Energie : les conclusions du débat sont-elles déjà connues ?

26/03/2013
Auteurs : Henri Prevot
Publication REE REE 2012-5
OAI : oai:www.see.asso.fr:1301:2012-5:3822
DOI : http://dx.doi.org/10.23723/1301:2012-5/3822You do not have permission to access embedded form.

Résumé

Sur un sujet qui engage notre façon de vivre et l’autonomie même de notre pays – la production  et  la  consommation  d’énergie  –  le pouvoir, qui nous parle beaucoup de consultation et de démocratie participative, décide d’engager un débat mais, avant même que ce débat soit engagé, il semble avoir déjà décidé non seulement l’arrêt des deux réacteurs nucléaires de la centrale de Fessenheim mais aussi la diminution de la capacité nucléaire  pour  qu’en  2025  la  production d’électricité nucléaire ne soit pas supérieure à la moitié de la quantité
d’électricité consommée en France. 


Energie : les conclusions du débat sont-elles déjà connues ?

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REE N°5/2012 ◗ 109 libres PROPOS Henri Prévot Ingénieur général des mines S ur un sujet qui engage notre façon de vivre et l’autonomie même de notre pays – la pro- duction et la consommation d’énergie – le pouvoir, qui nous parle beaucoup de consul- tation et de démocratie participative, décide d’engager un débat mais, avant même que ce débat soit engagé, il semble avoir déjà décidé non seulement l’arrêt des deux réacteurs nucléaires de la centrale de Fessenheim mais aussi la diminution de la capacité nu- cléaire pour qu’en 2025 la produc- tion d’électricité nucléaire ne soit pas supérieure à la moitié de la quantité d’électricité consommée en France. Prendre les décisions avant que s’engage le débat, voilà qui est cu- rieux. C’est d’autant plus curieux qu’une diminution de la capacité nucléaire obligerait à dépenser beau- coup plus que ce qui serait suffisant pour atteindre l’objectif. Mais, au fait, quel est l’objectif ? Consommer moins d’énergie ? Produire moins d’électricité nucléai- re ? Renforcer notre autonomie énergétique ? Diminuer nos émissions de CO2  ? L’humanité trouve l’énergie dont elle a besoin dans le soleil, le vent, le charbon, le gaz, le pétrole, les réactions nucléaires, la géothermie, la mer… Ces sources d’éner- gie sont plus ou moins onéreuses et, pour certaines, très coûteuses1 mais, globalement, elles sont inépui- sables. L’économie d’énergie n’est donc pas en soi un objectif pertinent. Ce ne peut être qu’un moyen pour atteindre un autre but. S’il n’existe pas de limite aux quantités d’énergie ac- cessibles, il existe une limite physique aux émissions mondiales de CO2 si, du moins, l’humanité veut éviter une catastrophe. En effet, au-delà de cette limite, les phénomènes climatiques risquent de s’enchaîner et de s’amplifier sans pouvoir être maîtrisés : après la dispa- rition de la calotte glaciaire, les rayons solaires, au lieu d’être réfléchis, seront absorbés par l’océan et par les 1 Voir notamment le rapport du GIEC sur les énergies renouvelables paru en 2011. sols ce qui renforcera le réchauffement ; le CO2 et le méthane piégés dans les sols gelés seront libérés… Pour éviter la catastrophe, il nous faut donc diminuer les émissions de CO2 causées par la production et la consommation d’énergie. Voilà l’objectif. C’est-à-dire di- minuer notre consommation de pétrole, gaz et charbon – non pas l’énergie mais l’énergie fossile – ce qui, du même coup, renforcera notre autonomie énergétique. Que dire alors de la production d’électricité nucléaire ? Elle présente tellement d’enjeux qu’elle fera l’objet d’une décision politique. Il n’est pas interdit néanmoins de rai- sonner. Si l’on juge que le risque est tellement grave qu’il est inacceptable, aussi peu probable soit-il, la seule décision qui vaille est d’arrêter toute production nucléaire. On ne va tout de même pas divi- ser par deux un risque absolument inacceptable car, même divisé par deux, il resterait inacceptable ! Si le risque n’est pas refusé par principe, on compare les risques du nucléaire aux dommages qu’il permet d’éviter : les morts dans les mines de charbon, la pollution locale causée par les centrales à charbon ou la combustion do- mestique de biomasse, les étendues de terres noyées par les grands barrages et les risques présentés par ces barrages, les déchets nucléaires et ceux des mines (y compris les produits radioactifs et l’arsenic qu’ils contien- nent), les émissions de CO2 , etc. On compare aussi les coûts de production d’électricité nucléaire d’une part, solaire et éolienne d’autre part en tenant compte du fait que celles-ci, intermittentes, doivent être complétées par une production à partir de gaz ou de charbon ou par des moyens de stockage qui, aujourd’hui, sont ruineux : au total, elles coûtent deux, trois ou quatre fois plus que le nucléaire. Quant aux déchets nucléaires, ils sont très toxiques mais, parfaitement et durablement confinés, ils ne présentent pas de risque. La raison amène donc à conclure qu’un pays qui maîtri- se la production d’électricité nucléaire, s’il ne la refuse pas par principe, a la responsabilité de l’exploiter pleinement. Les scientifiques recommandent que les émissions mondiales soient divisées par deux d’ici 2050, ce qui suppose que les émissions des pays développés bais- sent beaucoup plus. Les conférences internationales sur le climat sont convenues d’un objectif – aujourd’hui pu- Energie : les conclusions du débat sont-elles déjà connues ? 110 ◗ REE N°5/2012 libres PROPOS rement rhétorique – de division par quatre. La France a repris cet objectif dans la loi d’orientation sur l’énergie. Or les pays de l’OCDE émettent en moyenne 10 t CO2 par personne et par an et la France 6. Ne serait-il pas suffisant qu’elle divise ses émissions par trois ? La limite d’émissions étant fixée, il est possible de dresser des tableaux de ressources et d’emplois d’éner- gie avec plus ou moins de nucléaire et de comparer diverses solutions. Pour diviser par trois les émissions de CO2 , les so- lutions qui nous coûteraient le moins cher supposent une augmentation de la capacité nucléaire. Alors, l’éner- gie consommée proviendrait à parts égales de sources renouvelables (chaleur solaire, biomasse et énergie hy- draulique) et d’énergie nucléaire. La sécurité d’approvi- sionnement en énergie et en électricité serait parfaite si l’on multipliait les usages hybrides de l’énergie per- mettant de remplacer immédiatement en cas de besoin l’électricité par une autre forme d’énergie (grâce aux vé- hicules et au chauffage hybrides). Si la capacité nucléaire était stabilisée, il faudrait dé- penser davantage, environ 10 milliards d’euros par an. Si celle-ci était diminuée de façon que la moitié seulement de l’électricité consommée en France reste d’origine nu- cléaire (le programme du candidat Hollande), il faudrait dépenser encore beaucoup plus : 30 ou 35 milliards d’euros par an de plus que si la capacité nu- cléaire était augmentée. Une trentaine de milliards d’euros par an, ce n’est pas rien ! 14 milliards pour la production d’électricité éolienne et photo- voltaïque, 16 milliards pour plus d’efficacité énergétique des bâtiments et 5 milliards pour les transports. Et on imagine le coût d’une sortie totale du nucléaire ! Ces estimations sont faites un peu à la louche et dépendent beaucoup des hypo- thèses sur les possibilités de la biomasse, le coût de la réhabilitation thermique des bâtiments, l’évolution de la mobilité, etc. Des tableurs publiés sur Internet2 permet- tent à chacun d’introduire ses propres hypothèses pour dresser un tableau de ressources et d’emplois d’énergie et pour calculer les dépenses à faire dans les bâtiments existants. En tout cas, si le surcoût n’est pas de 35 mil- liards par an, il sera de 30 ou de 25. De toute façon, c’est énorme. L’efficacité énergétique – c’est excellent, mais dans la limite d’un coût maximum. Qu’attend l’Etat pour indi- quer cette limite de coût au lieu de tenter d’imposer des décisions ou des réglementations qui sont ou risquent d’être inutilement coûteuses ? Revenons à Fessenheim. L’électricité que ne produi- ront pas les réacteurs promis à une destruction préma- turée viendra d’autres moyens de production (éoliennes sur terre ou en mer, photovoltaïque, centrales à gaz ou au charbon émettrices de CO2 ) ou sera économisée. De toute façon elle coûtera plus cher, de l’ordre d’un milliard d’euros par année de vie perdue. Il ne serait pas convenable que les conclusions du débat sur l’énergie soient déjà fixées. Ce débat doit permettre de préciser l’objectif à atteindre (la sécurité d’approvisionnement et la diminution des émissions de CO2 ), d’étudier plusieurs hypothèses de capacité nucléaire et de calculer un critère de coût permettant de distinguer ce qui est utile et ce qui est trop coûteux selon l’hypothèse de capacité nucléaire. Face à ce coût, l’accep- tabilité des solutions envisagées par les po- pulations devra être jaugée. Mais sans cette évaluation économique préalable, toute dé- cision politique risque d’apparaître comme infondée. ■ 2 On peut consulter et utiliser les feuilles de calcul auxquelles il est fait allusion sur www.hprevot.fr Henri Prevot est ingénieur général des mines et auteur de deux ouvrages portant sur l’énergie : Trop de pétrole ! (Seuil 2007) et Avec le nucléaire (Seuil 2012).