47e session du CIGRE, du 26 au 31 août 2018 à Paris : entretien avec Rob Stephen, président du CIGRE

15/07/2018
Publication REE REE 2018-3
OAI : oai:www.see.asso.fr:1301:2018-3:23116

Résumé

47e session du CIGRE, du 26 au 31 août 2018 à Paris : entretien avec Rob Stephen, président du CIGRE

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16 ZREE N°3/2018 Fondé en 1921, le CIGRE (Conseil in- ternational des grands réseaux électriques) est une association internationale, à but non lucratif dont la vocation est de favo- riser la collaboration entre experts interna- tionaux pour améliorer les réseaux élec- triques existants et construire ceux de de- main. A l’occasion de sa 47e session, la REE a rencontré son président, Rob Stephen. REE : M. Stephen, cette interview, à l’approche de la session du CIGRE, est maintenant devenue traditionnelle, dans le cadre du partenariat établi entre votre association et la SEE. Il y a deux ans, j’avais eu le plaisir de rencontrer votre prédécesseur, Klaus Froehlich ; merci à vous de maintenir cette tradition. Pour commencer, je vous propose d’évoquer les grands sujets qui sont aujourd’hui au cœur des réflexions des responsables des secteurs électriques dans le monde. Puis nous parlerons du CIGRE en tant qu’organisation et, bien entendu, de la tenue de votre prochaine session. Dans un contexte globalisé, il y a des problématiques qui impactent le monde entier, et d’autres probablement plus spécifiques ou régionales. Commençons par le les grands sujets d’intérêt commun. Rob Stephen : Le sujet qui me semble majeur, aujourd’hui, et dans tous les pays, c’est le développement des énergies renouvelables, favorisé par la réduction de leur coût et par l’accroissement de leur puissance. Aujourd’hui on voit ap- paraître des turbines d’éolienne allant jusqu’à 12 MW, avec des machines approchant les 200 mètres de diamètre. A en croire nos collègues chinois, ils travailleraient même sur des éoliennes de 20 MW, avec des pylônes de 120 mètres et des pales de plus de 100 mètres de longueur. D’une façon générale, le développement des « inverter based resources » (ressources énergétiques réparties à base d’onduleurs) est au cœur des réflexions : il imposera le dé- veloppement massif de moyens de stockage de l’énergie à faible inertie. De ce point de vue, le stockage mobile, utilisant les batteries des véhicules électriques, aura un rôle à jouer ; ce rôle sera certainement très important à partir des années 2040, avec la généralisation du véhicule électrique. Du point de vue de l’exploitation et de la gestion des sys- tèmes électriques, le progrès des systèmes d’information conduit tous les pays, y compris les pays en voie de déve- loppement, à travailler sur les apports de l’Internet des objets, du big data et de la blockchain. REE : Sur le plan des réseaux élec- triques eux-mêmes, quelles sont les évolutions majeures et les grands su- jets de réflexion ? R. S. : Au cœur de nombreuses réflexions, on trouve maintenant le développement des réseaux à courant continu et le choix entre courant continu et courant alternatif. Cette question, que l’on croyait tranchée depuis la fin du 19e siècle, est redevenue actuelle dans le domaine des liaisons de grande longueur et de forte puissance, pour lesquelles le courant continu peut présenter des avantages techniques, et donc économiques, indéniables. Aujourd’hui, la question est également posée par certains en ce qui concerne les réseaux de distribution à moyenne et basse tension. Dans mon propre pays, l’Afrique du Sud, nous nous étions, dès les années 1990, posé la question de l’utilisation de la distribution en courant continu, qui présenterait un cer- tain nombre d’avantages, tels que, par exemple la facilité du contrôle de la tension ou la lutte contre les vols. Les progrès technologiques peuvent maintenant rendre le courant conti- nu plus compétitif, par exemple en développant des réseaux d’une tension intermédiaire entre la moyenne et la basse tension, de l’ordre de 1 000 V. Le CIGRE a mis en place un groupe de travail sur le sujet, piloté par la Chine. REE : Et qu’en est-il des réseaux d’interconnexion, terrain de prédilection traditionnel du CIGRE ? R. S. : En très haute tension, et de façon quelque peu pa- radoxale, les Chinois nous annoncent l’étude de liaisons de transport à longue distance en courant alternatif : sept couloirs de lignes de 4 500 km, exploitées à 1 100 kV, chaque cou- loir pouvant atteindre 10 000 MW. Nous ne savons pas en- core quelles solutions techniques ils envisagent de mettre en œuvre (postes intermédiaires pour le contrôle de la tension ?). Dans le même temps, d’autres pays présentent des pro- jets de transport en courant continu : par exemple, en Afrique australe, un réseau multi-terminaux de 3 500 km de lon- gueur et d’une puissance de 5 000 MW. On voit donc que le débat est aujourd’hui très ouvert, des interconnexions internationales jusqu’à la distribution locale. ACTUALITÉS 47e session du CIGRE, du 26 au 31 août 2018 à Paris Entretien avec Rob Stephen, président du CIGRE REE N°3/2018 Z 17 Le CIGRE présentera à Paris un document sur le réseau du futur, présentant les 10 aspects qui doivent être traités de façon simultanée, notamment : systèmes de protection, mé- thodes de planification, big data, stockage, etc. Ce document traite aussi des relations entre les parties prenantes, ques- tion beaucoup plus complexe que par le passé, avec, par exemple, la problématique de la fourniture des services auxi- liaires ou celle des compteurs intelligents. La question de la cybersécurité est également évoquée dans le document présenté. La « convergence IT/OT » (in- tégration des systèmes d’information et du contrôle opéra- tionnel de l’exploitation) rend cette question incontournable. Elle doit être prise en compte dès la conception du système. REE : Vous avez évoqué votre pays, l’Afrique du Sud. Plus largement, que pouvez-vous nous dire à propos du secteur de l’électricité en Afrique, et notamment de la question de l’électrification dans les pays d’Afrique sub- saharienne ? R.S. : Le CIGRE s’intéresse de plus en plus à l’Afrique. Nous avons notamment mis en place des groupes de travail com- muns avec la Banque mondiale, centrés sur le développement des compétences. Le CIGRE apporte ses compétences et la Banque mondiale finance les actions de formation, notamment la tenue des tutoriels et le déplacement des participants (for- mateurs et étudiants). Dans ce cadre, nous avons par exemple récemment hébergé en Afrique du Sud une formation sur la conception des lignes et des postes, avec la participation d’ex- perts australiens. Une trentaine de participants africains (et pakistanais) en ont bénéficié. Ce n’est qu’un exemple. Le CIGRE a aussi mis en place un protocole d’accord avec la Commission électrotechnique africaine de normalisation (AFSEC). Nous échangeons des informations et nous pour- rons par exemple organiser des tutoriels lors de leurs réu- nions. Nous développons aussi les échanges (conférences, tutoriels, etc.) avec les organismes de coopération sous-ré- gionale que sont les quatre pools énergétiques africains. Nous visons ainsi à éviter le travers habituel de l’assistance technique, qui consiste à lier cette assistance à la mise en œuvre d’une technologie particulière, avec un objectif mer- cantile évident et des inconvénients non moins évidents pour les pays concernés. Concernant le processus d’électrification, la première ob- servation que nous pouvons faire est que les populations concernées préfèrent la connexion à un réseau plutôt que l’utilisation directe d’une source d’énergie au travers d’un moyen de stockage. En particulier, elles ne veulent pas être limitées par la puissance d’un panneau photovoltaïque indi- viduel et elles veulent payer pour l’énergie qu’elles consom- ment réellement. Nous devons donc privilégier le concept de micro-réseaux qui, le moment venu, pourront être connectés au réseau général. Dans le passé, le problème de l’approvi- sionnement en fuel rendait ce concept difficile à mettre en œuvre. Problème aujourd’hui résolu par l’utilisation d’éner- gies renouvelables et de moyens de stockage. REE : Le CIGRE, ce n’est pas seulement un grand congrès biannuel ; c’est aussi le fonctionnement permanent d’un ensemble de comités d’étude et de groupes de travail. Si l’on considère par exemple les deux dernières années, qu’est-ce qui a changé dans ces comités et groupes de travail ? R. S. : L’évolution la plus notable est l’extension de notre champ d’action en direction de la distribution. Plusieurs groupes de travail se sont élargis et ont renforcé leur exper- tise du côté des réseaux MT et BT, de façon que le CIGRE couvre effectivement l’ensemble du système électrique, de la production jusqu’aux compteurs des usagers. REE : Et cela ne pose pas de problème vis-à-vis des distri- buteurs et de « leur » congrès, le CIRED ? L’exemple fran- çais me laisse quelque peu dubitatif vis-à-vis de cette évolution… R.S. : Dans la plupart des pays, les comités nationaux du CIGRE et du CIRED travaillent ensemble, voire sont hébergés par le même organisme, par exemple une société savante du secteur de l’électricité. Cela facilite l’intégration. Cela dit, les gestionnaires de réseaux de transport restent largement majoritaires parmi les participants à la session CIGRE, mais l’élargissement du champ d’action des comités d’étude vers le domaine de la distribution devrait aller dans le sens d’un rééquilibrage des participants aux sessions. Lors de la prochaine session, un événement va traduire cette volonté du CIGRE de couvrir toute la chaîne de valeur, de la production jusqu’aux consommateurs. Il s’agit d’une conférence, qui aura lieu le premier jour de la session et qui est intitulée Integrated power system : changing from consu- mer to prosumer. REE : Dans la tenue de la prochaine session, y aura-t-il des innovations marquantes ? R.S. : Outre cette conférence que je viens d’évoquer, nous aurons aussi un CEO event, c’est-à-dire une réunion dédiée aux managers des compagnies. Pour l’ensemble des délé- gués, une application informatique permettra de suivre en temps réel le déroulement des débats dans les différentes salles, ce qui leur permettra de s’y rendre en fonction de leurs centres d’intérêt, avec une assistance à la géolocalisa- tion des salles. Cette application facilitera aussi les interac- tions entre les participants et les présidents de séance. ACTUALITÉS 18 ZREE N°3/2018 J’ajoute que la prochaine session sera l’occasion de rajeu- nir quelque peu notre logo, qui y sera alors présenté et de remettre de la cohérence dans la déclinaison qui en est faite dans les différents pays. « CIGRE » ne sera d’ailleurs plus un acronyme, dans lequel « grand réseau » peut être compris comme « réseau de transport », par opposition à « réseau de distribution », mais un nom propre. REE : Pour conclure, comment voyez-vous le développe- ment des échanges entre le CIGRE et la SEE ? R.S. : Notre politique générale est de privilégier la collabora- tion avec les entités nationales ou internationales travaillant dans les mêmes domaines que nous, pour autant qu’elles restent dans une perspective « non lucrative ». C’est le cas avec l’IEEE ou l’IEC. C’est aussi le cas avec la SEE. Nous de- vons rationaliser l’utilisation des ressources d’expertise, or- ganiser des événements communs et associer nos logos. Couramment cette collaboration est pilotée par le comité national du pays concerné. Je ne peux donc qu’encourager toutes les initiatives allant dans le sens de la collaboration et du partage des ressources entre le comité national français du CIGRE et la SEE. Les dernières sessions du CIGRE, en quelques chiffres s0ARTICIPATIONAUCONGRÒS Année 2010 2012 2014 2016 Projection 2018 Congressistes 3 015 3 226 3 024 3 227 3 310 Pays représentés 81 83 85 84 86 - 90 En 2016 : 9 000 participants (congressistes + exposants + visiteurs), 250 exposants. Exposition : 17 300 m² (dont 2 300 m² pour 16 sessions posters). s#ONTRIBUTIONSPRÏSENTÏES Année 2012 2014 2016 Contributions “préparées” 810 798 766 Contributions “young member” 22 Contributions “spontanées” 450 390 501 Total contributions 1 260 1 188 1 376 s 4UTORIELS - 6 en 2016 - 16 en 2018 s 2ÏUNIONShWOMENINENGINEERINGv - Jusqu’en 2012 : aucune - 2014 : networking lunch - 2016 : forum de 3 heures : ouverture, 6 orateurs invités, networking - 2018 : forum de 3 heures (programme en cours de construction). Q Rob Stephen est titulaire d’un doctorat en génie électrique et d’un MBA, il a, depuis 1980, assumé de nombreuses et importantes responsabilités au sein d’ESKOM, la compagnie nationale d’électricité d’Afrique du Sud. Celles- ci se sont exercées dans l’ensemble des domaines techniques concernant le transport de l’électricité : systèmes de protection, planification, conception des matériels et normalisation, exploitation. Il est actif au sein des comités du CIGRE depuis 1988 ; il y a animé de multiples groupes de travail et co- mités d’étude. Il a été élu président du CIGRE en 2016, premier Africain à occuper ce poste. ACTUALITÉS