurs n’ont guère le temps de leur enseigner l’histoire des sciences, aussi est-ce le rôle du Musée que de compléter l’enseignement donné à l’école et de mettre en évidence les efforts qu’ont dû déployer les hommes dans l’élaboration du savoir. Il fait ainsi connaître les noms de ceux qui tout en apportant une utile contribution dans le développement de la science sont restés quasi ignorés en même temps qu’il rappelle l’œuvre des savants qui ont acquis la célébrité.

Les scolaires et les étudiants tireront donc un grand profit de la visite du Musée Ampère. Mais tout public cherchant à enrichir ses connaissances et à étendre sa culture trouvera un intérêt certain à parcourir ses salles et à découvrir et examiner le matériel qui y est exposé, tout au moins s’il possède les notions élémentaires d’électricité qu’un "honnête homme" se doit d’avoir acquises. Enfin, la présence au Musée d’appareils anciens et rares que l’on ne voit guère ailleurs sera particulièrement appréciée du spécialiste et de l’amateur de l’histoire de la science électricité.

 
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