Internet, un quadragénaire qui se porte bien

02/04/2013
Auteurs :
Publication REE REE 2013-1
OAI : oai:www.see.asso.fr:1301:2013-1:3916

Résumé

Même si certains lecteurs pourraient trouver quelque peu prématuré de traiter de l’histoire d’Internet, la documentation abondante qui existe aujourd’hui sur  ce  sujet  montre  que  c’est  possible,  le  premier ouvrage datant de 1999. Le Tque nous adopterons et justifierons plus loin, à savoir la première présentation d’Arpanet au public, date de 40 ans et explique le titre. Cela implique qu’une génération entière a connu le Web (qui a maintenant 22 ans) à sa naissance et que la mémoire d’un monde sans Internet s’estompe pour un nombre croissant de personnes. Internet se situe aussi dans le prolongement des technologies de la communication qui existaient avant lui et qu’il tend aujourd’hui à unifier.


Internet, un quadragénaire qui se porte bien

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REE N°1/2013 109 RETOUR SUR VVVVVVVVV Marc Leconte Thales Systemes Aeroportes Même si certains lecteurs pourraient trouver quelque peu prématuré de traiter de l’histoire d’Inter- net, la documentation abondante qui existe aujourd’hui sur ce sujet montre que c’est possible, le premier ouvrage datant de 1999. Le T0 que nous adopterons et justifierons plus loin, à savoir la première présenta- tion d’Arpanet au public, date de 40 ans et explique le titre. Cela implique qu’une génération entière a connu le Web (qui a maintenant 22 ans) à sa naissance et que la mémoire d’un monde sans Internet s’estompe pour un nombre croissant de personnes. Internet se situe aussi dans le prolongement des technologies de la communication qui existaient avant lui et qu’il tend aujourd’hui à unifier. L’origine d’Internet, comme souvent en histoire des techniques, est sujet à débats liés à ses dimensions multiples qui se situent à l’intersection de l’histoire de l’informatique, de la micro-informatique et des réseaux de communications. Plusieurs voies étaient possibles dans cette recherche généalogique, sachant que toutes ont une part de subjectivité et d’arbitraire. Doit-on prendre comme date de référence pour l’ori- gine, l’adoption par ARPANET en janvier 1983 du protocole TCP/IP, ce qui lui donnerait une date de naissance certaine, liée à l’adoption d’une norme technique emblématique ? Probablement pas. Nous aurions pu retenir comme origine la création du Web par Tim Berners-Lee en 1990, mais si l’invention du World Wide Web améliora de manière capitale l’in- terface homme-machine, le réseau lui-même était déjà constitué techniquement et philosophiquement. ARPANET, dévoilé au public en 1972, réunissait dès l’origine, un réseau d’ordinateurs hétérogènes, un protocole, la transmission par paquets, et utilisait le temps partagé et la notion d’informatique répartie. Toutes ces caractéristiques justifient qu’on le prenne comme point de départ. Le terme Internet est d’ail- leurs dérivé du concept “internetting” dont l’utilisa- tion documentée était due à Robert Kahn en 1972 et s’appliquait à l’époque à ARPANET. On peut cepen- dant s’interroger sur la question de savoir si ARPANET est le seul ancêtre de l’Internet actuel et s’il existait à la même époque des tentatives ou expérimenta- tions qui rejoignaient ce qu’a représenté ARPANET. D’autres réseaux se sont développés en parallèle, que ce soit dans le monde universitaire ou commercial, et utilisaient les principes de base qu’avaient posés ARPANET (voir le cas français dans l’encadré sur Cyclade). Il est clair néanmoins que c’est bien au sein de l’ARPA que se sont développés les gènes de l’Inter- net d’aujourd’hui, du point de vue de la philosophie de la communication interactive et distribuée. Toute histoire est précédée d’une préhistoire et l’ARPA elle-même est l’une des conséquences de ce qui a été appelé après la deuxième guerre mondiale “Big Science” qui montre comment le complexe militaro-universitaire a mobilisé un po- tentiel gigantesque pour répondre à la peur de la guerre atomique. ARPANET/Internet est l’une des conséquences technologiques (et sociales) de la Big Science d’après-guerre qui s’articula autour d’un triptyque bien connu aux Etats-Unis, la défense, l’université et l’industrie ; c’est pour- quoi nous remonterons un instant à l’immédiate après-guerre pour commencer cette histoire. La préhistoire : le MIT, les ordinateurs et les réseaux Les origines de l’ordinateur remontent à la deu- xième guerre mondiale mais ce sont les années 50 qui ont vu aux Etats-Unis l’émergence d’une science informatique. Le MIT fut le creuset où dominèrent les recherches et les innovations en informatique. La plupart des initiateurs et des concepteurs d’AR- PANET venaient du MIT et avaient des expériences de l’informatique interactive et du temps partagé (time sharing). La cybernétique inventée par Norbert Wiener dans les années 40 apporta quelques-uns des fondements de l’informatique interactive et com- municationnelle. Norbert Wiener focalisa autour de lui un groupe de chercheurs travaillant dans un cadre interdisciplinaire qui devait devenir le cadre intellec- Retour sur Internet, un quadragénaire qui se porte bien 110 REE N°1/2013110 REE N°1/2013 VVVVVVVVVVV RETOUR SURVVVVVVVVVVV RETOUR SUR tuel de référence de l’ARPANET, autour des notions de com- munication, de commande et de contrôle. Cette démarche s’incarna au MIT dans l’un des plus célèbres laboratoires qui s’était déjà illustré au cours de la guerre dans les dévelop- pements radars, le Research Laboratory of Electronics (RLE) et son émanation, spécialisé dans la défense antiaérienne, le Lincoln Laboratory. De grands projets comme l’ordinateur Whirlwind et le réseau SAGE (Semi Automatic Ground Envi- ronment) alimentèrent des recherches et des chercheurs. En août 1949, les soviétiques firent exploser une bombe atomique expérimentale et précipitèrent le monde dans la guerre froide. Les Etats-Unis vécurent dans l’angoisse d’une guerre nucléaire et quand arriva la nouvelle que les sovié- tiques possédaient une flotte de bombardiers à long rayon d’action pouvant venir lâcher des bombes atomiques sur les villes américaines, les autorités confièrent à un comité, l’étude d’un système antiaérien destiné à détecter et inter- cepter les bombardiers soviétiques. Le rapport d’étude du comité proposa, d’une part de ren- forcer les batteries antiaériennes et d’autre part de développer un réseau de défense automa- tisé, composé de radars et d’ordinateurs reliés entre eux par un réseau de communication qui fut appelé SAGE. Le projet SAGE constitua donc le premier réseau de défense antiaérienne des Etats-Unis. Les deux composantes fondamen- tales de SAGE étaient les radars d’interception et les Whirlwing, ordinateurs qui devaient calculer en temps réel grâce à la technique du temps par- tagé, les trajectoires des cibles détectées par les radars. Les vingt-trois secteurs, disséminés sur le territoire, étaient reliés entre eux par des lignes téléphoniques et le système était conçu pour poursuivre automatiquement les cibles aériennes, reprenant les principes du contrôle auto- matique qu’avaient posés Norbert Wiener dix ans plus tôt. L’US Air Force demanda en 1950 au MIT la création d’un centre de recherche pouvant développer et mettre au point ce réseau. Pour cela le MIT mit à contribution, entre autres, le Lincoln Laboratory, IBM et la Rand Corporation. La science in- formatique devait connaître dès lors un essor rapide d’autant que les crédits furent pratiquement illimités. Beaucoup de compétences et d’expériences des ordinateurs en réseaux, acquises dans ce programme exclusivement militaire se cris- talliseront lors de la conception de l’ARPANET. Création de l’ARPA Le 4 octobre 1957, l’URSS lança Spoutnik, premier satel- lite artificiel, en pleine guerre froide et déclencha d’emblée le début de la course à l’espace. Le choc aux Etats-Unis fut énorme et la crainte de se laisser distancer en matière de technologie conduisit à une réflexion à grande échelle sur la recherche militaire très critiquée à l’époque, notamment à cause de la concurrence que se livraient les trois armes de l’armée, la Navy, l’Air Force et l’US Army, de la gestion trop bureaucratique ainsi que des liens trop distendus entre la recherche civile et la défense. Le tout nouveau secrétaire à la Défense McElroy, nommé en octobre 1957, arriva dans un contexte agité par une crise de confiance dans les capacités militaires des Etats-Unis. Un débat fut lancé et au fil des dis- cussions émergea la création d’une agence centrale qui serait responsable de la gestion des projets avancés et supervise- rait les services du Pentagone. La création le 7 janvier 1958 de l’ARPA, acronyme de “Advanced Research Project Agency” (agence pour les pro- jets de recherche avancés), marqua une évolution essen- tielle dans la recherche militaire. Le directeur de la nouvelle agence pouvait désormais passer directement des marchés, signant là, la fin de l’autonomie dont jouissaient les services du Pentagone. L’agence bénéficia immédiate- ment d’une capacité de recherche illimitée afin d’encourager la recherche fondamentale. Finan- cée par le gouvernement fédéral, l’ARPA disposa dès ses débuts d’un énorme budget de 520 mil- lions de dollars. L’agence eut par la suite des mo- ments difficiles avec la création peu de temps après, de la NASA, mais l’arrivée au pouvoir de J. F. Kennedy lui redonna un nouveau départ. L’agence posséda au début des années 1960 une direction dynamique et soudée, une équipe de directeurs de programmes très compétents et mobilisés, des moyens financiers énormes, des soutiens politiques à la Maison Blanche et un pouvoir décisionnaire exceptionnel pour le choix des contrats de recherche. L’une des directions majeures pour la recherche en infor- matique fut le “Command and Control” et, pour diriger ces recherches, l’ARPA fit appel à un brillant chercheur du MIT J.C. Licklider. Ayant déjà une expérience de l’informatique, il détourna d’une certaine manière les objectifs qui lui étaient assignés au départ, en prônant le développement d’une informatique distribuée à laquelle personne ne croyait, une sorte de service public informatique offrant des accès mul- tiples à de grands ordinateurs. Il se donna les moyens de mettre en œuvre ses idées quand, en 1962, il transforma la division “Command and Control Research” en une nouvelle division au sein de l’agence, l’IPTO (Information Processing Techniques Office) dont il fut nommé directeur. Il devint le premier directeur des recherches en informatique ayant l’objectif de développer l’informatique interactive et le par- Figure 1 : J.C. Licklider. REE N°1/2013 111REE N°1/2013 111 Retour sur Internet, un quadragénaire qui se porte bien tage de ressources. Grâce à ses réseaux relationnels, il était en contact avec une douzaine d’universités et laboratoires de recherche étatiques. Les premiers contrats de recherche de l’IPTO se conclurent avec le MIT, Harvard, le Lincoln Lab, Stanford, l’UCLA (Université de Californie) et Berkeley, soit tout ce qui comptait en matière de recherche informatique mais aussi avec des entreprises comme SDC (System Deve- lopment Corporation) à Santa Monica qui sera le concepteur du logiciel de base de données ORBIT. Ces acteurs étatiques, universitaires ou privés constituèrent les premiers nœuds du futur ARPANET. J.C. Licklider qui quittera l’IPTO en 1964 non sans avoir soigneusement choisi ses successeurs Ivan Su- therland et Robert Taylor peut être considéré comme l’un des pionniers de l’informatique moderne qui préfigure Internet. Pour réaliser une informatique en réseau, il fallut ap- pliquer aux réseaux une notion qui avait été développée au MIT pour optimiser les programmes d’ordinateurs de SAGE, le “time sharing” et remplacer le mode de trans- mission traditionnel du téléphone par la commutation de paquets. La commutation de paquets Au début des années 60, des recherches étaient menées au MIT, aux Lincoln Labs et en Grande- Bretagne sur l’optimisation des techniques de transmission de données. En 1961, Léonard Kleinrock publia un article proposant l’utilisation de la commutation de paquets pour les transmissions de données. Cette méthode était également déve- loppée séparément par un physicien britannique Donald Davis et par un mathématicien de la Rand Corporation de l’US Air Force, Paul Baran. Cette technique consistait à dé- couper le message en blocs appelés « paquets », chacun étant placé dans un mot binaire contenant à la fois le message et des informations d’adressage définissant sa destination. Les paquets ainsi formés s’acheminaient ensuite par la voie la plus ouverte ou plus exactement la moins encombrée et étaient réassem- blés à leurs destinations. Paul Baran en avait eu l’intuition au début des années 60 quand le sabotage de plusieurs antennes de communications situées dans l’Utah avait montré la grande vulnérabilité des communications militaires. Il imagina alors les concepts nécessaires à la mise au point d’un réseau durci ca- pable de faire face à des actes de sabotage voire à une attaque massive sur les Etats-Unis. L’histoire a retenu le nom de Paul Baran à qui on a attribué la paternité de l’idée qu’ARPANET était un réseau décentra- lisé destiné à résister à une attaque nucléaire. Comme on va le voir, l’histoire d’ARPANET est un peu différente car le ré- seau de Paul Baran fut toujours distinct du réseau ARPANET. Le projet d’ordinateurs en réseau de l’ARPA Les successeurs de J.C. Licklider à l’IPTO s’attachèrent à appliquer les idées de leur ancien patron et à la réalisation d’un réseau d’ordinateurs fonctionnant avec les principes du partage des tâches et de la répartition des moyens. En 1967, il fut décidé au sein de l’IPTO de construire un réseau de base et de faire fonctionner en premier lieu des protocoles communs aux mini-ordinateurs spécialisés pour les réseaux. En 1967, au cours d’un colloque tenu à Gatlingburg sur les “Operating Systems Principles”, Larry Robert directeur de l’IPTO, présenta son plan pour un réseau d’ordinateurs qu’il appela le réseau de l’ARPA ou encore l’ARPA Network. Le projet prévoyait la connexion de quatre sites qui s’éten- draient par la suite à quinze. Ce projet était soutenu et financé par l’ARPA/IPTO. La question du mode de transmission des données était encore à ce stade en suspens mais il se trouva qu’à cette même conférence Roger Scantelbury, membre de l’équipe de Donald Davis, présenta un réseau expérimental de commutation par paquets en cours d’essai en Grande- Bretagne. Les travaux de Paul Baran furent éga- lement évoqués. Cette conférence marqua une convergence entre diverses innovations menées en parallèles et dont ARPANET sera le point d’aboutissement. Elle donna aussi au projet une certaine notoriété dans le monde informatique. A la fin de 1967, l’IPTO attribua un contrat au SRI (Stanford) pour la définition et les spécifica- tions du futur réseau. En juin 1968 une fois les spécifications précisées, un appel d’offres fut pro- posé à une dizaine de compagnies pour l’équi- pement d’un réseau avec des interconnexions permettant le partage de ressources et l’amélioration de la productivité de la recherche informatique, le tout financé à hauteur de 2,2 mil- lions de dollars. Les grands acteurs de l’informatique comme IBM ou Control data ne répondirent pas à l’appel d’offres, per- suadés que leur modèle basé sur une informatique centrali- sée (mainframe) était incontournable. Ce schéma se répétera plus tard avec la micro-informatique. C’est la compagnie BBN qui sera choisie par Larry Robert face notamment à Raytheon, pour construire l’infrastructure matériel du réseau qui sera mis en œuvre au cours de l’année 1969 sous maîtrise d’œuvre de l’IPTO. BBN était en fait une firme de consultants du Massa- chusetts, Bolt, Beranek and Newman dont l’un des chercheurs était Robert Kahn. En novembre 1967, Larry Roberts avait formé le NWG, Network Working Group pour suivre de près le développement de l’entreprise devant mener à Arpanet. On retrouvait dans ce groupe les représentants de plusieurs universités qui allaient former les premières connexions d’Ar- panet, ainsi que des membres de la RAND Corporation. Un ré- Figure 2 : Paul Baran. 112 REE N°1/2013112 REE N°1/2013 VVVVVVVVVVV RETOUR SURVVVVVVVVVVV RETOUR SUR seau humain dans lequel figuraient Leonard Kleinrock, professeur d’in- formatique à l’université de Califor- nie à Los Angeles UCLA, spécialiste de la communication par paquets, mais aussi des anciens camarades d’études de Larry Roberts au MIT. Dans le laboratoire de Léonard Kleinrock, quelques étu- diants travaillaient à divers projets, Vinton Cerf, Steve Crocker, Jon Postel. Le Network Working Group préfigura les groupes de discussion qui s’épanouirent quelques années plus tard en mettant en place une RFC (Request For Comment), une de- mande de commentaire ou discussion qui repré- senta un système de documentation ouverte et qui fut le premier annuaire de l’ARPANET. Le NWG précisa certaines données techniques fondamen- tales comme le protocole NCP et les dispositifs de transfert de fichiers comme FTP et de connexion à distance comme Telnet ; ces dispositifs existent toujours aujourd’hui. A la fin de l’année 1969, quatre universités étaient reliées entre elles à travers des nœuds de réseau, par des ordinateurs de types diffé- rents et par l’intermédiaire de machines passerelles appelées IMP (Interface Message Processor) mises au point par Leo- nard Kleinrock. En 1970 après les quatre sites historiques, l’UCLA, le SRI, l’USCB (University of South Carolina Beaufort) et l’université d’Utah, se rajoutèrent la Rand Corporation (ou travaillait Paul Baran), la compagnie SDC (System Develop- ment Corporation), la compagnie BBN, le MIT et Harvard. En 1971, le nombre de sites augmenta encore avec le Lincoln Labs, l’université de Stan- ford (distincte mais proche du SRI), l’université de l’Illinois et l’université de Carnegie Mellon, le laboratoire de la NASA et l’université de Califor- nie de Berkeley (UCB) précurseur, avec les Bell Labs, dans le développement d’UNIX. Enfin au cours de la première conférence internationale sur les communications infor- matiques à Washington en octobre 1972, Robert Kahn concepteur chez BBN de l’archi- tecture du réseau réussissait brillamment la première présentation publique d’ARPANET qui marqua la nais- sance officielle de l’ancêtre d’Internet. Le TCP/IP et Ethernet En 1972, un ingénieur de BBN, Ray Tomlinson, utilisa pour la première fois un courrier électronique en se l’envoyant à lui-même et il utilisa l’@ pour séparer le nom et le domi- cile du destinataire, inventant la messagerie Internet. Continuant le travail sur l’amélioration du réseau, les chercheurs de l’ARPA étudièrent la possibilité de relier les ordinateurs entre eux par des réseaux dits hétérogènes qui pou- vaient présenter des architectures et des fiabilités diverses. Ces recherches aboutirent en 1973 à la définition par Robert Kahn et Vinton Cerf d’un nouveau protocole appelé “Trans- mission Control Protocol” soit TCP qui assurait la sécurité et la fiabilité des transmissions. En 1978, Vinton Cerf dévelop- pa un deuxième protocole qui réalisait simple- ment la transmission des paquets d’un nœud à l’autre et appelé Internet Protocol. L’association des deux donna le célèbre TCP/IP encore très utilisé aujourd’hui. ARPANET évolua au cours des années 1970 vers un réseau constitué de gros serveurs reliés au réseau ARPANET servant de passerelles à des appareils de communica- tion plus petits formant un réseau local. Cette configuration bénéficia d’une innovation venue du centre de recherche Palo Alto de Xerox en Californie appelé Ethernet qui normalisait les réseaux locaux et qui deviendra la norme par la suite avec l’expansion de la micro-informatique. En parallèle aux travaux sur l’ARPANET, un phéno- mène de grande ampleur qui allait changer l’informa- tique de manière durable et l’introduire dans le grand public, se développait avec l’essor de la micro-informatique. Développement de la micro-informatique Au début des années 1970, l’informatique se développait déjà depuis une trentaine d’années à partir des premiers ordinateurs inventés dans les années quarante autour de la recherche mili- taire (voir plus haut). L’ENIAC, considéré comme le premier ordinateur, fut terminé en 1945. C’était un monstre d’électronique qui comportait 18 000 tubes radio et qui était au fond, une énorme machine à calculer du point de vue de son architecture. Les ordina- teurs étant surtout utilisés dans la recherche militaire, leurs applications civiles étaient encore très réduites dans ces an- nées-là, les capacités des calculateurs dépassant beaucoup les besoins commerciaux de l’époque. Certains chercheurs et théoriciens prirent peu à peu conscience que l’ordinateur pouvait faire autre chose que du Figure 3 : Léonard Kleinrock devant un IMP. Figure 4 : Robert Kahn. Figure 5 : Vinton Cerf. REE N°1/2013 113REE N°1/2013 113 Retour sur Internet, un quadragénaire qui se porte bien calcul scientifique. Nous avons signalé plus haut les idées de J.C. Licklider qui s’inscrivaient pleinement dans cette démarche. Dans les années 1960, la mise au point du sys- tème télématique de réservation de places d’avion SABRE marqua une des premières utilisations de l’ordinateur dans un processus complet d’informatique civile. Les ordinateurs bénéficièrent également des avancées de l’électronique avec l’invention en 1948 du transistor et dans les années 1960 des circuits intégrés. En 1971, la firme Intel inventa un circuit intégré qui pos- sédait l’architecture en miniature d’un ordinateur. C’était le microprocesseur, invention capitale qui modifia profondé- ment l’électronique et l’informatique. En 1974, Jonathan Titus, jeune ingénieur passionné d’électronique, construisit une machine de la taille d’une boîte à chaussure comportant un microprocesseur Intel 8008 qu’il appela (improprement) un mini-ordinateur. En janvier 1975, l’ALTAIR 8800 était vendu en kit ou assemblé à partir du microprocesseur 8080 d’Intel. L’Apple II fut lancé en 1977 et le PC d’IBM en 1981, la micro-informatique apparut ainsi et équipa le grand public. Mais aux Etats-Unis à la fin des années 1970, comme un peu plus tard en France, l’utilisation d’un micro-ordinateur pour communiquer à travers un réseau informatique n’était pas chose aisée, tout le monde se souvient des modems chantant, numérotant les numéros de serveurs et des aléas de la transmission. Les numéros devaient être locaux pour ne pas être trop coûteux car les appels longue distance aux Etats-Unis étaient très chers. En dépit de ces difficultés, des systèmes de bulletins se développèrent à travers le pays et étaient reçus sur des micro-ordinateurs personnels équipés de modems et de logiciels de communication constituant de multiples petits réseaux locaux encore rudimentaires mais soulignant la volonté de démocratisation de l’informatique qui devait être l’un des marqueurs d’Internet. Développement des réseaux universitaires En parallèle aux réseaux personnels, sociaux ou commer- ciaux, existaient plusieurs réseaux académiques. L’un d’entre eux, appelé BITNET, fut développé en 1981 pour relier les ordinateurs centraux d’IBM sur les campus universitaires. Ce service était destiné aux étudiants et enseignants et leur per- mettait de partager leurs connaissances par des discussions. L’une des caractéristiques principale de BITNET était le forum de discussion Listserv. En 1980, un nouveau service appelé USENET débuta comme interconnexion entre ordinateurs utilisant le système d’exploitation UNIX, né de la volonté de quelques informaticiens de se libérer de systèmes proprié- taires des grands acteurs de l’informatique. Leurs inventeurs Ken Thompson et Dennis Ritchie, qui travaillaient alors aux Bell Labs, entreprirent d’explorer la possibilité de créer, avec des moyens simples, un système d’exploitation réellement multitâches qui était capable de fonctionner sur plusieurs types de machines et incorporait pour les communications le protocole TCP/IP. Les protocoles de communication TCP/IP étaient distribués avec UNIX qui deviendra très vite l’OS pri- vilégié des ordinateurs de gestion d’Internet. L’utilisation d’un système multitâche et à vocation universelle indépendant des types de machine devait représenter un autre marqueur fondamental d’Internet. Extension et institutionnalisation de l’ARPANET En 1983, le Ministère de la défense divisa le réseau ARPA- NET en deux. Une partie militaire prit le nom de MILNET et une partie civile conserva le nom d’ARPANET. Le Ministère de la défense garda la gestion de MILNET et confia l’ARPANET à la responsabilité de la NSF (National Science Foundation) qui ouvrit le réseau aux usages commerciaux. En janvier 1983, la NSF fit le choix capital du protocole TCP/IP sur le plan tech- nique qui remplaçait le NCP utilisé à l’origine. Pour certains, cette date marque le véritable début d’Internet (voir discussion des origines en introduction). La NSF avait pour objectif de relier, par le réseau, de gros ordinateurs et de constituer un ré- seau général destiné aux chercheurs. Pour cela la NSF finança une liaison à haut débit qui traversait le continent sur lequel pouvait se connecter un grand nombre de réseaux locaux. En 1987, la NSF lança un appel d’offres pour remplacer la liaison d’origine par une nouvelle fonctionnant à 1,5 Mbit/s. L’un des contrats fut obtenu par une filiale de Verizon qui développa ce qui constitua le principal canal du trafic Internet. En 1990, le réseau NSF connectait environ deux cents universités entre elles, des réseaux gouvernementaux ainsi que des réseaux internationaux notamment avec l’Europe à travers un câble sous-marin. L’ARPANET d’origine fut, dès lors, obsolète et il fut arrêté en 1990, le nouvel Internet avait tué son père ou se succédait à lui-même. Les réseaux commerciaux furent autorisés à se connec- ter au réseau NSF à condition qu’ils soient réglementés par une “Acceptable Use Policy” car le congrès ne voulait pas entretenir un réseau que des entreprises privées utilise- raient à des fins commerciales. Néanmoins cette politique évolua vers plus de souplesse au fil du temps. Peu à peu cette réglementation autorisa et même encouragea les ser- vices commerciaux à créer d’autres réseaux afin de permettre au réseau NSF de se consacrer à la recherche scientifique. Devant l’exploitation d’une partie de plus en plus importante du réseau par des services commerciaux, l’Acceptable Use Policy autorisa en 1992 des usages « supplémentaires » pou- 114 REE N°1/2013114 REE N°1/2013 VVVVVVVVVVV RETOUR SURVVVVVVVVVVV RETOUR SUR vant accroître les capacités du réseau et « d’autres usages » que la recherche et l’éducation. Il y avait en 1992 un million de machines interconnectées dans le monde et le problème de la gestion d’un tel réseau commençait à préoccuper les utilisateurs institutionnels. Dès l’origine ARPANET gérait un fichier qui contenait les adresses de chaque ordinateur connecté mais ce dossier, avec la croissance du réseau, devint vite ingérable. En 1982, des chercheurs proposèrent de remplacer ce système par une convention hiérarchique appelé système de noms de domaine (DNS). Ce système comportait des domaines supé- rieurs comme .com, .edu, .net, .gov et .mil ; il fut adopté en 1984 en ajoutant les noms des pays aux noms de domaines. En 1998, une nouvelle entité de gestion du réseau fut créée et pris le nom de l’Internet Corporation for Assigned Names and Numbers (ICANN) qui gère encore aujourd’hui toutes les questions pratiques de l’Internet associées à l’adressage. Au seuil des années 90, le successeur d’ARPANET connaissait un succès et une couverture importante dans les domaines de l’informatique professionnelle et chez les chercheurs académiques, mais il lui manquait une facilité d’utilisation et une convivialité qui sera l’apport fondamental du Web en 1990 et qui donnera très rapidement en moins de deux décennies à Internet une portée planétaire. L’ouverture au monde : le World Wide Web Pour la majorité des utilisateurs d’aujourd’hui, Internet est synonyme de l’acronyme WWW pour World Wide Web. Pour la première fois dans cette histoire, cette innova- tion ne fut pas d’origine américaine. Le Web fut inventé et mis au point par Tim Berners-Lee et Robert Cailliau dans le cadre de l’Organisation européenne pour la Recherche nucléaire (CERN) à Genève. Tim Berners-Lee avait observé le creuset d’échange d’informations constitué par les centaines de cher- cheurs et ingénieurs qui travaillaient au CERN et il connaissait le concept mis en application par Apple sur les MacIntosh ap- pelé Hypertexte et développé également par Ted Nelson en Californie. Le CERN utilisait déjà depuis plusieurs années le réseau Internet mais pour favoriser la communication qui ne semblait réservée qu’à des professionnels de l’informatique, Tim-Berners-Lee inventa alors le Web dont les trois compo- santes furent l’URL, le protocole HTTP et le langage HTML. L’URL acronyme de “Uniforme Resource Locator” est un système d’identification d’adresse universel qui permet de connecter un ordinateur avec facilité à tout autre ordinateur sur le réseau. Le protocole HTTP pour “HyperText Transfer Protocol” permet l’échange et le transfert de documents et de dossiers en provenance de sources hétérogènes. L’HTML ou HyperText Markup Language est un langage de formatage, déjà en usage chez IBM, facile à apprendre qui permet la construction de pages Web. Le soutien administratif et tech- nique de Robert Cailliau fit que le Web fut opérationnel sur les ordinateurs du CERN le jour de Noël 1990 et qu’il put se propager alors sur l’ensemble du réseau par la suite. Tim Berners-Lee concevra également un programme qu’il baptisa navigateur pour décoder une page d’informa- tion, l’afficher et passer à la suivante par ce qu’on appela un lien hypertexte. En 1992, le National Center for Super- computing Applications de l’université de l’Illinois améliora le concept de navigateur en y ajoutant des éléments gra- phiques et appela ce programme Mosaïc. Les concepteurs du programme s’installèrent ensuite dans la Silicon Valley pour créer la compagnie Nescape en lançant une version commerciale de Mosaïc. Microsoft au même moment lança son navigateur, héritier lui aussi de Mosaïc, appelé Internet Explorer. L’une des caractéristiques capitales de Netscape était d’introduire un codage de l’information qui ouvrait la voie au paiement sécurisé sur Internet et aux transactions commerciales. En 1993, à la demande de Tim Berners-Lee, le CERN accepta l’usage libre des protocoles du Web ce qui s’avé- ra un choix décisif pour son expansion. En 1994, Tim-Berners-Lee, qui avait rejoint le MIT, fondait le consortium W3C dont le but était de créer des standards et d’améliorer la qualité du Web. En 1995, les composantes majeures de l’In- ternet d’aujourd’hui étaient alors réunies. - tés commerciales avec des liaisons Europe Etats-Unis par câbles sous-marins ; fournisseurs de services commerciaux ; local à grande vitesse pour relier les ordinateurs individuels ; équipés de logiciels de communication et de systèmes d’exploitation utilisant la norme TCP/IP ; privés ; noms de domaine l’ICANN. Le réseau était alors techniquement arrivé à maturité et son évolution fut marquée par une formidable expansion et une explosion des serveurs, des sites (voir figures 7 et 8) et des contenus jusqu’à provoquer une crise de croissance en 2000 Figure 6 : Tim Berners-Lee. REE N°1/2013 115REE N°1/2013 115 Retour sur Internet, un quadragénaire qui se porte bien avec la bulle Internet. Depuis, son histoire s’écrit toujours mais son évolution concerne essentiellement les contenus et est davantage tournée vers les utilisateurs avec l’augmentation des débits, l’utilisation généralisée des réseaux locaux sans fil et l’élargissement au multimédia. Conclusion Conçu dans les laboratoires de l’ARPA dans les années 1960, Internet véhicule un trafic dont le volume excède de loin tous les autres modes de communication. Son histoire qui s’écrit encore, est complexe et se situe à la croisée de dif- férents systèmes techniques mais aussi de systèmes cultu- rels. Internet est en fait issu d’une double culture, d’une part de l’évolution technique des réseaux informatiques dans le cadre hérité de la guerre froide, très scientifique et très enca- dré de l’ARPA devenue aujourd’hui la DARPA, d’autre part du développement de la micro-informatique des logiciels libres et des systèmes d’exploitation ouverts (type UNIX) favorisant l’émergence d’une contre-culture, dont se réclamaient d’ail- leurs certains de ses inventeurs dont nous avons parlé plus haut. La gouvernance d’Internet reflète cette dualité, écarte- lée entre la nécessité de réguler et vérifier les contenus et la volonté de liberté des utilisateurs. Le Web 2.0, terme inventé par Dale Dougherty en 2003 devrait marquer une étape sup- plémentaire dans le sens de la liberté et rendra probable- ment plus difficile la tâche de l’ICANN. Avec ses débats, sa liberté, son influence et son milliard d’utilisateurs Internet se porte bien. Figure 7 : Evolution du nombre de serveurs. Source : Wikipédia. Figure 8 : Evolution du nombre d’utilisateurs. Source : Wikipédia. Le réseau CYCLADE, autre précurseur d’Internet en France On a l’habitude en France d’évoquer le Minitel comme précédant le réseau Internet. En effet le Minitel a été un service grand public proposé par un service étatique qui a fait entrer la télématique dans le très grand public. Mais le point de vue des informaticiens fut très différent avec l’aventure du réseau CYCLADE. En France la recherche informatique amena, parallèlement aux Etats-Unis, un modèle de réseau assez proche de l’ARPANET mais qui ne vit, pas le jour, pour des raisons politiques et économiques. Tout commence par un voyage organisé en 1969 par la Délégation à l’Informatique pour visiter l’un des premiers centres connectés à l’ARPANET. Une fois terminé ce voyage, les appréciations des ingénieurs qui y avaient participé persuadèrent le délégué à l’informatique, Maurice Allègre, que la France devait investir dans ce domaine de l’informatique qui semblait prometteur. Malgré un grand nombre d’obstacles et de scepticisme rencontré au sein de la communauté, Maurice Allègre décida de constituer une équipe à l’IRIA (ancêtre de l’INRIA) dont il confia la direction à Louis Pouzin (X 1950) qui avait appris la programmation chez Bull et était l’un des rares spécia- listes du temps partagé, pratiqué au cours d’un séjour au MIT de 1963 à 1965 chez F. Corbato. Le réseau, appelé CYCLADE, ne fut pas conçu pour une application particulière ni pour un type unique de matériel. Lancé en 1972, CYCLADE était constitué par un réseau d’une vingtaine d’ordinateurs hétérogènes situés dans des universités ou des centres de recherche. L’objectif était de développer un savoir-faire dans les domaines de la transmis- Louis Pouzin. 116 REE N°1/2013116 REE N°1/2013 VVVVVVVVVVV RETOUR SURVVVVVVVVVVV RETOUR SUR sion de données, des bases de données réparties et du travail à distance. En 1976, le réseau fonctionnait parfaitement et était utilisé régulièrement par les équipes du projet. L’expérience d’ARPANET était connue et avait permis de gagner du temps et d’éviter les erreurs. Elle utilisait la transmission et la commutation de paquets que Louis Pouzin avait rebaptisé datagrammes. CYCLADE était conçu pour tirer le meilleur parti de ce type de transmission ce qui amena la recherche française à un niveau comparable à ce qui se faisait aux Etats-Unis avec ARPANET. En 1973, les équipes de l’IRIA et Louis Pouzin le premier, réalisèrent que les datagrammes qu’utilisaient CYCLADE étaient incompatibles avec la démarche du monde des télécommunications qui prônait le principe de réseaux de com- mutation de circuits virtuels contrôlant mieux les flux et permettant une taxation plus aisée et plus simple et, croyait-il, plus adapté au grand public. Deux logiques s’affrontèrent : avec CYCLADE celle d’un utilisateur de réseau, avec le CNET celle d’un opérateur de réseau. Louis Pouzin face à la puissante DGT alla chercher des arguments outre atlantique en par- ticipant à l’ICCC (Conférence internationale sur les communications informatiques) à Toronto en 1976 où il mit en cause les administrations européennes en les accusant de vouloir conserver des positions hégémoniques. Au cours de cette conférence, il fit connaître CYCLADE avec un certain succès, pour trouver des soutiens. Mais par la suite la Délégation à l’Informatique fut dissoute, le budget de CYCLADE transféré puis bloqué ce qui entraina l’arrêt de ce projet en 1978. Plus grave, le lobby des télécommunications réussit à imposer en Europe la norme X25 qui était la philosophie contraire de la transmission par paquets et considérait Ethernet et Internet comme des objets « sulfureux ». Cela eut comme conséquence que l’avance technique de CYCLADE ne servit à rien. Peu de temps après, en 1980, les PTT lan- cèrent le Minitel, expérience de télématique, appliquant les conclusions du rapport Nora Minc qui leur confiait l’informa- tisation de la société. En France, l’opération Minitel engendra un monumental immobilisme et les recherches consacrées aux réseaux à l’INRIA connurent une période glacière. En revanche à partir de l’invention du Web, les réseaux redevinrent à l’INRIA un domaine valorisant et en 1995, l’INRIA signa un accord par lequel il devenait l’hôte pour l’ensemble des pays européens des activités du W3C, consortium créé par Tim Berners-Lee. Marc Leconte est secrétaire du club 2SR de la SEE, membre du comité de rédaction de la REE, membre émérite SEE et médaillé Ampère. Au sein de Dassault Electronique, il a passé une quin- zaine d’année (1976-1991) à l’étude, au développement et aux essais en vol du radar RDI du Mirage 2000. Ensuite pendant trois ans il a participé à l’étude d’un démonstrateur laser franco-britan- nique CLARA en travaillant sur les algorithmes de suivi de terrain et sur la conception assistée par ordinateur du récepteur numérique. A partir de 1995, il a élargi son activité aux domaines des études concurrentielles et stratégiques dans les domaines des radars aéroportés et de la guerre électronique. Il exerce les mêmes acti- vités dans la division aéronautique de Thales après la fusion de Dassault Electronique et de Thomson-CSF. A partir des années 90 et en parallèle, il s’est intéressé à l’histoire des sciences et des techniques en général et à l’histoire du radar en particulier et a publié plusieurs articles sur ce sujet. L'AUTEUR Pour en savoir plus La bibliographie sur ce sujet est très abondante sur Internet d’autant que les créateurs des années 1960 cités dans cet article ont souvent témoigné de leur expérience et ils ont tous leur bibliographie sur le Net. Sur SAGE on peut consulter la fiche Wikipédia : http://en.wikipedia.org/wiki/Semi-Automatic_Ground_ Environment Sur l’histoire proprement dite d’ARPANET et Internet : La revue « Le temps des médias », n°18 printemps 2012 : Histoire de l’Internet, l’Internet dans l’histoire. Cette revue d’histoire a constitué un dossier couvrant beaucoup d’aspects de l’histoire d’Internet avec en particulier : Paul E Ceruzzi, « Aux origines américaines de l’Internet ». Pascal Griset, Valérie Schafer, "Make the Pig Fly", L’INRIA ses chercheurs et Internet des années 1970 aux années 1990 ». Alexandre Serres, « Aux sources d’Internet », thèse de doctorat en sciences de l’information et de la communication, université Rennes 2, 2000. Très utiles sur le développement d’ARPANET : Pierre-Eric Mounier Kuhn, « L’histoire de l’informatique en France », Presses de l’Université Paris Sorbonne, 2010. Philippe Breton, « Histoire de l’informatique », Edition La Découverte, 1987. La Recherche n°328 1/02/2000 : numéro spécial Internet avec en particulier un article de Louis Pouzin sur Cyclade.