ParisTech : une ambition revisitée

27/10/2013
Auteurs : Yves Poilane
Publication REE REE 2013-4
OAI : oai:www.see.asso.fr:1301:2013-4:5218

Résumé

ParisTech : une ambition revisitée

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	    <date dateType="Updated">Thu 26 Jan 2017</date>
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REE N°4/2013 85 ENSEIGNEMENT & RECHERCHE Yves Poilane Directeur de Télécom ParisTech Ancien Président de ParisTech P eu de temps avant le terme de ma Présidence de ParisTech, j’ai fait procéder, avec l’aide d’un jeune poly- technicien stagiaire, à un sondage trottoir dans le Quar- tier latin sur la notoriété et la puissance évocatrice de ParisTech, auprès de jeunes étrangers fréquentant Paris au mois d’août : seuls 5 sur 40 savaient ce qu’était ParisTech, mais pour plus de la moitié des autres ce nom leur évoquait une « université de technologie à Paris ». Ceux qui avaient trouvé cette marque en 1999 n’avaient pas fait ce sondage express. Mais ce fut alors une véritable trouvaille pour consacrer la coopération informelle initiée en 1991 entre neuf grandes écoles d’ingénieurs parisiennes, sous le nom austère de GEIP (Groupe des Ecoles d’Ingénieurs de Paris). La puissance évocatrice de la marque à l’international, voici donc bien ce qui a soutenu le développement de ParisTech au cours de ces 13 dernières années, malgré des hauts et des bas sur la pé- riode sur cette période, avec notamment : Ministère de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur (MESR) comme PRES (Pôle de Recherche et d’Enseignement Supérieur) et doté de 4,5 millions d’euros ; définitivement consacré une organisation de l’enseignement supé- rieur autour de campus géographiques, organisation confirmée, nonobstant le changement de majorité, par la nouvelle loi, pro- ParisTech bénéficie du soutien constant et créatif de ses membres. 1991-2006 : le groupe des écoles d’ingénieurs de Paris, devenu ParisTech en 1999 En 1991, c’est grâce à l’initiative de Jacques Levy (directeur de « l’école des Mines de Paris » de l’époque) et à l’enthousiasme de Pierre-Gilles de Gennes (directeur de l’ESPCI de l’époque) que neuf grandes écoles d’ingénieurs publiques se rassemblent au sein du GEIP, association loi 1901, pour collaborer dans les domaines d’inté- rêt commun et acquérir, grâce à une taille suffisante, une reconnais- sance internationale. Avec la chute du mur de Berlin notamment, les établissements d’enseignement supérieur prenaient en effet conscience, en France comme à l’étranger, de l’intérêt de se consti- tuer en réseaux, nationaux et internationaux. En 1999, l’association prend le nom de « ParisTech », plus à même d’accompagner son développement international. Ce nom, qui évoque celui de grandes universités américaines telles que Caltech, Virginia Tech ou Georgia Tech, correspondait bien à l’am- bition de devenir un établissement de « stature comparable aux grandes universités scientifiques et techniques au niveau mondial ». Sur cette période, l’association met sur pied des groupes de tra- vail, plus ou moins actifs, construisent l’habitude de l’action com- mune et de la concertation, antérieurement fort rare : les neufs directeurs prirent par exemple l’habitude de se réunir en conseil d’administration tous les trois mois, avec un taux de présence effec- tif remarquable. C’est le groupe « formation » qui obtint les résultats les plus concrets avec la création des semaines européennes (devenues par la suite semaines ATHENS). Le groupe « recherche » organisa chaque année un colloque sur l’évolution des sciences de l’ingénieur. A titre d’exemple, le colloque Quelles mathématiques pour l’industrie et la recherche de demain ? » fut notamment l’occasion de faire, en présence de Laurent Schwartz, un bilan sur l’enseignement des mathématiques dans les écoles d’ingénieurs à la suite des réformes du secondaire et des classes préparatoires. Le groupe « documentation » tenta une coordination dans la gestion des bibliothèques ; le résultat principal obtenu en fut une meilleure connaissance de l’ensemble des ressources disponibles dans le GEI Paris. Sur le plan international, l’opération la plus spectaculaire fut la mise en place de l’IFCIM (Institut Franco-Chinois d’Ingénierie et de Management) dans laquelle l’Ecole des ponts et chaussées joua le rôle moteur et qui aboutit à la mise en place du programme « 50 étudiants chinois », recrutement coordonné d’élèves ingénieurs au sein des meilleures universités chinoises. ParisTech : une ambition revisitée POINT DE VUE Ingénieurs chinois diplômés de ParisTech La recherche de visibilité internationale fut le premier moteur de ParisTech. L’action d’envergure la plus ancienne (13 ans désor- mais) et la plus emblématique fut le programme 50i visant à re- cruter des étudiants parmi les 12 meilleures universités chinoises pour les 12 grandes écoles de ParisTech. Ce programme a diplômé plus de 600 ingénieurs depuis l’origine : 20 % sont allés à Arts et Métiers ParisTech, 18 % à l’Ecole Polytechnique, 10 % dans chacune des quatre autres écoles suivantes : AgroParisTech, ENSTA ParisTech, Ecole des Ponts ParisTech, Telecom ParisTech. Interrogés fin 2012 sur leur situation professionnelle, 60 % environ ont répondu à l’enquête. Sur les 350 répondants, 55 % travaillent soit dans une entreprise en France (pour 2/3), soit dans une entreprise française implantée en Chine (pour 1/3). Ces résultats, régulièrement actualisés, confirment l’im- pact économique de ce programme, conçu pour le développe- ment international des entreprises françaises. 86 REE N°4/2013 ENSEIGNEMENT & RECHERCHE 2007 - 2011 : devenir le futur MIT à la Française ? loi de programme pour la recherche », à la fois loi de programmation annoncés loi d’orientation, créant notamment les PRES (Pôles de Recherche et d’Enseignement Supérieur) et les RTRA (Réseaux Thématiques de Recherche Avancée). - nément, ParisTech changea de statut, devenant établissement public de coopération scientifique (EPCS). Paris et d’IOGS, multiplièrent les chantiers visant à construire le futur ces évolutions coïncidèrent avec mon arrivée à la tête de Télécom ParisTech : chantiers opérationnels, avec de nombreux projets en matière de formation initiale et continue, de recherche, d’innovation, de relations internationales, de communication, de relations avec les entreprises. Les commissions, regroupant les directeurs fonction- nels concernés, animées par un délégué et présidées chacune par un directeur d’école, tournèrent alors à plein régime ! chantiers institutionnels, avec des travaux au niveau des direc- teurs (une réunion mensuelle et de nombreux séminaires), pour imaginer les transferts de compétences, les règles de commu- nication (y.c. scientifique), le meilleur statut pour un ensemble plus intégré. Un bilan impressionnant à la fin 2011 Si au plan institutionnel, les avancées se révélèrent délicates, voire laborieuses, le bilan des initiatives concrètes fut très important, grâce à une intense activité collective, où toutes les écoles, sans exception, jouèrent le jeu de la coopération. ParisTech put, en quelques années, lancer puis faire fonctionner un nombre considérable de projets communs. Qu’on en juge : sont la Chine, le Brésil et la Russie, pour les programmes d’ingé- nieur ou de master (grâce à la structuration d’une offre complète de masters labellisés et à sa promotion sur le Net et dans des salons internationaux) ; près de 300 étudiants étrangers sont ainsi recrutés chaque année dans les écoles ; propres et renouvelables (ICARE), en coopération avec l’université - péennes, soutenu financièrement par l’Union Européenne ; - relever leurs principaux défis industriels. Citons la création de l’Ins- énergie nucléaire avec EDF, GDF/Suez et Areva, et du Master éner- chaires d’entreprises portées par deux à cinq écoles ; une participation coordonnée aux opérations « cordées de la réus- site » puis, tout récemment, par la création de l’Institut Villebon - dagogie, avec le développement de la mobilité étudiante in- tra-ParisTech, la création de cursus hybrides (comme TIC et ParisTech et Télécom ParisTech), celle de doubles diplômes ingénieurs/managers (HEC avec quasiment toutes les écoles d’ingénieurs) et, très récemment, le lancement de ParisTeachI- nnovation, initiative visant à doper, en la mutualisant, la forma- tion à l’innovation ; and Innovation Community) lancés par la Commission euro- péenne dans le cadre de l’European Institute of Technology (IET) ; les énergies décarbonées, lauréat des Investissements d’avenir. Figure 1 : Logos des 12 écoles de ParisTech. Figure 2 : Signature de l’accord PSA-ParisTech en novembre 2012. REE N°4/2013 87 ENSEIGNEMENT & RECHERCHE 2012 : la fin des ambitions d’une université visible dans les classements mondiaux mettre fin au morcellement de l’enseignement supérieur et de la s’inscrivait dans cette perspective, même si, en ne comprenant que des grandes écoles, sa forme était fort originale. Le « plan campus » (plan de rénovation des universités) puis le lancement, à la suite du rapport Juppé/Rocard, du Programme pour les investissements d’avenir (alias « Grand Emprunt ») permirent à l’Etat de mettre en œuvre sa politique en matière d’enseignement supérieur et de recherche en affectant la moitié du montant total du sur un total de 35). Parmi les opérations lancées, deux vont directement impacter ParisTech : Initiatives d’Excellence » ou IDEX, visant à doter de moyens financiers complémentaires (issus du placement de capitaux mis à disposition) une dizaine de regroupements d’éta- blissements académiques pouvant prétendre être visibles mon- dialement ; à « l’opération Paris Saclay », pour contri- buer au bouclage financier d’une opération, majeure pour le Pré- sident Sarkozy et visant à faire de ce campus-cluster l’un des 10 premiers mondiaux. - té d’être candidat à l’appel d’offres IDEX, en fut dissuadé, au double motif qu’il n’était pas localisé sur un seul campus, mais sur trois (Saclay, Marne la Vallée, Paris) et qu’il ne comprenait aucune uni- versité en son sein. Cette position des services de l’Etat, confirmée au niveau interministériel, fut, il faut le dire, facilitée par l’absence d’avancée institutionnelle majeure pour ParisTech dans la période Deux vagues successives d’appels à projet IDEX, consacrèrent des projets présentés par PSL (Paris Sciences et Lettres), qui concer- nait deux puis trois écoles de ParisTech implantées intra-muros), puis par Paris-Saclay, qui concernait sept écoles. Ces succès avaient un revers : ils marquaient implicitement la fin des ambitions de Paris- Tech en termes de visibilité dans les grands classements mondiaux car, dans ceux-ci, un même établissement ne peut appartenir à deux regroupements différents. - risTech décida donc d’engager un repositionnement stratégique, sur L’institut Villebon Georges Charpak Mobilisé autour de l’objectif de l’accroissement de la diversité sociale, ParisTech, rapidement rejoint par deux universités franciliennes, avait lancé, il y a près de quatre ans, une réflexion (sous le nom de DiversiTech) visant à créer une formation en licence, avec une pédagogie adaptée aux diplômés des bacs technologiques, pour les amener, en trois ans d’études supérieures, au niveau des étudiants recrutés dans les meilleures grandes écoles et masters franciliens. Avec ses partenaires (Université Paris Sud, Université Paris Descartes, FCS Paris Saclay et Fondation ParisTech, ainsi que six entre- prises), ParisTech a créé à la rentrée 2013 l’Institut Villebon Georges Charpak, labellisé « formation innovante » au titre des investisse- ments d’avenir et soutenu financement dans ce cadre. 38 étudiants (2/3 de boursiers ; plus 50 % de bacheliers technologiques) viennent ainsi d’intégrer, après tests et entretiens de motivation, ce cursus original, dont l’approche expérimentale et pluridisciplinaire s’inspire des principes pédagogiques de la « la main à la pâte », lancée avec succès il y a 20 ans par Georges Charpak, prix Nobel de Physique, pour redonner aux jeunes élèves le goût de la science. 88 REE N°4/2013 ENSEIGNEMENT & RECHERCHE un espace d’action non concurrent, mais complémentaire des IDEX et autres PRES franciliens ; notamment avec l’Université de Marne la Vallée, près de laquelle est implantée l’Ecole des Ponts ParisTech et avec HeSam (Hautes études Sorbonne arts et métiers, qui inclut Arts et Métiers ParisTech). Ce repositionnement stratégique s’effectua sur l’année scolaire - Tech et il s’est conclu symboliquement en septembre dernier, par le recrutement d’un nouveau Président, Jean-Philippe VANOT, sur des bases clarifiées et avec une « toile » réduite par rapport aux moyens et ambitions de la période précédente. 2013 et au-delà : un ParisTech repositionné institutionnellement et continuant à faire ce qu’il fait bien ! Sur l’année écoulée plusieurs concertations, internes à ParisTech, mais également entre les écoles et leurs tutelles et conseils respec- tifs, ainsi qu’avec quelques PRES franciliens concernés, ont permis d’aboutir à l’expression d’un nouveau projet de ParisTech pour les cinq ans à venir : être un « collectif de très grandes écoles d’ingé- nieurs et de management français en Ile-de-France au service du développement économique du pays ». Une école franco-chinoise à Shanghai Pour dépasser le cadre d’accords de mobilités étudiantes et de doubles diplômes entre la France et la Chine, ParisTech avait, dès 2005, imaginé le projet d’une école franco-chinoise d’ingénieurs à Shanghai, en partenariat avec les trois principales universités de la capitale économique du pays (Fudan, Tongji, et Jiao-Tong). Ce projet s’est révélé trop complexe en raison du nombre de protagonistes, mais les relations de confiance liées avec Shanghai Jiao-Tong University (SJTU, l’université du fameux classement de Shanghai !), ont conduit dans un délai record à la création, sur le modèle français, d’une école franco-chinoise d’ingénieurs dans les domaines de l’énergie, de la méca- nique/matériaux et des technologies de l’information. ParisTech (l’ENSTA ParisTech étant chef de file, avec l’Ecole Polytechnique, Mines ParisTech et Télécom ParisTech) a mené à bien ce pro- jet et l’école a ouvert ses portes avec 62 élèves chinois à la rentrée 2012. Elle a été inaugurée par le Président Hollande le 26 avril 2013 et vient de faire sa deuxième rentrée scolaire avec 90 étudiants. Elle offre un cursus en six ans. Pour cette réalisation, ParisTech a particulièrement veillé au montage financier : à des frais de scolarité élevés s’ajoute un club d’entre- prises qui assure une part significative de financements privés. Ce club d’entreprises veille aussi à la bonne adéquation des formations avec les besoins industriels, notamment en Chine ; il comprend d’ores et déjà trois entreprises françaises ayant de fortes ambitions dans le pays (Safran, PSA et Axa). Figure 4 : Inauguration de ParisTech Shanghai en avril 2013, en présence de François Hollande, président de la République. REE N°4/2013 89 ENSEIGNEMENT & RECHERCHE Dans ce projet, le périmètre de ses écoles membres pourrait évo- luer dans les années à venir (pourquoi ne pas imaginer que d’autres très grandes écoles franciliennes rejoignent ParisTech ?) ; son statut juridique d’EPCS devra être changé avant cinq ans, conformément à la nouvelle loi sur l’enseignement supérieur, mais ParisTech conti- nuera à investir dans les domaines qui font sa force et sa valeur ajoutée : grande école à la française en France (pour plus de diversité) et à l’étranger (en soutien à l’internationa- lisation des entreprises) ; en réponse à de grands enjeux industriels et sociétaux ; - seignements, tirant notamment partie des TIC par le partage des expériences ainsi que des méthodes de la pédagogie active. Quelques enseignements et réflexions personnelles issus de ces six dernières années L’obligation pour ParisTech de renoncer à l’ambition d’être le MIT qui tranchèrent, difficilement et par touches successives, contre la construction d’un Institut de Sciences, Technologies et Management, sur le modèle du célèbre institut américain ou sur celui de l’EPF Lausanne, proche de ParisTech géographiquement, numériquement avec ses 15 000 étudiants et culturellement dans son approche de l’ingénierie. C’était évidemment leur droit en tant qu’ « actionnaire majoritaire » de ces écoles, toutes publiques et, sauf rare exception, largement financées par l’impôt. L’absence d’université au sein de ParisTech, comme son implan- tation sur trois campus furent deux bonnes raisons pour nous faire renoncer à notre ambition. Le soutien industriel, réel, mais modeste au regard de celui des pouvoirs publics, n’a pas permis de proposer un modèle alternatif. Telles sont les raisons externes qui ne furent pas pour rien dans notre échec relatif. Mais celui-ci relève également Multiséculaires pour grand nombre d’entre elles, dotées d’une identité forte voire très forte pour certaines, fortement autonomes vis-à-vis des tutelles étatiques, ces très grandes écoles ne voulurent ou ne surent pas accepter de perdre une parcelle d’autonomie, de visibilité ou de compétence afin d’aller vers une intégration, même limitée, seule de nature à permettre à l’ensemble d’être reconnu internationalement comme une université. - ciennes et prestigieuses, avec des identités fortes, plus la résistance à cette évolution fut affirmée, certes pas dans les ambitions affi- chées pour le long terme, mais dès qu’il fallait faire pour le court terme un premier pas vers la « cible ». Seules, les écoles moins an- ciennes et moins prestigieuses, moins grandes en somme, comme celle que je dirige, s’étaient rapidement convaincues que ParisTech pouvait leur permettre d’accéder à une visibilité mondiale qu’isolées, elles n’obtiendront jamais. le management de cette transformation. La réduction à sept par- tenaires, lorsqu’il fut question pour certains de se concentrer sur les seules écoles présentes ou attendues sur le plateau de Saclay, simplifia à peine le problème et ne permit pas plus de conclure. A contrario, on peut saluer le pragmatisme de nos collègues de Cen- trale et Supelec, qui, en à peine plus de deux ans, ont su mener à bien le projet de fusion de leurs deux établissements. Mais, comme on le sait depuis Poincaré, les problèmes à n corps sont considéra- En guise de conclusion Ancien président de Paris Tech, ayant récemment passé la main à Jean-Philippe Vanot, diplômé de deux des écoles de ParisTech (dont celle que je dirige), et après six années d’un travail acharné pour construire « ParisTech/MIT », puis pour sauver ce qui devait l’être dans l’intérêt supérieur du pays, je me sens autorisé à livrer ma vision, que je sais partagée par mes collègues directeurs, de ce que pourra être Paris Tech dans les années à venir. En tant que directeur de Telecom ParisTech, qui se définit au- jourd’hui comme un « collège de l’innovation par le numérique », je crois à la vertu fondamentale du rapprochement entre grandes écoles pour des raisons d’efficacité collective et de puissance d’ac- Le « trépied » chinois de ParisTech ParisTech va relancer sa coopération très ancienne avec l’uni- versité de Tongji de Shanghai dans le cadre de l’IFCIM (Insti- tut Franco-Chinois d’Ingénierie et de Management), créé au début des années 2000. Cette coopération a été récemment repositionnée sur les thématiques de la mobilité et du déve- loppement durable. Enfin ParisTech est depuis 2010 le principal partenaire, avec l’université de HUST à Wuhan, de l’Institut ICARE (Institute for Clean And Renewable Energy), soutenu par l’Union Euro- péenne. Cet institut délivre des Masters franco-chinois dans le domaine des énergies propres et renouvelables. Avec l’école de Shanghai, ParisTech mène donc trois opéra- tions complémentaires en termes de thématiques et de parte- naires, qui constituent désormais « son trépied chinois ». 90 REE N°4/2013 ENSEIGNEMENT & RECHERCHE probablement avec plus d’acuité que mes collègues, les bénéfices à tirer du rapprochement d’écoles souhaitant développer travaux de recherches et formations interdisciplinaires. C’est mu par cette conviction que j’ai accepté d’être le président intérimaire de Paris- Tech pendant une période difficile de son existence. Mais ce qui vaut pour le numérique, est aussi vrai pour beaucoup d’autres disciplines et écoles de ParisTech ! corps des Mines), décédé il y a un peu plus d’un an : il fut, comme directeur de Mines ParisTech, l’initiateur puis l’inspirateur de Paris- histoire que je n’ai pas connue mais qui m’a largement inspiré pour « Il est impressionnant de constater combien des établissements comme les écoles d’ingénieurs concernées, si proches à l’origine, puisant leurs élèves dans un « vivier » très homogène, ont pu se construire, au cours de l’histoire, autour de « rites » et même de « mythes » aussi différents d’une institution à l’autre : ce n’est pas en quelques années que ces différences pourront s’atténuer, si tant est que cela soit souhaitable… Mais il devrait être possible, avec le temps, de construire une identité collective, reconnue comme telle à l’exté- rieur, en particulier à l’étranger, et source d’une efficacité accrue ». Cela reste l’ambition de ParisTech ! ParisTech et les futures communautés d’universités et d’établissements franciliennes ParisTech a vocation à coopérer avec les futurs collèges d’in- génierie des communautés d’universités et d’établissements d’Ile-de-France. En effet, pour relever certains des plus grands défis économiques et sociaux du pays, les 12 écoles de Paris- Tech peuvent unir leurs efforts, chacune apportant le meilleur de son expertise. Prenons l’exemple simple du véhicule élec- trique, auquel sont confrontés les constructeurs automobiles mais aussi les pouvoirs publics et les villes : ne faut-il pas des établissements compétents dans toutes les disciplines concer- nées et capables de développer des recherches en lien avec l’industrie ? Où trouvera-t-on mieux qu’à ParisTech pour étu- dier de façon concertée les questions du véhicule connecté (avec Telecom ParisTech), de la chimie des batteries (avec Chimie ParisTech et l’ESPCI ParisTech) et des infrastructures urbaines (avec l’école des Ponts ParisTech) ? Avec les pôles de compétitivité d’hier, les IRT et IEED d’au- jourd’hui, pourquoi ParisTech ne jouerait-il pas le rôle fédéra- teur entre toutes les écoles dont l’ingénierie constitue le cœur de métier ? Sur le terrain de l’innovation et du soutien à la création d’entreprise, ParisTech dispose dejà d’une expertise exceptionnelle avec notamment l’ESPCI ParisTech dans Paris ou IOGS à Palaiseau ! Yves Poilane est directeur de Télécom ParisTech depuis aout 2007 ; il a été Président de ParisTech d’aout 2012 à aout 2013. La présente contribution n’engage que son auteur et ne saurait refléter, dans l’intégralité de son contenu, la vision qu’a l’institution ParisTech de son passé et de son avenir.