Implants cardiaques et interférences électromagnétiques

26/03/2013
Auteurs :
OAI : oai:www.see.asso.fr:1301:2012-5:3833

Résumé

Les progrès de la technologie et des communications sans fil font que le nombre de personnes bénéficiant  d’implants  cardiaques  actifs  (stimulateurs cardiaques ou défibrillateurs automatiques implantés) d’une  part,  et  les  sources d’exposition  aux  champs électromagnétiques  d’autre  part,  sont  en  constante augmentation. Comme les sources de champs électromagnétiques les plus intenses se rencontrent  dans le milieu professionnel, il est important de s’assurer
de la compatibilité du matériel médical implanté avec les conditions d’exposition rencontrées. En effet, les champs  électromagnétiques  peuvent  perturber  le fonctionnement  des  implants  médicaux  actifs,  avec un risque potentiellement vital pour la personne. 


Implants cardiaques et interférences électromagnétiques

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	    <date dateType="Created">Tue 26 Mar 2013</date>
	    <date dateType="Updated">Thu 26 Jan 2017</date>
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de la compatibilité du matériel médical implanté avec les conditions d’exposition rencontrées. En effet, les champs  électromagnétiques  peuvent  perturber  le fonctionnement  des  implants  médicaux  actifs,  avec un risque potentiellement vital pour la personne. 
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44 ◗ REE N°5/2012 L'INFLUENCE DES RAYONNEMENTS ELECTROMAGNETIQUES SUR LA SANTE Martine Souques1 , Isabelle Magne2 , Jacques Lambrozo1 EDF, Service des Études Médicales1 EDF, R&D2 Introduction Les progrès de la technologie et des communica- tions sans fil font que le nombre de personnes bé- néficiant d’implants cardiaques actifs (stimulateurs cardiaques ou défibrillateurs automatiques implantés) d’une part, et les sources d’exposition aux champs électromagnétiques d’autre part, sont en constante augmentation. Comme les sources de champs élec- tromagnétiques les plus intenses se rencontrent dans le milieu professionnel, il est important de s’assurer de la compatibilité du matériel médical implanté avec les conditions d’exposition rencontrées. En effet, les champs électromagnétiques peuvent perturber le fonctionnement des implants médicaux actifs, avec un risque potentiellement vital pour la personne. Les défibrillateurs automatiques implantés (DAI) le sont souvent chez des sujets jeunes, pratiquant une activité professionnelle. La compatibilité électroma- gnétique est un phénomène complexe et, en France, c’est le médecin du travail qui est chargé de définir l’aptitude d’un travailleur à son poste. Dans le cas d’un travailleur porteur d’un DAI, cette décision d’aptitude peut être difficile à prendre en raison des conditions de travail et des expositions rencontrées. D’un autre côté, prononcer l’inaptitude pose un problème social car cela risque de priver le travailleur de son emploi. Le risque d’interférences doit donc être évalué. La directive européenne 2004/40/CE [1] concer- ne les prescriptions minimales de sécurité et de santé relatives à l’exposition des travailleurs aux risques dus aux agents physiques (champs électromagnétiques). Ce texte précise qu’une attention particulière doit être portée, par l’employeur, aux risques potentiels d’in- terférences électromagnétiques pour les porteurs d’implants cardiaques. Cette directive européenne est actuellement en cours de révision, mais la future directive (attendue avant le 31/10/2013) ne devrait pas être modifiée en ce qui concerne ce sujet. Si de nombreuses données sont disponibles pour les stimulateurs cardiaques, il existe peu de données dans la littérature pour les DAI. Les études sur les sti- mulateurs concernent principalement les expositions du public et montrent qu’il n’y a pas de risque aux niveaux des champs électromagnétiques rencontrés dans la vie courante. A notre connaissance, aucune étude à grande échelle n’a examiné des travailleurs porteurs d’un implant cardiaque et exposés profes- sionnellement à un champ électromagnétique. Le cas d’un travailleur avec un stimulateur cardiaque a été étudié en milieu hospitalier dans une configura- tion expérimentale, lors d’une exposition à un champ magnétique de 50 Hz jusqu’à 500 µT sans aucune interférence trouvée [2]. Très peu de cas de perturbations de DAI sont rap- portés dans la littérature. En dehors de l’électrisation Implants cardiaques et interférences électromagnétiques The number of people implanted with active cardiac implants (pacemakers - PM or implanted cardioverter defibrillators - ICD) is increasing, and electromagnetic fields sources are also increasing. ICDs are often implanted in young professionals. As the highest electromagnetic field sources are met in the workplace, it is important to check the compatibility of implanted medical devices with the potential exposure conditions. The occupational physician is responsible for defining the ability of a worker in his/her job. As the operation of an ICD may be impacted by the electromagnetic fields, the decision of ability to work is difficult to take. At EDF, we established a risk assess- ment method in order to help the occupational physician in his/her decision making. The objective is to assess the functioning of cardiac implants during occupational exposure to electromagnetic fields. abstract REE N°5/2012 ◗ 45 Implants cardiaques et interférences électromagnétiques directe, il s’agit de perturbations du DAI par des systèmes antivol électroniques. Le Laboratoire d’Instrument Électronique (LIEN) de l’Uni- versité de Nancy a développé un protocole de recherche ex- périmental basé sur l’analyse du fonctionnement d’un DAI lors d’une exposition à un champ magnétique de fréquence 50 Hz et 20 à 50 kHz, en injectant des signaux cardiaques de rythme sinusal (normal) de tachycardie ou fibrillation ventriculaires (troubles du rythme). Le DAI était placé dans une boîte remplie de gélatine simulant les tissus biologiques (fantôme électromagnétique) [3]. Les dysfonctionnements recherchés étaient de deux types : la détection de faux positif (interprétation du champ magnétique comme un trouble du rythme cardiaque) et inhibition de la détection des troubles du rythme cardiaque. Aucun dysfonctionnement n’a été en- registré jusqu’à 4 000 µT à 50 Hz. Cependant, cette étude ne porte que sur quatre modèles de DAI. Une procédure de précaution est donc recommandée pour l’évaluation du risque pour un travailleur implanté, parti- culièrement avec un DAI. Pour éviter que le médecin du tra- vail décide a priori et systématiquement que des travailleurs porteurs d’un DAI sont inaptes, nous présentons une démar- che d’évaluation du risque afin d’aider le médecin du travail dans sa prise de décision. Cette démarche a été publiée en 2008 [4] et reprise par les préventeurs des CARSAT (Caisse d’Assurance Retraite et de la Santé au Travail) et par l’INRS [5]. Son objectif est d’évaluer le fonctionnement des DAI en présence d’une exposition professionnelle à un champ élec- tromagnétique. Elle représente une des méthodes prises en compte dans les normes CENELEC EN 50527-1 (2010) et EN 50527-2-1 (2011). Ces normes concernent les procédu- res d’évaluation du risque pour les travailleurs porteurs de dispositifs médicaux implantables actifs, la norme EN 50527- 2-1 étant spécifique aux stimulateurs cardiaques. Dans celle- ci, il est précisé que la gamme de fréquences à observer va de 0 Hz à 3 GHz et qu’il est admis qu’au-dessus de 3 GHz, aucune perturbation avec le stimulateur cardiaque ne se pro- duit lorsque les limites d’exposition indiquées dans la Direc- tive 2004/40/CE ne sont pas dépassées. Cette méthode a déjà été appliquée à EDF pour des tra- vailleurs porteurs de DAI et potentiellement exposés à de forts niveaux de champs électriques et magnétiques à 50 Hz. Ces évaluations de risque ont été réalisées pour un technicien de maintenance d’usines hydro-électriques, pour un techni- cien de maintenance du contrôle des détecteurs d’incendie dans une centrale nucléaire et pour un électricien travaillant dans un poste de transformation très haute tension. Nous présentons ici deux autres exemples, plus communs dans l’industrie : le premier concerne les postes de transfor- mation moyenne tension/basse tension (HTA/BT), avec une exposition au champ magnétique à 50 Hz  ; le deuxième concerne les télécommunications, avec une exposition à des radiofréquences émises par les systèmes de communication dans les véhicules des pompiers, dans la bande de 400 MHz. A ces postes de travail et dans certaines circonstances, les tra- vailleurs sont potentiellement exposés à des champs électro- magnétiques dont les intensités sont beaucoup plus élevées que celles rencontrées par le public dans la vie courante. Que sait-on du risque d’interférences avec les implants cardiaques ? Les champs électromagnétiques sont, en théorie, capa- bles de perturber le fonctionnement des implants cardiaques. Cela pourrait avoir des conséquences graves pour le patient. Le risque d’interférences dépend de plusieurs paramètres : • Le type de l’implant : stimulateur, destiné à traiter les trou- bles lents du rythme cardiaque, ou défibrillateur, destiné à traiter les troubles rapides du rythme cardiaque. • Le niveau d’exposition : c’est sur les lieux de travail que l’on retrouve les expositions les plus importantes. • Le type de sonde reliant l’implant au cœur et le réglage de sa sensibilité. Les sondes sont le point d’entrée d’une per- turbation dans l’implant. Elles mesurent le signal cardiaque électrique. Donc l’induction d’un autre signal électrique pour- rait être interprétée par l’implant comme un signal cardiaque et entraîner un dysfonctionnement de l’implant. Les sondes sont unipolaires ou bipolaires. Les sondes unipolaires détec- tent le signal entre l’électrode à l’extrémité de la sonde et le boîtier de l’implant. Les sondes bipolaires détectent le signal entre deux électrodes à l’extrémité de la sonde. Les sondes unipolaires sont plus sujettes aux perturbations que les son- des bipolaires parce que les tensions induites sont plus gran- des. Dans le cas des DAI, la sensibilité des sondes, toujours bipolaires, est plus grande que celle des stimulateurs cardia- ques (donc plus susceptibles aux interférences). • La façon dont la sonde est implantée dans le corps, qui influence la fonction de transfert entre le champ externe et la tension induite dans la sonde. Dans le cas des DAI, deux types de dysfonctionnement peuvent se présenter. Dans le premier cas, le DAI peut inter- préter le signal extérieur reçu comme un trouble du rythme cardiaque rapide et délivrer un choc inutile à la personne. Dans le second cas, le DAI peut ne pas reconnaître un trou- ble du rythme cardiaque rapide nécessitant un traitement et donc ne pas délivrer de choc électrique thérapeutique. Une synthèse de la littérature permet d’avoir une idée assez précise des risques éventuels dans l’environnement résidentiel courant [6] : 46 ◗ REE N°5/2012 L'INFLUENCE DES RAYONNEMENTS ELECTROMAGNETIQUES SUR LA SANTE • 50 Hz : avec les stimulateurs actuels, réglés en mode bi- polaire et une sensibilité ventriculaire courante (2 mV en général), le risque d’interférence est quasi inexistant pour les expositions rencontrées au quotidien. Il est néanmoins recommandé de ne pas utiliser de petits moteurs (type ap- pareils de bricolage, perceuses) à proximité immédiate du boîtier du stimulateur. Nous n’avons pas trouvé de données pour les DAI. • Plaques à induction : aucune perturbation n’a été détectée dans une étude clinique, avec une quarantaine de stimu- lateurs cardiaques, que la plaque fonctionne à faible ou à forte puissance, ou en mode séquentiel. Dans une étude japonaise [7], aucun dysfonctionnement n’a été enregistré dans le suivi de quatre patients avec des DAI qui avaient une plaque à induction à la maison. • Détecteurs de métaux (aéroports) : aucune interférence n’a été observée. • Téléphonie mobile : une distance de sécurité est recom- mandée entre le boîtier du stimulateur ou du DAI et le té- léphone, de 15 à 20 cm pour un téléphone de puissance maximale de 2 W. Un conseil de bon sens : ne pas mettre le téléphone dans la poche de poitrine du côté où le boîtier de l’appareil est implanté. • Portiques antivol  : il ne faut pas stationner à l’intérieur du portique, particulièrement pour les porteurs de DAI. Plusieurs cas d’interférences ont été décrits. Méthode d’évaluation Nous avons réalisé une évaluation du fonctionnement du DAI sur les différents lieux de travail des personnes implan- tées. Le protocole consiste à mesurer le champ électroma- gnétique en présence de la personne concernée et dans tous les lieux où elle est susceptible d’intervenir pendant sa jour- née de travail. Cette méthode est une approche collective pluridisciplinaire, le plus difficile étant de rassembler l’équipe au complet. Dans l’idéal, cette équipe regroupe : • le salarié (le patient) ; • le médecin du travail ; • le cardiologue, avec un matériel de réanimation cardiaque ; • un technicien du fabricant du DAI, pour interroger le défi- brillateur avec le matériel de télémétrie approprié et analy- ser le fonctionnement de l’implant en temps réel ; • et une équipe technique qualifiée pour mesurer les champs électromagnétiques. Si possible, un enregistreur de champ est porté par le pa- tient pendant toute l’expérience aussi près que possible du cœur, ce qui permettra de comparer les mesures réalisées par l’équipe technique à celles enregistrées par le salarié, afin d’être sûr ne pas avoir manqué le niveau maximal du champ. La personne concernée (le patient) doit être avertie des risques possibles d’interférences et signer un formulaire de consentement. Tous les secteurs où le patient est susceptible de travailler ou même de passer doivent être visités, en com- mençant par les endroits où le champ électromagnétique est le plus bas. Simultanément aux mesures, le fonctionnement du DAI est enregistré et analysé. Ainsi, il sera possible de véri- fier que, si le DAI « voit » le champ externe, il l’interprète bien comme étant un signal qui ne vient pas du cœur. Avec cer- tains modèles d’implants, on peut également avoir recours aux enregistrements des évènements passés. La méthode se déroule en deux étapes. D’abord le champ électromagnétique est mesuré dans les différents lieux de travail, en toutes places où le patient pourrait aller. Ces empla- cements sont alors classés de l’exposition la plus basse à l’ex- position la plus haute. Cette première étape est importante pour s’assurer que les mesures seront réalisées aux endroits où les champs sont les plus importants, selon les sources d’exposition rencontrées (puissance maximale, distance à la source la plus proche, position de travail réaliste, etc.). Dans un deuxième temps, les mesures de champs seront réalisées avec la personne concernée, dans un ordre d’exposition croissante. Simultanément, le fonctionnement du DAI est enregistré et analysé par la télémétrie en temps réel. Dans cette évaluation, on cherche à savoir si l’implant « voit » le champ externe et comment il l’interprète (pertur- bation extérieure ou signal cardiaque). L’enregistrement des événements passés d’arythmie, ou de choc le cas échéant, est aussi un paramètre intéressant à prendre en compte. Il est à noter que le DAI n’est pas désactivé pendant les mesures : si la détection est désactivée, le DAI ne détectera plus une arythmie éventuelle et donc ne la traitera pas. L’interrogation de l’implant par la télémétrie est un cas par- ticulier. Quand la tête de programmation de la télémétrie est mise près du DAI, tous les événements sont détectés, mais ils ne sont pas interprétés. Ainsi, le DAI ne peut pas délivrer de choc. Deux situations particulières pourraient alors arriver : • Le DAI détecte une vraie fibrillation ventriculaire (confirmée par l’ECG sur l’enregistrement télémétrique). La tête de pro- grammation doit être immédiatement retirée, ce qui com- mutera le DAI dans son mode de traitement automatique préalable. Le DAI délivrera donc un choc thérapeutique. • Le DAI détecte une fausse fibrillation ventriculaire (confir- mée par l’ECG sur l’enregistrement télémétrique). La tête de programmation doit être gardée près du DAI et le pa- tient doit s’éloigner de la source d’interférence jusqu’à ce qu’aucune interférence ne soit détectée. REE N°5/2012 ◗ 47 Implants cardiaques et interférences électromagnétiques Figure 1: Enregistrement de la puissance dans le poste le plus chargé. Un défibrillateur externe doit être accessible, comme me- sure de sécurité en cas de défaillance du DAI. Bien évidemment, la réalisation de cette évaluation de ris- que n’est possible que si tous les membres de l’équipe sont d’accord. Résultats des évaluations Exposition à un champ magnétique de 50 Hz : le relevé des compteurs ErDF Monsieur A. travaille à ErDF. Il est chargé de relever les compteurs des postes clients (transformateurs HTA/BT) dans tout un département. Il a bénéficié d’un DAI quelques mois auparavant, à la suite d’un arrêt cardiaque. Dans un premier temps, le médecin du travail lui a donné une restriction d’ap- titude : il ne devait pas s’approcher à moins de 50 cm des câbles électriques. Mais les postes étant des endroits exigus, le médecin du travail voulait savoir si cette distance de 50 cm était réellement nécessaire. Avec l’accord du cardiologue, les mesures ont été orga- nisées. L’équipe complète a pu être réunie. L’encadrement et le médecin du travail ont sélectionné cinq postes repré- sentatifs de l’activité professionnelle en termes de charge en courant et du moment de la charge maximale. Ces postes alimentent des consommateurs industriels dont la consom- mation électrique (donc le courant) est régulièrement basse pendant la nuit et haute pendant la journée, au moment où nous avons fait les mesures. L’enregistrement des courants durant les trois semaines précédant les mesures a permis de confirmer que l’on était proche de la charge maximale le jour des mesures (figure 1). Les mesures ont été réalisées avec un mesureur EFA-300 (Narda, Allemagne), deux EMDEX-II standard et un EMDEX-II high field (Enertech, USA). Figure 2 : Situation où l’exposition est maximale au niveau du DAI de Monsieur A. 48 ◗ REE N°5/2012 L'INFLUENCE DES RAYONNEMENTS ELECTROMAGNETIQUES SUR LA SANTE Dans le bureau, le champ magnétique était de 0,015 µT. Le DAI a été interrogé avec la télémétrie et, comme attendu, aucune interférence n’a été détectée. Dans le premier poste, le champ magnétique était 0,6 µT au poste de travail. Un champ maximal de 30 µT a été me- suré au contact de conducteurs 20 kV, qui est tombé à 10 µT à 20 cm. Les conducteurs basse tension (BT) n’étaient pas accessibles. Dans le deuxième poste, le champ magnétique ambiant était de 4 µT. Au poste de travail devant le transformateur, il était de 20 µT. Le champ maximal variait de 400 à 840 µT au contact des conducteurs BT. Dans le troisième poste, le champ magnétique ambiant était de 2 à 4 µT. Le champ magnétique au poste de travail (30 cm devant le transformateur) était de 50 µT. Un champ magnétique maximal de 2 700 µT a été mesuré au contact des conducteurs BT (avec un courant correspondant autour de 270 A). Ce champ diminue rapidement : 1 800 µT à 2 cm, 1 000 µT à 5 cm et 500 µT à 10 cm. Le champ magnétique à 20 cm était de 6 µT. Dans le quatrième poste, le champ magnétique était de 15 µT au poste de travail. Le champ magnétique maximal était de 400 µT au contact des conducteurs BT (avec environ 70 A), mais cela correspondait seulement à 200 µT au niveau du boîtier du DAI quand M. A. est allé le plus près possible de ce point (figure 2). A ce moment, la télémétrie a montré un léger bruitage du signal, mais ceci n’a pas été interprété comme un signal cardiaque. Aucun dysfonctionnement n’a été enregistré. Le cinquième et dernier poste était équipé du transfor- mateur le plus puissant, 1 000 kVA. Le champ magnétique ambiant était 70 µT au milieu du local en raison de l’espace réduit. Le champ magnétique maximal était de 4 000 µT au contact des conducteurs BT, de 1 800 µT à 10 cm, 1 000 µT à 15 cm et 500 µT à 20 cm. En raison de la proximité des conducteurs nus sous tension, il n’est pas possible pour un travailleur d’aller aussi près de ces conducteurs. Au total, aucun dysfonctionnement du DAI n’a été enregistré. Il est à noter que M. A. travaille dans un environnement en champ magnétique complexe où il n’était pas possible de prévoir le niveau de champ à partir des données très générales comme la puissance nominale du transformateur. Dans un poste HTA/ BT, le champ magnétique maximal se trouve du côté des câbles BT (le champ magnétique est proportionnel au courant). Aucun des cinq postes étudiés n’a la même configuration. Une mesure au contact des conducteurs, si elle permet de trouver le niveau maximal de champ magnétique, ne représente pas l’exposition du travailleur à son poste de travail, d’autant que nous recher- chons ici à quantifier le champ magnétique au niveau du thorax où se trouvent le boîtier du DAI et les sondes qui vont dans le cœur. La figure 3 compare les enregistrements EMDEX II de trois personnes participant aux mesures, dont M. A. L’EMDEX a été porté aussi près que possible du cœur. Ces enregistrements confirment que le champ magnétique au niveau de la sonde de DAI ne dépasse pas 200 µT. De plus, le DAI de Monsieur A. est surveillé à distance par envoi au fabricant, chaque nuit, des évènements enregistrés dans les 24 h précédentes. Aucun dysfonctionnement n’a été signalé depuis son implantation, y compris au cours de son activité professionnelle. Dans ce cas, le médecin du travail a rendu sa décision en connaissance de cause et supprimé la restriction d’aptitude à 50 cm. Figure 3 : Champ magnétique 50 Hz enregistré par trois personnes présentes lors des mesures pour Monsieur A. REE N°5/2012 ◗ 49 Implants cardiaques et interférences électromagnétiques Exposition à un champ électromagnétique 400 MHz : les systèmes de télécommunication chez les pompiers Monsieur B. est pompier, mais depuis l’implantation de son DAI, le médecin du travail ne l’autorise plus à partir en mission sur le terrain. En effet, les véhicules utilisés par les pompiers ont des systèmes de télécommunication qui émet- tent des champs électromagnétiques dans la gamme des ra- diofréquences. De plus, cet implant cardiaque ne l’autorise plus à fournir des efforts physiques importants en ambiance extrême, comme grimper à la grande échelle dans le cas des incendies par exemple. Avec l’accord du cardiologue, les mesures ont été organi- sées et l’équipe complète a pu être réunie. Notre intervention s’est limitée à l’évaluation du risque d’interférences avec les champs électromagnétiques rencontrés dans différents véhi- cules de secours. Le fonctionnement du DAI a été testé avec les équipements de trois types de véhicules différents : • Le véhicule poste de commandement (VPC), qui comporte trois « pièces » équipées de systèmes de transmission de 2 W (radio numérique), de 12 et de 24 W. Une antenne extérieure est montée sur un mât rétractable (figure 4). Ces systèmes de communication fonctionnent dans la bande 380-400 MHz. Le VPC possède également un groupe élec- trogène fournissant du courant 50 Hz. • Le véhicule de secours routier (VSR), qui est équipé d’un système de transmission de 2 W (radio numérique) et d’un groupe électrogène. • Le véhicule de secours et d’assistance aux victimes (VSAV), qui est équipé d’un système de transmission de 2 W (radio numérique). Il est à noter que ce véhicule représente 80 % des missions. Les mesures ont été réalisées avec un mesureur EFA- 300 (Narda, Allemagne) et deux EMDEX-II standard (Ener- tech, USA) pour le champ 50 Hz dans les véhicules avec un groupe électrogène ; avec un analyseur de spectre MS2721B (ANRITSU, Japon) et une antenne HE-200 (Rhode et Schwartz, France) pour les champs de radiofréquence. Le champ électromagnétique a été caractérisé à l’inté- rieur et à l’extérieur du VPC. Le champ magnétique 50 Hz maximum a été mesuré à l’intérieur, dans la partie « trans- mission  ». Il est de 5  µT au contact du tableau électrique et diminue à 2,3 µT à 20 cm. Toutes les autres mesures de champ magnétique 50 Hz étaient inférieures à 1 µT. A l’intérieur du véhicule, le champ électrique mesuré dans la bande de fréquence 380-400 MHz était au maximum de 24 à 32 V/m au niveau du siège de la salle de transmission du VPC avec trois émetteurs radio en émission à la puissance maximale. A l’extérieur, le champ électrique maximum me- suré était de 3,7 V/m à 10 m des antennes GSM et à une hauteur de 1,5 m. Dans et autour du VSR et du VSAV, le champ magnétique 50 Hz était < 1 µT et le champ électrique 380-400 MHz était inférieur aux valeurs trouvées dans le VPC. La surveillance télémétrique du DAI était effectuée en continu. Aucun dysfonctionnement n’a été enregistré. Figure 4 : Plan du véhicule poste de commandement (VPC). 50 ◗ REE N°5/2012 L'INFLUENCE DES RAYONNEMENTS ELECTROMAGNETIQUES SUR LA SANTE L’analyse de fréquences a montré que les champs élec- tromagnétiques des systèmes de télécommunication des pompiers se situaient dans la même gamme de fréquences que le champ électromagnétique du système de télémétrie pour le DAI (figure 5). En conclusion, en 50 Hz, pratiquement toutes les mesu- res de champ magnétique sont < 1 µT, ce qui est similaire au niveau de champ 50 Hz rencontré dans l’environnement résidentiel. Les niveaux mesurés (jusqu’à 5 µT) ne posent aucun problème, quel que soit le type de défibrillateur im- planté (DAI) ou de stimulateur cardiaque. Dans la bande 380-430 MHz, le champ électrique maximum mesuré a été de l’ordre de 24  V/m, dans le local transmission du VPC, correspondant à 11,2 V/m au niveau du DAI. Si ces niveaux sont au-dessus des expositions habituellement rencontrées en milieu résidentiel, ils n’ont pas posé de problème au DAI de M. B., comme en témoigne l’enregistrement télémétrique réalisé par le fabricant. Cependant, un pompier étant amené à intervenir partout, M. B. pourrait rencontrer des niveaux de champs plus élevés dans certains milieux professionnels (soudure par point comme dans le secteur automobile, pres- ses HF de collage/soudage des plastiques, soudure à l’arc, alternateurs, etc.). Selon l’aire géographique d’intervention de ce pompier, il est nécessaire de recenser les industries susceptibles d’émettre de forts champs électromagnétiques pour affiner la décision prise par le médecin du travail. Conclusion Si le risque d’interférence électromagnétique dans le fonctionnement des stimulateurs cardiaques et des DAI dans la vie courante est faible, les expositions professionnelles doi- vent faire l’objet d’une attention particulière. Ces exemples d’évaluation de l’exposition au champ électromagnétique sur le lieu de travail montrent différentes façons de conduire une évaluation de risque pour des dispositifs cardiaques implan- tés. Ils démontrent l’intérêt de mesurer le champ électroma- gnétique et de questionner l’implant cardiaque en même temps, dans les différents lieux de travail, pour évaluer les risques d’interférences C’est notamment sur cette base que le médecin du travail pourra apprécier l’aptitude au travail des travailleurs porteurs d’implants cardiaques actifs. Remerciements Les auteurs remercient tous les intervenants impliqués dans ces différentes études de poste, en particulier le Dr Etienne Mazereeuw et le Médecin Commandant Anne Perrino, les Figure 5 : Analyse de fréquences des signaux pendant la transmission et l’enregistrement télémétrique : à gauche, la fréquence du signal de télécommunication est 380 MHz, à droite, le signal de télémétrie est  410 MHz. REE N°5/2012 ◗ 51 Implants cardiaques et interférences électromagnétiques ingénieurs et les techniciens qui ont organisé les mesures sur place, les médecins urgentistes et les fabricants des implants testés qui se sont déplacés sur les lieux de travail concernés. Références [1] Conseil des Communautés européennes, « Directive 2004/40/CE du parlement européen du 29 avril 2004 concernant les prescriptions minimales de sécurité et de santé relatives à l’exposition des travailleurs aux risques dus aux agents physiques (champs électromagnétiques) (dix-huitième directive particulière au sens de l’article 16, paragraphe 1, de la directive 89/391/CEE) », Journal officiel des Communautés européennes, vol. L159, pp. 1-26, 2004. [2] M. A. M. Beerlage, C. L. W. Lagendijk, “EMF at Natural Gas Production sites in the Netherlands: Case Study for an EmployeewithaPacemaker”,presentedattheInternational Colloquium Power Frequency Electromagnetic Fields ELF EMF, Sarajevo, Bosnia and Herzegovina, 2009. [3] J. Katrib, « Etude théorique et expérimentale des implants médicaux actifs en environnement électromagnétique : application aux défibrillateurs implantables en champ magnétique basse fréquence », Doctorat en système élec- tronique, électronique électrotechnique, Nancy Université Henri Poincaré, Nancy, 2011. [4] M. Souques & al., « Implants cardiaques et exposition aux champs électromagnétiques 50 Hz en environnement professionnel », Archives des Maladies Professionnelle et de l’Environnement, vol. 69, pp. 547-552, 2008. [5] G. Brasseur, « Champs électromagnétiques - Quand l’apti- tude est en question », Travail & Sécurité, vol. février 2011, pp. 12-14, 2011. [6] M. Souques, « Influence des champs électromagnétiques non ionisants sur les dispositifs cardiaques médicaux implantables », La Presse Médicale, vol. 33, pp. 1611-1616, 2004. [7] T. Yonemura & al., “Electromagnetic interference with Cardiac Implantable Devices by Household and Industrial Appliances”, Journal of Arrhythmia, vol. 27, pp. 49-56, 2011. Martine Souques est médecin de Santé Publique. Expert « Champs électrique et magnétique et santé » au sein du Service des Etudes Médicales d’EDF, elle a présidé la section Rayonnements non ioni- sants de la Société Française de Radioprotection de 2007 à 2011. Elle est membre de la Bioelectromagnetics Society, de l’European Bio Electromagnetics Association, de la Société française de santé publique et du CIGRE. Isabelle Magne est Ingénieur Supélec et titulaire d’un doctorat en Génie Electrique. Expert « Champs électromagnétiques et Santé » à EDF R&D, elle est membre de la Bioelectromagnetics Society, de l’European Bio Electromagnetics Association, de la SEE et du CIGRE. Jacques Lambrozo est médecin. Il dirige le Service des Etudes Médicales d’EDF depuis 1989. Il a présidé la section Rayonne- ments non ionisants de la Société Française de Radioprotection de 1995 à 1999. Il est membre de la Bioelectromagnetics Society, de l’European Bio Electromagnetics Association, et de la Société Nationale Française de Médecine Interne. Il est Expert auprès de la Cour d’Appel de Paris. les auteurs