Les énergies marines renouvelables, des ressources d’avenir

26/03/2013
Auteurs :
OAI : oai:www.see.asso.fr:1301:2012-5:3828

Résumé

DCNS s’est lancé, voici quelques années, dans un nouveau champ d’innovation et de développement : les énergies marines renouvelables. Le Groupe a l’ambition de devenir un acteur de tout premier plan mondial dans ce domaine et d’être le moteur d’une filière industrielle dédiée en France. Alors que jamais le besoin d’énergies alternatives n’a été aussi urgent et d’actualité, DCNS dispose de compétences et de moyens industriels adaptés pour fournir les solutions innovantes de demain.
L’Agence internationale de l’énergie estime à 30 % la hausse de la demande à l’horizon 2030 tandis que les ressources fossiles (pétrole, gaz, charbon) s’épuisent et que le réchauffement climatique impose de limiter les émissions de CO 2


Les énergies marines renouvelables,  des ressources d’avenir

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L’Agence internationale de l’énergie estime à 30 % la hausse de la demande à l’horizon 2030 tandis que les ressources fossiles (pétrole, gaz, charbon) s’épuisent et que le réchauffement climatique impose de limiter les émissions de CO 2<br />
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REE N°5/2012 ◗ 75 les énergies marines renouvelables Frédéric Le Lidec DCNS DCNS s’est lancé, voici quelques années, dans un nouveau champ d’innovation et de développement : les énergies marines renouvelables. Le Groupe a l’ambition de devenir un acteur de tout premier plan mondial dans ce domaine et d’être le moteur d’une filière industrielle dédiée en France. Alors que jamais le besoin d’énergies alternatives n’a été aussi urgent et d’actualité, DCNS dis- pose de compétences et de moyens industriels adaptés pour fournir les solutions innovantes de demain. L’Agence internationale de l’énergie estime à 30 % la hausse de la demande à l’horizon 2030 tandis que les ressources fossiles (pétrole, gaz, charbon) s’épui- sent et que le réchauffement climatique impose de limiter les émissions de CO2 . Entre 80 % et 90 % de l’énergie consommée en 2009 dans le monde provient d’énergies fossiles : pé- trole (33 %), gaz (21 %), charbon (28 %) et uranium (6 %), selon l’Agence internationale de l’énergie. Ces sources traditionnelles, épuisables et pourtant objet d’une demande toujours croissante, sont de plus en plus coûteuses à exploiter. La diminution, puis la dis- parition annoncée de ces ressources en augmentent progressivement le prix. Ainsi, des sources d’énergie qui étaient peu rentables le deviennent, stimulant la recherche d’innovations techniques, notamment dans le domaine des énergies marines renouvelables, énergies inépuisables et abondantes. Selon un nouveau rapport de l’Agence internationale de l’énergie, la production d’énergie renouvelable devrait poursuivre sa croissance rapide au cours des cinq pro- chaines années. Malgré les incertitudes économiques qui pèsent sur de nombreux pays, la production mon- diale d’électricité d’origine renouvelable, hydroélectrique, solaire, éolienne ou autre, devrait augmenter de plus de 40 %. En Europe, les objectifs, déclinés en France par le Grenelle de l’environnement, ont fixé à 20 % la part des énergies renouvelables à atteindre d’ici 2020. Au sein de celles-ci, les énergies marines renouvelables devront at- teindre 6 GW de capacité de production. Aujourd’hui, ce sont principalement les éoliennes offshore posées qui produisent le plus d’énergie mais d’autres technologies émergentes, en cours de développement, vont partici- per à la tenue de ces objectifs. C’est dans ce contexte que DCNS a décidé fin 2009 de jouer un rôle majeur dans le développement d’une nouvelle filière industrielle des énergies marines renouvelables. Les énergies marines renouvelables, des ressources d’avenir The need for alternative sources of energy has never been more urgent than it is today. At the very time International Energy Agency estimates that demand will increase 30% by 2030, fossil fuels (oil, gas and coal) are beginning to dwindle, as the need to counter global warming imposes limits on CO2 emissions. In this context, DCNS has entered a new field of innovation and development: ocean energy. Having included marine renewable energy as an intrinsic part of its strategic growth plan, DCNS is the only industrial company in the world to invest in all four key technologies in this sector: • the tidal energy generated using underwater turbines known as “tidal turbines”, which convert the energy of marine tidal streams into electricity; • the ocean thermal energy conversion (OTEC) technology that exploits the difference of temperature between the warm surface water of tropical oceans and the cold water found in the ocean depths to generate electrical power 24 hours a day, 3 5 days a year; • the offshore wind energy generated by offshore floating wind turbines; • the wave energy technology which operates on the principle of recovering energy from the ocean swell. With 400 years of expertise in shipbuilding and its in-depth understanding of the marine environment, DCNS is committed to playing a major role in the development of this new ocean industry. abstract 76 ◗ REE N°5/2012 les énergies marines renouvelables Les énergies marines renouvelables, des énergies plurielles D’un point de vue technologique et industriel, il existe de grandes synergies entre le savoir-faire nécessaire au dévelop- pement de ces technologies nouvelles et le savoir-faire his- torique de DCNS. Le Groupe conçoit, réalise et maintient en service des sous-marins et des navires de surface depuis près de 400 ans. DCNS est aujourd’hui un industriel auquel la di- versité de ses métiers ouvre de nombreuses perspectives de développement. Le Groupe a fixé son cap stratégique pour 10 ans en déployant une stratégie de croissance qui vise au doublement de son chiffre d’affaires entre 2010 et 2020. Cette réflexion stratégique a notamment abouti au développe- ment concomitant de quatre des principales sources d’éner- gies marines renouvelables : l’énergie des vagues, dont le principe est de récupérer l’énergie de la houle à l’aide d’un flot- teur immergé pour la transformer en énergie hydraulique puis électrique, l’énergie thermique des mers (ETM), qui utilise la différence de température entre l’eau de surface, chaude dans les mers tropicales, et l’eau froide des profondeurs, pour produire du courant électrique 24 heures sur 24, 365 jours par an ; l’énergie du vent en mer, captée à l’aide d’éoliennes flottantes installées au large, et enfin, l’énergie des courants de marées, captée à l’aide de turbines sous-marines appelées « hydroliennes », qui transforment l’énergie des courants ma- rins en électricité comme les éoliennes avec le vent. Le développement de ces différentes technologies est une priorité pour DCNS. Les dernières avancées placent les hydroliennes, puis les éoliennes flottantes en phase de pré- démarrage industriel. DCNS mène également des recherches poussées dans le domaine des systèmes dits houlomoteurs et sur l’énergie thermique des mers. L’énergie des vagues, une ressource énergétique à fort potentiel La récupération de l’énergie des vagues par des systè- mes dits houlomoteurs permet d’accéder à une ressource énergétique qui offre une importante ressource brute en énergie. C’est l’une des plus denses parmi les énergies renouvelables. La ressource moyenne globale en énergie des vagues se situerait entre 1,3 et 2 TW d’après le World Energy Council, soit l’ordre de grandeur de la puissance électrique mondiale installée (~2 TW). Présente sur toutes les côtes de tous les océans du monde, elle est toutefois plus importante dans certaines régions, comme l’Atlantique Nord, avec une puissance de 45 kW/m, particulièrement au large des îles Britanniques. En France, son potentiel serait de 40 TWh/an. Figure 1 : Technologie Wave Roller. Source : DCNS. REE N°5/2012 ◗ 77 Les énergies marines renouvelables, des ressources d’avenir La technologie houlomotrice est encore relativement ré- cente et pour qu’elle passe à l’échelle commerciale, il faut réaliser des systèmes convenant à une production indus- trielle. Depuis 2009, DCNS développe un démonstrateur de récupération de l’énergie de la houle. Dans ce projet, DCNS optimise la technologie retenue pour l’adapter aux conditions spécifiques de La Réunion et assure la maîtrise d’œuvre d’un prototype qui est en cours de déploiement. Par ailleurs, en octobre 2011, Fortum, énergéticien finlan- dais, et DCNS ont signé une lettre d’intention portant sur le développement de l’énergie des vagues en France. Les deux parties ont ensemble lancé une étude sur la faisabilité d’une installation pilote sur la côte atlantique française. Le secteur de la Baie d’Audierne est prometteur. Il fait l’objet de pre- mières études de sites en vue d’accueillir une ferme pilote d’environ trois machines. Cette installation pourrait produire 1,5 MW. Les systèmes utilisés seront issus de la technologie qui a été déployée par une filiale de Fortum au Portugal : la technologie Wave Roller. Energie thermique des mers : l’énergie venue des grandes profondeurs Le principe de l’Energie thermique des mers (ETM) consiste à utiliser la différence de température entre l’eau de surface à environ 25°C et l’eau située en profondeur (-1 000m) à environ 5°C. Cette différence de température existant naturellement dans les mers tropicales permet de produire de l’électricité toute l’année. L’ETM permet donc de produire de l’énergie de façon constante, 24h/24 et 7j/7. Elle pourra contribuer, à terme, à répondre aux besoins en élec- tricité croissants des territoires situés dans les tropiques et à leur future autonomie énergétique. Cette solution innovante est en effet une alternative verte aux énergies dites fossiles (gaz, charbon...) encore massivement utilisées sur les sites isolés, non connectés aux réseaux électriques continentaux. L’ETM est par ailleurs une solution flottante, ancrée près de la ligne d’horizon, à cinq km des côtes. Son impact visuel est donc limité. Jules Verne, dès 1869, évoque le premier, l’idée d’utiliser les différences de températures de la mer pour produire de l’électricité. Dans son livre, Vingt mille lieues sous les mers, il écrit : « j’aurais pu, en effet, en établissant un circuit entre les fils plongés à différentes profondeurs, obtenir de l’élec- tricité par la diversité des températures qu’ils éprouvaient ». Une dizaine d’années plus tard, en 1881, le physicien français Jacques d’Arsonval, dont plusieurs de ses découvertes ont mené à la fondation de la société Air liquide, posa pour la première fois les bases théoriques de ce concept. « Canali- ser l’électricité, c’est bien démocratiser la force. Mais il y a plus. Transporter la force à grande distance, c’est pouvoir se passer du charbon dont les provisions s’épuisent, c’est pouvoir utiliser les forces naturelles jusqu’ici perdues. Dans un avenir prochain […] nous verrons les eaux de nos fleuves, les vents ou les marées mettre en mouvement de puissantes Figure 2 : Cycle de Rankine. Source : DCNS. 78 ◗ REE N°5/2012 les énergies marines renouvelables machines électriques d’où partira un réseau de fils sillonnant le pays et distribuant sur son parcours la force à l’industrie et à l’agriculture. Rappelez-vous […] que grâce à la science, l’impossibilité d’hier sera la banalité de demain. » En 1920, c’est l’ingénieur français Georges Claude qui se lance à son tour dans le développement de cette technolo- gie. Sa démarche, fruit d’une collaboration initiée 20 ans plus tôt avec Jacques d’Arsonval, l’amènera à construire le premier prototype dans la baie de Matanza à Cuba. Il devra aban- donner son projet en raison de nombreux problèmes tech- niques. La technologie reste alors en sommeil pendant 50 ans, jusqu’aux chocs pétroliers des années 1970, période à laquelle la France, les Etats-Unis et le Japon se mettent à étu- dier à nouveau les potentialités de ce système. Aujourd’hui, ces pays restent les pionniers du développement de cette énergie marine. DCNS est pour sa part la seule entreprise française à investir en faveur de cette technologie innovante. Principe de fonctionnement de l’ETM L’ETM produit de l’énergie grâce à un fluide de travail qui passe de l’état liquide à l’état vapeur dans un évaporateur, au contact de l’eau chaude puisée en surface. La pression pro- duite par la vapeur passe dans un turbogénérateur pour faire tourner une turbine et produire de l’électricité. Après que le gaz a perdu de la pression, il passe dans un condenseur pour retourner à l’état liquide, au contact de l’eau froide puisée en profondeur. L’ETM a besoin de beaucoup d’eau : il faut un très grand débit d’eau de mer pour compenser le faible gradient de température et de très grands diamètres de canalisations pour limiter les pertes de charge. La réalisation de la conduite d’eau froide à 1 000 mètres de profondeur constitue ainsi l’un des défis technologiques majeurs de l’ETM. DCNS est en train de relever ce défi en menant des travaux de R&D qui prendront fin en 2013. L’objectif du Groupe est de confirmer la faisabilité de la mise en œuvre de cette technologie dans les eaux tro- picales du monde entier. Les départements et collectivités d’outre-mer ont manifesté dès 2008 leur intérêt pour cette technologie. DCNS a en effet réalisé une première étude de pré-faisabilité pour la Martinique cette année-là. Ce premier contrat d’étude a été suivi de plusieurs autres accords signés avec La Réunion, Tahiti et la Martinique. Avec La Réunion, les différents contrats signés ont abouti à la réalisation et l’instal- lation en 2012 sur site d’un prototype à terre. En 2009, DCNS et le Conseil régional de La Réunion ont signé un accord pour la construction d’un prototype à terre ETM. Il s’agit d’une reproduction, à échelle réduite, du sys- tème de production d’énergie d’une future centrale ETM. Le système simule les arrivées d’eau chaude et d’eau froide né- cessaires à son fonctionnement. Le prototype à terre est avant tout un outil de recherche et développement ayant pour but principal de tester différents éléments clés du système de production d’énergie (échangeurs de chaleur, cycles thermo- dynamiques...). Il vise également à optimiser les enjeux tech- nologiques et financiers liés à l’ETM. Le prototype à terre ETM a été construit et qualifié dans le centre DCNS de Nantes- Indret. Il a ensuite été transféré et mis en fonction début 2012 sur le site de l’université de Saint Pierre à La Réunion. Les éoliennes flottantes Une éolienne est un dispositif mécanique destiné à convertir l’énergie du vent en électricité. Elle est composée des principaux éléments suivants : • un mât, haut d’une centaine de mètres en moyenne, qui soutient la nacelle afin que celle-ci puisse capter des vents plus hauts donc plus forts ; • une nacelle, située en haut de ce mât, qui abrite notam- ment la génératrice ; • le rotor, auquel sont fixées les pales, entre en mouvement rotatif grâce à l’intensité du vent et fait ainsi tourner un arbre mécanique. Le multiplicateur augmente la vitesse de celui- ci, pour convertir l’énergie mécanique et énergie électrique par le biais d’une génératrice. Le courant ainsi produit, d’une tension de 400 à 690 V, est ensuite transporté par câble sous-marin jusqu’au poste de livraison. En 2009, l’énergie éolienne représentait 3 % de la pro- duction mondiale d’électricité, principalement grâce aux éo- liennes terrestres. Mais une autre forme d’éoliennes connaît une progression très importante, les éoliennes posées en mer, qui ont connu une progression de 51 % entre 2009 et 2010. Fin 2010, l’Europe comptait un total de 1 136 éolien- Figure 3 : Prototype à terre ETM. REE N°5/2012 ◗ 79 Les énergies marines renouvelables, des ressources d’avenir nes offshore installées et raccordées au réseau dans 45 parcs éoliens répartis dans 9 pays de l’Union et développant une capacité de 2 946 MW, soit de quoi alimenter 2,9 millions de foyers, selon l’EWEA. L’installation d’éoliennes plantées en mer s’avère cependant très coûteuse : leur implantation nécessite des engins spécialisés et les opérations de mainte- nance peuvent demander de gros moyens. De plus, elles ne peuvent être installées que dans des fonds marins allant de 5 à 40 mètres, avec un impact visuel potentiellement impor- tant depuis la côte, et des possibles conflits d’usage avec les usagers de la mer. Les éoliennes flottantes, simplement ancrées en mer, per- mettent de s’affranchir des travaux de génie civil, de simplifier les opérations de maintenance, de limiter l’impact visuel ainsi que les éventuels conflits d’usage. Elles permettent égale- ment d’accéder au vent plus fort et plus régulier que l’on trouve en haute mer. La technologie de l’éolien flottant en mer offre donc une véritable rupture technologique extrême- ment intéressante, à plus d’un titre. Les éoliennes flottantes : la nouvelle génération des éoliennes en mer Les éoliennes flottantes permettent l’accès à des zones aujourd’hui inexploitées et ouvrent ainsi des opportunités de marché immenses. En France, l’éolien flottant pourrait, d’ici à 2020, avec un parc de 500 MW de puissance installée en Bretagne, alimenter 10 % des besoins énergétiques de cette région. En 2030, le marché français pourrait passer à dix parcs. En Europe, le potentiel est également très important, puisque l’éolien flottant pourrait représenter, en 2030, 15 % de la production électrique totale produite à partir d’éolien- nes installées en mer. Dans certains pays dont les côtes sont adaptées à cette technologie, la proportion pourrait atteindre plus de 30 %. A terme, la production mondiale pourrait at- teindre 100 parcs, soit 50 Gigawatts par an. Ces perspectives très prometteuses sont liées aux nom- breux avantages de l’éolien flottant. Le facteur de charge moyen en terrestre est compris entre 25 et 30 % alors qu’il pourrait se situer entre 35 et 45 % en offshore. Ainsi, on peut raisonnablement espérer qu’une éolienne offshore fonctionnera au minimum 3 000 heures par an en équivalent pleine puissance. Ce gain est lié au fait que le vent du large est plus régulier, plus soutenu, et l’effet d’abri dû à la proximité de la côte ne joue plus. Un autre avantage réside dans la capacité technique à instal- ler des éoliennes. Le flottant permet d’exploiter des zones deux à trois fois plus grandes que le posé. Ce dernier étant limité par la profondeur et les conflits d’usage à proximité des côtes. L’éolien flottant bénéficie par ailleurs des avancées tech- niques développées dans le cadre de l’offshore posé avec des machines de plus forte puissance qu’en terrestre et des rendements accrus. Le vent est en effet plus fort et plus froid au large qu’au bord des côtes. La technologie de l’éolien flot- tant offre donc la possibilité d’obtenir un meilleur rendement que toute autre technologie de captage de l’énergie du vent. Une éolienne offshore peut ainsi fournir jusqu’à 6 MW (à comparer aux éoliennes terrestres limitées à 3 MW dans des sites bien ventés). Le concept d’éolienne flottante offre également l’opportu- nité de pouvoir ramener à quai les éoliennes pour les mainte- nances lourdes, ce qui présente un réel avantage par rapport à l’offshore posé où les opérations ne peuvent être réalisées qu’en mer, avec la mobilisation de navires de servitudes dont la mise en œuvre est extrêmement onéreuse. L’installation de l’éolienne flottante est également facilitée, la mise en place de l’ancrage requérant des moyens limités au regard des travaux de génie civil nécessaires pour implan- ter les fondations posées. Les champs d’éoliennes flottantes peuvent être installés dans des fonds supérieurs à 50 m, là où les fondations po- sées cessent d’être compétitives. Plus éloignées des côtes, l’impact visuel est sensiblement réduit et les confits d’usage inhérents à la plaisance, à l’activité de la pêche ou aux zones de couverture radar s’en trouvent limités. DCNS, fort de sa connaissance du milieu marin et de la stabilisation des systèmes navals, a pour ambition de jouer un rôle clé sur ce nouveau marché. Depuis 2008, le groupe DCNS, avec Nass&Wind, Vergnet, l’Institut IFREMER et l’école Distinguer le facteur de charge du potentiel techniquement exploitable Le facteur de charge est le rapport entre le nombre d’heures de fonctionnement en équivalent pleine puissance et le nombre d’heures de fonctionnement théorique dans l’année (8 760 h). Il représente le productible à puissance installée donnée. Le potentiel techniquement exploitable est la ressource extraite de la mer compte tenu des performances prévisibles des machines. A titre d’exemple, les vents trop forts ou trop faibles ne sont pas exploités. Tout comme les trop petites vagues. Le potentiel techniquement exploitable est donc une réduction du potentiel total présent dans l’océan comparé à ce qui est exploitable via les technologies d’énergies marines renouvelables. 80 ◗ REE N°5/2012 les énergies marines renouvelables d’ingénieur ENSTA développe ce qui pourrait devenir la pre- mière génération d’éoliennes flottantes en France. WINFLO est un programme dont l’objectif est de dévelop- per une première ferme commerciale d’éoliennes flottantes en 2020. Lauréat de l’appel à manifestation d’intérêt lancé par l’ADEME en 2010, WINFLO a été labellisé par le Pôle de com- pétitivité Mer Bretagne en 2008. Grâce à la complémentarité du savoir-faire des partenaires du projet, l’éolienne WINFLO disposera d’un flotteur innovant de type semi-submersible, d’une éolienne légère, conçue spécialement pour l’offshore flottant ainsi que d’un dispositif d’ancrage spécifique. Le pre- mier démonstrateur sera testé fin 2013/début 2014. Après une phase intermédiaire qui verra la fabrication et l’installation des premières préséries, les partenaires, rassem- blés au sein d’une société commune, envisagent dès 2020 l’installation du premier parc opérationnel. Un déploiement en trois phases : • 2013 : essais en mer du démonstrateur 1 MW ; • 2017 : fabrication et installation des premières préséries d’éoliennes multimégawatts ; • 2020 : installation du premier parc opérationnel. Le développement de l’éolien flottant passe par la maî- trise du comportement global de l’éolienne et notamment la compréhension des phénomènes de couplage entre les efforts véliques en tête de mât et l’effet des vagues et du courant sur la plate-forme ancrée. La prise en compte de ces aspects est majeur dans la conception de la nacelle et du flotteur au regard de la fatigue. Les essais en mer du prototype WINFLO 1 MW permettront de démontrer la maîtrise de la technologie et de tirer tous les enseignements nécessaires à la réalisation des éoliennes multi mégawatts. L’éolienne flottante WINFLO reprend le principe d’une pla- te-forme semi-submersible baptisée FFP (Free Floating Plat- form) pouvant être remorquée en faisant uniquement appel à des moyens conventionnels. La nacelle multimégawatts est conçue spécifiquement pour le flottant de manière à pouvoir supporter des mouve- ments de plate-forme importants et permettre la conception d’un flotteur léger à moindre coût, facilement connectable et déconnectable. La conception est également orientée pour permettre un assemblage modulaire, optimiser la structure et limiter les coûts de réalisation en série. Hydroliennes, des courants marins au courant électrique L’énergie hydraulique exploite l’énergie des flux d’eau (fleuves, rivières, chutes d’eau, courants marins, etc.). L’énergie créée par le mouvement de l’eau est transformée en énergie mécanique par une turbine puis en énergie électrique par un alternateur. L’hydroélectricité constitue la première source d’énergie renouvelable et la troisième source de production électrique au monde (16,0 % en 2010). En France, l’énergie hydraulique a longtemps été l’une des principales formes de production d’énergie. Entre les deux guerres, plusieurs dizaines de barrages sont construits en France et, en 1960, 56 % de l’électricité nationale est d’ori- gine hydraulique. Construite entre 1961 et 1966, l’usine ma- rémotrice de la Rance est une des centrales électriques tirant son énergie de la force de la marée. Elle se trouve à l’estuaire de la Rance, entre Dinard et Saint-Malo, dans la commune de La Richardais, en Ille-et-Vilaine. L’énergie hydraulique est de nos jours la première éner- gie renouvelable électrique, produisant dans le monde et en France près de 83 % de l’électricité renouvelable. Figure 4 : Eoliene du projet Winflo. Figure 5 : Les différences sources de production d’électricité dans le monde en 2010. Source : AIE (2012). REE N°5/2012 ◗ 81 Les énergies marines renouvelables, des ressources d’avenir Aujourd’hui, la production d’énergie hydraulique trouve un nouvel essor, grâce aux hydroliennes, turbines sous-marines exploitant l’énergie des courants. Les capacités européennes basées sur cette technologie sont estimées à 12,5 GW ce qui permettrait sur la base de 4 000 heures de fonctionnement annuel de produire 50 TWh, soit l’équivalent de quatre réac- teurs de type EPR. Fort de ses compétences techniques et de ses moyens industriels, DCNS entend devenir un acteur de premier plan dans le développement des hydroliennes. C’est naturelle- ment au Raz Blanchard, près de Cherbourg où DCNS dispose déjà d’une implantation industrielle que le Groupe compte déployer son activité d’hydroliennes. Depuis plus de cent ans, le Groupe conçoit et réalise tous les sous-marins de la Marine nationale mais aussi ceux de nombreux clients à tra- vers le monde. Contrairement aux vents, la force, l’amplitude et la direc- tion des courants marins sont prévisibles à long terme car liées à l’effet conjugué et prévisible des forces de gravitation de la lune et du soleil. Les sites favorables à l’implantation de ces équipements doivent répondre aux critères suivants : • zones de courants de marée supérieurs à 4 ou 5 nœuds ; • profondeur de l’ordre de 30 à 40 mètres pour limiter les difficultés d’installation et de maintenance et permettre la navigation ; • géologie du fond marin qui déterminera la position et le nombre de turbines qui pourront être déployées ; • proximité des côtes pour permettra l’installation à un coût raisonnable d’un câble sous-marin. Trois sites font référence dans le monde pour l’installation de cette technologie : • en Ecosse, dans le détroit de Pentland Firth, entre le Nord de l’Ecosse et les (îles Orcades) ; • au Canada, dans la Baie de Fundy, connue mondialement pour ses grandes marées ; • en France, dans le Raz Blanchard, situé entre la pointe ouest du cap de la Hague et Aurigny. Une quinzaine de solutions existent sur le marché pour concevoir des hydroliennes. En pratique, une petite dizaine de possibilités semble pouvoir conduire à de véritables solu- tions industrielles. DCNS a identifié la technologie OpenHydro comme la plus intéressante au stade actuel et l’une des plus matures. En particulier, les performances envisagées devraient permettre, a priori mieux qu’avec d’autres solutions, d’atteindre un coût de l’énergie compatible avec le marché de l’énergie. Ceci re- pose notamment sur une relative simplicité de conception, de réalisation, mais aussi d’installation, favorable à la réduc- tion des investissements et des coûts de maintenance. DCNS est aujourd’hui actionnaire de la société Open- Hydro à hauteur de 11 %. La société développe des hydro- liennes depuis 2007 et emploie 80 personnes. Elle a déjà construit : • six hydroliennes de 6 m de diamètre pour son site de test de l’EMEC (figure 6) ; • une hydrolienne de 10 m de diamètre déployée dans la baie de Fundy ; • une hydrolienne de 16 m de diamètre déployée à Paimpol- Bréhat en 2012, puis retirée pour inspection, et qui sera bientôt réinstallée pour 500 heures de test. La turbine OpenHydro est constituée d’un rotor muni d’aimants permanents, flottant dans un stator muni de bo- bines. Mu par le courant marin, le rotor induit un courant au stator. La turbine est portée par une fondation lestée gra- vitaire. Elle est simplement posée sur le fond et peut être déployée depuis la surface par une barge dédiée en 20 mi- nutes. Les turbines seront reliées entre elles pour s’organiser en ferme hydrolienne exportant l’énergie produite par un câ- ble rejoignant la côte. Les hydroliennes déployées en France seront construites par DCNS à Cherbourg dans une usine qui sera installée à partir de 2015. Le premier projet pré-commercial est prévu pour 2015/2016 et les développements commerciaux com- menceront en 2016. Figure 6 : Hydrolienne 6 mètres de diamètre. Source : OpenHydro. 82 ◗ REE N°5/2012 les énergies marines renouvelables La mer, au cœur de la vision de DCNS Tout rattache DCNS à la mer. Ses métiers bien sûr, qui consistent notamment à concevoir des navires destinés à sillonner le monde, sur et sous les océans… Ses innovations, développées afin de capter l’énergie des océans grâce aux nouvelles technologies élaborées par le Groupe. La culture, celle des hommes et des femmes de DCNS, souvent pas- sionnés par la mer, qui sont tournés vers les métiers du Groupe en raison de son appartenance à cet environnement. Sans compter la situation géographique de la plupart de ses centres, qui sont situés sur le littoral. La mer est au cœur de la vision du Groupe : DCNS est convaincu que le vingt et unième siècle sera maritime et in- vente des solutions de haute technologie pour sécuriser la mer et la valoriser durablement. Figure 7 : Hydrolienne OpenHydro. Source : OpenHydro. Frederic Le Lidec travaille au sein du groupe DCNS depuis 1990. Il y a occupé diverses positions de direction de projet et de “busi- ness developer” dans les domaines des équipements navals, des systèmes de combat et de la construction navale. Il est actuelle- ment directeur de l’Incubateur et responsable du développement du groupe dans les énergies marines renouvelables. Ancien élève de l’ENSTA Bretagne, il est titulaire d’un mastère en administration des entreprises (IAE). l'auteur