Former des ingénieurs solides sur leurs bases techniques

Entretien avec Véronique Bonnet Directrice générale, ESME Sudria 06/03/2018
Publication REE REE 2018-1
OAI : oai:www.see.asso.fr:1301:2018-1:22476

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Former des ingénieurs solides sur leurs bases techniques

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            <date dateType="Submitted">Mon 10 Dec 2018</date>
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REE N°1/2018 Z 135 ENSEIGNEMENT & RECHERCHE REE : Vous dirigez l’ESME Sudria depuis trois ans. C’est une école qu’en tant qu’ingénieurs du secteur de l’énergie, nous avons l’impression d’avoir toujours connue. Pouvez-vous nous parler un peu de son histoire ? Véronique Bonnet : l’ESME Sudria est effectivement une très an- cienne école. Elle a une histoire parallèle à celle de la révolution in- dustrielle induite par le développement de l’électricité depuis le début du XXe siècle. Fondée en 1905 par Joachim Sudria, elle s’est appelée Ecole supérieure de mécanique et d’électricité, nom qu’elle a gardé même si, aujourd’hui, on n’y fait plus guère de mécanique, mais bien davantage de l’électronique, de l’informatique et des réseaux de télé- communication. Ce nom traduit la priorité apportée à la technologie et l’envie d’aller sur toutes les innovations technologiques, en gardant toujours l’électricité comme fil conducteur de notre évolution. Créée à Paris, elle y est restée concentrée jusqu’au début des années 2000. Elle est demeurée pendant trois générations dans le giron de la famille Sudria, allant jusqu’à diplômer 200 ingénieurs par an à la fin des années 80. REE : Mais, comme les histoires d’amour selon les Rita Mitsouko, les belles sagas familiales ne finissent pas toujours bien… V. B. : Oui. La situation s’est ensuite dégradée. Le nombre de diplô- més est descendu aux environs de 100 au début des années 2000. En 2006, un entrepreneur, lui-même diplômé de Sudria, Marc Sellam, a racheté son ancienne école et l’a intégrée au groupe Ionis1 , qu’il présidait. Nous sommes depuis lors intégrés dans ce groupe, mais, en tant qu’école d’ingénieurs, nous y avons un statut associatif et une très grande indépendance, tant au niveau de la gestion que de la stra- tégie et du contenu de la formation. Le groupe Ionis nous apporte prin- cipalement son appui en matière de communication et de logistique. Nous sommes maintenant montés à environ 250 diplômés an- nuels, avec une ambition plus forte pour les prochaines années, en liaison avec notre développement en régions : 300 dans deux ans, 350 dans les quatre ans à venir. Cela répond réellement à une demande fortement croissante, en particulier dans le domaine de l’énergie. REE : Croissance forte, mais ambition inchangée ? Comment caractériseriez-vous votre école et le type d’ingénieurs que vous formez ? V. B. : Notre ambition est toujours de former des ingénieurs solides sur leurs bases techniques, ce qui implique, tout au long du cursus, un fort 1 Créé en 1980 par Marc Sellam, IONIS Education Group est aujourd’hui le premier groupe de l’enseignement supérieur privé en France. 24 écoles ras- semblent dans 14 villes de France près de 27 000 étudiants en commerce, marketing et communication, gestion, finance, informatique, numérique, aéronautique, énergie, transport, biotechnologie et création... accent mis sur les applications techniques et les projets concrets. Le champ d’activité a bien sûr évolué, l’école se caractérisant aujourd’hui par un équilibre entre le secteur de l’énergie et celui du numérique. Dans les différents domaines, les ingénieurs que nous formons sont majoritairement orientés vers les activités de développement : recherche et développement, gestion de projets, chargés d’affaires, etc. Cette orientation majeure se retrouve dans la diversité des dé- bouchés à la sortie de l’école, que ce soit au sein des départements de R&D des entreprises, dans des startups ou des sociétés de ser- vices et de conseil qui gèrent des projets de développement. REE : Parlons du recrutement dans votre école. Comment sé- lectionnez-vous les candidats ? V. B. : L’ESME Sudria a toujours été une école à prépa intégrée, recrutant majoritairement au niveau du bac. Le sens en a toutefois un peu changé : initialement, c’était des classes préparatoires, héber- gées par l’école, où l’on préparait des concours ouvrant vers Sudria ou vers d’autres écoles. Aujourd’hui, quand on rentre en cycle pré- paratoire à Sudria, c’est, sauf incident de parcours ou réorientation, pour y rester, et cela n’est pas sans conséquences sur le contenu de l’enseignement en cycle préparatoire. Nous y reviendrons. REE : Mais cette volonté de garder les élèves pendant cinq ans rend encore plus cruciale la qualité de la sélection des candidats… V. B. : La sélection se fait dans le cadre du concours « ADVANCE », commun aux quatre écoles d’ingénieurs du groupe Ionis (EPITA, ESME Sudria, IPSA et SUP Biotec ). En 2017, il y avait 5 000 candi- dats pour 1 250 places offertes par ces quatre écoles. Trois étapes dans le processus : s 0REMIÒREÏTAPEUNRECRUTEMENTDIRECTSURDOSSIERS QUICONCERNE environ 4 à 5 % des candidats ; s $EUXIÒMEÏTAPE POURLESRESTANTSTROISÏPREUVESORALES (mathématiques, anglais et un entretien dit de « synthèse et moti- vation », qui permet de mettre en perspective le livret scolaire et les résultats des deux autres épreuves). La procédure, qui implique de recevoir plus de 4 000 candidats, est lourde, mais nous en sommes fiers, car elle marque la priorité donnée à la motivation des candidats ; s %NlNLESRESTANTSSONTAPPELÏSÌPASSERLESÏPREUVESÏCRITES quatre épreuves sur une journée (mathématiques, physique, fran- çais, anglais). La synthèse des résultats est ensuite intégrée au dispositif natio- nal « APB » (maintenant « ParcourSup »). 80 % des candidats retenus seront, cinq ou six ans plus tard, diplômés de l’ESME Sudria. « Former des ingénieurs solides sur leurs bases techniques » Entretien avec Véronique Bonnet Directrice générale, ESME Sudria 136 ZREE N°1/2018 ENSEIGNEMENT & RECHERCHE Enfin les promotions sont complétées, en cours de cursus, par l’admission sur dossier d’une trentaine de titulaires de DUT ou BTS et l’admission sur concours d’une cinquantaine d’étudiants venant de classes préparatoires (concours commun EPITA, IPSA, ESME Sudria). REE : L’école est privée, ce qui veut dire aussi payante… V. B. : 8 000 à 9 000 euros par an, c’est effectivement important et on ne peut pas nier que cela soit un frein pour des familles modestes même si on est loin du niveau des universités américaines. Nous avons toutefois le souci de garder une certaine mixité sociale, notamment grâce à des bourses du CROUS ou de la Fonda- tion ESME, qui a été créée par quatre grandes entreprises (Eiffage Energie, Engie, Technip, Alstom Transport) et par l’association des diplômés, et qui œuvre sous l’égide de la Fondation de France. En outre, de l’ordre de 40 % des élèves travaillent pour contribuer au financement de leurs études. REE : L’apprentissage est-il aussi une réponse à ce problème du coût de la scolarité ? V. B. : Nous proposons une formation par apprentissage, pour une cinquantaine d’étudiants par promotion : s 5NEDIZAINEDEPLACESRÏSERVÏESÌDESÏTUDIANTSISSUSDUCYCLE préparatoire ; s 5NE QUARANTAINE POUR DES ÏTUDIANTS VENUS DAUTRES lLIÒRES notamment des IUT, ainsi que quelques très bons BTS ou ex- prépas. La question financière n’est toutefois pas prépondérante dans le choix de l’apprentissage. C’est davantage la diversité des profils qui est déterminante. La maturité professionnelle est un critère important, notamment pour une entreprise qui s’engage dans une démarche de « pré-recrutement ». Nous sélectionnons donc les candidats à l’apprentissage à la fois sur leurs compétences acadé- miques et sur notre estimation de leur capacité à trouver une entre- prise qui les accepte, principalement dans le secteur de l’énergie, puis nous les aidons à trouver cette entreprise, notamment en orga- nisant des forums au sein de l’école. REE : Venons-en maintenant au contenu de l’enseignement. Vous évoquiez un cycle préparatoire intégré dans le cursus global de l’école, donc avec un programme différent. V. B. : C’est exact. Certes les disciplines fondamentales (mathéma- tiques, physique, technologie, français, anglais, LV2, communication, découverte de l’entreprise), qui constituent le tronc commun de la formation, représentent 80 % de la formation, mais elles sont cen- trées sur les connaissances dont on aura besoin dans la suite du cursus. Cela signifie, par exemple, que l’on n’y fait pas de chimie et ASSEZPEUDEMÏCANIQUE-AISLETEMPSAINSILIBÏRÏENVIRON du temps) est consacré à des parcours d’ouverture que l’étudiant choisit, à chaque semestre, parmi cinq offres qui lui sont faites : s PARCOURSINGÏNIEUR
MANAGERÏCONOMIE lNANCEETGESTION DROIT marketing et communication) ; s PARCOURSBIOTECHETSANTÏBIOLOGIEMOLÏCULAIRE BIOCHIMIE TECHNO- logies pour la santé…) ; s PARCOURS INTERNATIONAL Oá LES COURS SONT FAITS EXCLUSIVEMENT EN anglais ; s PARCOURSINNOVATIONCRÏATIVITÏDANSLESFABLABSDELÏCOLE INITIATION à la recherche, ateliers collaboratifs) ; s PARCOURSÏNERGIEETENVIRONNEMENTÏNERGIESNOUVELLES POLITIQUES énergétiques, bâtiments à énergie positive, etc.). Les différents parcours impliquent souvent des collaborations inter-écoles. Cette personnalisation de la formation joue un rôle important dans la motivation de l’étudiant et l’aide à commencer à construire son projet professionnel. REE : Et on en arrive au cycle ingénieur… V. B. : A son entrée en cycle ingénieur, l’étudiant choisit un « par- cours d’excellence » parmi les cinq proposés qui sont ceux du cycle préparatoire. Il s’oriente ainsi soit vers un secteur d’activité (santé, énergie et environnement), soit vers un type de mission (innovation, international, management). A chaque parcours correspond un choix de « majeures » ou de doubles diplômes que l’étudiant peut obtenir : master de recherche universitaire, master of science à l’international, diplôme grande école ou master of science de l’ISG, titre d’expert en ingénieries des biotechnologies de l’école d’ingénieur Sup’Biotech. Figure 1 : Fablab sur le campus de Lille. REE N°1/2018 Z 137 ENSEIGNEMENT & RECHERCHE Le cycle ingénieur comporte deux phases, de durée sensible- ment égale, entrecoupées d’un stage à l’étranger, d’un stage d’appli- cation et, finalement, du stage d’ingénieur. La première phase, dite « socle commun de l’ingénieur ESME », comporte une très solide formation pluridisciplinaire (énergie, infor- matique, réseaux et télécom, électronique et robotique) suivie par l’ensemble des étudiants, complétée par une formation managériale et par le choix de trois options parmi 20 qui sont proposées. La seconde, dite « professionnalisation », dépend du parcours choisi, et de la « majeure » retenue au sein de ce parcours. On trou- vera à la figure 2 la liste des « majeures » proposées ; près de la moitié sont nouvelles, dont par exemple : s VIRTUALISATIONETRÏSEAUXINTELLIGENTS s CYBERSÏCURITÏ s INTELLIGENCEARTIlCIELLE s CONVERSIONDÏNERGIE s DATANETWORKSANDURBAN)O4ENSEIGNÏENANGLAIS  s INGÏNIERIEMÏDICALE Deux projets et deux stages sont associés à ces choix. REE : Un mot sur le corps enseignant : les professeurs sont-ils un personnel attaché à l’école, ou plutôt des « professionnels » venant faire profiter les étudiants de leur expérience ? V. B. : Les deux, sensiblement à parts égales : en cycle préparatoire, 100 % des enseignants sont des professeurs attachés à l’école ; en dernière année du cycle ingénieur (phase de « professionnalisa- tion »), 100 % sont des professionnels vacataires ; et dans la première phase du cycle ingénieur, ils se répartissent sensiblement à 50/50. J’ajoute qu’une vingtaine de nos professeurs sont des ensei- gnants-chercheurs, qui publient notamment dans les domaines des télécommunications et de l’énergie. Nous hébergeons aussi trois doctorants, rattachés à des labos qui ont des écoles doctorales (Centrale-Supélec, Mines-Telecom). Notre orientation principale, c’est l’enseignement, mais l’activité de recherche est indispensable. REE : L’ESME comporte maintenant cinq sites (Paris, Ivry, Lille et Lyon depuis 2011, Bordeaux depuis 2017). Cela signifie-t-il cinq écoles différentes ? V. B. : Pas du tout. L’ESME Sudria, c’est bien une seule école. Tous les Figure 2 : Les options offertes en cycle ingénieur. 138 ZREE N°1/2018 ENSEIGNEMENT & RECHERCHE étudiants sont rassemblés à Paris pour la phase de « professionnali- sation » du cycle ingénieur, mais le cycle préparatoire et le début du cycle ingénieur se déroulent sur chacun des quatre autres sites, avec des programmes strictement identiques. La multiplication des sites, engagée depuis 2011, répond bien entendu à l’enjeu du dévelop- pement du nombre de diplômés, mais permet aussi aux étudiants DERESTERPLUSPRÒSDECHEZEUXPENDANTLESTROISPREMIÒRESANNÏES Cela présente bien sûr, pour eux, un avantage en termes de logis- tique et de coût, et cela leur permet aussi, en particulier lors de ses stages, de commencer à tisser des liens avec le tissu économique régional. En conséquence, les étudiants font souvent leurs stages de fin d’études dans leur région. REE : Une question que je ne peux pas ne pas vous poser : la féminisation du métier d’ingénieur. Quelle est votre ana- lyse et où en est l’ESME Sudria de ce point de vue ? V. B. : Je suis évidemment sensible à cette question. En règle générale les filles sont aussi bonnes – voire meilleures – que les garçons sur un plan purement académique ; elles se trouvent maintenant majoritaires dans un certain nombre de disciplines telles que, par exemple, la chimie ou les sciences médicales, mais restent ultra-minoritaires dans nos écoles d’ingénieurs. L’ESME, avec un taux de féminisation d’environ 20 %, ne fait pas exception, même si, de façon peut- être conjoncturelle, le taux de féminisation de l’encadrement de l’école est supérieur. Pourquoi sommes-nous, en France, dans cette situation ? Une explication culturelle peut être recherchée : les jeunes filles sont éduquées dans l’idée qu’elles vont s’occuper des autres et être ainsi utiles ; elles seraient donc plus attirées par l’utilité sociale que par le choix d’une discipline scientifique ou technique sans perspective concrète claire. Concernant l’ESME, le développement d’un parcours biotech et santé, ainsi que de partenariats pluridisciplinaires avec des écoles de natures différentes (ENS, écoles de gestion, …) pourrait être une réponse à cette aspiration. Mais ce n’est pas encore gagné. L’avenir le dira. REE : Et comment une jeune femme devient-elle directrice générale d’une grande école, dans un univers aussi ma- joritairement masculin ? V. B. : Dans mon cas, c’est à la fois le hasard des rencontres et un goût pour la technique et pour l’enseignement. Diplômée des Arts et Métiers, j’ai d’abord travaillé dans le domaine de la maintenance industrielle et du facility management, exerçant des responsabilités t t managériales dans ce monde parfois rude. Puis la rencontre avec Marc Sellam et mon goût pour l’enseignement m’ont conduite VERS LE GROUPE )ONIS Oá APRÒS UNE DIZAINE d’années, il m’a été proposé de prendre la direction de cette école. Une chance qui ne se refuse pas. Q Propos recueillis par Jacques Horvilleur Véronique Bonnet Ingénieur ENSAM - Promotion Bordeaux 89. 12 années dans l’industrie (facility manager chez John- son Controls, puis responsable d’exploi- ii tation en maintenance industrielle dans le groupe Dalkia), suivies de 12 années de direction d’établissement dans l’ensei- ii gnement supérieur, d’abord à Bordeaux dans une école de commerce et, depuis trois ans, à la direction générale de l’ESME Sudria. Figure 3 : Drone mis au point sur le campus de Lyon Figure 4 : Robot mis au point sur le campus de Montparnasse.