Les applications de la géolocalisation

10/05/2013
Auteurs :
Publication REE REE 2012-3 Dossier La Géolocalisation
OAI : oai:www.see.asso.fr:1301:2012-3:4245

Résumé

Les applications de la géolocalisation

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64 ◗ REE N°3/2012 La géolocalisation Philippe Saint-Martin 4icom Un besoin universel Depuis ses origines, l’humanité a cherché des re- pères et des moyens de se situer dans le temps et dans l’espace. La cartographie est apparue bien avant notre ère, la plus ancienne carte connue est une tablette d’argile sumérienne datant de 2500 avant notre ère, tout comme les premiers instruments de navigation : l’astrolabe est apparu chez les grecs au IIe siècle avant J.C. Cette capacité à se géolocaliser, sur terre comme sur mer, a longtemps été une question de survie au sens propre du terme. Aujourd’hui elle est devenue un facteur d’efficacité, de sécurité, de confort et de productivité et ses derniers dévelop- pements technologiques nous placent à l’aube d’une révolution comparable à celle de la démocratisation de la mesure du temps au siècle dernier. Il est difficile d’imaginer vivre aujourd’hui sans réfé- rence à une heure précise. Pourtant, avant l’apparition de la montre portable, le temps restait pour la plus grande majorité des humains une notion floue. L’accès universel à cette information a révolutionné l’organisa- tion de la vie de la population aux plans économique, social et politique. Les technologies de géolocalisa- tion, GNSS (Global Navigation Satellite System), Wi-Fi, réseau mobile, capteur inertiel, etc. combinées avec l’explosion des terminaux numériques portables, no- tamment les smartphones, sont au positionnement de ce que la montre a représenté pour la mesure du temps. Nous commençons à peine à en entrevoir ses bénéfices et également ses dangers. Une ressource globale Évaluer ou calculer sa position n’est plus, aujourd’hui, une fin en soi ; la géolocalisation est plu- tôt une ressource qui, grâce aux avancées technologi- ques récentes, est disponible à peu près partout sur le globe et accessible au plus grand nombre. Un ré- cepteur GPS (chipset + antenne), coûte, aujourd’hui, quelques dollars, c’est-à-dire cent fois moins que ceux équipant les premiers systèmes de navigation routière lancés au milieu des années 90. Les bases de données de bornes Wi-Fi et les réseaux mobiles 3G et bientôt 4G, assurent une continuité de positionne- ment, avec, certes, des performances fortement dé- gradées à l’intérieur des bâtiments et dans les centres urbains denses où les signaux satellite sont souvent pris en défaut. Cette ressource est aujourd’hui disponible et au service de l’économie, des entreprises, des gouver- nements mettant en œuvre des politiques publiques Les applications de la géolocalisation Une ressource indispensable à la société connectée While finding its location has always been a critical issue for human being, it has become in the modern society a growing factor of comfort, safety and productivity. Positioning is now much more than a function by itself; it is a global and universal resource available to most inhabitants on the planet. Smartphone’s have democratised the way real-time location can be used in a wide range of applications and services. Mobile search, based on location, is probably the most strategic stake on which the key player of the digital industry such as Nokia, Apple, Google and Microsoft are trying to take grips. Car navigation systems, historically the first mass market that use position technology, is evolving into advanced driver assistance systems (ADAS). Other domains are opening up to the use of positioning such as health care and asset management. However in order to succeed, positioning will have to take on four challenges: improve performances, find its way indoor, insure privacy and develop an interoperability framework such as a geo-cloud. abstract REE N°3/2012 ◗ 65 Les applications de la géolocalisation. Une ressource indispensable à la société connectée et, fait nouveau, du grand public avec l’émergence toute ré- cente des smartphones combinant à la fois des fonctions de localisation particulièrement performantes avec la possibilité de télécharger des applications et d’accéder à des services. Dans un avenir proche, les technologies de capteurs inertiels, de radio indoor, de NFC, reconnaissance de QR Code, etc. offriront une position quasi métrique à l’intérieur même des bâtiments. Nous nous trouvons à un point de convergence techno- logique unique, qui ouvre des perspectives complètement nouvelles en termes d’applications et de services et touche tous les secteurs, qu’ils soient publics, industriels, commer- ciaux ou simplement privés. Le smartphone, vecteur incontournable du déploiement de la géolocalisation Les smartphones, dont le taux de pénétration en France devrait atteindre 50 % d’ici fin 2012, constituent désormais le vecteur le plus dynamique de déploiement de la géolo- calisation auprès du grand public. On estime que près de 30 % des applications disponibles sur les deux principales plates-formes mobiles que sont les systèmes d’exploitation (OS) iOS et Android, utilisent la fonction de positionnement disponible sur les terminaux. Selon une étude récente, plus de 30 % des possesseurs de smartphones utilisent régulière- ment des applications liées à la géolocalisation et 60 % des non-possesseurs souhaiteraient y avoir accès. La conférence internationale « Le Web », qui réunit à Paris chaque année les entrepreneurs du monde de l’Internet, avait choisi comme thème central de son édition 2011, la convergence entre les réseaux sociaux et la géolocalisation, illustrée par l’acronyme « SoLoMo » pour « SocialLocalMobile », plaçant pour la pre- mière fois la géolocalisation comme une fonction incontour- nable du développement des services grand public. Face à cet engouement, il convient cependant d’analyser plus finement l’utilisation qui est faite de la géolocalisation par les développeurs d’applications. Celle-ci est en effet très inégale et pour mieux comprendre le phénomène, on peut classifier les applications et services en quatre catégories  en fonction de la valeur perçue et de la valeur induite par la géolocalisation, comme l’indique la figure 1. • Valeur perçue forte/induite faible (I)  Ce sont les applications centrées sur la géolocalisation qui, sans un positionnement continu et temps réel, ne peuvent fonctionner, ou perdent alors une grande partie de leur inté- rêt. La valeur induite est souvent faible car fortement centrée sur la fonction principale. On retrouve dans cette catégorie des applications comme la navigation et le guidage routier, l’information sur le trafic routier, les guides de transport pu- blic, le guidage pédestre, notamment pour les activités et sports d’extérieur, etc. • Valeur perçue faible/induite forte (II) L’utilisation de la géolocalisation est sous-jacente et per- met soit d’améliorer de façon significative les performances des services, soit de développer un modèle économique original. Voici quelques exemples qui utilisent ou pourraient bénéficier de la géolocalisation : • Le covoiturage est la forme moderne de l’autostop (une vingtaine de sites et applications de covoiturage existent actuellement en France). L’utilisation de la géolocalisation permettrait une interaction en temps réel entre les passa- gers et les conducteurs, une réponse instantanée de l’offre au besoin et pourrait révolutionner les usages et les com- portements ; • Lesappelsd’urgence(e-call/b-callemergencyoubreakdown call) qui commencent à apparaître comme applications sur les mobiles avec la possibilité de transmettre sa position en cas d’accident ou de panne ; • Le géomarketing relationnel, qui utilise la géolocalisation et les réseaux sociaux pour la promotion des points de vente et des boutiques. Les utilisateurs se déclarent lorsqu’ils fré- quentent une boutique ou point de vente, collectent des points de fidélité, publient des recommandations géoloca- lisées sur les réseaux sociaux et invitent leurs amis proches à les rejoindre (ex. Foursquare) ; • Les applications d’expertise qui offrent un contenu gratuit et utilisent la géolocalisation comme support de leur modèle économique en orientant l’utilisateur vers un point de vente proche … qui paye pour être référencé (ex. LaTache). • Valeur perçue faible/induite faible (III) La géolocalisation est un plus mais n’est pas critique. Son utilisation permet, en général, d’améliorer le confort et l’ergo- nomie. Dans certains cas elle pourra être un facteur différen- ciant ou d’accélération de l’adoption du service. On trouvera Figure 1. 66 ◗ REE N°3/2012 La géolocalisation dans cette catégorie les guides de voyage, de restaurants, d’hôtels, les guides de shopping, les sites de réservation (La Fourchette), la météo, etc. On peut citer également les appli- cations faisant appel à la localisation intérieure, encore très peu développées comme les guides de visite de musées, d’expositions, de salons professionnels ou grand public, etc. • Valeur perçue forte/induite forte (IV) Ces applications sont rares et la principale d’entre elles et la plus stratégique est la recherche géolocalisée au sens large. Certaines applications thématiques ont enrichi leur modèle en offrant la possibilité de localiser des points intérêts spécifiques à leur domaine, boutiques, restaurants, musées, etc. , mais seul GoogleMaps, et dans une moindre mesure les Pages jau- nes, sont en mesure de se positionner comme des moteurs de recherche géolocalisée à vocation universelle. La valeur in- duite, en termes de revenus publicitaires est potentiellement énorme et comparable aux dizaines de milliards de dollars de revenus engendrés par les moteurs de recherche en ligne. Un enjeu stratégique pour les grands acteurs Les grands acteurs de l’industrie numérique ont très vite perçu les enjeux de la démocratisation de la géolocalisation. Le premier à avoir réagi est sans doute Google pour qui le développement rapide des technologies de positionnement et de la cartographie numérique allait pouvoir étendre au monde réel le champ d’application de la recherche « virtuel- le » sur le Net. En 2003, Google lance GoogleMaps suivi de GoogleEarth qui très vite s’imposent et deviennent, sur Inter- net, les services cartographiques de référence pour les parti- culiers et un grand nombre d’applications professionnelles. En 2008, Nokia, alors leader incontesté du mobile avec plus de 40 % du marché mondial, fait le pari d’une intégra- tion verticale couvrant l’ensemble de la chaîne de valeur, de la conception et fabrication des mobiles jusqu’au développe- ment et la fourniture de services et d’applications en passant par l’OS pour smartphone. Entre-temps, Apple, surfant sur le succès de son iPod, lance l’iPhone dont l’ergonomie révolutionne le concept du smart- phone et impose, sur le modèle d’iTune, un nouvel écosys- tème particulièrement efficace de distribution d’applications et de services avec sa boutique en ligne « AppStore ». En permet- tant à une vaste communauté de développeurs de proposer et de commercialiser leurs applications, Apple découpe très effi- cacement la chaîne de valeur entre équipement et OS d’une part, applications, services et contenus d’autre part, contrant efficacement la stratégie d’intégration verticale de Nokia avant même que celle-ci n’ait pu commencer à se déployer. Google de son côté, comprenant que les smartphones allaient devenir les vecteurs incontournables de la recherche géolocalisée et étant exclu de la stratégie d’intégration ver- ticale de Nokia, prend en 2009 la décision stratégique de développer son propre OS pour mobile, Android, et de le mettre à disposition des fabricants de portables, quitte à de- venir en partie concurrent d’Apple. La situation est aujourd’hui particulièrement difficile pour l’ancien champion Nokia qui, avec une part du marché mon- dial des smartphones réduite de 60 % à moins de 15 % en cinq ans, paye très cher ses erreurs stratégiques. Attaqué de tout côté il cherche actuellement à rebondir au moyen d’une alliance avec Microsoft, lui-même extrêmement affaibli sur ce marché. Les grands gagnants sont plus que jamais Apple et surtout Google, dont la stratégie de recherche géolocalisée, va pouvoir se déployer à très grande échelle et quasiment sans concurrence. La géolocalisation dans l’automobile • La navigation routière Il est difficile de dissocier la géolocalisation de l’automo- bile. La toute première application industrielle et commer- ciale a en effet été la navigation routière apparue en 1994 à peu près en même temps que l’achèvement de la couverture mondiale du GPS. Admirons au passage la vision des acteurs du secteur, Philips et Bosch pour les équipementiers et BMW, Daimler et Renault pour les constructeurs qui, en véritables pionniers, ont pris le risque de parier sur cette révolution technologique. De quelques milliers en 1995, le marché européen des systèmes et des applications de navigation routière est estimé à plus de 35 millions en 2011, représen- tant un chiffre d’affaires supérieur à six milliards d’euros de vente. Près d’un véhicule sur deux en Europe roule, en 2012, avec à son bord un des dispositifs de navigation suivants : système dit OEM intégré par le constructeur au véhicule, terminal portable de type TomTom ou sous la forme d’une application téléchargée dans un smartphone. Les fonctions ont également évolué avec l’arrivée de carto- graphies enrichies en 3D, permettant un guidage plus précis, le développement de la télématique routière a permis aux appli- cations de se connecter afin de mieux intégrer les informations de trafic, de donner accès à des bases de données de points d’intérêt, d’offrir des services de concierge et d’assistance, etc. • L’aide à la conduite automobile La navigation a été une première étape vers d’autres fonc- tions d’aide à la conduite, regroupées sous l’acronyme ADAS pour « Advanced Driver Assistance System », améliorant la sécurité et le confort des automobilistes : REE N°3/2012 ◗ 67 Les applications de la géolocalisation. Une ressource indispensable à la société connectée • Régulation de vitesse auto adaptative : Elle permet d’anticiper les phases de freinage et d’accé- lération et gère la boîte de vitesse de façon optimale en fonction de la géométrie de la route (annoncé pour 2016 chez BMW). • Pilotage des phares en fonction du profil de routes : La largeur et la portée des phares s’adaptent automatique- ment en fonction de l’environnement routier : longue por- tée et faisceaux étroits sur autoroute, portée réduite pour ne pas éblouir mais faisceau large pour voir les piétons et les cyclistes en ville. Le faisceau s’oriente à droite ou à gauche, en fonction de la géométrie de la route qui se trouve devant le véhicule. • Conduite coopérative : Les véhicules échangent entre eux leurs positions, leurs vitesses et éventuellement des événements comme un arrêt brutal ou un freinage d’urgence. Ces informations permettent d’anticiper en temps réel situations accidento- gènes : intersection dangereuse, non respect d’une règle de priorité, d’un feu, d’un stop, freinage brutal sur autoroute, notamment dans le brouillard, etc. et d’avertir les conduc- teurs à temps et en fonction de leurs positions respectives par rapport au danger potentiel. Une fréquence spécifique (5,9 GHz) a été attribuée par la Commission européenne pour permettre le développement d’un réseau local mobile supportant ces applications. • Réductions de consommation et d’émission dans les transports routiers • Pilotage de boîte de vitesse La consommation des poids lourds est particulièrement sen- sible au pilotage de la boîte vitesse (une vingtaine de paliers et plus). Des écarts de 20 % de consommation ont pu être mesurés dans certaines conditions entre des conducteurs novices et expérimentés. L’assistance au pilotage de la boîte de vitesse anticipe les changements et choisit les paliers en fonction du profil de la route, notamment des pentes à gravir ou descendre, et de la position du véhicule. • Optimisation de l’itinéraire Certains itinéraires consomment plus que d’autres et le che- min le plus économique et le moins polluant n’est pas tou- jours le plus court. Les cartographies numériques permettent Figure 2 : Exemple de régulation de vitesse auto-adaptative. Figure 3: Exemple de conduite coopérative. Figure 4: Principe de e-call. 68 ◗ REE N°3/2012 La géolocalisation aujourd’hui de prendre en compte le type de route, leur profil d’altitude et les zones traversées (urbaine, rurale, etc.) afin de calculer des itinéraires optimisant la consommation. • Gestion de la charge et décharge des véhicules hybrides Les véhicules hybrides sont en plein développement. Ceux- ci sont conçus pour fonctionner alternativement sur un mo- teur thermique et sur un moteur électrique ou sur les deux à la fois. Les cycles de charge et décharge peuvent être optimisés en fonction de l’itinéraire afin de réduire au maxi- mum la consommation. Par exemple, le système de gestion autorisera une décharge plus importante de la batterie en ville ou en montagne si la suite du trajet se déroule sur auto- route où les conditions seront optimales pour recharger les batteries à l’aide du moteur thermique. • La sécurité : e-call / b-call C’est l’un des tous premiers thèmes abordés à l’échelle euro- péenne : il est soutenu par la volonté de la Commission euro- péenne d’imposer un système d’appel d’urgence compatible dans tous les pays et surtout son installation dans tous les véhi- cules. Une recommandation a été adoptée en septembre 2011 par la Commission et a obtenu le soutien de 24 pays membres, mais pas celui de la France qui considère que d’autres techno- logies sont plus prioritaires pour améliorer la sécurité. Le projet HeERO, Harmonised eCall European Pilot, en prépare le déploiement à grande échelle, pour fin 2013. La fiscalité routière En fonctionnement dans plusieurs pays européens, dont l’Allemagne depuis 2004 avec son système «  TOLL COL- LECT », les systèmes de taxation du transport routier mesu- rent les distances parcourues par les camions et calculent la taxe due par les transporteurs. En France, le principe de taxation en fonction du trajet et de la catégorie de véhicule sur routes secondaires (routes nationales et grandes routes départementales) est prévu par Le Grenelle de l’Environne- ment ; il fait l’objet d’un partenariat public privé. Le système EcoTax Poids Lourds utilisera principalement le positionne- ment GNSS pour valider les sections de routes parcourues et effectuer en quasi temps réel le calcul de la taxe. Il doit entrer en service mi-2013. La santé • Suivi et recherche de malades atteints de la maladie d’Alzheimer Les malades sont équipés d’un dispositif de géolocalisa- tion, le plus souvent GNSS, et de communication émettant une alerte lorsqu’ils franchissent un périmètre prédéfini et permettant de les retrouver lorsqu’ils sont perdus. • Suivi de patients en milieu non hospitalier Le maintien en milieu hospitalier des patients nécessitant une surveillance médicale est souvent vécu comme une contrainte par les intéressés et représente un coût impor- tant pour le système de santé. L’alternative consiste à équi- per les patients de capteurs mesurant un certain nombre de paramètres physiologiques en fonction de leur pathologie, tension artérielle, rythme cardiaque, taux d’oxygène dans le sang, température corporelle, etc. Ces capteurs sont reliés à une unité de calcul et de géolocalisation portative qui traite les informations et dans le cas où une anomalie est détec- tée, envoie par réseau mobile une alerte accompagnée de la position du patient à un centre de surveillance médicale. Celui-ci peut alors établir un contact et dans les cas critiques dépêcher une équipe de soins. La gestion de flottes et d’actifs Le positionnement GNSS combiné au développement des réseaux de communication de données mobiles de type GPRS et aujourd’hui 3G, ont révolutionné les applications liées aux transports. Les transporteurs, même les plus pe- tits, peuvent désormais équiper leurs flottes, pour quelques centaines d’euros par véhicule, d’un boîtier leur permettant de suivre à distance les trajets effectués, de programmer de nouvelles destinations, d’optimiser les itinéraires et de collec- ter les données techniques des véhicules afin de préparer les opérations de maintenance en minimisant l’immobilisation des véhicules. La géolocalisation commence également à être utilisée pour tracer les marchandises. Les conteneurs, par exemple, peuvent être équipés de boîtiers capables de transmettre leur position, même en pleine mer, d’informer leurs propriétaires lorsqu’ils arrivent à destination dans les zones de fret, sont ouverts ou bien subissent des dommages. Cette application est encore émergente : on estime que la part de containeurs ainsi équipés devrait passer de 0,5 % à près de 4 % entre 2011 et 2016. Les grands défis à venir La géolocalisation est appelée à prendre une place pré- pondérante dans un grand nombre d’applications et de ser- vices. Il lui reste cependant certaines étapes techniques et industrielles pour jouer pleinement son rôle. • Améliorer la précision et de la disponibilité de positionnement La géolocalisation en environnement grand public, majori- tairement urbain, est encore aléatoire et souvent peu précise. Il n’existe encore rien de comparable au système EGNOS (Eu- REE N°3/2012 ◗ 69 Les applications de la géolocalisation. Une ressource indispensable à la société connectée ropean Geostationary Navigation Overlay Service), qui, pour la navigation maritime et aérienne, permet de corriger les er- reurs de positionnement et surtout d’en garantir la fiabilité. Il est difficile, dans ces conditions, d’envisager, à grande échelle, le déploiement d’applications pour lesquelles la position de l’utilisateur revêt un caractère de criticité comme par exemple le suivi et l’assistance d’urgence de malades à distance. La multiplication et la redondance des moyens et tech- nologies de positionnement tels que les GNSS extérieur et intérieur, le Wi-Fi, l’inertiel, les réseaux mobiles, le NFC, la modulation lumineuse, etc. permettent d’envisager d’attein- dre des performances de quelques mètres dans tout type d’environnement. La réalisation d’un tel objectif nécessitera l’élaboration de normes et d’un processus de certification commun à l’ensemble de l’industrie résultant d’une coopéra- tion entre les différents acteurs de la filière, à savoir les opé- rateurs, les fournisseurs de technologies de géolocalisation, les fabricants de terminaux et les développeurs de services et d’applications. Au-delà des aspects purement technolo- giques, il s’agit d’un véritable enjeu industriel comparable à ce qu’a connu l’industrie des télécoms avec les réseaux de communications mobiles. • Géolocaliser à l’intérieur des bâtiments et assurer la continuité avec l’extérieur Alors que l’essentiel de l’activité humaine se déroule à l’intérieur de bâtiments, les technologies commercialement disponibles permettent de localiser avec plus ou moins de précision un bloc, au mieux un immeuble, mais dans aucun cas d’identifier une salle, un étage ni même une zone pré- cise. Suffisantes pour permettre à la plupart des applications actuelles de fonctionner à peu près normalement, ces per- formances limitées sont un frein au développement d’une nouvelle génération de services touchant beaucoup plus fi- nement au quotidien de nos vies professionnelle et privée. Le potentiel est énorme et touche tous les secteurs : • guidage pédestre dans tous grands centres de vie : hôtels, centres d’affaires, centres commerciaux, hôpitaux, immeu- bles de bureau, parcs d’attractions, etc. ; • aide au déplacement : accès direct et guidé au bon comp- toir d’enregistrement, à la porte d’embarquement dans un aéroport, au quai d’une gare, ou de métro, …. ; • aide au déplacement pour les personnes handicapées ; • guide de musée interactif ; • guidage vers un rendez-vous, professionnel ou privé ; • guide de shopping dans les centres commerciaux ; • medias de communication et de publicité délivrant des messages en fonction de la position, de l’heure et du profil de l’utilisateur ; • géomarketing permettant de mieux comprendre les habitu- des de consommation, de développer des programmes de fidélisation en fonction de la fréquentation des lieux ; • application de sécurité et de contrôle d’accès, gestion d’éva- cuation d’urgence ; • surveillance à distance des biens et des personnes et as- sistance d’urgence pour des malades, des personnes âgées ou des mineurs ; • navigation et gestion de rencontre dans les salons, exposi- tions, congrès, etc. ; • gestion de l’énergie des bâtiments, automatisation de l’éclairage, de la température pièce par pièce en fonction de leur occupation ; • réseaux sociaux : « où sont mes amis ? » ; • sécurisation de paiement par comparaison de position ; • etc. Il est impossible d’être exhaustif mais on peut affirmer sans trop se tromper que la géolocalisation à l’intérieur des bâtiments constitue un enjeu majeur. Elle sera certainement l’élément déclencheur d’une nouvelle vague d’applications et de services de très grande ampleur pouvant être comparée à ce qu’a été l’arrivée de l’ADSL pour l’Internet. • Protéger les données privées des utilisateurs Comme pour toutes nouvelles technologies de l’informa- tion, se pose la question de la protection de la vie privée et de l’utilisation des informations de géolocalisation. C’est un point qui deviendra extrêmement sensible avec le déploiement de technologies de positionnement de précision métrique, en par- ticulier, à l’intérieur des bâtiments. Il sera alors relativement sim- ple de tracer la vie privée des utilisateurs à leur insu, de savoir qui a rencontré qui et quand, de connaître les lieux visités, etc. Les principaux OS come iOS et Android utilisent déjà, sans que nous en ayons vraiment conscience, les données de géolocalisation de nos smartphones pour enrichir et mettre à jour les bases de données, dites collaboratives, de bornes Wi-Fi et d’antennes de réseau mobile. Le but, parfaitement louable, est d’améliorer la fonction de localisation, mais per- sonne ne peut garantir que les informations ne sont utilisées que dans ce but. Google et Apple ont dû s’expliquer récem- ment auprès du Congrès américain sur l’utilisation de ces données quotidiennement collectées par leurs serveurs. Le projet de règlement européen de protection des don- nées, qui devrait être adopté en 2014, considère d’emblée les données de localisation comme étant des données per- sonnelles. Ce projet renforce l’obligation de consentement et la transparence quant à l’utilisation de ces données tout en laissant la porte ouverte à un traitement et à une utilisation anonyme. 70 ◗ REE N°3/2012 La géolocalisation Au-delà de la législation elle-même, le problème sera bien entendu celui du contrôle de son application dans un espace ouvert où les serveurs d’application peuvent être implantés un peu partout sur la planète. • Assurer l’interopérabilité et lutter contre la fragmentation – Concept de géo-cloud De même que le temps mondial est divisé en fuseaux horaires afin de permettre à l’ensemble de la planète de communiquer et travailler, la géolocalisation va devoir trou- ver des repères spatiaux. L’un des dangers qui guettent son développement est, en effet, ce que l’on peut nommer la « fragmentation », c’est-à-dire la multiplication d’applications et de services offrant des fonctions similaires mais incapa- bles de communiquer entre elles. Tout service, en particulier les services sociétaux, impliquant la coopération d’un groupe d’individus, a besoin d’une masse critique d’utilisateurs pour fonctionner et être pertinent. Pour le covoiturage, par exem- ple, le nombre élevé de sites et services (20-25 en France) qui coexistent mais sont incapables d’échanger leurs offres de trajets, constitue un frein au développement et à l’accep- tation du concept à grande échelle. Le concept de « geo-cloud », encore très futuriste, consis- terait en des moyens techniques, par exemple un ensemble d’APIs et de couches de communication couplé à un moteur de recherche, permettant à des objets géolocalisés d’interagir en fonction de leurs positions respectives et en suivant des règles de confidentialité et d’échange d’information définies par les opérateurs et les propriétaires de ces objets. L’unité portable de surveillance médicale d’un patient pourrait, ainsi, envoyer un message d’alerte à l’unité de soins mobile la plus proche, même si celle-ci appartient à un opérateur concurrent, utiliser ses services sous condition qu’un accord existe entre les deux prestataires, un « covoitureur » pourrait accéder aux offres de trajet d’autres sites et les utiliser moyennant un par- tage de la marge entre opérateurs, une promotion géolocali- sée deviendrait accessible à différents guides de shopping qui pourraient être rémunérés selon un modèle d’affiliation, etc. Les exemples peuvent se multiplier. Ils suggèrent égale- ment un bénéfice induit par la création d’un géo-cloud : la possibilité de structurer une chaîne de valeur de services et d’applications autour de la géolocalisation, de spécialiser les acteurs et ainsi d’accélérer son développement commercial et industriel  et de faire émerger une filière d’excellence. Philippe Saint-Martin, ingénieur ESIEE, IEP INSEAD, est direc- teur associé au sein de 4icom (www.4icom.fr), cabinet de conseil spécialisé dans l’innovation et en particulier l’analyse stratégique et prospective. Il a occupé des postes clefs chez NAVTEQ*, Valeo et Philips Car System comme directeur de la stratégie, directeur marketing, et responsable de programme. Son implication dans le développement et le lancement des premiers systèmes GPS de navigations routières et son expérience des applications liées à la cartographie numérique en font un observateur et un acteur privilégié de l’évolution du marché des produits et services de mobilité et de géolocalisation. * NAVTEQ est leader mondial de la cartographie numérique et filiale du groupe Nokia. l'auteur 80 ◗ REE N°3/2012 La géolocalisation A-GNSS  (Assisted-GNSS)  : Méthode d'amélioration des GNSS par l'apport d'information via le réseau de téléphonie mobile. AOA (Angle Of Arrival) : Mesure qui consiste à déterminer l'angle d'arrivée d'un signal. ARNS : (Aeronautical Radionavigation Service) : Service de navigation aéronautique. Bluetooth : Une déclinaison commerciale du standard des réseaux personnels de télécommunication IEEE 802.15 (WPAN). BOC (Binary Offset Carrier) : Modulation permettant, pour une fréquence porteuse donnée, de décaler le spectre de part et d'autre de cette fréquence. Cette modulation est utilisée dans GPS et Galileo afin de réduire les interférences entre signaux. CDMA (Code Division Multiple Access) : Accès multiple à répartition de code en utilisant la technique d’étalement de spectre par séquence directe. Cell-Id (Cell-Identification) : Moyen de localisation des ré- seaux GSM par la technique de l'Identification de Cellule. DOP (Dilution Of Precision) : Nombre qui définit l'uniformité de la distribution des émetteurs autour du récepteur et permettant de faire le lien entre la précision d'une mesure élémentaire (de distance par exemple) et la précision du positionnement final. Plus ce nombre est petit, meilleure est cette précision. Il existe de nombreux DOP : horizontal, vertical, 3D, etc. FDMA (Frequency Division Multiple Access) : Accès multiple à répartition de fréquences. GSM (Global System for Mobile) : Réseau mobile de télé- phonie de 2ème génération. GNSS (Global Navigation Satellite System) : Terme générique utilisé pour désigner l'ensemble des systèmes de navigation par satellite. HS-GNSS (High Sensitivity GNSS) : Méthodes d'amélioration de la sensibilité des GNSS. IGSO(InclinedGeosynchronousOrbit) :Seditdel'orbited'un satellite lorsque cette dernière est inclinée et géosynchrone, donc pas géostationnaire. Pseudolite : Générateur local de signaux GNSS. Répéteur : Dispositif électronique qui permet de retransmet- tre des signaux GNSS récupérés par une antenne placée en un endroit de bonne réception des satellites. RFID (Radio Frequency Identification) : Etiquette électronique. SRNS : Service de Radio Navigation par Satellite. TDOA/OTD (Time Difference Of Arrival / Observed Time Difference) : Méthode qui consiste à mesurer la différence de temps d'arrivée de deux signaux. TOA (Time Of Arrival) : Mesure qui consiste à déterminer l'instant d'arrivée d'un signal. TTFF (Time To First Fix) : Temps nécessaire à l'obtention de la première position à l'allumage du terminal. ULB : Ultra Large Bande (standard IEEE 802.15). UMTS (Universal Mobile Telecommunication System) : Ré- seau de téléphonie mobile de deuxième génération. Wi-Fi :Unedéclinaisoncommercialedustandarddesréseaux locaux de télécommunication IEEE 802.11 (WLAN). WiMax (Worldwide Interoperability for Microwave Access) : Unedéclinaisondustandarddesréseauxdetélécommunication IEEE 802.16. WLAN (Wireless Local Area network) : Réseau local de télé- communication radio. WPAN (Wireless Personal Area network) : Réseau personnel de télécommunication radio. Glossaire