Transition énergétique : quelle est la question ?

30/07/2013
Auteurs : Jacques Maire
Publication REE REE 2013-3
OAI : oai:www.see.asso.fr:1301:2013-3:4595

Résumé

Transition énergétique : quelle est la question ?

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REE N°3/2013 105 PROPOSLIBRES Jacques Maire Directeur général honoraire de Gaz de France L ’expression « transition énergétique » a acquis droit de cité et figure en bonne place dans les discours des politiques et les positions des experts mais le sens usuel du mot transition ne correspond pas au problème de l’énergie. Il ne s’agit pas de définir un chemin entre une situa- tion à quitter le plus vite possible pour rejoindre un état défini idéal. La situation actuelle n’a rien de dramatique au moins dans les pays développés et personne ne peut définir la situation idéale dans vingt ou trente ans. L’ambition ne peut être que de déterminer les décisions opérationnelles des quelques prochaines années. L’énergie est un problème de long terme car une dé- cision demande de nombreuses années pour être mise en œuvre mais c’est aussi un monde où les choses changent tout le temps. Per- sonne n’avait prévu l’arrivée des gaz de schistes américains pas plus que les prin- temps arabes. Personne ne peut prévoir les progrès techniques, par exemple dans le solaire ou le stockage de l’électricité. Aucune des décisions que l’on peut imaginer n’a que des avantages et aucune n’a que des inconvénients. De plus les qualités ou les défauts peuvent varier avec le temps. Il s’agit donc d’être modeste dans les orientations et de penser toujours à la flexibilité, c’est-à-dire à ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier. Dans la société, l’énergie n’est qu’une utilité et non un but en soi. La collectivité et les individus ont des objectifs de bien être, de puissance, de pérennité, etc... pour lesquels l’énergie est nécessaire mais pas l’objectif. On peut aimer les promenades en voiture mais on n’a pas de sentiment pour l’essence, on veut simplement qu’elle ne soit pas trop chère et soit disponible. Si tel est le cas, on n’y pense plus. Les décisions sur l’énergie doivent donc être prises rationnellement, sans sentiment et sans idée préconçue, - çant dans les objectifs de la société. Tout examen doit partir de celui de la situation exis- tante. Or pour notre pays au moins, la situation appa- raît satisfaisante car nos concitoyens disposent d’une énergie à des conditions de prix et de sécurité plutôt meilleures que les autres pays européens. De plus les besoins sont relativement stables, il ne s’agit donc pas de courir après la demande comme en Inde ou en Chine (ou en France pendant les « trente glorieuses »). Le pro- blème est de voir les inflexions et orientations nouvelles à mettre en œuvre et non pas de développer a priori des moyens de production. Il faut examiner en premier la situation économique générale. Le pays est en crise comme une bonne partie de l’Europe. En particulier les finances publiques sont en déséquilibre grave et tout le monde reconnaît que les prélèvements obligatoires sont trop élevés. Mais dans beaucoup de scénarios, la politique énergétique est à l’origine d’une forte croissance desdits prélèvements. Logiquement on doit se poser la question de la justifica- tion collective d’une telle orientation. Les prélèvements obligatoires, si malgré tout une augmentation est envisa- gée, doivent-ils être utilisés pour l’énergie ou pour d’autres domaines tout aussi por- teurs d’avenir (universités, hôpitaux...). Une politique de l’énergie doit donc commencer par une approche écono- mique, ne serait-ce que parce que les dépenses doivent toujours être couvertes par des recettes. Si le marché ne procure pas ces recettes spontanément, ce sont les pouvoirs publics qui doivent soit les créer par des prélèvements, soit changer le marché par les lois et règlements. Les particuliers dans le débat énergétique mettent en premier le prix qu’ils payent car cela impacte leur vie et les entreprises font de même car c’est un élément im- portant de leur compétitivité. A ce stade il est clair qu’il faut tirer le meilleur parti de ce qu’on a et non pas écar- ter a priori des équipements qui donnent satisfaction. Mais la comptabilité nationale ou celle des entre- prises et individus ne traduisent qu’imparfaitement les problèmes de la société. Le PNB ne traduit pas le bonheur collectif car par exemple la qualité de l’envi- ronnement n’apparaît pas. Il y a eu des réflexions pour améliorer la mesure mais elles n’ont pas atteint le stade opérationnel et ne peuvent donc pas être la base d’une recherche d’optimum. Il faut donc se contenter d’exa- mens pas à pas pour voir comment prendre en compte les objectifs et surtout les contraintes collectives. Transition énergétique : quelle est la question ? 106 REE N°3/2013 LIBRES PROPOS Les pouvoirs publics peuvent agir soit par la voie des impôts ou subventions, dans ce cas la mesure économique apparaît immédiatement, soit par la voie il importe alors de le calculer et le comparer à l’objec- tif pour juger de son bien-fondé. Par règlements, nous pensons essentiellement à des mesures techniques en excluant des contraintes fortes sur le comportement (rationnement). Le premier objectif est sans doute la continuité de service, même s'il n’est pas souvent mis en avant. C’est surtout vrai dans l’électricité qui n’est pas stockable. La difficulté est grandissante car la puissance de pointe croît, même si la consommation annuelle stagne. Les énergies nouvelles ajoutent une incertitude par leur intermittence et le bouleversement de l’organisation du marché a dispersé les responsabilités. Les récentes fer- metures de centrales à gaz, de même que les mises en sommeil de stockages gaziers ou la faible activité des terminaux de GNL laissent penser que la fiabilité des réseaux a tendance à se dégrader. Quant à la vulnérabilité à long terme, les inquiétudes relatives aux disponibilités physiques se sont plutôt estompées. Certains disent même qu’il y trop de res- sources fossiles compte tenu du climat ! Ils restent bien - versité est la seule orientation opérationnelle. Le deuxième, dont on parle beaucoup est le chan- gement climatique et la diminution des gaz à effet de serre en particulier du CO2 . C’est certainement l’objectif le plus contraignant dans les perspectives énergétiques. qui varient de 0 pour des disciplines simples de compor- tement à plusieurs, à plusieurs centaines d’euros. Il faut construction d’installations de pro- duction remplaçant des installations qui marchent est sans doute la voie la plus chère. Les économies d’énergie consti- tuent la voie ou l’on risque le moins de se tromper même si il y a des efficacité. Il faut obtenir les bonnes décisions des agents économiques. C’est difficile comme le montre l’échec du marché du CO2 et le rejet de la taxe carbone ! La taxe est sans doute la voie la plus simple car compréhensible, visible et relativement facile à mettre en place. Ceci dit c’est un domaine où l’action de la France et même de l’Europe n’est pas déterminante. Notre pays est plutôt bon élève. Il ne faut donc pas handicaper notre compétitivité seulement pour montrer l’exemple. Le troisième est la place des énergies nouvelles. Il y a de nombreuses opportunités mais ce n’est pas non plus la panacée. Elles sont plus ou moins adaptées aux condi- tions locales. Mais il est certain que leur mise en place constituera un secteur en développement et il est légitime de vouloir y prendre une place mais comment ? Actuelle- ment la promotion se fait par des garanties de prix et de débouchés sans attendre la maturité des techniques. Cela conduit à une désorganisation du marché et à des dépenses publiques considérables et croissantes sur les- quelles on peut s’interroger compte tenu de la situation économique générale. La protection de l’environnement immédiat tient rela- tivement peu de place dans le débat, pourtant les éner- gies nouvelles sont dévoreuses d’espace et il y a concur- rence avec d’autres besoins. Quant aux paysages, les atteintes qui leur sont portées ne sont traitées que par le biais des autorisations ou refus d’installations sans tenta- tive de valorisation. Pourtant, le blocage de la construc- tion de lignes montre l’importance de la question. La collectivité a jugé utile de consacrer plus d’un milliard d’euros pour enterrer la ligne traversant les Pyrénées ; c’est donc que la préservation du paysage valait plus. La multiplication des installations aériennes (éoliennes ou lignes) et donc l’atteinte croissante aux paysages est un aspect rarement mis en avant. débats en supposant qu’il puisse y avoir débat car il se fait entre des groupes qui estiment pour les uns que c’est un mal dont il faut se débarrasser le plus vite possible et pour d’autres que c’est une des techniques qui répond le mieux aux objectifs globaux de la société à condition de bien trai- ter les problèmes de la sécurité. La question d’aujourd’hui est de savoir s’il faut anticiper des ferme- tures d’installations qui marchent. Jacques Maire est ancien élève de l’Ecole Polytechnique et ingénieur au corps des mines. Il a été notamment directeur général de Gaz de France et a occupé plusieurs postes dans la haute fonction publique. Jusque en janvier 2013, il était président du conseil scientifique du Conseil Français de l’Energie, dont il reste membre. REE N°3/2013 107 PROPOSLIBRES serait une façon de supprimer un des avantages com- pétitifs de notre pays. L’objectif de 50 % a un côté attractif par son aspect raisonnable ; il le serait sans doute si la consommation se développait mais ce n’est pas le cas. Le prix du pétrole n’a pas encore été mentionné mais pour une raison simple, les décisions françaises n’ont qua- siment pas d’influence. Il aura sans doute une tendance naturelle à croître mais les pays producteurs ont besoin de vendre et l’on peut penser qu’ils ne feront pas n’importe quoi ! De toute façon, mettre en œuvre des énergies plus onéreuses n’est pas une façon de le faire baisser. Il n’y a pas d’énergie miracle, bon marché, disponible à toute heure et en tout lieu, sans incertitude humaine ou technique. Chaque énergie a ses avantages et ses inconvénients et il convient de trouver l’équilibre en pensant toujours que l’énergie est indispensable mais n’est là que pour permettre à la société de réaliser ses objectifs en pesant le moins possible sur les autres be- soins et désirs de la collectivité.