Transition énergétique : clarifier les enjeux environnementaux

02/04/2013
Auteurs : Lucien Chabason
Publication REE REE 2013-1
OAI : oai:www.see.asso.fr:1301:2013-1:3915

Résumé

U n adage répandu dans le monde de l'environnement : « penser globalement, agir localement » donnerait à penser qu'il existerait une sorte de continuité naturelle entre le global et le local. Le développement des politiques énergétiques depuis l'émergence de la question climatique montre qu’il n’en est rien.
La  priorité  donnée  à  l'essor  des  énergies  renouvelables non émettrices de GES - en particulier l'éolien terrestre et offshore - avec l'affichage d'objectifs à moyen terme très ambitieux est un acquis du Grenelle. Comme l’hydroélectrique,  le  développement  éolien  caractérise bien l'opposition global/local.


Transition énergétique : clarifier les enjeux environnementaux

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	La  priorité  donnée  à  l'essor  des  énergies  renouvelables non émettrices de GES - en particulier l'éolien terrestre et offshore - avec l'affichage d'objectifs à moyen terme très ambitieux est un acquis du Grenelle. Comme l’hydroélectrique,  le  développement  éolien  caractérise bien l'opposition global/local.
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128 REE N°1/2013 LIBRES PROPOS Lucien Chabason, Président du Plan Bleu U n adage répandu dans le monde de l'envi- ronnement : « penser globalement, agir lo- calement » donnerait à penser qu'il existe- rait une sorte de continuité naturelle entre le global et le local. Le développement des politiques énergétiques depuis l'émergence de la question clima- tique montre qu’il n’en est rien. La priorité donnée à l'essor des énergies renouve- lables non émettrices de GES - en particulier l'éolien ter- restre et offshore - avec l'affichage d'objectifs à moyen terme très ambitieux est un acquis du Grenelle. Comme l’hydroélectrique, le développement éolien caractérise bien l'opposition global/local. Climat global ou paysage local ? On le voit dans la difficulté à mettre en œuvre sur le terrain les parcs éoliens terrestres du fait d'une législation hésitante et mouvante, mais aussi de fortes oppositions lo- cales en particulier dans les régions où le paysage a une très forte valeur patrimoniale, tels que le littoral, la Provence intérieure, les hauts pla- teaux du Massif Central. L'industrie de l'éolien, agissant comme n'importe quel lobby économique, s'est effor- cée d'obtenir des dérégulations législatives. Mais cela ne peut que renforcer les contestations des tenants du paysage qui peuvent par ailleurs s’appuyer sur le droit international relatif à la biodiversité qui protège en par- ticulier les oiseaux et les chauves-souris. Et si l'ampleur de l'impact sur ces espèces n'est pas établie de façon incontestable, alors il est encore possible d'invoquer le principe de précaution qui recommande prudence voire abstention. Curieusement, cette valeur paysagère, localement défendue avec ardeur, du Cézallier aux Monts d'Arrée et de la Margeride aux Ardennes, et qui apparaît dans les schémas régionaux climat-air-énergie, est peu por- tée au niveau national par des associations écologistes, qui donnent priorité aux questions globales, et est mal assumée par les ministères compétents. On a tôt fait de considérer les associations locales comme instrumentées par le secteur nucléaire ou défen- dant des intérêts égoïstes. Mais on a tort de minimiser la valeur paysagère dans les politiques environnementales, ce qui finalement amène aux juges beaucoup d'affaires où le paysage n'a pas été considéré à sa juste valeur. Ces contradictions enjeux globaux/conséquences locales trouveront également à s'exprimer lorsque viendra le moment de la mise en œuvre du schéma décennal de développement du transport d'électricité qui a récemment fait l’objet d’une consultation publique. Celui-ci prévoit, notamment mais pas seulement, en relation avec le développement des parcs d'énergie renouvelable, la construction d’un millier de km de lignes THT 400 kV et le rehaussement à 400 kV de 2 000 km de lignes existantes. De beaux débats de ter- rain s’annoncent, quand on observe ce qui se passe pour construire la nouvelle ligne 400 kV dans le Cotentin. Enfin, il va falloir amener à la côte le courant produit par les futurs parcs offshore et, à cette fin, rechercher de l’espace naturel juri- diquement acceptable en dehors des zones urbanisées, des sites protégés par l’article L.146-6 de la loi littoral ou par la loi de 1930, des propriétés du Conservatoire du littoral ou celles que les départements ont acquises grâce à la taxe des espaces naturels sensibles ! Une lourde tâche en perspective quand on voit ce qu’il est advenu des projets de lignes THT du Val- Louron ou du Verdon qui n'ont pu se réaliser pour des raisons de paysage. La difficulté que rencontre l'Allemagne pour évacuer l'électricité produite en Mer du Nord et qui suppose la construction de 3 500 km de ligne à haute tension en direction du sud du pays donne également à réfléchir. Et l’on ne parlera pas ici de la tentation de relancer l'hydroélectrique, petit ou grand, qui ne peut que se heurter aux défenseurs de l'écologie aquatique et aux directives européennes sur l'eau ou sur la biodiversité. L’efficacité énergétique, parent pauvre Curieusement, alors que les difficultés en vue de réaliser le programme d'énergies renouvelables se sont accumulées et nous amènent à enregistrer un retard sur les objectifs du paquet énergie-climat, peu est fait ou Transition énergétique : clarifier les enjeux environnementaux REE N°1/2013 129 LIBRES PROPOS même proposé pour mettre en œuvre un autre objectif du paquet, celui qui concerne l'efficacité énergétique, notamment dans le parc de logements anciens, les bâti- ments publics et les immeubles de bureaux. C'est pour- tant là, on le sait, que la réserve d'économie d'énergie est considérable, le logement et les bureaux représen- tant 44 % de la consommation finale d'énergie avec 55 % de logements construits avant toute règlementa- tion thermique. On touche là aux perversions des politiques pu- bliques qui ne sont pas nécessairement fondées sur des calculs rationnels de rapport coût financier et environ- nemental/efficacité : de fait, contre toute rationalité, le développement des énergies renouvelables a reçu une attention infiniment plus grande que l'efficacité énergé- tique et ce, pour plusieurs raisons. Tout d’abord, la pression sur les pouvoirs publics est plus forte du côté des industriels et des financiers du secteur des renou- velables, bien organisé, alors que ce qui touche à l'amélioration du parc de logements anciens est beaucoup moins perceptible en termes d’organi- sation professionnelle et de lobbying politique. Ensuite, d’un point de vue politique qui exige de la visibilité, il est plus valorisant de lancer un parc d'éoliennes offshore (encore à venir) ou des plates-formes portuaires de construction de pales que de financer l’isolation thermique d’un parc HLM ou d'une université. Et enfin, l’intervention sur le parc de logements anciens suppose des dis- cussions avec des interlocuteurs multiples, là où l'éolien ou le solaire ne demandent que des permis et des tarifs de rachats généreux. Avec la contribution au service pu- blic de l'électricité (CSPE), on a mis au point au bénéfice des E.R une martingale qui n'existe pas dans le domaine de l'efficacité énergétique, une raison majeure du désé- quilibre entre ces deux approches. Pourtant, l’isolation thermique du parc ancien, y com- pris les bâtiments publics, présente un grand intérêt : intérêt écologique (pas d'impact négatif) tout d’abord ; intérêt économique dans le secteur de l’artisanat et des matériaux isolants et intérêt social, avec les emplois liés à ces branches, répartis sur l'ensemble du territoire, et avec la maîtrise des consommations énergétiques des ménages ; intérêt scientifique enfin, avec la mise au point de matériaux et de techniques d’isolation de plus en plus performantes. En définitive, une véritable illus- tration des valeurs du développement durable et une opportunité de trans- cender l'opposition entre préoccupa- tions globales et environnement local. La directive européenne de 2012 sur l'efficacité énergétique est l'occasion de porter cette préoccupation au ni- veau qu'elle mérite, ce que souligne un tout récent rapport du C.E.S.E (2013.1) sur l'efficacité énergétique. Bref, reconsidérer l'ensemble des enjeux environnementaux quelle qu'en soit l'échelle, les évaluer, discuter leur pertinence respective et en tirer des conclusions nous paraît devoir faire aussi partie du grand débat sur la tran- sition énergétique. Lucien Chabason a été responsable des questions de sites et paysages au ministère de l'environnement, Directeur du cabinet du Ministre de l'Environnement, Brice Lalonde, auteur du Plan National pour l'Environnement qui a abouti à la création de l'ADEME en 1991 puis responsable du Secrétariat de la Convention de Barcelone pour la protection de la mer Méditerranée aux Nations Unies. Il a présidé le Parc National des Cévennes. Il enseigne la politique internationale de développement durable à Sciences-Po.