Réseaux hétérogènes. Comment exploiter le vrai potentiel de la 5G ?

15/07/2018
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Réseaux hétérogènes. Comment exploiter le vrai potentiel de la 5G ?

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REE N°3/2018 Z65 LA 5G DOSSIER 1 Introduction La 2e génération de radiocommuni- cations mobiles (2G-GSM) a vu l’appari- tion des microcellules en zones urbaines afin d’apporter de la capacité voix ; la 3G-UMTS a vu l’utilisation de femtocel- lules pour compléter la couverture voix à l’intérieur des bâtiments et des résidences privées et la 4G-LTE puis la modernisation de ces solutions par la mise à disposition des mécanismes de réseaux hétérogènes pour la voix mais surtout pour les don- nées. Cependant, il faut constater que les opérateurs mobiles européens n’utilisent que marginalement les petites cellules et continuent de s’appuyer essentiellement sur leur réseau macro-cellulaire pour offrir leurs services. La large quantité de fréquences allouées à la 4G et la mise à disposition tardive de forfaits abondants en données, ont permis d’éviter jusqu’à présent la saturation des capacités radio. Mais la croissance exponentielle du trafic de données et la seule disponibilité de fréquences hautes pour la 5G devraient conduire les opérateurs à reconsidérer l’intérêt de déployer des réseaux hétéro- gènes, particulièrement dans les zones urbaines. Cet article a pour objet de proposer quelques pistes de réflexion sur l’exploitation du « potentiel très haut débit » de la 5G et sur le rôle des petites cellules dans cette exploitation. Quelles fréquences pour la 5G ? L’expérience du lancement des pré- cédentes générations de technologies mobiles 3G et 4G a mis en évidence la nécessité de mettre à disposition, dès les premiers jours de la disponibilité industrielle d’une nouvelle génération, des bandes de fréquences qui lui soient adaptées : des fréquences basses pour faciliter la couverture rapide des popu- lations et des surfaces, des fréquences intermédiaires (<6 GHz) pour apporter des gains de performance en débit, et des mécanismes d’agrégation de por- teuses y compris intergénérationnels qui sont désormais indispensables pour faciliter le succès d’adoption d’une nou- velle génération. Ainsi 3G et 4G ont-elles souffert en Europe, dans leurs toutes premières années d'une disponibilité industrielle insuffisante de fréquences basses : en 3G (refarming laborieux de la bande 900 MHz) et en 4G (disponibi- lité avec deux ans de retard de la bande 800 MHz). Réseaux hétérogènes Comment exploiter le vrai potentiel de la 5G ? Laurent Fournier Ancien directeur général de Qualcomm France In this paper, we discuss the optimal use of the 5G frequency bands. We aim at showing how, in urban areas, heterogeneous networks and small cells will allow network operators to take benefit from new frequency bands allocated to 5G. ABSTRACT Cet article présente des pistes de réflexion sur l’utilisation optimale des différentes bandes de fréquences qui seront utilisées par la 5G. En particulier, il montre comment le recours à des réseaux hétérogènes et aux petites cellules dans les zones urbaines peut permettre aux opérateurs de tirer profit des nouvelles bandes allouées à la 5G. RÉSUMÉ Figure 1 : Vue d’ensemble des fréquences 5G allouées ou identifiées en vue d’allocation - Source Qualcomm. 66 ZREE N°3/2018 LA 5G DOSSIER 1 La 5G semble être partie sur de meilleurs rails : des fréquences basses et intermédiaires ont été identifiées au travers des bandes 600 MHz (bande 71), 700 MHz (bande 28) et 3 300 à 4 200 MHz (bandes 42, 43, 48) selon les différentes régions. De plus, pour exploiter les capaci- tés technologiques de la 5G, des fré- quences millimétriques (au-delà de 26 GHz) ont été identifiées, permet- tant d’utiliser des canaux multiples de 100 MHz et de fournir des débits mo- biles comparables à ceux de la fibre optique. Enfin, en plus de l’agrégation de por- teuses intra-technologie, à l’imitation de ce que la 3G avait commencé à prati- quer et que la 4G a largement dévelop- pé, la 5G permettra l’utilisation, d’entrée de jeu, de l’agrégation inter-technologie (4G + 5G) sur la liaison descendante au travers de la fonctionnalité Dual- Connectivity. A ces types d’agrégation, viennent s’ajouter la possibilité de par- tager la composante montante d’une bande de fréquences FDD entre 4G et 5G (UL Sharing ou supplementary UL – SUL selon l’utilisation exclusive ou non pour la 5G). Cette solution a été imagi- née dans l’optique d’utiliser les bandes de fréquences basses pour compenser le déséquilibre de bilan de liaison des- cendant/montant sur les fréquences hautes (bandes 42, 43, 48). Force est cependant de constater que les fréquences ciblées par la 5G (figure 1) dans l’usage des données mobiles à très haut débit sont situées exclusivement au-delà de 3 GHz et dans des bandes millimétriques, c’est- à-dire des fréquences qui, si elles sont utilisées sur les architectures macro- cellulaires mobiles actuelles, four- nissent une couverture à l’intérieur des bâtiments très limitée ou même inexistante. Des éléments plus pré- cis seront fournis plus loin dans cet article. Pour un ultra-haut débit mobile (eMBB) Toujours plus de bande passante Dans le cadre de la 4G-LTE, les bandes passantes détenues par les opérateurs excèdent rarement en Europe les 2 x 50 MHz en FDD1 et les 25 MHz en TDD2 , permettant tout au plus de frôler le Gbit/s, à la condi- tion d’exploiter toutes les fonctionna- lités 4G telles que le MIMO 4x4 et la modulation 256 QAM. Afin de franchir plus nettement la frontière du Gbit/s et d’offrir sur les réseaux mobiles du très haut débit, il est nécessaire de disposer à minima de 80 à 100 MHz de bande passante supplémentaire sur les nouvelles fréquences 5G. C’est l’ambition des bandes 42, 43, 48. En permettant l’accès à des canaux de 80 à 100 MHz en mode TDD, ce sont des débits crêtes sur la liaison descen- dante allant de 1,2 à 3,7 Gbit/s (selon les configurations retenues dans les terminaux mobiles et les réseaux) qui pourraient être mis à disposition des clients au lancement commercial de la 5G, la liaison montante pouvant, quant à elle, aller d’une centaine à plusieurs centaines de Mbit/s. Pour ce qui est de l’utilisation des fréquences millimétriques, il est raison- nable de considérer que les opérateurs mobiles parviendront à accéder à des bandes passantes contigües d’envi- ron 800 MHz à 1 GHz, permettant d’atteindre, lors du lancement com- mercial de la 5G et sans avoir recours à l’agrégation avec les fréquences 4G ou avec une autre fréquence haute 5G, des débits crêtes sur la liaison descen- 1 FDD : Frequency Division Duplexing – Du- plexage par répartition en fréquence. Les liens montant et descendant sont portés par des fréquences différentes. 2 TDD : Time Division Duplexing – Duplexage par répartition dans le temps. Les liens mon- tant et descendant utilisent les mêmes fré- quences qu’ils se partagent dans le temps. dante supérieurs à 5 Gbit/s et à plu- sieurs centaines de Mbit/s sur la liaison montante. Il est donc légitime de considérer que la 5G et les fréquences qui lui sont réservées pour le début de sa disponibi- lité industrielle permettront de proposer des services eMBB (Enhanced Mobile BroadBand), concurrents ou complé- mentaires des services rendus actuelle- ment par la fibre optique. Verizon, aux USA, travaille même au déploiement d’un réseau de raccordement last-mile basé sur la 5G-NR (5G New Radio) en lieu et place du raccordement fibre de ses clients fixes. La couverture radio apportée par les fréquences 5G Nous allons désormais examiner, dans différentes hypothèses de travail, ce que les différentes fréquences 5G apportent en termes de couverture radio. Sur la base des réseaux macros existants Fréquences inférieures à 6 GHz Afin d’apprécier si les très hauts débits rendus possibles par l’utilisa- tion de la 5G peuvent être exploités par les architectures macro-cellulaires actuelles, on peut dans un premier temps comparer les couvertures ap- portées en 4G par la bande 2,6 GHz (bande 7) et par la bande 3,5 GHz (bande 42). Pour cela, il est néces- saire de tenir compte de la différence de nature de ces deux bandes, l’une étant exploitée en FDD, la seconde en TDD, mais aussi de la possibilité d’utili- ser davantage d’éléments antennaires en réception à la station de base si la fréquence est haute. Sur la base classique des hypothèses décrites dans le tableau 1 appliquées à un exemple de réseau urbain équipé de REE N°3/2018 Z 67 Réseaux hétérogènes 33 sites macros, on obtient les résultats de la figure 2. On voit, en haut de la figure 2, que la bande 7 à 2,6 GHz est quasiment absente des graphes et n’apporte donc aucun complément de couverture par rapport à la bande 42 (3,5 GHz). On voit également que les statistiques de cou- verture sont similaires pour chacune des bandes : la densité de sites ayant été déterminée par l’utilisation de la bande 7, la bande 42 peut être utilisée sans rajout de sites. La bande 42 est plus ap- propriée à la gestion de la qualité d’un trafic descendant asymétrique qu’à celle du trafic montant. La bande 42 offre de meilleures ca- ractéristiques d’interférences liées à la propagation. Cette première comparaison met en évidence que, dans le cadre d’une Tableau 1 : Hypothèses de comparaison des couvertures assurées par des réseaux à 2,6 GHz et à 3,2 GHz - Source Qualcomm. Figure 2 : Exemple de comparaison des couvertures à 2,6 et 3,5 GHz – Source : Qualcomm. 68 ZREE N°3/2018 LA 5G DOSSIER 1 densité de sites macro adaptée à l’uti- lisation de la bande 7 (réseaux urbains denses actuels), il sera possible de ti- rer parti de la performance supérieure des bandes passantes plus larges, dis- ponibles dans les bandes 42, 43, 48, pour la liaison descendante. La liaison montante souffre en revanche du mode TDD et de l’absence de flexibilité du LTE à configurer le ratio débit montant sur débit descendant en fonction des diffé- rents besoins instantanés. Par ailleurs, rares sont les zones où l’ingénierie d’un réseau macro a été réalisée sur la base des fréquences 2,6 GHz. En zones urbaines, ce sont plutôt les fréquences 1 800 MHz qui ont été prises pour réfé- rence dans l’architecture de couverture. Ces premiers résultats font pressentir qu’une densification des sites macros, ou l’usage en plus grand nombre de sites pico-cellulaires, première compo- sante des réseaux hétérogènes, seront nécessaires pour profiter des bénéfices des larges bandes passantes dispo- nibles entre 3 GHz et 6 GHz. La 5G propose des fonctionnali- tés ambitionnant de corriger ces fai- blesses : tout d’abord, en permettant une allocation dynamique des res- sources aux trafics montants et des- cendants en fonction des besoins des utilisateurs. Chaque sous-trame peut être affectée à la demande du trafic montant ou du trafic descendant (fi- gure 3). L’utilisation du MIMO-NR accroît la couverture et la capacité d’un ca- nal 5G-NR par rapport au même canal 4G-LTE. La figure 4 montre un exemple comparatif de l’apport du MIMO massif. Figure 3 : Affectation dynamique du trafic en 5G – Source : Qualcomm. Figure 4 : Performances du MIMO massif comparées au MIMO 4x4 – Source : Qualcomm. REE N°3/2018 Z 69 Réseaux hétérogènes Ces gains sont rendus possibles grâce à l’amélioration des procédures de réciprocité SRS3 (réduction de la latence de prédiction du débit), l’utilisation du beamforming (concentration de l’éner- gie sur un faisceau directif), du beam sweeping (gestion des faisceaux en mobilité), d’un CSI4 plus précis pour le MU-MIMO5 (mesure du bilan de liaison) et de ports orthogonaux plus nombreux. L’utilisation de l’agrégation de por- teuses (en mode Non-Stand-Alone ou NSA) entre, par exemple, une porteuse TDD en 5G-NR à 3,5 GHz et une por- teuse FDD en LTE à 1,8 GHz permet aus- si de compenser le déséquilibre de bilan de liaison montant de la porteuse TDD en exploitant les bénéfices du spectre dédié de la porteuse FDD sur la liaison montante comme le montre la figure 5. 3 SRS : Sounding Reference Signal – Signaux de sondage de référence. 4 CSI : Channel State Information – Information sur l’état du canal radio. 5 MU-MIMO : Multi-User MIMO – MIMO multi utilisateurs. Enfin, l’agrégation d’une porteuse TDD en 5G-NR à 3,5 GHz avec une por- teuse FDD en 5G-NR à 700 MHz, ou l’utilisation du Supplementary UpLink6 ou de l’Uplink Sharing7 sur une por- teuse FDD en LTE à 800 MHz apportent quelques bénéfices incrémentaux à cette liaison montante tels que l’amélio- ration de la latence sur les canaux de contrôle. Le 3GPP prévoit aussi l’utilisation de terminaux dont la puissance d’émis- sion a été relevée, terminaux classés HPUE (High Power User Equipment) pouvant émettre à 26 dBm sur la por- teuse 5G-NR contre 23 dBm sur la porteuse LTE. 6 Supplementary Uplink : utilisation d’une troi- sième porteuse 5G-NR utilisée uniquement en Uplink en plus des porteuses 4G-LTE et 5G-NR agrégée en mode NSA sur la liaison descen- dante. 7 Uplink Sharing : la liaison montante de la por- teuse 4G-LTE agrégée en mode NSA sur la liai- son descendante avec la porteuse 5G-NR peut aussi être utilisée partiellement en 5G-NR. En utilisant des réseaux hétérogènes L’apport des fréquences millimétriques S’il est possible d’exploiter les fré- quences inférieures à 6 GHz à partir des architectures de réseaux macro-cel- lulaires existants, comme on l’a montré ci-dessus, cela est en revanche irréaliste avec des fréquences millimétriques qui nécessitent de passer à une architec- ture hétérogène s’appuyant sur de nom- breux sites pico-cellulaires. L’utilisation de ces fréquences est donc envisagée essentiellement dans les zones urbaines denses pour apporter de la capacité et de la performance en débit dans les rues et les arrière-cours ou en indoor (pico-cellules et femto-cellules). Afin de fournir un certain niveau de couverture dans les rues à partir des sites macro-cellulaires, il sera néces- saire de placer les antennes d’émis- sion radio en façade des bâtiments comme le montre la simulation de la figure 6. Figure 5 : Exemple de couverture obtenue par l’agrégation en mode NSA entre une porteuse 5G-NR TDD à 3,5 GHz et une porteuse LTE FDD à 1,8 GHz – L’agrégation NSA ne modifie pas la couverture du canal de contrôle NR mais elle améliore le débit montant en bordure de la cellule 5G-NR de 400 % (LTE FDD vs. TDD 3:1) - Source Qualcomm. 70 ZREE N°3/2018 LA 5G DOSSIER 1 Afin de mieux saisir le besoin en densification en sites pico-cellulaires dans les fréquences millimétriques, un exemple est développé sur le centre ville d’une importante cité européenne (figure 7). La couverture mobile de ce centre-ville s’est développée sur une architecture de type 1 800 MHz per- mettant de fournir une bonne qualité de service indoor en LTE et une capa- cité suffisante pour obtenir en extérieur des débits de l’ordre de 50 Mbits/s en descendant (avec 100 % de couverture outdoor en LTE à 1800 MHz) et d’une vingtaine de Mbits/s en montant (avec 100 % de couverture outdoor en LTE à 1800 MHz). 13 sites macro-cellulaires couvrent cette zone. L’installation de porteuses millimétriques sur ces sites délivre 19 % de couverture descendante 5G-NR en outdoor sur une base de 0,4 bit/s.Hz en extrémité de couverture et 14 % de couverture montante 5G-NR en outdoor sur une base de 0,1 bit/s. Hz en extrémité de couverture. L’ajout de deux pico-cellules (trois secteurs par pico-cellule à 2,3 m d’élévation par secteur macro-cellulaire – figure 7 : Plan Initial) rajoute 22 % (soit 41 % de cou- verture 5G-NR) en couverture descen- dante et 20 % (soit 34 %de couverture 5G NR) en couverture montante. En multipliant par trois le nombre de sites picocellulaires, on parvient à obtenir une couverture outdoor descendante d’envi- ron 70 % et montante d’environ 60 %, couvrant tous les axes de circulation majeurs du centre-ville. Il est donc possible, moyennant des investissements en pico-cellules rai- sonnables, de fournir le très haut-débit promis pour mobiles par la 5G dans les zones à forte demande. La condi- tion sine qua non d’un tel déploiement demeure liée aux facilités d’installation qu’offriront les pouvoirs publics pour ce type de cellules. De même, la disponibi- lité d’un backhaul fibre à proximité des pico-cellules facilitera grandement leur Figure 6 : Impact du positionnement d’antenne sur une couverture millimétrique. Figure 7 : Résultats de simulation de couverture en fréquences millimétriques (macro + pico cellules) - Source Qualcomm. REE N°3/2018 Z 71 Réseaux hétérogènes déploiement, sachant que la 5G-NR prévoit d’intégrer une fonction de self- backhauling permettant de raccorder progressivement les pico-cellules au backhaul fibre en fonction de la mon- tée de la demande de trafic (figure 8). Cette fonction de self-backhauling s’appuie sur la structure innovante de la trame TDD 5G-NR ou self-contained TDD structure (figure 3) qui permet une allocation flexible et dynamique des res- sources entre le lien montant et le lien descendant par cellule radio, mais aussi d’organiser la relation entre deux points d’accès radio (station de base ou mo- bile), par exemple sous la forme d’un réseau maillé (ou encore entre deux mobiles, Device to Device ou D2D). Architecture radio de la 5G pour la couverture outdoor Nous avons vu dans les paragraphes précédents qu’une exploitation optimale des capacités de très haut débit mobile de la 5G devait sans doute passer par l’utilisation de réseaux de pico-cellules outdoor. Les architectures C-RAN8 (voir encadré) qui ont émergé dans le cadre des réseaux LTE grâce au développe- 8 C-RAN : Cloud-Radio Access Network. ment de SDN9 et de NFV10 sont aussi désormais suffisamment développées pour devenir la référence des réseaux radio 5G et être exploitées dans les zones urbaines. La 5G proposant des débits très im- portants de l’ordre de plusieurs Gbit/s et des latences très faibles de l’ordre de la milliseconde, il est essentiel que ses performances ne soient pas inutilement dégradées par un élément plus amont 9 SDN : Software Defined Networks. 10 NFV : Network Function Virtualization – Virtualisation des fonctions de réseau. du réseau mobile. Le backhaul raccor- dant la tête radio (RRH11 ) au traitement en bande de base (BBU) situé dans le cloud (centralisé ou MEC12 ) doit être, à cet effet, regardé avec attention. En effet, les débits générés par l’utilisation de CPRI (Common Public Radio Interface) sur le backhaul sont très élevés, par exemple 400 Gbit/s pour 5 Gbit/s de débit radio IP à transporter soit une multiplication par 80 et engendrent donc des coûts de transport élevés en proportion. 11 RRH : Remote Radio Head – Tête radio déportée. 12 MEC : Mobile Edge Computing. Figure 8 : Exemple de self-backhauling radio – Le nombre de points d’accès fibre peut être augmenté au fur et à mesure de la croissance du trafic radio. Source Qualcomm. Figure 9 : L’architecture C-RAN - Source Qualcomm. 72 ZREE N°3/2018 LA 5G DOSSIER 1 eCPRI résout en grande partie ce pro- blème pour la 5G en confiant le traite- ment de la couche physique (PHY) au RRH : le débit de transport atteint de l’ordre de 25 à 30 Gbit/s pour 5 Gbit/s de débit radio IP à transporter, rédui- sant le facteur multiplicatif à 5 ou 6. Les débits restent cependant élevés : ils ne peuvent pas être transportés par un lien 10 GbE (Gigabit Ethernet) par exemple t t et il convient d’examiner si des têtes ra- dio plus intelligentes ne seront pas indis- pensables à un déploiement massif de pico-cellules. L’ajout du Low MAC au PHY w permettrait par exemple de trouver un bon compromis entre débits transportés et tolérance à la latence (figure 10). Architecture radio de la 5G pour la couverture Indoor Par l’utilisation de femto-cellules Dans le cas d’une couverture Indoor, les distances entre les RRH et le BBU C-RAN Au fil des années, la structure du réseau d’accès a fortement évolué. Dès la 3e génération apparaissent des stations de base dites réparties : la partie radiofréquence de la station est séparée du reste des fonctions de la BS. La première partie, appelée RRH, peut être placée au plus près des antennes, ce qui réduit les pertes dans les câbles RF. La deuxième partie, dite BBU, ne traite plus que le signal en bande de base et les fonctions de commande propres aux stations de base ; RRH et BBU sont connectés par une liaison dite de fronthaul portée par une fibre optique. L’interface entre RRH et BBU, CPRI, a l été définie par un consortium industriel dès 2003. Avec l’augmentation des bandes transmises en 5G, les débits à transporter via CPRI peuvent excéder les capacités d’un système de transmission sur fibre peu coûteux : c’est pour- r r quoi eCPRI a été défini. Il permet plusieurs options dans la répartition des fonctions entre RRH et BBU en vue de réduire le débit à transmettre. Grâce à la fibre optique, la BBU peut être éloignée de plusieurs dizaines de kilomètres des sites d’antennes. Plusieurs BBU peuvent aussi être regroupées en un pool de BBU desservant plusieurs centaines de RRH. La centralisation des BBU permet aussi de les faire plus facilement communiquer afin de les faire col- laborer pour optimiser l’usage des ressources radio et réduire les interférences. L’évolution suivante est de faire assurer les fonctions du pool de BBU par un logiciel exécuté sur une plateforme informatique standard : la virtualisation des fonctions de la station de base aura alors été réalisée. Figure 10 : Différentes répartitions fonctionnelles 3GPP pour le RAN 5G - Source Qualcomm. REE N°3/2018 Z 73 Réseaux hétérogènes peuvent être très largement réduites et la tolérance à la latence améliorée pour des architecture cloud RAN. En revanche les problématiques de débit demeurent et les performances d’un backhaul Ethernet préinstallé dans un bâtiment doivent être revisitées, si elles ne sont pas de toute dernière génération (10 GbE ou 40 GbE par exemple). Dans le cadre d’une exploi- tation des fréquences millimétriques en 5G, une séparation au niveau MAC semble à nouveau appropriée pour une exploitation de l’architecture cloud- RAN. L’utilisation de femto-cellules est aussi très pertinente lorsque l’architec- ture du réseau de backhaul Ethernet du bâtiment à couvrir n’est pas récente (1 GbE13 ). Les femto-cellules apportent aussi une capacité de trafic de données très appropriée à des zones commer- ciales grand public. Utilisation des capacités de la 5G-NR Outdoor en Indoor Une dernière solution peut enfin être envisagée pour apporter de la couver- ture 5G très haut débit dans l’environ- 13 GbE : Gigabit Ethernet – Qualifie un lien op- tique transportant des trames Ethernet avec un débit offert de l’ordre de 1 Gbit/s. nement résidentiel. Elle consiste à tirer profit du débit radio d’un réseau 5G-NR outdoor (macrocellules et pico-cellules) et à l’utiliser en Indoor. Constituée d’une unité Outdoor (ODU) équivalente à un terminal mobile placé en façade de bâti- ment et d’une unité Indoor (IDU) corres- pondant à une femto-cellule, l’ODU et l’IDU étant reliés par un câble Ethernet optique ou par partage de connexion radio. Cette solution sert de base aux architectures d’accès radio fixe de type FWA/BWA, telles que Verizon s’apprête à en déployer en 5G aux Etats-Unis. Conclusion Le véritable potentiel de la 5G pour servir les besoins des services très haut débit à venir ne pourra s’exprimer que par l’exploitation de fréquences hautes supérieures à 3 GHz (dont les fré- quences millimétriques). En raison de leur difficulté intrinsèque à couvrir tant l’extérieur que l’intérieur des bâtiments, les opérateurs mobiles devront déployer plus largement, dans les zones denses, des réseaux hétérogènes, l’architecture de la 5G apportant des possibilités ar- chitecturales plus avantageuses que la 4G pour des déploiements massifs de pico/femto-cellules. Figure 11 : Prototype de modem 5G indoor/outdoor de Verizon - Mobile World Congress Americas trade show Septembre 2017 – Source: Fierce Wireless. L'AUTEUR Laurent Fournier est actuellement engagé dans le développement d’une entreprise innovante dans le domaine des télécommunications mobiles. Il a réalisé une très grande partie de son parcours professionnel chez SFR, chez SouthWesternBell Mobile Communication (AT&T) aux Etats-Unis puis chez Vivendi Interna- tional en Espagne. Laurent Fournier a rejoint Qualcomm en 2006, en qualité de directeur général pour la France avant d’être nommé responsable au niveau eu- ropéen du développement d’affaires global puis du développement tech- nologique et du marketing straté- gique jusqu’à fin 2017. Laurent Fournier est diplômé de l’Ecole supérieure d’électricité (86) et de l’Imperial College de Londres (MSc 89).