La flexibilité énergétique et la donnée au coeur des développements sur l'autoconsommation

06/03/2018
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La flexibilité énergétique et la donnée au coeur des développements sur l'autoconsommation

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68 ZREE N°1/2018 L'AUTOCONSOMMATION DOSSIER 1 Introduction L’autoconsommation se situe au croise- ment des objectifs nationaux de transition énergétique et de transition numérique. Elle est également au cœur des objectifs de transformation de nos modèles vers plus de circularité, avec le déploiement de boucles énergétiques locales vertueuses d’un point de vue environnemental. L’autoconsommation s’inscrit égale- ment dans un cadre de développement multisectoriel et à ce titre, intéresse aussi bien le tertiaire et l’industrie que le bâtiment résidentiel. Or, le bâtiment représente au moins 40 % de la con- sommation énergétique de l’Union européenne1 , d’où l’intérêt d’accroître l’efficacité énergétique de ce secteur et d’en faire un modèle de développement agrégeant les nombreuses avancées 1 Source : Directive 2010/31/UE du 19 mai 2010. technologiques déjà disponibles en matière d’efficacité énergétique. Les énergies renouvelables (EnR) ont pleinement leur place dans ce con- texte, d’autant qu’elles s’intègrent dans des développements technologiques qui permettent de mieux gérer l’énergie produite et consommée, en s’appuyant sur des systèmes avancés de mesure et de surveillance au niveau d’un bâtiment dorénavant dit « connecté ». La gestion de la demande d’éner- gie et de l’offre de production repose donc, au niveau local, et au plus près du bâtiment, sur une vision systémique des solutions appelées à se développer sur les sites en autoproduction-autocon- sommation. Elle repose également sur des technologies évoluées qui agrègent une multitude d’applications et d’équi- pements en relation entre eux, via la circulation de la donnée. L’autoconsommation, un mouvement désormais en marche Un cadre juridique déjà foisonnant Depuis le rapport 2014 de la Direction générale de l’énergie et du climat (DGEC) qui avait souligné l’im- portance des développements atten- dus sur l’autoconsommation, le cadre réglementaire français s’est considéra- blement renforcé, agrégeant autour de lui un certain nombre de dispositions techniques et économiques qui ont permis depuis à de nombreux projets de voir le jour et d’être pleinement opé- rationnels sur le terrain. Ce cadre est d’abord appuyé, au niveau européen, sur la directive 2010/31/UE du 19 mai 2010 concernant la performance éner- gétique des bâtiments. Cette directive se traduit en France par l’obligation de    
   

   
   
 
 Nadi Assaf1 , Philippe Jan2 1 Délégué général adjoint en charge de la production, du transport et de la distribution de l’électricité au Gimélec, 2 directeur adjoint marketing technique au Gimélec & délégué général du Groupement des industries du groupe électrogène Self-consumption turns out now to be a new way of producing and consuming energy pla- cing the user at the heart of future developments within the framework of the energy transition. This new model is now an economic and industrial reality, available technologies and applications already allowing a number of projects to give the evidence of its effectiveness. However, its develop- ment is often linked to different situations which need to be considered. In France, it is for sure a model to be developed in a free and open market, while guaranteeing electric flexi- bility and energy control, in a framework taking into account solidarity and security. ABSTRACT L’autoconsommation s’avère être aujourd’hui une nouvelle forme de produire et de consom- mer l’énergie qui place l’usager au cœur des développe- ments à venir dans le cadre de la transition énergétique. Ce nouveau modèle est désormais une réalité économique et industrielle, les technologies et applications disponibles permettant d’ores et déjà à un certain nombre de projets de rendre compte de son effectivité. Toutefois, son dévelop- pement est souvent lié à des situations contextuelles diffé- rentes qu’il importe de prendre en considération. En France, c’est indéniablement un modèle en devenir qui doit pouvoir s’exprimer dans un marché libre et ouvert, tout en garantis- sant les impératifs de flexibilité électrique et de maîtrise de l’énergie, et dans un cadre soucieux de la solidarité et de la sécurité électrique. RÉSUMÉ REE N°1/2018 Z 69 La flexibilité énergétique et la donnée au cœur des développements sur l’autoconsommation construction de bâtiments à énergie positive (BEPOS), d’ici à 2020 au plus tard. Le cadre réglementaire européen de l’autoconsommation est ensuite complété par les directives 2009/28/ CE et 2012/27/UE2 qui la favorisent. À cela, s’ajoute un foisonnement légis- latif au niveau français, notamment depuis les dispositions contenues dans la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte (LTECV) pu- bliée le 18 août 2015, puis les disposi- tions successives prises en application de cette loi3 . Le cadre réglementaire en place permet donc désormais d’organiser le développement de l’autoconsom- mation en France, notamment l’auto- consommation collective et donne une place prépondérante aux opéra- teurs de réseau et donc à la distribu- tion publique d’électricité4 . Ceci aux dépens d’autres acteurs de marché indépendants, également portés sur la gestion des flux d’énergie et/ou de données, et désireux de contribuer efficacement aux nouveaux modèles d’autoconsommation/autoproduc- tion. 2 Directive 2009/28/CE du 23 avril 2009 rela- tive à la promotion de l’utilisation de l’énergie produite à partir de sources renouvelables & directive 2012/27/UE du 25 octobre 2012 rela- tive à l’efficacité énergétique. 3 Dont en particulier les ordonnances n° 2016- 1019 du 27 juillet 2016 relative à l’autocon- sommation d’électricité et n° 2016-1059 du 3 août 2016 relative à la production d’électri- cité à partir d’énergies renouvelables, toutes deux ratifiées par la loi n° 2017-227 du 24 fé- vrier 2017, ainsi que d’autres textes à caractère réglementaire venant en appui de dispositions techniques, contractuelles et économiques souhaitées par le législateur. 4 La gestion du réseau de distribution d’électri- cité est en effet assurée par ENEDIS pour 95 % du territoire et par un ensemble d’entreprises locales de distribution (ELD) sur environ 2.500 communes - Source ADEME, juillet 2017 - Guide pour la réalisation de projets photovol- taïques en autoconsommation. Des dispositions ne permettant pas encore de libérer pleinement le marché Bien que les schémas retenus dans la réglementation sur l’autoconsomma- tion collective positionnent le gestion- naire de réseau d’électricité (GRD), de façon indifférenciée, comme un acteur incontournable dans les rapports à développer avec les parties prenantes d’une opération d’autoconsommation, ces schémas ne peuvent cependant être décorrélés de l’omniprésence d’un opérateur historiquement bien implan- té sur les réseaux de distribution, au regard d’un marché en devenir et por- teur de valeur, sur lequel l’ouverture et la mise en concurrence doivent être la règle. Le GRD est en effet au cœur des dispositifs réglementaires existants et à l’interface du réseau de distribution et du bâtiment. Il organise contractuelle- ment l’opération d’autoconsommation collective et gère les flux d’énergie et de données via le compteur communi- cant Linky. Ces dispositions s’appliquent à la personne morale représentative du groupement de producteurs et de consommateurs pour déterminer les règles de répartition des quantités d’énergie produites et consommées communiquées aux différents fournis- seurs d’électricité, lors d’une opération d’autoconsommation collective. Par ailleurs, des dispositions régle- mentaires actuelles comportent éga- lement certaines limitations dans les possibilités de développement des projets d’autoconsommation collec- tive, notamment en ce qui concerne la limitation de puissance des géné- rateurs à 100 kWc par producteur ou l’obligation de positionner l’opération d’autoconsommation en aval d’un même poste de distribution. Ces dis- positions, sans qu’elles soient expres- sément mentionnées comme telles, ne permettent pas encore de favori- ser pleinement le développement de l’autoconsommation collective, en rai- son des contraintes de dimensionne- ment des projets qu’elles génèrent, en particulier pour atteindre la dimension “écoquartier“ qui prend en compte différentes typologies de clients (ter- tiaire, industrie, résidentiel). Elles sont, de plus, techniquement difficilement compréhensibles5 . Les schémas réglementaires pres- crits ont néanmoins le mérite d’encadrer déjà des projets d’autoconsommation et d’amorcer leur développement. Ils renvoient aussi à un existant, résultante d’une structuration forte et historique de notre réseau qui cadre avec une image de stabilité, de solidarité et de sécurité électrique. Dans un contexte d’évolution du mix énergétique, avec une intégration plus poussée des EnR, il est nécessaire, dès maintenant, de libérer le marché de l’autoconsomma- tion avec suffisamment de force et ce faisant, de favoriser pleinement l’inno- vation par la mise en concurrence sur ce marché. Deux visions envisageables qui induisent des formes d’organisation du marché différentes La filière représentée au Gimélec6 est déjà partie prenante de nombreux pro- jets d’autoconsommation. Elle a la par- ticularité d’embrasser ce périmètre très largement, grâce à une diversité de fa- bricants présents sur les différents équi- pements et applications proposés sur ce marché. Pour la partie comptage, elle compte dans ses rangs des fabricants de compteurs électriques qui adressent 5 Environ 700.000 postes de distribution HTA/ BT sur le territoire français, soit une logique de découpage de l’ordre d’un poste pour 90 habitants. 6 GIMELEC: Groupement des Industries de l’Equipement Electrique, du Contrôle-Com- mande et des Services Associés. 70 ZREE N°1/2018 L'AUTOCONSOMMATION DOSSIER 1 les besoins de différents secteurs, tant sur le tarifaire que dans les systèmes de surveillance et de mesure déjà présents dans nombre de solutions. Le projet de comptage communicant déployé en France à ce jour, a vocation à moderniser le réseau de distribution pu- blic, en rendant plus facilement acces- sibles les flux de données nécessaires à une meilleure gestion de l’énergie jusqu’à l’utilisateur final. Le déploie- ment de la solution Linky concerne 35 millions d’usagers connectés au réseau (particuliers et entreprises, principale- ment). Le compteur communicant va renforcer les réseaux de distribution et donner la possibilité au consommateur d’accéder à une meilleure maîtrise de sa consommation. Dans le cadre de l’autoconsommation, le compteur com- municant mesure l’énergie soutirée sur le réseau et celle produite par les EnR injectées dans le réseau. Il offre surtout la particularité de mettre à disposition du GRD et du consommateur, un en- semble de données propres à assurer un meilleur pilotage des réseaux et de la consommation, ce qui est primordial dans un contexte d’évolution du mix énergétique et d’interconnexion crois- sante des réseaux. Dans le contexte de fort déploie- ment de compteurs communicants sur l’ensemble du réseau de distribution public, deux visions peuvent être avan- cées dans les développements en cours sur l’autoconsommation. Le GRD, à l’interface du réseau de distribution public et du bâtiment Le compteur communicant installé par le GRD répond à des exigences tarifaires et à celle encourageant une meilleure maîtrise de la consommation d’énergie. Il y a donc lieu de distinguer, en premier lieu, une vision essentielle- ment tarifaire, contractuellement pas- sée entre un fournisseur d’énergie et un utilisateur7 : le GRD s’adressant à un utilisateur final, les installations de comptage ont d’abord pour finalité de répercuter les coûts engendrés par la production et le transport de l’énergie sur les réseaux, ainsi que des dispositifs divers afférents (contributions, taxes…). Suivant cette vision qui assure la cohé- rence juridique et technico-économique du modèle de distribution de l’énergie, les limites de compétence du GRD se situent bien à l’interface du réseau de distribution public et du bâtiment. Le compteur communicant installé par le GRD offre aussi la possibilité d’adresser de multiples services liés à un ensemble de nouveaux usages avec l’avènement du numérique, dans un cadre d’autoconsommation. Par ailleurs, il peut contribuer à la réduction de la pointe et à la maîtrise de la consom- mation. Il contribue également à une meilleure connaissance des profils de consommation types pour élaborer des offres de tarifs et de services adaptés aux besoins des consommateurs et per- met de facturer sur la consommation réelle et non plus sur la consommation estimée. Une dynamique de marché à encourager pour soutenir l’innovation et de nouveaux modèles alternatifs De nouveaux modèles économiques sont en cours de développement pour favoriser la performance énergétique sur toute une chaîne de valeur, jusqu’au bâtiment. La traduction économique de 7 C’est en substance le sens donné par le légis- lateur dans l’ordonnance n° 2016-1019 du 27 juillet 2016 relative à l’autoconsommation d’électricité : « Art. L. 315-6.-Les gestionnaires de réseaux publics de distribution d’électricité mettent en œuvre les dispositifs techniques et contractuels nécessaires, notamment en ce qui concerne le comptage de l’électricité, pour permettre la réalisation dans des conditions transparentes et non discriminatoires des opé- rations d’autoconsommation ». ces modèles se situe donc sur un mar- ché libre, ouvert à tous les acteurs de la filière électrique. Autrement dit, le comptage commu- nicant tarifaire ne peut être considéré comme l’unique réponse au renforce- ment de l’efficacité énergétique. Pour des raisons compréhensibles liées à un meilleur pilotage des réseaux, la maî- trise des flux énergétiques sur le réseau et de certains flux de données relèvent de prérogatives propres au GRD. La maîtrise de la performance énergétique des bâtiments et de leur environnement dans un cadre d’autoconsommation, collective de surcroît, relève quant à elle de l’entité gestionnaire de l’îlot d’auto- consommation et au-delà des disposi- tions réglementaires, doit surtout être soutenue par une dynamique de mar- ché qui encourage l’investissement. Deux visions s’opposent en appa- rence. Dans les faits, elles semblent très complémentaires et pourraient se ren- forcer mutuellement grâce à un marché plus ouvert sur les différents modèles économiques possibles en autocon- sommation, dans une perspective plus intégrée et mieux segmentée du bâti- ment et de son environnement énergé- tique, en tant que réponse aux défis de demain. Le Gimélec, acteur du déve- loppement de l’autocon- sommation Le « bâtiment connecté » au service de la flexibilité électrique et de la maîtrise de l’énergie Sans pour autant nier l’intérêt des mécanismes de soutien introduit ces dernières années pour le développe- ment des projets d’autoconsommation et la promotion de la production d’éner- gie par EnR, la priorité porte avant tout sur la flexibilité électrique et la maîtrise de l’énergie, en tant que fonctions es- sentielles à mettre en perspective dans REE N°1/2018 Z 71 La flexibilité énergétique et la donnée au cœur des développements sur l’autoconsommation le contexte énergétique actuel. Sur ce sujet, les entreprises adhérentes du Gimélec ont développé les technologies pour l’optimisation de la gestion énergé- tique des bâtiments, interfacées avec le réseau. L’enjeu, à présent, est d’articuler le modèle économique qui permettra au bâtiment connecté de devenir plei- nement un acteur de la transition éner- gétique de son quartier, de sa ville, de son territoire. Le bâtiment connecté et flexible est capable d’optimiser son autoconsom- mation, ou sa consommation d’énergies renouvelables produites localement, ou encore d’aider le réseau national en absorbant les énergies renouvelables électriques dans les épisodes d’abon- dance ou en soulageant ses pointes. Il devient ainsi une « brique intelligente » du réseau, rendant possible des écono- mies de dimensionnement et permet- tant bientôt de stocker/consommer une énergie plus verte et au meilleur coût. C’est toute l’approche aujourd’hui développée au Gimélec et portée au ni- veau européen par le Smart Readiness Indicator dans le cadre de la révision de la directive EPBD (Energy Performance of Buildings Directive), largement soute- nue par une démarche industrielle qui permet déjà de rendre compte, sur le terrain, de l’effectivité du lien entre au- toconsommation et bâtiment connecté (figure 1). Le numérique, source de nouveaux services portés par des systèmes de gestion de plus en plus intégrés Si la vision du développement de l’au- toconsommation selon un axe “Réseau/ Utilisateur final-Usager“ est parfaitement recevable et constitue aujourd’hui celle retenue du point de vue réglementaire, celle déclinée selon l’axe “Bâtiment connecté à son environnement/Réseau“ l’est tout autant. En suivant cette pers- pective, la gestion technique du bâti- ment (GTB) y tient une place essentielle et l’importance croissante du numérique permet d’envisager des systèmes de gestion qui répondront non seulement aux exigences de flexibilité et de perfor- mance, mais renforceront l’innovation dans la création de nouveaux services. Dans ce contexte, la mesure tient une place prépondérante dans les sys- tèmes de gestion et tous les appareils sont amenés à être communicants et à participer de la mesure. Dans le bâti- ment et relativement à un environne- ment considéré localement, la mesure est en effet en passe d’être banalisée et l’enjeu est dorénavant de passer d’une mesure brute (le kWh, par exemple) à la production d’informations directe- ment utiles au client pour produire des services : à ce titre, une bonne gestion de l’autoconsommation-autoproduction est l’un des premiers services rendus à la transition énergétique. Il est donc né- cessaire de mettre l’accent sur des ap- pareils producteurs d’informations utiles et orientées vers une meilleure maîtrise de la vie du bâtiment et de son im- pact environnemental : passage d’une logique de gestion des flux d’énergie, centrée sur le comptage simple, à une gestion du cycle de vie dans toutes ses composantes. C’est-à-dire une logique qui intégrerait les services aux clients liés à de nouveaux usages, et ce grâce à une gestion active des équipements. En résumé, pourquoi mesurer ? Tout simplement, pour gérer, piloter la main- tenance, les consommations, surveiller la qualité et l’efficacité des process tout en les protégeant, augmenter le taux d’autoconsommation pour tenir compte de l’intermittence des EnR, et plus glo- balement maîtriser les données (nature et format des données, fréquence de leur disponibilité, propriété et confiden- tialité). L’implication de la filière représentée au Gimélec Les entreprises adhérentes du Gimélec sont très impliquées dans le développement d’applications appelées à renforcer durablement la performance énergétique des bâtiments, en lien avec les enjeux d’une meilleure flexibilité par rapport au réseau. L’investissement important de la profession dans la norma- Figure 1 : Smart Readiness Indicator for buildings (SRI) – Source : Gimélec. 72 ZREE N°1/2018 L'AUTOCONSOMMATION DOSSIER 1 lisation vient en appui de cette démarche. Des dispositifs, tels que les centrales de mesure multifonction (PMD : Power Meter Device), permettent d’affiner la mesure, de visualiser tous les paramètres électriques et d’exploiter les fonctions de mesure, de comptage des énergies et de communication. Ces équipements, conformes à la norme NF EN 615578 répondent aux exigences du sous-comp- tage et également de surveillance et de contrôle de la qualité de l’énergie produite et consommée. Ils sont par ailleurs parfai- tement adaptés à la mise en œuvre d’un système de management de l’énergie au sens de la norme ISO 50001. D’autres équipements de mesure sont présents dans ces développements : conformes à la directive MID, ils permettent de factu- rer l’électricité, de la même façon que les équipements aujourd’hui déployés dans le cadre du projet de comptage commu- nicant sur le territoire français. 8 Sécurité électrique dans les réseaux de distri- bution basse tension de 1 000 V c.a. et 1 500 V c.c. - Dispositifs de contrôle, de mesure ou de surveillance de mesures de protection - Partie 12 : dispositifs de mesure et de surveillance des performances (PMD). Les entreprises adhérentes du Gimélec sont enfin très investies sur des référen- tiels d’indice de flexibilité du bâtiment, en intégrant des technologies numériques. Dans ce cadre, il est important de déve- lopper une plate-forme numérique (éner- gie & services) interfacée et interopérable avec les acteurs concernés (figure 2). Statut et protection de la donnée : deux questions essentielles On mesure donc avec force l’im- portance de la donnée dans les équi- pements et applications dédiés à la performance énergétique et à la flexibi- lité, dans un bâtiment de plus en plus connecté et interdépendant avec le réseau. La gestion de la donnée doit en conséquence être perçue comme un bien partageable ; le questionne- ment sur la propriété de la donnée est d’ores et déjà posé, indépendamment des conditions de sa protection. Dans cette perspective, il est essentiel de respecter la libre concurrence entre les différents exploitants d’un bâtiment et au-delà, au sein d’un écosystème éner- gétique ancré territorialement grâce aux possibilités offertes par le développe- ment de l’autoconsommation collective. S’agissant de la gestion de la donnée qui sera dans les années à venir le moteur de l’innovation et de la création d’im- portants services, le GRD, quel que soit son statut et son positionnement, est un opérateur parmi d’autres. Il est par ailleurs souhaitable de normaliser les formats de données pour mieux facili- ter l’interopérabilité des systèmes et la circulation de l’information, base de l’émergence de nouveaux services liés au marché de l’autoconsommation. Mieux penser la flexibilité et le pilotage de la demande Considérer l’écosystème énergétique de demain Au-delà du bâtiment, c’est tout un écosystème qui est aujourd’hui concer- né par le développement de l’autocon- sommation. L’intégration de davantage d’EnR dans le mix énergétique, le ren- forcement de l’efficacité énergétique et de la flexibilité électrique sont les critères de dimensionnement de l’auto- consommation de demain. Cela passe par la prise en compte de l’ensemble Figure 2 : Caractérisation de l’indice de flexibilité – Source : Gimélec. REE N°1/2018 Z 73 La flexibilité énergétique et la donnée au cœur des développements sur l’autoconsommation des solutions de production d’énergie, liée à l’identification de tous les nou- veaux usages susceptibles de modifier notablement leur consommation, dans le but d’assurer un meilleur pilotage de la demande. Cela conduit aussi à miser sur le développement du stockage sus- ceptible de pallier l’intermittence des EnR, en associant plus étroitement le développement du véhicule électrique et de son infrastructure de recharge, l’utilisation d’énergie provenant de sites tertiaires comme les data centers ou les groupes stationnaires de secours déjà implantés sur divers sites et aptes à répondre à la demande. La mobilité électrique intégrée à la gestion locale d’énergie, une solution pour équilibrer offre et demande électrique En premier lieu, la place de la mobi- lité électrique dans la vision de l’auto- consommation est essentielle. Elle doit permettre le pilotage de la recharge électrique en limitant au maximum son impact sur la demande d’énergie et/ ou la demande de puissance, et sans contraindre la mobilité. Pour disposer d’une efficacité optimale, ce pilotage doit d’emblée être intégré à la gestion locale d’énergie, au niveau du bâti- ment, d’un quartier… afin de garantir les meilleurs arbitrages techniques et économiques de l’usage de l’énergie. Les solutions de recharge intelligente des véhicules électriques (VE) ont donc vocation à s’intégrer aux solutions d’autoconsommation, en tant que part essentielle de celles-ci, et pour contri- buer à assurer l’équilibre entre l’offre et la demande électrique. Le caractère bidirectionnel de la recharge intelligente VE9 autorise déjà l’utilisation du VE dans un cadre Vehicule to Home (V2H) ou Vehicule to Grid (V2G) pour garantir la meilleure flexibilité attendue. Le VE est en conséquence le moyen de réponse adapté dans le cas de la réinjection d’énergie et/ou de puissance vers des boucles locales d’énergie ou le réseau proprement dit, et outre, bien évidem- ment, le moyen de stockage d’énergie décentralisé offert par les batteries du VE, notamment pour l’effacement ou l’absorption d’énergie EnR qui serait per- due sur le réseau (figure 3). 9 Capacité à charger la batterie ou à décharger celle-ci sur le réseau. L’opportunité de l’offre data center pour le stockage de l’énergie dans l’écosystème Les infrastructures énergie des data centers présentent également des caractéristiques de nature à ouvrir de réelles opportunités d’autoconsom- mation. Outre l’empreinte environne- mentale réellement maîtrisée des data centers, la présence d’un parc d’ondu- leurs UPS dans ces centres permet d’envisager la mise à disposition de batteries et convertisseurs nécessaires au stockage d’énergie utile à l’autocon- sommation. Une telle opportunité est réellement à saisir dans un contexte croissant de déploiement de structures décentralisées de production d’éner- gie, en particulier renouvelable, qui pousse à une stabilisation du réseau au niveau local et à mieux répondre aux besoins de régulation des pointes. Les nouvelles technologies de batte- ries disponibles pour les onduleurs (UPS), comme le Li-Ion, fonctionnent déjà sur la base de cyclages répétitifs et de nouveaux acteurs de marché ap- paraissent, proposant des solutions de gestion d’énergie localement stockée pour de l’autoconsommation, voire de la revente au réseau. Figure 3 : Piloter le moment de la recharge et la puissance appelée par le véhicule par la recharge intelligente – Source : Gimélec. 74 ZREE N°1/2018 L'AUTOCONSOMMATION DOSSIER 1 À cette fin, la filière Infrastructure du numérique présente au sein du Gimélec participe activement à faire évoluer les concepts utiles à la prise en compte de ces nouveaux modèles de marché directement liés au développement des solutions d’autoconsommation. Valoriser les groupes de secours stationnaires pour pallier les besoins sur le réseau ou la boucle locale d’énergie De la même façon, les possibilités offertes par la production d’énergie de groupes de secours stationnaires, uni- formément répartis sur le territoire10 , doivent être prises en considération dans les solutions tendant à davantage de flexibilité et à un meilleur pilotage de la demande. La couverture de la consom- mation à la pointe et les risques d’ins- tabilité dus à la production intermittente des énergies renouvelables, nécessitent de pouvoir compter sur ce type de res- source à même de pallier immédia- 10 Groupes situés au plus près des sites de consommation : Immeubles de bureaux, centres commerciaux, centres de données, centres hospitaliers, etc. tement les besoins sur le réseau ou la boucle locale d’énergie. Ces ressources offrent également l’avantage de limiter les besoins d’investissement des opé- rateurs de réseau pour disposer d’un cadre assurantiel suffisant qui garantisse la continuité de l’alimentation électrique. Représentant une puissance instal- lée en 2016 d’environ 6 GW en France métropolitaine, soit au moins 7 % de la demande de pointe, les groupes élec- trogènes (GE) continuent d’offrir une intéressante ressource de flexibilité pour le système électrique et un moyen effi- cace de gestion des pointes de consom- mation à travers l’effacement (figure 4). À un moment où RTE estime le déficit de capacité de production à 2,4 GW en 2019/202011 et où la valorisation des GE comme moyen d’effacement ne concer- nait en 2014 que 10 % de la puissance installée (31 % en 2010), on mesure l’enjeu d’une plus grande prise en consi- dération du potentiel des groupes de secours à tous niveaux, y compris dans la perspective du développement de 11 Source RTE, 2016 – Bilan prévisionnel de l’équilibre offre-demande d’électricité en France. l’autoconsommation collective, a minima à l’échelle d’un quartier. Ces installations doivent en consé- quence être mieux valorisées et faire partie de l’écosystème local. Elles cons- tituent, grâce à leur production syn- chrone et leur répartition géographique quasi homogène, l’une des briques de la production décentralisée, en particu- lier sous l’angle du microgrid, lorsque le marché de l’autoconsommation sera définitivement étendu à la boucle lo- cale. C’est l’un des messages forts du GIGREL, la filière qui regroupe les indus- tries du groupe électrogène en France, aux côtés du Gimélec. Standardiser, afin de toujours garantir la sécurité des personnes et des biens L’écosystème énergétique de demain doit donc être en mesure de faire la syn- thèse d’un ensemble extrêmement varié de sources de production décentralisées ou non et de consommateurs. Cela laisse un vaste champ d’actions pour l’innova- tion liée à l’autoconsommation, tant dans la définition des modèles économiques à venir, que la réponse aux solutions de ce marché, enfin du point de vue des réfé- rentiels à construire pour garantir la sécu- rité des personnes et des biens. Sur cet important sujet, les entre- prises adhérentes du Gimélec œuvrent avec toute la filière électrique à l’éta- blissement de standards au niveau des instances IEC, ISO et CENELEC. Elles ap- portent également une contribution non négligeable à l’établissement des règles normatives qui conditionnent le déve- loppement harmonieux des nouveaux modèles énergétiques auxquels appar- tient l’autoconsommation en France. Ses experts sont en particulier inves- tis sur l’ensemble du champ norma- tif de la basse tension qui intéresse la protection des installations électriques et la prévention contre les chocs élec- triques : il s’agit de nombreux travaux à Figure 4 : Groupes de secours stationnaires - Potentiel estimé de puissance installée (MW). Source : GIGREL. REE N°1/2018 Z 75 La flexibilité énergétique et la donnée au cœur des développements sur l’autoconsommation l’international, liés à l’efficacité énergé- tique et au développement du concept de “prosumer“, consistant à clarifier le paysage normatif du stockage, et bien d’autres. Il s’agit aussi de travaux natio- naux en lien avec l’évolution légitime de nos règlements normatifs, en particulier sur les domaines respectifs de la NF C 15-100 et de la NF C 14-100. L’ensemble du socle normatif per- mettant les développements de l’auto- consommation relève d’ores et déjà d’un ensemble structuré et cohérent, qui offre de sérieuses garanties de sé- curisation. Il se doit d’être respecté pour permettre aux architectures de distribu- tion et de branchement d’être compa- tibles avec tout système de supervision et de gestion de la distribution d’électri- cité quel qu’il soit. Il ne constitue pas un frein à l’innovation, bien au contraire, et sait s’adapter en conséquence pour ga- rantir un niveau de qualité et de sécurité des matériels et architectures répondant à un cadre économiquement perfor- mant. Il doit enfin garantir un niveau de stabilité juridique suffisant, en tant que garde-fou des solutions développées, appelées à apparaître sur le terrain de l’autoconsommation. Conclusion En tant qu’orientation majeure prise par nombre de pays pour répondre à des besoins énergétiques croissants, l’auto- consommation renvoie à un modèle alter- natif de production et de consommation d’énergie en lien avec les impératifs d’une meilleure flexibilité électrique et d’une plus grande maîtrise de l’énergie. Des solutions et applications permet- tant de satisfaire ce modèle sont déjà existantes et pourraient bénéficier d’un meilleur cadre d’expression, en particu- lier en France. Dans nos territoires en effet, l’approche par le marché, tout en tenant compte d’un cadre juridique déjà posé pour favoriser le développement de l’autoconsommation, est en mesure de renforcer l’innovation au niveau des solutions proposées, afin de répondre aux attentes de plus en plus d’usagers séduits par les services liés au numé- rique et désireux d’être acteurs de leur devenir énergétique. Dans cette perspective, la dimen- sion locale, de proximité, semble es- sentielle pour prendre en compte à la fois les nouveaux usages, mais égale- ment être en mesure d’agréger tous les paramètres de l’offre et de la demande d’énergie : c’est-à-dire, par la prise en compte des sources locales d’énergie dans un îlot d’autoconsommation au centre duquel se trouve le bâtiment, brique intelligente de la maille locale, ainsi que la prise en considération des besoins en énergie de chaque utilisa- teur final. C’est une nouvelle approche au regard de laquelle nos industries et les entreprises qui la composent ont tout à donner aujourd’hui, et ce en parfaite adéquation avec les inté- rêts de préservation de l’équilibre d’un réseau qu’il est essentiel de pouvoir conserver. LES AUTEURS Nadi Assaf, HEC 1981, après un dé- but de carrière dans le conseil (Coo- pers & Lybrand) et le contrôle de gestion, est entré au Gimélec en juil- let 1990 au poste de directeur des Affaires internationales. Il est nom- mé en décembre 2002, délégué général adjoint en charge de la pro- duction, du transport et de la distri- bution de l’électricité. Parallèlement, il a assuré le secrétariat général du CAPIEL (Comité européen pour l’appareillage électrique) de 2002 à 2008. Il a joué un rôle majeur dans la création de T&D Europe (Comité européen pour le transport et la distribution de l’électricité) dont il a occupé la fonction de secrétaire gé- néral à deux reprises en 2008/2010 et 2016/2017. Il est membre du club Systèmes électriques de la SEE. Philippe Jan, ingénieur issu du corps des officiers de marine, branche énergie-propulsion, est diplômé d’un master en sciences du manage- ment de l’université Panthéon-Assas et ancien auditeur de l’Institut des Hautes études de défense nationale (IHEDN). Il a rejoint le Gimélec en 2012, où il exerce depuis les fonc- tions de directeur adjoint marketing technique et de délégué général du Groupement des industries du groupe électrogène (GIGREL) de- puis 2016. Il est notamment en charge du suivi du développement des réflexions et travaux au Gimélec sur l’autoconsommation et l’électro- mobilité.