Un défi pour les firmes occidentales : l’innovation inversée

24/12/2017
Auteurs : Alain Brenac
Publication REE REE 2017-5
OAI : oai:www.see.asso.fr:1301:2017-5:21274

Résumé

Un défi pour les firmes occidentales :  l’innovation inversée

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	    <date dateType="Updated">Mon 29 Jan 2018</date>
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REE N°5/2017 Z 111 L orsque l’auteur de cette chronique a entendu pour la première fois parler d’innovation inversée (tra- duction du terme anglais reverse innovation), Il s’est demandé sur quoi pouvait bien porter l’inver- sion annoncée. Etait-ce à l’ins- tar du reverse engineering, bien connu des techniciens, une façon de remonter aux mécanismes ayant conduit à l’innovation à par- tir d’un produit fini ? La réponse est tout autre, il s’agit d’une inver- sion par rapport à la pratique tra- ditionnelle du développement de l’innovation par les grandes socié- tés occidentales. Pour faire court, l’innovation inversée consiste à faire concevoir des produits dans et pour les pays émergents et ce, avant de les proposer sur le marché des pays industrialisés, ce qui constitue l'opposé de la démarche habituelle. L’innova- tion inversée se caractérise donc à la fois par le type d’endroit où celle-ci voit le jour (inversion géo- graphique) et par la façon dont celle-ci se développe ensuite vers d’autres régions du monde (inver- sion du processus dans le temps). Cette façon de procéder consti- tue d’ores et déjà un défi majeur pour les grandes compagnies qui investissent massivement dans la R&D et qui sont habituées depuis des lustres à concevoir leurs pro- duits dans les pays riches et à les faire réaliser dans les pays moins favorisés où la main d’œuvre est peu chère. L’innovation inversée va les amener à repenser fonda- mentalement leurs méthodes, depuis l’organisation de la R&D jusqu’aux méthodes de vente. Pour éclairer cette nouvelle problématique, prenons un ex- emple parmi d’autres (celui-ci est cité par l’Express1 ). Le centre de recherches de l’Oréal du Brésil a élaboré un shampoing pour che- veux abimés, spécialement conçu et mis au point pour la clientèle locale. Le Brésil étant le premier marché capillaire au monde, cette démarche était pleinement justifiée et le succès fut très vite au rendez-vous. A telle enseigne que, de succès local, cette inno- vation se transforma rapidement en succès international, le produit développé au Brésil devenant la deuxième référence mondiale de sa gamme. Une autre caractéristique de l’innovation inversée est la no- tion de frugalité (les Indiens la désignent d’ailleurs sous le terme d’innovation frugale). Or ce n’est pas un mode de pensée fami- lier aux entreprises occidentales qui ne conçoivent généralement l’innovation qu’avec le renfort de moyens financiers et technolo- giques conséquents. Un exemple bien connu et caractéristique de cette démarche, est l’histoire de la Logan développée par Dacia, filiale roumaine de Renault, qui visait le marché de l’Europe de l’Est, donc à un prix très bas, mais qui a connu ensuite un dévelop- pement inattendu en Europe de l’Ouest à un prix qui restait très compétitif malgré les versions améliorées destinées à ce mar- ché alternatif. 1 Innovation inversée: quand la créati- vité vient du Sud par Isabelle Hune- belle in L’Express du 25/09/2017. Mais c’est probablement dans le domaine de la santé et de l’alimentation que se posent les défis majeurs au sein des pays les moins avancés et, là encore, l’innovation inversée peut contri- buer à apporter des solutions non seulement en aidant les pays du Nord à soigner les populations à moindre coût mais en laissant les chercheurs locaux inventer de nouvelles façons de penser l’innovation : ceci a déjà conduit à des solutions originales et com- patibles avec les besoins réels de leurs pays. Jean-Marie Dru, pré- sident d’Unicef France et ardent promoteur de l’innovation inver- sée, donne quelques exemples de réalisations s’inspirant de ce concept dans un article publié par Les Echos2 : s LECardiopad, une tablette tac- tile inventée au Cameroun qui permet d’effectuer en moins d’une demi-heure des examens cardiaques dans des zones ru- rales reculées (figure 1) ; s Zipline, une application repo- sant sur des drones pouvant fournir en urgence des poches de sang à des cliniques rwan- daises (déjà six millions de vies sauvées) ; s LE PROJET Himalayan Cataract, initiative née au Népal, qui a permis pour 20 dollars de res- taurer la vue à quatre millions de patients dans 24 pays défa- vorisés. On peut également citer le cas du yaourt Shokti Doi développé 2 L’innovation inversée, un espoir pour la santé mondiale par Jean-Marie Dru in Les Echos du 21/08/2017. CHRONIQUE Un défi pour les firmes occidentales : l’innovation inversée 112 ZREE N°5/2017 au Bangladesh par la Société Danone et vendu localement quelques centimes d’euros, en collaboration avec la banque de micro-crédit de Muhammad Yunus, prix Nobel de la paix 2006. Le lecteur l’aura compris, nous ne sommes qu’au début d’une petite révolution géo-économique qui peut avoir des conséquences importantes pour les entreprises traditionnelles qui restent à ce jour à l’origine des innovations les plus marquantes. Bénédicte Faivre- Tavignot, directrice exécutive à HEC de la chaire « Social business, entreprises et pauvreté » et spé- cialiste de ces questions, estime que « L’innovation inversée va questionner de façon radicale la créativité des firmes des pays du Nord ». Elle recommande que les états-majors des grandes entre- prises occidentales acceptent d’accorder une plus grande auto- nomie aux équipes locales de R&D, en leur laissant une certaine latitude dans le choix des produits à développer ainsi que dans la façon de les concevoir, puis de les vendre. L’innovation inversée suppose donc une confiance réci- proque entre la direction générale et les équipes des filiales implan- tées dans les autres continents. Cela suppose aussi de savoir travailler avec de nouveaux inter- locuteurs (municipalités locales, ONG, banques de micro-crédit, etc.), différents de ceux que l’on rencontre dans les mécanismes d’innovation traditionnels. C’est à ce prix que le Nord sera capable d’apporter aux pays du Sud les moyens de mieux s’alimenter et de se soigner, en un mot de contribuer intelligem- ment à leur développement tout en consolidant ses positions sur les marchés innovants grâce à un renouvellement salutaire de ses modes d’organisation en matière d’innovation. Q Alain Brenac Figure 1 : Un bel exemple d'innovation inversée – Le Cardiopad, appareil de contrôle cardiaque portatif, inventé par le Camerounais Arthur Zank (en médaillon), permet de dépister les maladies cardiaques dans les villages les plus reculés d'Afrique. Source : Himore Medical. CHRONIQUE