Éolien offshore et offshore pétrolier : faits pour s’entendre

26/03/2013
Auteurs :
OAI : oai:www.see.asso.fr:1301:2012-5:3829

Résumé

L’éolien en mer, ou éolien offshore, a pris son essor depuis une dizaine d’années en Europe, et sera développé également en Chine et aux Etats-Unis. Le moteur  principal  de  ce  développement  est  la  possibilité d’accéder à des ressources de vent plus importantes et plus constantes tout en s’affranchissant partiellement de certains conflits d’usage. Encore en phase d’évolution et d’apprentissage, l’éolien offshore devra parvenir à une réduction du coût de l’énergie produite  significative,  pour  être  déployé  à  grande échelle. Les leviers de cette réduction sont en partie connus  :  développement  de  turbines  de  plus  forte puissance, amélioration de la fiabilité, amélioration de la logistique, réduction des coûts d’installation, venue de nouveaux acteurs entraînant une compétition accrue.  Pour  y  parvenir,  l’industrie  de  l’éolien  en  mer peut s’appuyer sur l’industrie pétrolière et parapétrolière qui, forte de plus de 40 ans d’expérience de réalisation de grands projets en mer, peut contribuer à cette nécessaire réduction des coûts. Divers acteurs du monde pétrolier sont d’ores et déjà impliqués dans le monde de l’éolien en mer, mais on assiste depuis quelque temps à un élargissement de cette implication, avec la venue de grands du domaine.


Éolien offshore et offshore pétrolier : faits pour s’entendre

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	    <date dateType="Updated">Thu 26 Jan 2017</date>
            <date dateType="Submitted">Sun 16 Sep 2018</date>
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REE N°5/2012 ◗ 83 les énergies marines renouvelables Daniel Averbuch IFP Energies nouvelles Introduction L’éolien en mer, ou éolien offshore, a pris son es- sor depuis une dizaine d’années en Europe, et sera développé également en Chine et aux Etats-Unis. Le moteur principal de ce développement est la pos- sibilité d’accéder à des ressources de vent plus im- portantes et plus constantes tout en s’affranchissant partiellement de certains conflits d’usage. Encore en phase d’évolution et d’apprentissage, l’éolien offshore devra parvenir à une réduction du coût de l’énergie produite significative, pour être déployé à grande échelle. Les leviers de cette réduction sont en partie connus : développement de turbines de plus forte puissance, amélioration de la fiabilité, amélioration de la logistique, réduction des coûts d’installation, venue de nouveaux acteurs entraînant une compétition ac- crue. Pour y parvenir, l’industrie de l’éolien en mer peut s’appuyer sur l’industrie pétrolière et parapétro- lière qui, forte de plus de 40 ans d’expérience de réa- lisation de grands projets en mer, peut contribuer à cette nécessaire réduction des coûts. Divers acteurs du monde pétrolier sont d’ores et déjà impliqués dans le monde de l’éolien en mer, mais on assiste depuis quelque temps à un élargissement de cette implica- tion, avec la venue de grands du domaine. Des secteurs entiers de la chaîne de valeur de l’éolien offshore sont en effet communs aux deux in- dustries. Une adaptation des moyens du parapétrolier sera néanmoins nécessaire pour répondre aux enjeux des projets éoliens en mer. L’éolien en mer : une industrie en phase de développement Le développement de l’éolien en mer Alors que l’éolien en mer a démarré, il y a plus de vingt ans au Danemark grâce à la mise en service par DONG Energy de la ferme de Vindeby constituée de onze turbines de 450 kW, son développement n’a réellement pris de l’ampleur qu’au début des années 2000 avec le projet Horns Rev 1 (160 MW) et s’ac- célère fortement ces dernières années. En effet, la puissance installée en Europe à fin 2011 était de plus de quatre GW (la puissance totale d’éolien terrestre et offshore dépassant les 200 GW dans le monde), avec un rythme annuel d’installation de l’ordre d’un GW. L’Europe est dans ce domaine pionnière et leader, comptant 90 % de la puissance mondiale installée. Dans le cadre de la lutte contre le réchauffement climatique, l’Europe s’est en effet fixée un objectif de fort développement de l’éolien en mer. L’European Wind Energy Association (EWEA) [1] retient une cible de 40 GW de puissance éolienne installée en 2020, essentiellement dans les eaux britanniques, danoises, allemandes mais aussi françaises (la France possé- dant une cible de 6 GW installés à cette échéance). La Chine de son côté, qui possède actuellement une ferme en activité, vise un objectif de 30 GW installés en 2020. Les Etats-Unis [4] ont pour leur part initié Éolien offshore et offshore pétrolier : faits pour s’entendre The offshore wind took off the last ten years in Europe and is also now being developed in China and the United States. The main driver of this development is the ability to access greater and more constant wind resources while avoiding some partially use conflicts. Still in evolution and in its learning curve, offshore wind will need to achieve a significant reduction in the cost of energy, to be deployed on a large scale. The reduction levers are partly known: development of turbines with higher power, improved reliability, improved logistics, reducing installation costs, increased competition. To achieve this, the offshore wind industry can take advantage of the offshore oil and gas industry which, with over 40 years experience in major projects at sea, may contribute to this necessary cost reduction. Various actors in the oil industry are already involved in the world of offshore wind, but we are seeing an expansion of this movement, with the recent involvement of new world class players. Entire sectors of the value chain of offshore wind are indeed common to both industries. Adaptation of the means and methods of the oil and gas industry will however be needed to meet the challenges of offshore wind projects. abstract 84 ◗ REE N°5/2012 les énergies marines renouvelables un large plan stratégique visant le développement massif de l’éolien en mer avec un objectif de 54 GW installés en 2030 et 10 GW en 2020. Plus récemment, le Japon s’est également lancé à la suite de l’accident nucléaire de Fukushima dans le développement de l’éolien en mer avec une cible d’1 GW ins- tallé en 2020, notamment grâce à des technologies d’éolien- nes flottantes, adaptées à la bathymétrie de l’archipel. Pour ce qui est de la fourniture des éoliennes à propre- ment parler, ce marché est aujourd’hui dominé par quelques turbiniers, Siemens et Vestas se taillant la part du lion, mais les nouveaux entrants venus notamment de l’éolien terrestre se font de plus en plus nombreux, certains à l’instar d’Areva Wind se spécialisant sur ce créneau. Le marché de l’éolien en mer est également l’objet d’une évolution rapide, évolution qui s’exerce dans plusieurs direc- tions. Tout d’abord, les turbines elles-mêmes sont l’objet d’une augmentation très rapide de leur puissance unitaire. Ainsi, la puissance moyenne des nouvelles turbines proposées au mar- ché est passée de 2 MW par turbine en 2002 à près de 5 MW prévus en 2013, plusieurs machines de 7 à 10 MW étant en cours de développement. Difficilement envisageable à terre dans les mêmes proportions, l’augmentation de la taille des rotors vise à réduire le coût de l’énergie, en accédant à des vents plus forts en altitude et en réduisant le nombre total d’opérations d’installation et de maintenance pour une puis- sance totale donnée. Cela a également été rendu possible par le développement à grande échelle de l’éolien en mer, qui étant un marché de niche à ses débuts, ne pouvait pas justifier le développement de machines spécifiques. La figure 1 illustre aussi une double tendance quant aux fermes en cours de développement ; elles se situent d’une part dans des profondeurs d’eau croissantes, et à des dis- tances de la côte de plus en plus grandes. Ainsi, les fermes prévues par exemple dans le "Round 3” au Royaume-Uni se situent au delà de 60 km des côtes, ce qui complique évidemment la logistique des opérations en mer et en aug- mente le coût. De même, l’augmentation de la profondeur d’eau, joue sur le type de structures de support utilisées et contribue elle-aus- si à l’augmentation des coûts. On évolue ainsi de simples mo- nopiles vers des structures complexes, comme des structures treillis (ou “jacket”), héritées de l’industrie pétrolière, comme on peut l’observer sur la figure 2. Enfin, une évolution impor- tante est l’augmentation de la puissance unitaire des projets qui peuvent dépasser plusieurs centaines de MW. A plus long terme, on envisage également le développe- ment d’éoliennes flottantes, qui permettront de développer des solutions par des profondeurs d’eau plus importantes. Plus d’une quinzaine de projets sont aujourd’hui en cours de développement pour permettre de proposer des solutions économiquement viables sur ce marché important, dont le potentiel est plusieurs fois celui de l’éolien offshore posé. Figure 1 : Projets européens en fonction de la profondeur et distance à la côte [1]. REE N°5/2012 ◗ 85 Éolien offshore et offshore pétrolier : faits pour s’entendre Les infrastructures (figure 3) liées à l’export du courant vers le réseau sont également des postes importants et com- plexes. On trouve ainsi des câbles de collecte de l’électricité reliant les éoliennes entre elles pour faire parvenir la produc- tion vers les sous-stations (pour les parcs de forte puissance et grande distance à la côte). Ces sous-stations servent à augmenter le niveau de tension de façon à réduire les pertes électriques lors du transport sur de longues distances. Elles sont installées en mer sur des fondations de type monopile ou jacket. Ce sont des installations importantes, pesant de 500 à 1 000 tonnes, voire quelques milliers de tonnes pour les plus fortes puissances. Les câbles de collecte sont de manière classique des câbles d’environ 30-36 kV, les éventuelles sous-stations augmentant cette tension jusqu’à 100-220 kV, qui est la tension dans les câbles d’export. Ces câbles sont ensouillés, c’est-à-dire en- terrés dans des tranchées, pour les protéger des interactions possibles avec les ancres des navires, les filets de pêche et les interactions hydrodynamiques avec les courants marins. Les grandes étapes d’un projet éolien en mer Un projet de développement d’une ferme éolienne en mer s’étend sur plusieurs années et comporte plusieurs éta- pes, de développement, de construction, d’opération et de démantèlement. L’étape de développement inclut un ensemble d’études et de démarches nécessaire à la réalisation d’un projet. Il s’agit tout d’abord concrètement d’évaluer le productible, c’est-à-dire la ressource en vent qui est accessible sur la zone considérée, de mener les études d’acquisition des données océano-météo et géotechniques nécessaires. Cette étape nécessite des compa- gnes d’acquisition sur place de ces données. Des études tech- niques doivent ensuite être menées pour optimiser le nombre, l’emplacement des machines, choisir les solutions techniques pour leurs sous-structures, fondations, méthodes d’installation et schéma de raccordement. Des études économiques sont également à mener pour évaluer les coûts d’investissements (CAPEX) et les coûts d’opérations et maintenance (OPEX) et de démantèlement. Le développement fait également l’objet de démarches de concertation et débat public avec les parties prenantes et requiert l’obtention des autorisations administra- tives nécessaires. Des études d’impact environnemental sont également requises. Vient ensuite la phase de construction à proprement par- ler, qui inclut la signature des contrats pour la fourniture des composants et leur installation, la mise en place de l’ensem- ble de l’infrastructure, dont les turbines, les sous-structures et fondations, les câbles d’export et leur sous-station, ainsi que le raccordement à terre. Cette phase se conclut par le commissioning et le démarrage de la production. Figure 2 : Principales fondations utilisées en offshore - Source EON. Figure 3 : Principaux composants d’un projet éolien en mer, d’après [1]. 86 ◗ REE N°5/2012 les énergies marines renouvelables La phase d’opération inclut ensuite l’ensemble des opéra- tions de maintenance, contrôle et réparation. Enfin, le démantèlement doit ensuite être prévu, mais à ce jour, aucun retour d’expérience n’est disponible. Le coût de l’énergie L’éolien en mer est aujourd’hui une énergie renouvelable encore relativement chère, dont le développement à grande échelle ne pourra s’opérer avec succès qu’en réduisant ses coûts. Il est important de noter que les coûts peuvent varier fortement d’un projet à l’autre. En effet, ceux-ci dépendent directement du type de turbine, du choix du type de fonda- tions qui résulte lui-même de la profondeur d’eau, des condi- tions de sol et des données océano-météorologiques (houle, courant) pour le site considéré. La distance à la côte joue de plus sur le coût du raccordement, lui aussi influencé par la qualité du réseau terrestre existant, mais aussi sur les coûts de maintenance et opérations. Du point de vue de la produc- tion, celle-ci dépend évidemment de la ressource locale en vent, en terme d’intensité, mais aussi de régularité et qualité (importance de la turbulence). On peut cependant, pour fixer les idées, prendre le chiffre d’investissement de 3 M€/MW comme base pour des pro- jets actuels et un chiffre moyen de 150 à 200 € par MWh produit. Les Etats-Unis ont fait de la baisse du coût de l’énergie éolienne en mer un objectif de leur stratégie nationale [4]. Evaluant le coût actuel à 0,27 $/kWh (200 €/MWh1 ), le De- partment of Energy américain vise à le ramener à 0,07 $/kWh (52 €/MWh) à l’horizon 2030, avec une cible intermédiaire à 0,10 $/kWh (75 €/MWh) en 2020. A noter que selon ces hypothèses, ce coût serait inférieur à celui de l’énergie éolien- ne d’origine terrestre, la meilleure production faisant plus que contrebalancer la différence entre montants d’investissements et coûts de maintenance. La société E.ON vise également une réduction du coût du kWh de 40 % dès 2015. Si on analyse maintenant les principaux contributeurs au coût de l’énergie, (en gardant à l’esprit la variabilité des situa- tions individuelles de chaque parc évoquée plus haut), on trouve par exemple dans [4] (figure 4). Selon cette estimation, qui résulte d’une moyenne pon- dérée sur plusieurs parcs, on observe que la part relative à la turbine à proprement parler, bien que prépondérante, est ré- duite vis-à-vis de l’éolien terrestre, les fondations, l’installation et l’infrastructure électrique constituant des postes impor- 1 Selon le taux de change en vigueur à la parution du rapport. tants. Ces domaines comportent de fortes similitudes avec les travaux réalisés dans le domaine de l’offshore pétrolier. Les synergies entre éolien offshore et offshore pétrolier En raison de l’évolution actuelle vers des projets éoliens plus grands, des structures de plus en plus importantes à installer et une gestion de la logistique d’opérations com- plexes en mer que l’industrie pétrolière sait réaliser depuis longtemps avec une forte exigence de qualité et de sécurité, certaines synergies sont apparues entre éolien offshore et offshore pétrolier. Ainsi, les Etats-Unis comptent s’appuyer, en l’adaptant [4 ; 6] sur la « force de frappe » de leurs industries pétrolière et parapétrolière pour parvenir à créer une indus- trie locale de l’éolien en mer leur permettant d’atteindre leurs objectifs de puissance éolienne installée en mer et de réduc- tion des coûts de l’énergie. En Europe, l’Ecosse, qui s’est éga- lement fixée des objectifs très ambitieux d’une production d’énergie renouvelable couvrant 100 % de sa consommation électrique à l’horizon 2020, a produit un guide à l’intention des industriels du monde pétrolier [3]. Ce guide, qui repose sur une analyse de la chaîne de valeur d’un projet-type d’éo- lien en mer identifie les domaines de recouvrement les plus prometteurs, pour les entreprises elles-mêmes, et indique également une possible contribution de l’industrie pétrolière à la réduction du coût de l’énergie, à hauteur de 20 %. C’est également pour l’Ecosse une opportunité de préparer la conversion de sa main-d’œuvre et de son industrie en antici- pant le déclin de la Mer du Nord (bien que l’activité pétrolière y soit encore à des niveaux très élevés). Les principaux domaines ainsi identifiés sont les suivants : • service de développement des parcs ; • la conception et la réalisation des structures de support et fondations ; Figure 4 : Contributions au coût de l’énergie d’un parc éolien moyen, selon [4]. REE N°5/2012 ◗ 87 Éolien offshore et offshore pétrolier : faits pour s’entendre • les sous-stations offshore ; • l’installation des structures de support et fondations ; • la fourniture et l’installation de câbles de collecte et des câbles d’export. Divers acteurs du domaine pétrolier sont d’ores et déjà actifs dans les projets éoliens en mer. Des sociétés comme Fugro interviennent en amont dans les études géotechniques pour le développement des parcs, par des études sur les fon- dations mais aussi dans l’acquisition des données océano- météo nécessaires à la conception des parcs éoliens. Dans le domaine des câbles, on retrouve des sociétés comme Nexans, Prysmian ou NKT qui sont également des acteurs du domaine pétrolier, mais aussi des sociétés positionnées sur la pose et l’ensouillage des câbles. A travers sa filiale Aker Verdal, le géant norvégien de l’ingénierie conçoit et réalise également des fon- dations pour éoliennes. Cette société qui fabriquait des jackets pour la Mer du Nord s’est ainsi reconvertie. Bien que cela soit peu souligné, un segment particulier contribue également aux passerelles entre les deux mondes industriels. Il s’agit de celui de la certification et des sociétés de classifications. En effet, nombre de standards du domaine éolien en mer se sont largement inspirés de leurs prédéces- seurs dans les domaines de l’offshore pétrolier. Les leaders du domaine, comme le français Bureau Véritas, le norvégien Det Norske Veritas ou l’américain American Bureau of Ship- ping, développent ou ont développé des activités et des rè- glements spécifiques pour l’éolien en mer. Dans le monde de la recherche également, tirant parti de leurs compétences développées pour les applications du domaine pétrolier, plusieurs centres importants se sont po- sitionnés dans le domaine de l’éolien offshore. En Europe, on peut citer à titre d’exemple le centre norvégien SINTEF qui opère depuis 2009 un programme de recherche dédié à l’éolien en mer. Ce programme, intitulé NOWITECH [8], regroupe de nombreux acteurs industriels du domaine et vise à développer des technologies spécifiques pour les pro- fondeurs d’eau supérieures à 30 m, notamment dans le do- maine de l’éolien flottant. En France, plusieurs acteurs de la recherche ont également contribué à la création de l’IEED France Energies Marines, en s’appuyant sur leurs compétences scientifiques acquises en liaison avec des problématiques du domaine pétrolier. IFP Energies nouvelles (IFPEN), pour sa part, s’est égale- ment fortement investi dans le domaine de l’éolien offshore. Fort de son expertise dans les domaines du forage et de la production pétrolière offshore et de ses compétences scien- tifiques (ingénierie de conception, mécanique des solides et des fluides, évaluation technico-économique, analyse du Figure 5 : Représentation d’un modèle par éléments finis d’une éolienne sur fondation jacket issu du logiciel DeepLinesTM . 88 ◗ REE N°5/2012 les énergies marines renouvelables cycle de vie, etc.), IFPEN s’est engagé notamment sur la mise au point de technologies et de concepts innovants dans le domaine de l’éolien offshore flottant, de façon à proposer des concepts de flotteurs et d’ancrage adaptés à cette pro- blématique. Afin d’évaluer au mieux les performances des éoliennes fixes et flottantes, les équipes de recherche d’IFPEN ont ainsi développé [7] des outils de simulation du comportement des éoliennes dans leur environnement, en faisant évoluer le logiciel DeepLinesTM (figure 5), issu des travaux de modélisa- tion du comportement des plateformes et canalisations pé- trolières. Ces outils, développés avec la société d'ingénierie Principia, s'appuient ainsi sur l'état de l'art de la modélisation dans le domaine de l'hydrodynamique et de la mécanique des structures en mer. Une implication de plus en plus forte, avec l’entrée en lice d’acteurs majeurs Grâce à leur capacité à mener de grands projets intégrés, les grands acteurs du monde pétrolier et parapétrolier se tournent vers le domaine de l’éolien offshore. Certaines so- ciétés comme la compagnie américaine Fluor sont présentes depuis plusieurs années, par exemple sur le parc de Greater Gabbard au Royaume-Uni. Situé à 25 km des côtes par des profondeurs d’eau comprises entre 24 et 34 m, ce parc ac- cueille 140 turbines de 3,6 MW pour une puissance de près de 500 MW. Fluor a été responsable de l’ingénierie, de la fourniture et de la construction de toutes les utilités et équi- pements auxiliaires à la production d’électricité. Technip, pour sa part, a annoncé en 2011 la création d’une Business Unit éolien basée en Ecosse et a également fait l’acquisition au début de la même année de la société Subocean, compagnie britannique spécialiste de l’installation de câbles pour les parcs éoliens en mer. Technip participe aussi au consortium Ailes Marines regroupant également AREVA, au côté d’IBERDROLA, de NEOEN et EOLE-RES. Technip s’est également positionné tôt sur le marché de l’éolienne flottante, en concevant, réalisant et installant en 2009 le flotteur de type spar, pour le compte de la société norvégienne Statoil. Par ailleurs, Technip développe avec la société Nénuphar, EDF-EN et plusieurs autres partenaires le projet Vertiwind, visant à développer une éolienne flottante innovante à axe vertical. L’italien SAIPEM, au sein de sa Business Unit renouvela- bles, s’intéresse également à l’éolien en mer ; proposant des méthodes d’installation spécifiques ainsi que la réalisation de structures de support. Très récemment, Subsea 7 a annoncé une association avec la société américaine Bechtel dans le domaine de l’éolien en mer. Ces sociétés visent ainsi à contribuer à la réalisation de grands projets, en s’associant avec des acteurs énergéticiens et turbiniers du domaine. On dénombre également plusieurs opérateurs pétroliers qui se diversifient dans le domaine de l’éolien en mer. On peut citer le norvégien Statoil mais aussi l’espagnol Repsol, actif dans le Round 3 du Royaume-Uni, ainsi que dans le projet Windplus d’éolienne flottante semi-submersible déve- loppé par la société Principle Power. S’il se développe à grande échelle, il est probable que le domaine de l’éolien flottant sera également un secteur où les acteurs du domaine pétrolier seront bien positionnés. En effet, ce nouveau domaine apporte un degré supplémentaire de complexité, tout en se rapprochant des plateformes pé- trolières flottantes, dont la conception ainsi que celle de leur système d’ancrage comportent de nombreuses similitudes. Une nécessaire adaptation Il faut cependant noter que si les compagnies parapétro- lières possèdent toutes les compétences pour se position- ner avantageusement dans le domaine de l’éolien en mer, certaines différences entre les marchés pétroliers et éoliens rendront nécessaire une adaptation à ce nouveau domaine. D’un point de vue technique, tout d’abord, alors que le dé- veloppement d’infrastructures pétrolières consiste principale- ment à la conception et à la réalisation d’un système unitaire de grande capacité, qui est conçu « sur mesure « pour un champ donné, les projets éoliens en mer nécessitent quant à eux la réalisation de nombreuses opérations de même type, avec des structures et des opérations réalisées plusieurs di- zaines voire plus d’une centaine fois. Sur le même plan, les moyens d’installation utilisés par les industries parapétrolière et éolienne sont relativement différents. Des moyens spécifi- ques sont ainsi envisagés pour remplacer les barges de type jack-up communément employées. Les conditions économi- ques ne sont cependant pas nécessairement remplies pour justifier de tels investissements. Sur un autre plan, les formes contractuelles des deux do- maines sont encore aujourd’hui relativement distinctes. Ainsi selon l’EWEA [1], après avoir débuté pour le développement des premiers parcs dans les années 2000-2004 par des contrats de type EPCI (Engineering, Procurement, Construc- tion and Installation) portés par un seul contractant, le déve- loppement des parcs après 2004 a donné lieu à des contrats multiples avec une gestion des interfaces plus importantes. Plus récemment, visant à limiter ces mêmes risques d’in- terfaces et sous l’effet de l’apparition d’acteurs nouveaux, on observe un retour vers des contrats plus intégrés, plus conformes aux habitudes du secteur pétrolier. REE N°5/2012 ◗ 89 Éolien offshore et offshore pétrolier : faits pour s’entendre Enfin, ces acteurs ont également à lutter au sein même de leurs organisations contre la concurrence des marchés pétro- liers offshore, qui sont en plein développement également et offrent une profitabilité attractive pour ces sociétés, avec laquelle l’éolien a encore du mal à lutter. En revanche, l’éo- lien fournit pour les sociétés européennes des débouchés locaux complémentaires de leur activités en Mer du Nord, leurs marchés étant pour beaucoup tournés vers d’autres zo- nes du globe. Gageons cependant que l’arrivée de ces nouveaux en- trants rompus à la gestion de projets de grande ampleur et aux opérations en mer contribuera, par le développement de méthodes innovantes à réduire les coûts, permettant ainsi à l’éolien en mer de se développer largement. Références [1] European Wind Energy Association, Wind in our Sails, 2011 [2] M. Kapsali, J.K. Kaldellis, "Offshore Wind Power Basics”, Comprehensive Renewale Energy, Volume 2, pp 431, 468, Elsevier, 2012. [3] A guide to Offshore Wind and Oil & Gas Capability. Scottish Enterprise, 2011. [4] A National Offshore Wind Strategy: Creating an Offshore Wind Energy Industry in the United States, US Department of Energy, 2011. [5] E.ON-Offshore Wind Energy Factbook. 2011. [6] W. Musial, B. Ram, "Large-Scale Offshore Wind Power in the United States”, Assessment of opportunities and barriers. NREL, , September 2010. [7] T. Perdrizet, “Accurate Mooring System Modelling in a Fully Coupled Floating Wind Turbine Dynamic Analysis Based on DeepLinesTM ”, EWEA Offshore Conference 2011, Amsterdam. [8] NOWITECH. http://www.sintef.no/projectweb/nowitech/ Daniel Averbuch est ingénieur et docteur de l’École Nationale des Ponts et Chaussées. Entré en 1997 comme ingénieur de re- cherche à IFP Energies nouvelles, où il a travaillé sur des problè- mes de mécanique dans le domaine de l’offshore pétrolier, il est depuis 2011 responsable de programmes au centre de Résultats Ressources. Il est notamment en charge du programme Energies Marines, où sont menés des travaux dans le domaine de l’éolien offshore posé et flottant. l'auteur