Timide invitation aux Européens à accepter moyennant un loyer modeste, un purgatoire énergétique

30/07/2013
Publication REE REE 2013-3
OAI : oai:www.see.asso.fr:1301:2013-3:4594

Résumé

Timide invitation aux Européens à accepter moyennant un loyer modeste, un purgatoire énergétique

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	    <date dateType="Updated">Thu 26 Jan 2017</date>
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REE N°3/2013 103 PROPOSLIBRES Pierre Delaporte Président d’honneur d’Electricité de France A u plan mondial, les experts sont plutôt d’ac- cord pour distinguer les problèmes essen- tiels et les autres questions importantes mais accessoires. Les problèmes majeurs du monde de l’énergie peuvent, pour leur part, se résumer selon eux à deux questions. La première porte sur la mise au point, en vue grâce au ciel, de la voiture propre (très probablement mais pas cer- tainement électrique) car nous serons bientôt neuf milliards d’individus à désirer avec force un véhicule automobile… allemand probablement puisque, comme au football, ce sont toujours eux qui gagnent. La seconde concerne la neutralisation des effets gravissimes de la consomma- tion du charbon dont nous ne pouvons malheureusement pas nous passer. L’es- poir est permis dans ce domaine grâce aux progrès des études sur la séquestration du CO2 que nous dominerons un jour mais quand et à quel prix ? Comparés à ces deux problèmes ma- jeurs, les autres questions énergétiques semblent bien secondaires ; il est en effet important mais non vital de savoir si notre production d’électricité comprendra 10, 12 ou 20 % de nucléaire, d’hydraulique ou d’énergies renouvelables (soleil, bois, marées… tristes moulins à vent exclus). Cette considération, assez morose mais de nature à cal- mer les faux débats entre pro et anti n’importe quoi, n’est vraie qu’à l’échelle mondiale et mérite donc un examen beaucoup plus soigneux au niveau de certaines régions particulièrement dépendantes des fournitures extérieures et tout spécialement de l’Europe occidentale et centrale Le tour du propriétaire est assez vite fait entre les diverses façons d’y produire un bien devenu vital : l’élec- tricité… peut être que marginal ; - blèmes d’acceptabilité ; - reuses et peu efficaces sauf énormes progrès du solaire. Reste donc pour l’instant une seule médaille d’or, mais dont les réserves sont copieuses, le prix encore raisonnable pour l’instant, les dommages à l’environne- ment mesurés et la dangerosité surestimée. Voilà donc de bons atouts qu’ils soient réels ou seu- lement ressentis et vive le gaz naturel qui a par ailleurs de puissants alliés, conscients ou inconscients, qui œuvrent sans relâche à l’élargissement de son domaine. On comprend donc bien pourquoi le gaz naturel importé qui représentait il y a une génération environ 10 % de l’énergie consommée en Europe soit mainte- nant la petite bêbête qui monte, qui monte, qui monte. Sa croissance est, pour une part, nor- male devant le reflux que nous venons de constater de ses concurrents mais résulte également de certains aban- dons du terrain énergétique par des énergies qui ont été victimes de sa- vantes campagnes de dénigrement. La première concerne le gaz de schiste qui a bouleversé les données du secteur aux USA mais a longtemps été en Europe, à tort et/ou à raison, dia- bolisé au point de refuser de savoir si nous disposons ou non de gisements. La seconde est l’abandon ou la non réalisation de la production d’électricité par le nucléaire qui est absolu- ment dans les possibilités des pays européens à haut niveau technologique comme la République Fédérale et ses partenaires intellectuels. Quoi qu’il en soit, le triomphateur est de toute évi- dence Gazprom et la méthode du consensus d’experts donne aujourd’hui, pour une politique au fil de l’eau, une part de gaz russe de 35 % qui n’est pas du tout terrifiante mais paraît un peu excessive. Il semble donc très souhai- table d’infléchir la situation actuelle en classant les actions souhaitables par ordre de difficulté décroissante. On obtient alors quatre grands axes : 1 – Promouvoir des projets de gazoduc évitant et contournant la Russie et ses satellites et permettant des flux rebours ; 2 – Exploiter les réserves européennes de gaz non conven- tionnel malgré l’opposition farouche actuelle des khmers verts que ceux-ci soient manipulés ou non ; Timide invitation aux Européens à accepter, moyennant un loyer modeste, un purgatoire énergétique 104 REE N°3/2013 LIBRES PROPOS 3 – Développer les activités de stockage souterrain et mutualiser cette activité qui a dans beaucoup de régions un avenir radieux si les sociétés réalisatrices reçoivent des garanties d’emploi qui ne seront rien d’autre que des primes d’assurance ; 4 – Augmenter beaucoup la part du GNL dans l’appro- visionnement de l’Europe en prospectant les zones capables de fournir ce produit dans de bonnes conditions et en multipliant les points d’entrée. Chaque nouveau terminal méthanier vaut desserre- ment d’un cran de la dépendance vis-à-vis de Gazprom. On peut donc s’attendre à des hostilités locales, sponta- nées souvent, manipulées parfois, et chaque implantation nouvelle sera une victoire sur la voracité du Grand Fournis- seur et la niaiserie de ses associés, involontaires ou pas. Ce point 4 nous fournit une première conclusion sans panache et volontairement modeste : la priorité des priorités pour l’Europe en matière d’énergie à moyen terme est de multiplier les points d’entrée du gaz naturel en s’ouvrant donc au transport mari- time du GNL qui nous procurerait une indépendance relative à la fois bon marché et sans prix. « Homme libre, toujours tu ché- riras la mer ». Et après-demain ? Nous venons de voir que de- main le gaz naturel va occuper une place prépondérante dans le panel énergétique européen. Il est toutefois peu probable que cette énergie fos- sile et polluante conserve très longtemps cette posi- tion et après-demain, il n’existe que deux réponses possibles ayant toutes les qualités, réponses qui, heu- reusement ou malheureusement, sont différentes en France et en Allemagne. Les Gaulois ne trouveront leur potion magique que dans le nucléaire de troisième ou énième génération tandis que les Germains vont faire un effort considérable sur le solaire photovoltaïque. Ce pari sur le solaire n’est ni gagné, ni perdu d’avance. Il y a une génération, cette forme d’énergie était cent fois trop chère, ce qui limitait son emploi à des créneaux mi- nuscules. Elle est aujourd’hui en France, comme toutes les énergies intermittentes, dix fois trop chère, mais le progrès est évident même s’il ne garantit pas un avenir radieux même dans les pays dénu- cléarisés. Acceptons en conséquence ce défi et donnons rendez-vous à nos voisins et amis dans vingt ans sous la seule réserve qu’ils nous laissent développer notre propre cocktail énergétique en ne poussant pas au crime leurs croisés verts et bruns. Une Europe de la coopération est évidemment souhaitable mais une Europe du respect de l’autre serait déjà une avancée tout à fait positive. Et que le meilleur gagne au bé- néfice de tous… Pierre Delaporte est ancien élève de l’Ecole Polytechnique et Ingénieur général des Ponts et Chaussées. Après un début de carrière au sein du Minis- tère de l’Equipement, puis comme collaborateur de plusieurs ministres, il a été nommé directeur général adjoint de Gaz de France en 1972, puis Direc- teur général en 1979. A partir de 1987, il a présidé le Conseil d’administration d’Electricité de France, jusqu’en 1992. Pierre Delaporte est Commandeur de la Légion d’Honneur et Commandeur de l’ordre national du Mérite.