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Reconsidérer  Linky ?

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112 ◗ REE N°1/2012 libres PROPOS Michel Lapeyre Ancien Vice-président de la CRE D ans les conditions fixées par un arrêté minis- tériel du 4 janvier dernier, les gestionnaires des réseaux publics de distribution d’élec- tricité sont tenus de mettre en place des dispositifs de comptage « évolué », destinés à remplacer les compteurs actuels. Il est prévu que ce remplacement, pro- gressif, soit achevé le 31 décembre 2020. En 2010 et 2011, ERDF1 � a déjà expérimenté, sur 300 000 points de livraison situés en Indre-et-Loire ou dans l’agglomération lyonnaise, un nouveau modèle de compteur, appelé Linky. Une expérimentation non concluante Grâce à Linky, selon ses promoteurs, le consomma- teur saura, mieux qu’aujourd’hui, combien il consomme. Sa facture d’électricité sera établie mensuellement se- lon sa consommation réelle. Quand il voudra changer de puissance souscrite, il téléphonera à un centre d’appel et ERDF effectuera le changement à distance, autrement dit sans dérangement. Linky est destiné à devenir un élément essentiel de la transformation des réseaux actuels, rusti- ques, en smart grids, aux fonctions sophis- tiquées. Mais les associations de consommateurs, les autorités organisatrices de la distribution d’électricité2 , les gardiens du respect de la vie privée, les organismes agissant en fa- veur de la maitrise de la demande ne voient pas Linky de cette manière. En réalité, l’index de Linky se lit moins facile- ment que celui d’un compteur classique. Il n’est pas prévu d’affichage complémentaire situé dans l’habitation, quand le compteur est situé à l’extérieur de celle-ci, ce qui per- mettrait au consommateur de suivre facilement sa consom- mation. Des consommateurs voudront continuer à payer 1 95 % des communes en France ont leurs réseaux publics de distri- bution gérés, sous le régime de la concession, par ERDF (Electri- cité réseau Distribution France), filiale à 100 % d’EDF. Les réseaux des autres communes sont gérés par des distributeurs qui n’ont pas été nationalisés en 1946. Certains de ces distributeurs expéri- mentent des systèmes de comptage autres que Linky. 2 Les autorités organisatrices de la distribution d’électricité, proprié- taires des réseaux de distribution, sont des collectivités locales, généralement des syndicats intercommunaux de taille départe- mentale. Elles sont réunies dans la Fédération nationale des col- lectivités concédantes et régies (FNCCR). l’électricité sous la forme de mensualités constantes avec un ajustement annuel établi selon la consommation réelle. Les coupures d’électricité commandées à distance peuvent conduire à des drames si elles concernent des personnes vulnérables, telles que les malades dont le traitement à do- micile nécessite l’accès permanent à l’électricité. Pour amé- liorer la qualité de la gestion des réseaux, Linky ne servira à rien tant qu’il ne sera pas intégré à un système global de contrôle et de commande, qui n’est pas encore expéri- menté. Un consommateur privé d’électricité par des pannes à répétition dues à la vétusté du réseau public préfèrera certainement le remplacement de transformateurs ou de câbles défectueux dans son quartier, plutôt que l’installation d’un compteur Linky chez lui. Tout consommateur pourra légitimement s’inquiéter de savoir ses consommations d’électricité enregistrées dans le système informatique d’un groupe multinational d’énergie et des renseignements sur sa vie privée accessibles par des hackers. Un modèle économique à déterminer Il est donc difficile de soutenir que Linky, dans la version qui vient d’être expérimentée, améliore le service rendu au consommateur. Linky ira-t-il toutefois dans le sens du développement de l’économie et de l’emploi dans notre pays ? Ce n’est pas sûr. Le coût de Linky sera pro- bablement supérieur à celui de la relève ac- tuelle par des agents d’entreprises sous-traitantes d’ERDF. Linky fera disparaître l’emploi de releveur de compteurs d’électricité, pourtant non délocalisable et accessible à ceux de nos concitoyens n’ayant pas la faculté d’exercer des mé- tiers complexes. Au moins, les emplois pour fabriquer les compteurs seront-ils en France ? Ce n’est pas certain car, pour se fournir en compteurs, il faut faire appel à la concur- rence également au-delà de nos frontières et, de plus, rien n’interdit à un fabricant français de sous-traiter à l’étranger. Linky fera-t-il baisser le prix de l’électricité ? A l’évidence non. Il est prévu que Linky remplace systématiquement tous les compteurs, même ceux qui sont récents et en bon état, ce qui nécessitera leur amortissement accéléré. Par rapport aux compteurs actuels, la durée de vie d’un comp- teur Linky sera faible, en raison de la rapidité des évolutions dans l’informatique. Et, surtout, le projet est colossal. L’in- vestissement est évalué à plus de quatre milliards d’euros. Dans l’état actuel du projet, il n’est pas démontré que les économies de gestion des réseaux compenseront une telle Reconsidérer Linky ? REE N°1/2012 ◗ 113 libres PROPOS dépense. Il sera donc nécessaire d’augmenter le TURPE3 �. Le Gouvernement est traditionnellement défavorable à ce genre d’augmentation car elle a des conséquences sur le prix global de l’électricité, qu’il faut d’ailleurs augmenter aussi à cause, notamment, du renouvellement des centra- les de production et du soutien aux énergies renouvelables. La solution risque d’être la réduction des dépenses sur les réseaux. Dans ce cas, le renouvellement des réseaux sera la variable d’ajustement. Les ouvrages vétustes vieilliront encore. Les coupures continueront d’augmenter. ERDF est certes indépendante d’EDF du point de vue de la gestion des réseaux, mais le montant global de ses investissements est soumis à l’accord d’EDF. C’est par conséquent EDF qui, en pratique, décidera ou non le dé- ploiement de Linky. Comme fournisseur, EDF devrait être opposée à ce projet car sa réalisation, soit augmenterait le TURPE qu’EDF paye à ERDF, soit dégraderait la qualité – et donc l’image – de l’électricité, principal produit vendu par EDF. Comme actionnaire d’ERDF, EDF devrait être égale- ment contre ce projet car les investissements dans la dis- tribution ne créent pas suffisamment de valeur par rapport aux autres investissements du groupe EDF. Une expérimentation à poursuivre Que faut-il faire maintenant ? La modernisation pro- gressive des réseaux de distribution grâce à l’informa- tique et aux télécommunications est bien entendu in- dispensable. Pour autant, faut-il déployer Linky au pas de charge, alors que le calendrier fixé par le Gouverne- ment va jusqu’à fin 2020 ? Sûrement pas. La prudence s’impose. Il convient d’expérimenter un Linky amélioré, c’est-à-dire répondant aux attentes des consommateurs, et de coût raisonnable. Il faut en même temps tester la façon de tirer parti de ce nouveau compteur pour mieux gé- rer les réseaux. Il faut de même s’assu- rer que ce système est correctement protégé contre les cyber-attaques. 3 Le tarif d’utilisation des réseaux publics d’électricité (TURPE) rémunère la partie «  gestion des réseaux  » du prix de l’élec- tricité. Dans la facture du consommateur domestique moyen, le TURPE représente ac- tuellement 45 % du prix total hors taxes. Le reste (55 %) correspond à la production et à la commercialisation de l’électricité. S’agissant du coût, il conviendrait de discuter la mé- thode consistant à installer un dispositif nationalement uniforme, c’est-à-dire le même pour tous les consom- mateurs et pour tous les territoires. En effet, le dispositif actuellement envisagé est surdimensionné pour de trop nombreux consommateurs, de même que pour certains territoires. Le nouveau système pourrait être adapté aux spécificités de chaque segment de clientèle. On sait par exemple que les caractéristiques d’un logement d’une personne seule, consommant peu d’électricité, sont dif- férentes de celles d’un logement chauffé à l’électricité, occupé par une famille nombreuse. Le nouveau systè- me pourrait aussi s’adapter à la diversité des territoires : les problèmes se posent dans des termes sensiblement différents à Paris et en Lozère, ou selon que l’électricité produite par des sources renouvelables se développe ou non sur un territoire. On pourrait par exemple évoluer vers un système de comptage modulaire, séparant le comptage (à durée de vie longue) de l’ensemble logi- ciel-modem (à durée de vie courte). Dans ces conditions, les fournisseurs de matériels et de logiciels retenus pour le nouveau Linky augmente- raient leurs chances de vendre ce dispositif à d’autres électriciens dans le monde (en particulier en Europe). Evitons un dispositif parfait, mais invendable car peu adaptable et trop cher. Enfin, il serait opportun que, sous l’égide de l’Etat ou d’autorités organisatrices de la distribution, plusieurs projets soient mis en compétition. Chaque projet serait évalué au regard non seulement de sa contribution à la maîtrise du coût de la gestion des réseaux et à la qualité du service, mais aussi de la manière dont il facilite des solutions innovantes4 en matière de maîtrise de la demande d’énergie et de puissance. En définitive, ne remettons pas en cause, dans son principe, la moderni- sation du comptage. Mais procédons avec pragmatisme. Prenons le temps d’intégrer les retours d’expérience. Pe- sons chaque dépense. Bref, reconsi- dérons Linky. ■ 4 Services offerts par d’autres prestataires qu’ERDF. Michel Lapeyre est ancien vice-président de la Commission de régulation de l’énergie et ancien directeur général de la Fédération nationale des collectivités concédan- tes et régies, organismes aux noms desquels, bien entendu, il ne s’exprime pas ici. Il a dirigé des établissements publics départementaux compétents dans le domaine de l’énergie ou de l’environnement. Il a été membre du conseil du Fonds d’amortissement des charges d’électrification, du conseil du Fonds de péréquation de l’électricité, du Conseil supérieur de l’énergie et du Conseil national de la consommation.