Regards sur l’enseignement supérieur et l’articulation avec les centres de recherche publics

Entretien avec Philippe Courtier 12/05/2018
Publication REE REE 2018-2
OAI : oai:www.see.asso.fr:1301:2018-2:22870

Résumé

Regards sur l’enseignement supérieur et l’articulation avec les centres de recherche publics

Métriques

5
0
129.04 Ko
 application/pdf
bitcache://60d3d15a5365d2c3f0f64ae8f40bcb807aff49d4

Licence

Creative Commons Aucune (Tous droits réservés)
<resource  xmlns:xsi="http://www.w3.org/2001/XMLSchema-instance"
                xmlns="http://datacite.org/schema/kernel-4"
                xsi:schemaLocation="http://datacite.org/schema/kernel-4 http://schema.datacite.org/meta/kernel-4/metadata.xsd">
        <identifier identifierType="DOI">10.23723/1301:2018-2/22870</identifier><creators><creator><creatorName>Philippe Courtier</creatorName></creator></creators><titles>
            <title>Regards sur l’enseignement supérieur et l’articulation avec les centres de recherche publics</title><title>Entretien avec Philippe Courtier</title></titles>
        <publisher>SEE</publisher>
        <publicationYear>2018</publicationYear>
        <resourceType resourceTypeGeneral="Text">Text</resourceType><dates>
	    <date dateType="Created">Sat 12 May 2018</date>
	    <date dateType="Updated">Sun 15 Jul 2018</date>
            <date dateType="Submitted">Sun 15 Jul 2018</date>
	</dates>
        <alternateIdentifiers>
	    <alternateIdentifier alternateIdentifierType="bitstream">60d3d15a5365d2c3f0f64ae8f40bcb807aff49d4</alternateIdentifier>
	</alternateIdentifiers>
        <formats>
	    <format>application/pdf</format>
	</formats>
	<version>37932</version>
        <descriptions>
            <description descriptionType="Abstract"></description>
        </descriptions>
    </resource>
.

100 ZREE N°2/2018 ENSEIGNEMENT & RECHERCHE REE : Vous dirigez l’université de tech- nologie de Compiègne (UTC) depuis un peu plus d’un an. Auparavant vous avez dirigé l’École nationale des ponts et chaussées pendant huit ans, puis emlyon business school pendant un an. De cette triple expérience, quel constat faites-vous quant à leurs différences, leurs atouts, leurs complémentarités ? Philippe Courtier : J’ai eu effectivement la chance, ou le privilège, d’exercer des responsabilités passionnantes à la tête de plusieurs établissements d’enseignement supérieur, fort différents et ne dépendant d’ailleurs pas tous du minis- tère chargé de l’enseignement supérieur, de la recherche, et, depuis peu, de l’innovation (MESRI). Même si mon passage à emlyon business school a été rapide, j’ai pu y apprécier, comme dans les deux autres postes, plus proches de ma for- mation d’origine, les qualités intellectuelles et le dynamisme des étudiants d’une part, des personnels d’autre part, qu’ac- compagne très généralement un fort sentiment d’apparte- nance et de dévouement à l’institution. Et pourtant les différences sont notables entre la plus vieille des grandes écoles de notre pays, les « Ponts », et l’UTC, d’environ 200 ans sa cadette : d’un côté des étudiants sélectionnés par le système très français des classes prépa- ratoires et qui arrivent après le concours assez formatés et ayant « du temps à rattraper » pour leur épanouissement per- sonnel. Du côté de l’UTC, autant de sélection initiale mais surtout, dès l’arrivée à Compiègne, une liberté à assumer et dans un cadre peu contraint mais rigoureux, une diversité de cursus. Le brio intellectuel, la capacité de travail et la mobilisation pour des projets de toute nature sont des vertus communes de tous les établissements que j’ai connus ; c’est sans doute une conséquence assez directe de la sélection, mais aussi de la mobilisation de tous les moyens, tant humains que maté- riels de l’institution à la réussite collective. Avec la dualité assu- mée et sans cesse renouvelée généraliste/spécialiste, qui se retrouve tout au long des cursus étudiants, nous sortons du dilemme de la tête bien faite ou bien pleine et nous armons les jeunes pour une insertion professionnelle réussie en leur donnant des atouts sérieux pour une carrière riche et variée, mais aujourd’hui imprévisible. Cela ne peut se faire sans une réelle connaissance de la société contem- poraine, de son organisation tant institution- nelle qu’économique et sociale. REE : Vous avez débuté votre carrière au Centre européen pour les prévi- sions météorologiques au Royaume Uni avant de travailler à Météo-France puis au Centre national d’études spatiales (CNES). Ensuite ce sont des postes de direction qui se sont succédé, à Météo-France puis au sein du Commissariat général au développement durable. Quel regard portez-vous sur les liens qui existent entre ces centres et les universités ou les grandes écoles ? P. C. : Vous avez raison de rappeler ces années passées dans des équipes de recherche variées, puis dans des équipes de direction pour contribuer à la politique de la recherche, après avoir travaillé à ses progrès. Bien sûr, c’est par convic- tion que je me suis, en début de carrière, orienté vers ces activités : le secteur de la météo est à cet égard d’une grande richesse puisqu’il associe, à une visée essentiellement ap- pliquée, la maîtrise de quelques domaines essentiels, de la géophysique externe (avec l’exploration spatiale), des ma- thématiques applicables, à l’informatique et à ses réseaux ; la météo se confronte en effet à quelques problèmes contem- porains de grande acuité, tels que l’analyse numérique face à la dynamique des fluides ou encore le traitement de don- nées massives… Ma conviction est bien qu’il est indispensable de s’être confronté à la R&D quand on aspire à diriger une grande école d’ingénieurs, ne serait-ce que pour savoir y encoura- ger et développer des laboratoires de qualité et de solides vocations ! On ne saurait imaginer les progrès contempo- rains sans une double exigence : celle du spectre large en matière de connaissances et compétences et celle du travail d’équipe, notamment en mode projet ; à cet égard je sou- haite souligner la richesse que m’ont apportée mes séjours à Reading, au sein d’un centre de recherche leader mondial en matière de météorologie, l’European Centre for Medium- Range Weather Forecasts. L’ouverture internationale est de- venue une exigence et la météo est à cet égard exemplaire… et nécessaire quand on songe aux bases qu’elle fournit quant aux enjeux climatiques de notre planète. L’enseignement supérieur et l’articulation avec les centres de recherche publics Entretien avec Philippe Courtier Directeur de l’université de technologie de Compiègne (UTC) REE N°2/2018 Z 101 ENSEIGNEMENT & RECHERCHE Les liens entre les grandes écoles et la R&D se sont considérablement renforcés depuis un demi-siècle, et leur environnement scientifique est incomparablement plus riche que naguère, au point qu’elles assurent le pilotage de l’es- sentiel des thèses de doctorat dans le champ immense des « sciences de l’ingénieur » où l’université traditionnelle n’avait pas pris le virage des arts mécaniques lors de la première révolution industrielle. Mais foin de ces rivalités, surtout au sein même d’un établissement dont le titre est porteur d’une double filiation ! Cela ne doit pas occulter le fait que la ri- chesse et l’émulation dans la coopération peut être chrono- phage, surtout si la technostructure complique les processus, et que la recherche sur projets se conjugue aux nécessités de trouver des financements. REE : Parmi quelque 200 écoles d’ingénieurs françaises reconnues par la CTI, l’UTC, l’UTT à Troyes et l’UTBM à Belfort-Montbéliard sont les trois seuls EPSCP (établisse- ments publics à caractère scientifique, culturel et profes- sionnel) à afficher cette caractéristique d’universités de technologie. En quoi ces écoles se distinguent-elles des autres écoles d’ingénieurs ? P. C. : Le statut d’établissement public est devenu la règle pour la plupart des établissements relevant directement (et financièrement !) des ministères, et pas seulement du MESRI qui est la tutelle naturelle de l’UTC. C’est il y a environ un demi-siècle qu’a germé en France le concept « d’université technologique » qui a conduit à la création de l’UTC en 1972 ; la personnalité de Guy Deniélou qui, avec la confiance du CEA et son dynamisme exceptionnel, l’a imaginée, portée sur les fonts baptismaux puis dirigée pendant une douzaine d’années, doit être ici soulignée. L’idée d’un établissement, inspiré de la tradition univer- sitaire mais se consacrant à la formation des ingénieurs (domaine largement négligé sous la 3e République !), qui soit réellement polytechnique (mais le mot était tabou !) n’était certes complétement nouvelle : elle a trouvé de remarquables réalisations dans les pays de tradition anglo- saxonne, par exemple à Londres (Imperial College), à Delft, Stockholm, Aix la Chapelle, Munich ou encore Zurich ou Lau- sanne. En France même, la nécessité de tels établissements avait déjà conduit, quelques années auparavant, à la création de l’INSA de Lyon, qui constitue d’ailleurs avec nous le plus gros centre de formation d’ingénieurs avec des flux de l’ordre de 1 000 par an. La localisation à Compiègne de l’UTC ressort sans doute à un certain hasard : à l’époque des « villes nouvelles » une implantation en Ile de France était évidemment souhaitée… Mais la ville, le département et la région Picardie nous ont accueillis avec beaucoup de sympathie et nous avons sans doute en retour enrichi et dynamisé notre environnement, et puis, 68 oblige, éloigner les étudiants était sans doute un argument. Le concept d’université technologique a d’ailleurs suscité d’autres initiatives et nous formons désormais un réseau, avec nos deux jeunes sœurs de Troyes et de Belfort-Montbéliard. REE : L’UTC affiche parmi ses valeurs créativité, audace, coopération, humanisme, inter-culturalité. La plupart des grandes écoles françaises pourraient les reprendre. Mais ce qui semble vous distinguer, c’est votre position- nement sur les biotechnologies. Pourriez-vous nous en dire plus ? P. C. : Vous avez raison, bien des grandes écoles placent au cœur de leur projet des valeurs autres que strictement techniques ou professionnelles ; quand on forme de futurs cadres de la société, et pas seulement des ingénieurs, cette dimension humaniste est plus que légitime et ici nous la prenons en compte, jusque dans l’organisation des ensei- gnements. Ainsi par exemple les jeunes bacheliers que nous accueillons sont-ils maîtres du rythme et du déroulement des modules qu’ils suivent, dans le cadre d’obligations globales fort claires ; cet aspect de l’apprentissage de la liberté et de la responsabilité n’est pas purement formel puisque, avec nos deux rentrées décalées d’un semestre, la plupart des modules sont enseignés deux fois chaque année. Plus globalement, nos spécialités et options portent en elles-mêmes le souci d’une approche audacieuse et créative des grands domaines socio-techniques du monde actuel, avec un souci systémique qui transparaît d’ailleurs dans leurs titres. Nous tenons beaucoup à cette approche et c’est dans cet esprit que nous abordons les questions relatives à la bio- logie et la santé, avec le souci des innovations que les grandes techniques contemporaines peuvent apporter. Le spectre de ce que les technologies comprennent est fort large et illustre bien la complexité des systèmes d’aujourd’hui. Au-delà du génie biologique, vous auriez pu également relever notre spécialité de génie urbain, laquelle existait avant l’arrivée de l’ancien directeur de l’Ecole des ponts et chaus- sées ! La façon dont l’homme vit, travaille et se déplace dans la cité illustre, comme le souci de sa santé, une question qui relève aussi des ingénieurs ! REE : Avec l’UTT et l’UTBM vous avez créé un campus commun à Shanghai. La Chine devient la référence de la croissance mondiale ; est-elle pour autant le pays privi- légié de l’UTC en matière d’échanges ? P. C. : Nous ne pouvions, avec notre vocation technolo- gique affirmée, rester à l’écart de ce qui est le pays sans doute le plus dynamique au monde en matière de sciences et techniques ! Les trois UT françaises sont donc à l’origine de l’UTseuS (Université de technologie sino-européenne de l’université de Shanghai) dont nous venons de fêter le dixième anniversaire. Le soutien des grands groupes fran- çais implantés en Chine a été fort utile pour cette initiative, mais en retour son succès illustre bien l’intérêt des liens que 102 ZREE N°2/2018 ENSEIGNEMENT & RECHERCHE nous entretenons avec le tissu industriel. Cela renforce notre audience mondiale et notre attractivité, déjà attestée par une proportion élevée d’étudiants étrangers sur notre cam- pus. Mentionnons également notre implantation mexicaine, qui accueille à l’Institut polytechnique national, au sein du lycée franco-mexicain, le tronc commun couvrant les deux premières années de notre cursus ; les étudiants viennent ensuite achever ici leur diplôme d’ingénieur ; ce genre d’ini- tiative, bénéfique pour toutes les parties prenantes et source d’économies pour les futurs lauréats biculturels, est assez rare en France, surtout dans un pays non francophone, pour que j’en souligne l’intérêt. Pour répondre directement à votre question, la Chine n’est pas le pays exclusif, même si privilégié de notre horizon international ; l’Europe aujourd’hui est un lieu de partenariats intenses et à approfondir. Je mentionne pour mémoire les accords de coopération universitaire pour des échanges en matière de formation (doubles diplômes), d’échanges, de stages ou de recherche partenariale. Cet aspect concerne en permanence plusieurs centaines d’étudiants, thésards ou enseignants-chercheurs et il illustre de façon concrète et féconde la mondialisation. REE : Quels sont les types d’emplois recherchés par vos jeunes diplômés ? Avez-vous une vision de leurs salaires en comparaison avec ceux d’autres écoles d’ingénieurs ? Comment leur parcours dans les entreprises évolue-t-il au cours des années ? P. C. : Les nombreuses enquêtes annuelles, du type de celle de l’Etudiant, montent clairement et confirment d’année en année l’excellente place de nos jeunes diplômés dans les recrutements. Nous sommes d’ailleurs vigilants sur le deve- nir des anciens élèves : c’est avec la participation directe à nos conseils comme à nos enseignements, de spécialistes, d’experts ou de dirigeants venus du monde de l’entreprise que nous restons attentifs aux évolutions du monde contem- porain. L’insertion professionnelle se fait très vite à l’obten- tion du diplôme, et souvent même avant, avec des salaires annuels de 35 à 40 kF. Notre recul et notre ancienneté sont désormais suffisants pour avoir vu s’épanouir de fort belles carrières, dans les sec- teurs les plus variés… sauf peut-être dans le secteur de la haute fonction publique ou médiatique. REE : Votre parcours entre établissements d’enseigne- ment supérieur, établissements publics et ministères vous autorise à juger de l’articulation entre ces ins- tances ? En particulier comment circule l’information et s’articule l’innovation entre les grands établissements dédiés à la R&D et les grandes écoles ? P. C. : Mon parcours illustre au moins la possibilité de car- rières mobiles, au sein ou aux marges de la fonction pu- blique, avec des incursions à l’international ! Je me réjouis évidemment d’avoir pu varier mes responsabilités et m’enri- chir auprès d’environnements fort divers. Je pense que les cloisons sont de moins en moins étanches et je m’en félicite : notre pays conserve certes certaines traditions jacobines, en particulier en matière de R&D comme d’enseignement supé- rieur, mais les formations d’ingénieurs illustrent une variété d’approches, avec des tutelles variées, qui ne font pas obs- tacle à un fonctionnement de plus en plus réticulé : la coo- pération relevait sans doute naguère du hasard, désormais c’est une nécessité ! La recherche est de plus en plus coopérative, structurée par un « mode projet » ou en réponse à un appel d’offres : on ne saurait s’en plaindre dans une UT ! Mais la fluidi- té fait encore largement défaut dans la pratique et beau- coup de collègues se plaignent, parfois avec amertume, de démarches largement chronophages… En tout cas, je ne saurais hic et nunc nier les progrès de la coopération entre grandes écoles et universités, nous qui sommes à la fois grande école et université ! Quant à la réputation et à l’excellence des laboratoires, je crois que nous devons nous féliciter, dans le domaine académique d’avoir en France un organisme tel que le CNRS, mondialement connu et qui permet l’émergence de nouveaux talents. Je me félicite à cet égard de la politique constante de mes prédécesseurs d’association avec le CNRS ou d’autres grands organismes publics de recherche. REE : Et qu’en est-il des relations entre écoles d’ingé- nieurs et industrie ? On mentionne souvent des exemples réussis de partenariats avec les grandes entreprises fran- çaises. Mais comment voyez-vous l’articulation avec les PME ou les ETI ? P. C. : Un tissu industriel, dense et de qualité, est indispen- sable autour d’une institution formant des ingénieurs, tout spécialement une UT. Cette proximité n’est pas simplement géographique, mais même à l’heure de l’Internet, cet aspect géographique reste encore décisif : il n’a jamais été suffisant, et il reste presqu’aussi nécessaire que naguère. Les exemples sont assez nombreux d’initiatives étatiques volontaristes aux résultats médiocres et on n’accède pas au fameux classe- ment de Shanghai avec un environnement simplement riche au plan financier. J’imagine qu’on a pu se gausser naguère de l’implantation à Compiègne d’un établissement ambitieux… C’était sous- estimer à la fois la volonté locale de réussite et l’histoire qui a fait de la vallée industrielle de l’Oise une voie d’échanges et de commerce. De fait, nous sommes dans les Hauts-de- France qui touchent à l’une des plus grosses conurbations européennes ; plus, nous sommes plus près de Roissy (en temps) que ne l’est la Sorbonne… En retour notre dynamisme a fortifié le tissu industriel de la vallée de l’Oise et nous sommes entourés de ces PME et REE N°2/2018 Z 103 ENSEIGNEMENT & RECHERCHE ETI que vous évoquez et qui sont plus jeunes que nous et qui ne se plaignent pas de notre compagnie ! REE : Dans certains pays, en particulier dans le monde anglo-saxon, il est fréquent de voir des allers-retours de chercheurs entre centres d’enseignement supérieur et industrie. La France devrait-elle davantage encourager cette démarche ? P. C. : Certaines formes de mobilités professionnelles restent encore difficiles, telles celles que vous évoquez, et les questions salariales demeurent très souvent des obs- tacles. Néanmoins, et dès la création de l’UTC, la faculté a compté des enseignants chercheurs contractuels provenant de l’entreprise. Pour favoriser des mouvements d’aller-retour, c’est-à-dire de durée limitée, nos collègues des écoles de commerce, souvent moins contraints que nous par la règle, ou simple- ment plus imaginatifs, ont ouvert une voie qui s’élargit dans les écoles d’ingénieurs les plus réputées ; celle des chaires ou fondations, où avec des ressources externes telles que le mécénat d’entreprise ou grâce aux dispositions fiscales, il est possible d’accueillir d’éminents spécialistes. Notre pays est encore loin des traditions américaines, mais je crois le mouvement définitivement lancé, et dans la bonne direction ! REE : Parmi les reproches souvent entendus, il y a celui de former de bons ingénieurs pas assez tournés vers le marché. Votre expérience de direction dans une école de management et dans des écoles d’ingénieurs confirme- t-elle cette insuffisance ? P. C. : Sans vouloir les flatter, ni attribuer à leurs directeurs d’écoles des talents excessifs, je crois les ingénieurs français bien formés et mériter leur bonne réputation internationale ! Sans doute cela tient-il, au moins pour les établissements les plus prestigieux, à une sélection rigoureuse, associée aux exigences des classes préparatoires ou du recrutement post- bac. Mais pour toutes les écoles le rôle de la Commission du titre (CTI), qui fixe des normes (largement indépendantes des processus de sélection) et les contrôle périodiquement, doit être souligné. Une des conséquences de la qualité des ingénieurs français se révèle dans leur accès aux postes de responsabilité à un âge inférieur à celui, par exemple, de leurs collègues allemands. Leurs qualités sont également attestées par la façon dont ils sont appelés vers des responsabilités non techniques, mana- gériales ou même simplement financières. A ce titre l’UTC doit apporter le pôle technologique à cette université de rang mon- dial qu’est l’université Sorbonne Université et dont l’IDEX a été définitivement confirmé récemment par le Gouvernement sur la base de l’évaluation par le jury international. Q Propos recueillis par Bernard Ayrault et Bruno Meyer Philippe Courtier a été nommé directeur de l’UTC le 1 r er février 2017. Il est ingénieur général des ponts, des eaux et des forêts, diplô- mé de l’École polytechnique et de l’École nationale de la météorolo- gie. Il est titulaire d’une thèse de doctorat sur la prévision numérique en météorologie. Philippe Courtier a commencé sa carrière en 1986 comme ingénieur à Météo-France puis à l’ECMWF (Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme). Il a été nommé directeur de la « Data Division » de l’ECMWF en 1992 avant de devenir responsable des programmes de météoro- logie opérationnelle au CNES. En 1999, il est nommé directeur général adjoint de Météo-France puis directeur de l’École nationale des ponts et chaussées en 2004 et enfin directeur général d’emlyon business school en 2012. Philippe Courtier est chevalier de la Légion d’honneur. Il est profes- seur de l’École nationale des ponts et chaussées.