Les réseaux au secours de l’écosystème

10/05/2013
Auteurs : Thierry Gaudin
Publication REE REE 2012-4
OAI : oai:www.see.asso.fr:1301:2012-4:4236
DOI : http://dx.doi.org/10.23723/1301:2012-4/4236You do not have permission to access embedded form.

Résumé

Les réseaux au secours de l’écosystème

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	    <date dateType="Updated">Thu 26 Jan 2017</date>
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102 ◗ REE N°4/2012 libres PROPOS Dupuy, celle du catastrophisme éclairé. Il faut préciser ici que, faute de disposer d’un vocabulaire adéquat, l’idée de Dupuy est souvent mal interprétée. On croit instinctivement que le mot « catastrophisme » signifie que l’auteur souhaite la catastrophe, alors que c’est tout le contraire : il veut convaincre de penser la catastrophe pour être mieux en mesure de l’éviter. Or, notre civilisation actuelle focalise son attention sur les productions et les endettements. Elle croit, ou fait semblant de croire, que le développement économique est à la fois le but et le remède. Ce discours, soutenu par un appareil de persuasion d’une puissance jamais atteinte, les médias, est celui des marchands dont le but est le même depuis l’antiquité mésopotamienne : ac- croître leur chiffre d’affaires et leurs résultats financiers. Il n’y a rien de surprenant à ce que la caste des mar- chands tienne ce discours. Le problème est qu’il n’y en a quasiment pas d’autre, sauf celui des scientifiques, alors que les risques globaux, causés par les excès d’exploita- tion, s’accroissent. Et nous sommes dans une civilisation où la Science est au service du développement de l’ac- tivité marchande, alors qu’elle devrait au contraire servir, par ses mesures et ses prévisions, de contrepoids à ses excès. Toutefois, le siècle qui a commencé connaît une mu- tation technique porteuse d’un certain espoir : la mise en réseau du monde, dont les lecteurs de la REE sont, pour la plupart, des opérateurs. Cette mise en réseau est double : • L’énergie, avec l’internationalisation et la densification du réseau électrique, qui devient progressivement par- tout le principal porteur de l’alimentation énergétique. Du coté des usages, l’électrification ferroviaire fut une grande affaire de l’après guerre. On voit maintenant s’installer l’électrification des véhicules individuels, qu’ils soient ou non hybrides, du chauffage aussi avec les pompes à chaleur. Et l’interconnexion du réseau avec d’autres pays, réalisée en Europe, se construit au- delà de la méditerranée et se négocie avec la Russie. La construction d’une électrification mondiale maillée est donc en cours. • L’information, avec les satellites, le câblage en fibre optique, le GSM, le Wi-Fi et le WiMAX s’ajoutant au traditionnel réseau télécom en fils de cuivre. Internet, le courriel touchent déjà un tiers de la population mon- diale et en touchera vraisemblablement les deux tiers dans une quinzaine d’années. Cette mise en réseau est de nature à transformer complètement la manière dont les opinions se forment et dont les comporte- ments de consommation se construisent. C’est pourquoi je qualifie ces réseaux de porteurs d’espoir. Je suis de ceux qui croient que l’apparition sur nos écrans de la photo du globe terrestre vu de l’espace a fait évoluer les mentalités. Sans doute, une enquête d’opinion verrait-elle le public, toujours un peu grognon, répondre que, pour lui, rien n’a changé, que la vie quo- tidienne est toujours aussi difficile, voire que cet argent jeté en l’air aurait été mieux employé à résoudre les pro- blèmes terrestres. Et ce même public trouve son chemin avec son GPS, sans savoir qu’il s’agit d’une triangulation entre satellites, nécessitant des horloges d’une précision extrême. Il re- garde les animations de Météosat et reçoit des nouvel- les par satellite de l’autre coté de la planète répercutant mondialement aussi bien les accidents que les exploits sportifs. L’usage de l’espace et des réseaux mondiali- sés est devenu quotidien sans même qu’il s’en rende compte. Insensiblement, nous sommes entrés dans un nou- veau monde, où la conscience fonctionne autrement. Les lecteurs de la REE se trouvent, sans l’avoir cherché, avoir à construire et gérer l’infrastructure de ce boule- versement. Bouleversement  ? Ne s’agit-t-il pas seulement du prolongement des tendances passées, d’une évolution peut-être un peu erratique mais certainement pas bou- leversante, de la société que nous connaissons ? Je ne le crois pas, et pour situer l’ampleur de ce qui s’annonce, je vais me référer à l’histoire de l’écriture, base de ce que nous appelons civilisation2 . L’écriture apparaît vers -3200. À cette époque, le cheval est domestiqué et le chameau le sera bientôt. Un mouvement d’urbanisation commence en Méso- potamie. L’interprétation de ces signes est assez claire, lorsqu’on sait, comme l’a remarqué Jean Bottéro, que plus des trois quarts des tablettes mésopotamiennes sont des « papiers d’affaire » : des contrats, des actes de propriété, de la comptabilité… C’est une civilisation qui, partie du village rural autonome, se lance dans le commerce : les villes sont des places de marché, les 2 en m’inspirant du livre de Clarisse Herrenschmidt, Les trois écritures. REE N°4/2012 ◗ 103 libres PROPOS chameaux servent à transporter les marchandises et l’écriture à prendre acte et à conserver les engagements. La Mésopotamie, dans le même mouvement, invente aussi la métrologie, les tribunaux, l’école qui tous servent au commerce. Au 6e siècle avant JC, les échanges terrestres et ma- ritimes se sont multipliés. On a trouvé en vrac dans les cales de l’épave d’un bateau phénicien des amulettes de toutes les religions. J’imagine que, comme aujourd’hui, les vendeurs essayaient tous les arguments possibles et ne négligeaient aucune superstition. Tel Patrick Le Lay, ils étaient à l’affut du « temps de cerveau disponible  ». Mais leur excès produit une réaction, tout au long de la « route de la soie » : en Chine, le Taoïsme et le confucianisme, en Inde le Bouddhisme, en Grèce la philosophie sont de grandes simplifications, des tentatives de se limi- ter à l’essentiel, d’évacuer les croyances parasites. Dans ce climat de défiance naît la seconde écriture. Les échanges étaient payés en pièces ou en lingots d’ « élec- trum  », un alliage d’or et d’argent, aux teneurs respectives très variables. Gigès, roi de Lydie, prend alors l’initiative de « frapper » des pièces, mettant ainsi son autorité et sa crédibilité financière (la Lydie était alors la région la plus pros- père de Grèce) au service de la fiabilité du commerce. C’est la seconde écriture, portative, qui circulera dans les routes est-ouest. Après avoir frappé des pièces on imprimera des billets, une invention chinoise, puis des lettres de change, des assignats, des billets à ordre… Nous sommes encore aujourd’hui dans cette civilisa- tion de la « pièce écrite ». Mais déjà la nouvelle écriture est apparue. Elle va balayer les autres : c’est l’écriture informatique. Non seulement elle se transmet d’un bout à l’autre de la planète à la vitesse de la lumière mais, c’est là une différence fondamentale avec les précéden- tes, c’est une écriture qui engendre des écritures, et cela en nanosecondes. La première surprise est venue en 1987 quand des ordres donnés par des ro- bots ont engendré la première bulle financière informatique. De nos jours, le trading haute fréquence commence à perturber les cours. S’y ajoutent les CDS, les paradis fiscaux et tout ce que la finance invente pour créer de la mon- naie à partir de presque rien. Ainsi, à cette expansion de la con- science planétaire que procurent les moteurs de recherche et les images sa- tellites, qui amène progressivement les humains à prendre soin de l’écosystème, se superpose une explosion de la mon- naie dématérialisée, qui obligera à chan- ger de système économique. ■ Thierry Gaudin est ingé- nieur général des Mines. Au cours de sa carrière administra- tive, il a participé activement à la construction d’une politique d’Innovation et a dirigé de 1982 à 1992, le Centre de Prospective et d’Evaluation du Ministère de la recherche et de la techno- logie. Depuis 1996, il préside Prospective 2100, association internationale ayant pour objec- tif de préparer des programmes planétaires pour le 21° siècle. Il est l’auteur d’une douzaine d’ouvrages sur la prospective et l’innovation.