Contribution à une prospective du métier d'ingénieur

21/10/2017
Auteurs : Thierry Gaudin
Publication REE REE 2005-5
OAI : oai:www.see.asso.fr:1301:2005-5:20537
DOI :

Résumé

Contribution à une prospective du métier d'ingénieur

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m m Contribution à une prospective a il m du métier d'ingénieur Par Thierry GAUDIN Ingénieur Général des Mines Président de Prospective 2100 Les ingénieurs sont inquiets. Pendant le dernier quart de siècle, le chômage a fait son apparition dans leur communauté, ils sentent que quelque chose leur échappe et se demandent comment redresser la barre. Il n'est pas certain que tous les éléments soient réunis pour un diagnostic circonstancié et indiscutable de leur situation. Néanmoins, il est possible de formuler des hypothèses, qui seront ou non validées par la suite. 1 Avant de savoir où l'on va, il faut se souvenir d'où l'on vient : L'ingénieur au passé Jusqu'à la Renaissance, l'ingénieur est proche de l'Architecte. Le modèle en est le personnage de Vitruve. Architecte, il invente aussile moulin à eaudémontable, que t'ar- mée romaine emmène avec elle en eampagne. Les ingénieurs de la Renaissance (Taccola, Valturio, di Giorgio, Léonard de Vinci...) récupèrent les inventions du douzième siècle et les mettent au service des Princes. Ils sont à la fois architectes, peintres et ingénieurs de l'armement. Avoir de magnifiques décorations dans son palais était à la fois une manoeuvre de séduction et d'intimidation du visiteur. Elles signifiaient qu'on avait à son service un ingénieur de grand talent, capable aussi de diriger la fabrication de bombardes et de fortifications. Il y a donc un lien très ancien entre l'architecture, l'art et le métier d'ingénieur, lien qui seperpétue à travers quelques indi- vidualités, telles que Alphand à la fin du 9e... siècle, à la fois cacique du Corps des Ponts, architecte et paysagiste, à qui l'on doit le dessin des grands espaces verts parisiens. Parmi les contemporains, on pourrait mentionner, dans cette lignée, Duthilleul. Jusqu'au 1 8c... 1 siècle, la profession, pour spectaculaire qu'elle fut, restait quand même d'effectif limité. Mais elle s'articulait autour d'une tâche importante pour comprendre la suite : mettre la technique au service du pouvoir. C'est avec la Révolution Industrielle que le métier d'ingénieur 't son é e connaît son épanouissement. Si les ingénieurs de Napoléon 1 " étaient surtout formés et sélectionnés en vue des besoins militaires, ceux qui entourent Napoléon III et Haussmann oeuvrent au contraire dansles grands programmes civils. t-I c Lors du lancement des grands travaux Haussmanniens, les professions traditionnelles, notamment les architectes, sont mises à l'écart, leur rôle réduit à l'esthétique. Le pouvoir de conception est confié à des ingénieurs. À l'époque, ils représen- tent la modernité, ne s'embarrassent pas de préjugés, n'accep- tent que les arguments logiques et sont seuls capables de l'au- dace nécessaire. De l'audace, ils en avaient d'ailleurs plus que maintenant. En 1840,un Ingénieur des Ponts, Legrand, dessinait un schéma directeur desvoies ferrées pour le monde entier... 165ansaprès, on aimerait bien que les promoteurs du TGV aient dans leurs cartons au moins une esquisse de réseau mondial... De même pour l'électricité et les télécom. Au 19e " " " siècle, l'ingénieur était conquérant, ce qui donnait des ailes à son imagination et de l'autorité à ses paroles. Il ne l'est plus, et la première question à se poser est : pourquoi' ? Une des réponsesse trouve peut-être dans le pressentiment que le métier d'ingénieur, qui s'est épanoui avec l'industrialisa- tion, risque de laisser place à d'autres métiers lors de l'avène- ment de la civilisation cognitive. Si c'est le cas, cela doit nous motiver d'autant plus pour essayer d'imaginer l'avenir. n La prospective ou le marché ? Pour qu'un travail de prospective puisse être utile à la gestion des formations, il doit se placer à une échéancecorres- pondant au milieu, voire aux deux tiers de la carrière desélèves soit, dans le cas des écoles d'ingénieurs, autour de l'année N+20, N étant la date de sortie. Compte tenu que les études durent trois, cinq ou huit anset que les délais de mise en oeuvre d'une réforme sont au moins de deux ans, c'est donc sur une prospective à au moins 25 ans que doivent s'appuyer les considérations guidant la politique des écoles. Si l'on s'interroge, non plus sur le métier, mais sur la portée de ce que les ingénieurs feront, il faut rajouter encore dix à cent ans, selon les spécialités. Le délai entre la conception d'un produit et sapleine utilisation est en effet d'une dizaine d'années pour les appareils électroménagers, d'un siècle et plus pour les c REE No 5 Mai2005 > L'article S B t invité) Contribution à une prospective du métier d'ingénieur grands travaux. Ces durées sont le plus souvent sous-estimées. Lors de saconstruction, on projetait de détruire la Tour Eiffel au bout de dix ans. Cent quinze ans plus tard, elle est toujours là. La première question à se poser est donc : que peut-on dire du métier d'ingénieur vers les années2030 ? À cette échéance, il ne suffit plus de prolonger les tendances.Il faut tenir compte des ruptures et des transformations de civilisation. D'autant que la prospective du 2l... siccle, telle que nous l'avons proposée, annonce en effet une rupture, d'ampleur comparable à ce que fut, au 19ë'' siècle, la révolution industrielle. En ce qui concerne la formation des ingénieurs, nous pouvons donc déjà affirmer à ce stade que l'approche par le marché n'est plus suffisante. Le marché, en effet, indique ce que les employeurs souhaitent aujourd'hui et non pas ce que seront les ingénieurs dans 25 ans. Bien plus, à l'apogée de l'industrialisation, un ingénieur restait dans la même entreprise pendant toute sa carrière. Son employeur veillait à ce que sa trajectoire professionnelle soit suffisamment instructive pour que, tel un vin de qualité, il se bonifie en vieillissant. Nous n'en sommesplus là. Les entreprises sont surtout pré- occupées d'éviter de se charger d'emplois permanents. Elles font appel à un jeune ingénieur pour résoudre un problème ponctuel, aprèsquoi elles s'endébarrassentle plus vite possible. Signe des temps, les années90 ont même vu se développer des sociétés de travail temporaire qui louent des ingénieurs, projet par projet, et cela dans les secteurs de pointe en forte croissance. Il ne faut pas pour autant faire l'impasse sur les signaux que donne le marché, mais on ne peut pas faire l'économie d'une prospective pour penser la formation des ingénieurs, même si le travail de la prospective ne conduit pas à des certitudes. Déplacement du métier Eiffel était entouré d'une arméede calculateurs (manuels) et l'exécution de sa tour mobilisait une armée d'ouvriers. L'art de l'ingénieur était alors celui du calcul et de l'organisation logis- tique. Son rôle social était de traduire en technique la démarche majestueuse de la Science et de la Raison. La création des grandesécoles d'ingénieurs s'est faite dans le mouvement des idées du Siècle des Lumières, avec une ins- piration philosophique généreuse, en même temps que les scientifiques semettaient au service de la Révolution Française. Ils donnaient priorité à la Raison sur les privilèges et l'autorité cléricale. Après la Loi le Chapelier, l'ingénieur du 19 " " siècle met en coupe réglée les fabrications. Il éradique la pratique artisanale et le système de connaissance qui l'accompagne. Aux savoirs faire descompagnons,transmisde maîtreà disciple, enseignement tout en intuition et en sensibilité, il substitue la démarche rationaliste de la Science appliquée. Cette prise de pouvoir met la technique au service du Capital. Elle se fait au moyen d'une réduction de vocabulaire. Les cinq cents mots de la physique remplacent les milliers de termes descriptifs des artisans. Elle substitue aussi un travail routinier et déqualifié à un travail complexe, très qualifié, souvent à composante artistique. Au début du troisième millénaire, c'est le métier de l'tngénieur qui est à son tour déplacé.Le calcul est pris en charge par les ordinateurs. Il ne nécessite plus l'armée qui entourait Eiffel. Le concepteur est un usager des machines. Un nouveau détour de production s'est effectué, dans le registre intellectuel cette fois. Le code de calcul est écrit par des spécialistes. Celui qui l'utilise n'a pas besoin d'en connaître tous les détails. En outre, la production est de plus en plus robotisée. Les armées de dizaines de milliers de travailleurs encadrés par des contremaîtres, superviséspar des ingénieurs, appartiennent déjà aupassé.De plus en plus, les organisationscapitalistiquesrègnent sur des automates, entourés de procédures de surveillance sophistiquées. Si le modèle de l'ingénieur du temps d'Eiffel n'est plus d'actualité, est-ce que pour autant le besoin en matière grise de c conception a diminué ?Certainement pas ! Bien au contraire, le travail de conception demande des études plus longues et des recherches plus approfondies. Cela est apparu clairement lors du colloque de Cerisy « Prospective 6 » de juin 2004, consacré à j'évolution des métiers de la conception, dirigé par Armand Hatchuel et Benoît Weil. Simulacres d'autonomie La littérature du 19 " " e siècle se complait à décrire des ingé- nieurs qui, grâce à leurs connaissances, non seulement survi- vent sur une île déserte, mais encore la mettent en valeur. Sans doute faut-il y voir une sorte de propagande de l'industrialisme triomphant et l'on peut douter que, même à cette époque, les ingénieursaient étécapablesde survivre tout seulsdansla nature. Il est clair, en tout cas,que ceux d'aujourd'hui n'en sont pas capables.Ils le sont de moins en moins du fait de la spécialisation d'une part et de la dérive managériale de l'autre. L'autonomie de l'artisan ou du paysan qui savait à peu près tout faire est bien loin. Elle a régressé pendant tout le 20é " , siècle. Et l'on peut légitimement se demander ce qui se passerait en cas de vraie difficulté, dansune situation de guerreou de catastrophenaturelle par exemple. Car, en effet, obtenir des performances technologiques et économiques est une chose, savoir survivre dans les situations de crise en est une autre. On ne peut manquer d'observer que le culte de la performance qui sévit depuis plus d'un demi-siècle a sacrifié l'autonomie et donc la sécuritésur l'autel de la rentabilité. Or la demande sociale n'est-elle pas que chacun puisse avoir sa place au soleil, et que le nécessaireait la priorité sur le superflu ? Un retour vers une recherche d'autonomie et de sécurité, notamment de sécurité de l'emploi est dans l'ordre des choses. Elle va avec un renouveau de l'artisanat et une organisation par très petites entreprises. Peut-être faudra-t-il des crises graves, comme celles qui ont secoué récemment la Thaïlande, l'Indonésie, la Russie ou l'Argentine, pour que les consciences s'éveillent et mesurent la terrible irresponsabilité que porte la réduction de la réalité aux indicateurs économiques ? Du fait de la concurrence des pays émergeants où les salaires sont minimes, les lois sociales inexistantes et les droits de l'homme bafoués, l'emploi auricole'puis l'emploi industriel ont décliné dans les pays développés. Toute une génération d'ingénieurs devenus managers, celle des années60-70, qui se croyait partie pour donner du travail et faire vivre des familles ouvrières,a passésacarrière,à gérerdesplanssociauxde réduction d'effectifs, activité déprimante à laquelle ils n'étaient d'ailleurs pas préparés. Pendant ce temps, seul l'artisanat et, dans une moindre REE No 5 Mai2005 mesure, la fonction publique, créaient des emplois. Sans doute, il aurait été possible de soutenir le progrès technique des arti- sans par des recherches appropriées, et de leur procurer des débouchés à l'exportation en les aidant à se faire mieux connaître. Mais « de minimis non curat ». Dans la culture des ingénieurs héritée du 190... e siecle, l'artisan est un être inférieur. Il ne mérite pas qu'on lui porte attention. Un constat objectif de ce que font effectivement les artisans montre que ce sont des « hommes orchestre », souvent autodi- dactes. Ceux qui réussissent déploient une diversité de talents et un sens de l'organisation dont il n'est pas certain que l'ingénieur moyen serait capable. Mais les constats de cette objectivité là sont-ils de ceux qu'on enseigne " Changement de civilisation Cela fait maintenant plus de vingt ans que le diagnostic d'un changement majeur de civilisation'a été établi. Il n'a fait que se confirmer depuis. Il s'agit du passage de la société indus- trielle à la civilisation cognitive, transition qui, comme les précédentes, devrait durer un à deux siècles. L'industrialisation s'est construite sur le couple Matériaux ! Énergie. Elle mobilisé des tonnages et des puissances sans pré- cédent. On appelle aussi cette époque le machinisme : elle se caractérise en effet par la mécanisation, qui reproduit le même objet à des milliers d'exemplaires à des cadences jamais atteintes. Le système qui émerge à la fin du vingtième siècle est d'une autre nature. Il s'articule autour d'un autre couple : le Temps et la Vie. Désormais, la technique manie des évène- ments qui se déroulent en nano secondes. Les machines trai- tent l'information plus vite que les neurones. D'autre part, la technique intervient directement sur les systèmes vivants, qui entrent progressivement dans le champ de compétence des ingénieurs. Il s'agit d'un nouveau paradigme, la « civilisation cognitive »' succédant à la civilisation industrielle, laquelle n'est d'ailleurs pas encore complètement mondialisée. Ainsi, le quart de siècle qui vient devrait connaître la super- position de deux mouvements de fond : 1 la mondialisation de l'industrie, . l'émergence de la civilisation cognitive. c c D'autre part, le changement de système technique sac- c compagne d'un accroissement de la finesse et de la complexité. Quatre questions importantes A ce stade, on peut déjà s'interroger : c la mondialisation : Est-ce que nos formations préparent vraiment à la mondia- lisation Nos ingénieurs parlent-ils les langues étrangères, c c savent-ils comprendre les cultures lointaines ? Savent-ils manoeuvrer pour y introduire des technologies sans susciter de c réactions de rejet') Savent -ils y construire une relation durable ? 2 - la civilisation cognitive : Est-ce que nos ingénieurs sont familiers avec la biologie, l'écologie et les sciences cognitives ? Savent-ils construire des systèmes coonitifs ? Ont-ils connaissance des fonctionnements neuronaux et de leurs simulations informatiques ` ? Ont-ils une culture suffisante dans le registre des sciences de la vie, des sciences humaines et des arts ? Le changement qualitatif des nano-technologies a-t-il été anticipé ? 3 - Finesse : la recherche et la métrologie Avec le changement d'ordre de grandeur de la finesse, la nano-seconde puis le nano-mètre, la métrologie devient une discipline centrale. Le poids de la Recherche s'accroît dans les réalisations dites « de pointe », telles que les satellites, les accé- lérateurs de particules ou les manipulations génétiques. Même les techniques du quotidien, telles que l'automobile, utilisent des modélisations de plus en plus fines. Pour les grandes réali- sations, l'ingénieur, toutes proportions gardées, est remplacé par un scientifique et le contremaître par un technicien. 4 - Complexité : l'illusion managériale D'autre part, le changement d'ordre de grandeur de la com- plexité fait vaciller la rationalité que l'ingénieur était censé imposer au processus industriel et dont il était le gardien. Il en résulte que les ingénieurs se sentent mis en concurrence (et le sont effectivement) avec les « managers », supposés formés à la maîtrise de la complexité, quelle qu'elle soit. Sans doute, les formations au management présentent une certaine efficacité. Celle-ci vient de ce qu'elles ont délaissé les fondements pour se concentrer sur des formes d'entraînement à la manière des entraînements sportifs. Néanmoins, ce n'est pas en maniant plus vite que son voisin un tableur Excel, en compulsant avec plus de dextérité le code des impôts ou les dossiers contentieux qu'on crée de la technique, surtout si celle-ci relève d'un vocabulaire accru et demande par conséquent des références culturelles bien plus importantes encore que par le passé. Or, c'est dans la technique proprement dite que se produit une explosion de vocabulaire à laquelle les ingénieurs auront à faire face. L'univers de matériaux, par exemple, autrefois classé en quelques grandes filières, les place, avec les composites, les techno polymères, les adhésifs, devant un hyperchoix exigeant un changement d'ordre de grandeur de leur univers culcurel. 1.'itidutrizilisatioii de l'IÏIiCLIItLlie, accélérée 1) ii la piessioii desingénieurs a,ronomes, par le moyen de politiquesincitativescoûteuses et efficaces,appuyée par une recherche scientifique performantc, estsansdoutel'exemple le plus éloquentde déshumanisation du travail, s'accompagnant d'une pertede relationavecla Nature, pendantla seconde nioitié dit siècle. La révolutiondel'intelligence 1981 (100 000 exciiiplaiies) et 2100,récit duprochainsiècle 1990(Payot,65000exemplaires). Il s'aQit dc la plusimportanteétudeinter- disciplinaire au mondesur le 21@ " qui a mobilisédescentainesde chercheurs. Il seraitd'ailleurs intéressant de savoirqui, dansle corpsenseipnant desécoles d'ingénieurs, alu cesdocuments et quellesdécisionscelaa inspiré. ('est ceconstatqui a motivélaprisedepositiondel'Union Européenne à Lisbonne,sedonnant commeobjectifdedevenirl'économiela plusperfonnante dela société de la connaissance. C'est uneévolutionimportante, mais qui s'arrcteà mi-chemin,carla notiondeperformance est. elle aussi. remise encausepar le nouveaucontexte. 1 ii effoi t iiiipoi tai) t t étéfait cesdix dernières années dansdenombreuses écoles(centrale. minesÔ). mais un certain nombre d'obstacles, notamment au niveau durecru- tementet du regroupement desmoyens, restentàsurmonter pour atteindre une internationalisation compétitive. 5 Expression empruntée à Alvin Toeffler (Le chocdu futur), ici transposée à la technique(rapportsur l'état de la technique, 1983). REE Nc 5 Mai 2005 r L'articl -9 invité Contribution à une prospective du métier d'ingénieur Néanmoins, l'illusion managériale fonctionne chez les ingénieurs parce qu'elle rejoint, d'une certaine manière, le pro- cessusqui a permis d'établir leur domination lors de la révolu- tion industrielle. À l'époque, en effet, la culture technique était essentiellement détenue par les artisans. Les savants du siècle des lumières avaient mis dans le public le savoir des corpora- tions (l'encyclopédie de Diderot et d'Alembert). Après quoi les ingénieurs ont mis en coupe réglée la production, en s'appuyant sur le vocabulaire de la Science, beaucoup plus réduit que celui des techniques, bannissantles particularismes sousl'autorité de la Raison. Dans ce cas, la prise de pouvoir, consistant à enfermer une réalité foisonnante dans un vocabulaire étroit, a fonctionné. Mais il y avait la structuration par le raisonnement et le doute scientifique, ce qui n'est plus le cas pour le « management ». Et l'ordre de grandeur du vocabulaire en cause n'était pas le même. D'où cette croyance, qui aboutit à un paradoxe : la culture technique est délaisséepar ceux-là mêmes qui sont en principe chargés de la promouvoir. On peut sortir des écoles sanssavoir distinguer le polystyrène du polyuréthane, et fort démuni devant une fuite de plomberie ou un diesel qui flanche, sans parler de l'ignorance abyssalede l'histoire destechniques et des inventions. Fort heureusement, le public n'est pas au courant. Sinon, avec son bon sens, il saurait que le roi est nu. Et, pour l'heure, ledit roi essayed'enfiler des vêtements qui ne sont pas les siens et qui ne lui conviennent pas. Vers la culture technique Pour le métier d'ingénieur comme pour tous les autres métiers, ce qui est automatisable (à des coûts abordables) sera automatisé. Quel travail alors restera-t-il aux humains ? Il leur restera ce qui est proprement humain : la culture, la connais- sance,la création, les relations humaines,... Scénario 1 : Certainsdisent: l'ingénieur ira versla gestionet le marketing, lequel inspirera toute la démarche de l'entreprise, depuis la conception de produits jusqu'à la vente et au suivi des clients, sans oublier les manoeuvresfinancières. Illusion : la dérive vers le « management » qui a saisi toutes les grandesécoles, les commerciales comme les techniques, ne résiste pas à une critique prospective. Car, dans une économie où le travail est confié de plus en plus à des automates,ceux qui n'ont comme qualification que de savoir gérer ce que font les autres n'auront bientôt plus qu'à se gérer eux-mêmes. Quant aux pays qui s'industrialisent, il leur faudra une génération pour apprendre à se passer de nos ingénieurs. La c seule stratégie raisonnable est de former leurs ingénieurs, en c constituant ainsi un réseaud'amitiés durables. Scénario 2 : D'autres disent : l'ingénieur du 2 1 "'e siècle sera un designer ou ne sera pas, car le design intègre ce qui est proprement humain dans la conception des objets. C'est un avenir possible, mais il ne faudrait passous-estimerl'ampleur de la transformation que sa mise en pratique suppose. Jusqu'à présent, des écoles d'ingénieurs ont revendiqué le design, elles ne l'ont que très modérément pratiqué. Néanmoins, on ne pourrait que se réjouir de voir l'art et l'humanisme reprendre leur place chez les ingénieurs dans la grande tradition de Léonard de Vinci. Ce serait aussi un mou- vement nécessairevers la déontologie car, avec les perspectives offertes par les nano technologies, objets indétectables qui renforcent encore le pouvoir du producteur au détriment de celui de l'usager. Scénario 3 : Une troisième prospective, particulièrement intéressante, place l'ingénieur dans le mouvement de la Recherche. Prenons un exemple : le télescope Hubble. C'est une réali- sation qui, au 19c " " " siècle, aurait été l'apanage des ingénieurs. Elle est maintenant menée par des scientifiques, lesquels, depuis la seconde guerre mondiale, peuvent mobiliser des moyens considérables, leur crédibilité ayant changé de niveau ZD avec la réalisation de l'arme nucléaire. Dans le passé,les performances économiques desindustries se sont adosséesà de puissantes universités technologiques. La chimie allemande de la fin du 19 " " u siècle est l'exemple le plus connu parce qu'il a été étudié en détail, mais les succèsactuels de l'industrie automobile en Allemagne résultent également d'une recherche technique universitaire dans les domaines de la mécanique et de la métallurgie. De même, les développements de Silicon Valley sont le fait de scientifiques liés à l'Université de Stanford, s'appuyant sur les laboratoires de cette université. Le coup d'envoi a d'ailleurs été donné en 1938, lorsque le pro- fesseur Terman a dit à deux de sesélèves qui venaient de ter- miner leur thèse : « Pourquoi est-ceque vous ne créez pas votre entreprise ? ». Il s'agissait de MM. Hewlett et Packard. Depuis les années80, les créateursde Silicon Valley sont desingénieurs de niveau doctoral, ayant poursuivi une recherche de plusieurs années sur un sujet technique précis, plus une formation pratique dans une entreprise de pointe. Coïtus interruptus Quand on compare ces trajectoires professionnelles aux cursus de nos « grandes écoles », on a l'impression d'un « coïtus interruptus » avec la connaissance.L'accent est mis sur la sélection mais, après avoir fort bien sélectionné, on n'ap- profondit pas la technique, laquelle, étant de plus en plus com- plexe, ne sedonne pas sanseffort, même aux meilleurs cerveaux. Si la technique du temps de Jules Verne pouvait à la rigueur être captéedans les filets d'un discours scientiste au vocabulaire Limité, il n'en est plus de même aujourd'hui, et encore moins au milieu du 2l'... e siècleoù la diversité explose. Situons les ordres de grandeur : le vocabulaire de basequ'un étranger doit connaître pour se débrouiller dans la rue est d'environ 600 mots. Un grand romancier manie 6 000 mots. Un dictionnaire complet de la langue comprend 60 000 mots. L'ensemble des Sciences et Techniques représente 6 millions Parexemple lesRFID.oules pMmtes etanimaux issus demanipulations génétiques. REE No 5 Mal2005 de références, cent fois une langue usuelle, mille fois le c vocabulaire d'un homme cultivé. C'est l'ordre de grandeur de la diversité de la biosphère (entre 5 et 30 millions d'espèces animales et végétales). Quelle conséquenceen tirer ? A la prise de pouvoir sur la technique au moyen d'un vocabulaire restreint (le comportement d'énarque de la technique) on peut opposer une démarche culturelle, qui assume les millions de mots, les villages, leurs moeurs, manifeste à leur égard une bienveillante curiosité. La culture technique est infinie et sesmanifestations aussi multiples que l'Homme. Et le désintérêt pour la technique mènerait à une dilution de l'identité des ingénieurs. Le poids des habitudes fait que nous considérons comme naturel que les études médicales durent jusqu'à bac+8 et au- delà, alors que celles de la plupart des ingénieurs s'arrêtent à bac+5. Or, la technique moderne est d'une complexité au moins comparable à la médecine. D'autre part, l'expérience de la thèse est d'une essencedif- férente de celle desconcours. Pour l'essentiel, les épreuvesd'un concours consistent à deviner ce que l'examinateur veut vous faire dire. La thèseau contraire est un cheminement. Elle explore un domaine nouveau, où l'on n'est pas assuréqu'il y ait quelque chose à trouver. Le thésard est devant la page blanche. Il doit construire et meubler sarecherche.C'est évidemment un exercice plus difficile à noter,mais combien plus proche de la situation de l'innovateur. La conclusion que j'en tire, indépendamment des pro- blèmes de logistique et de négociation que cela poserait, est que les écoles d'ingénieurs devraient logiquement setransformer en Universités de technologie, munies de systèmes documen- taires en rapport avec la diversité culturelle de la technique et d'installations techniques d'une dimension conséquente, permettant une vraie recherche expérimentale'. Il faut ici mentionner le débat bysantin qui occupe les négo- ciations d'accréditation mutuelle en Europe. Une position « continentale », selon laquelle l'ingénieur est formé à bac+5 ; une position anglaise, pour laquelle il suffit de bac+3, à condi- tion d'avoir une expérience professionnelle reconnue par les pairs ; et, de l'autre coté de l'Atlantique, bac+4, avec un bac de moins bon niveau et aussi une expérience professionnelle. La question de savoir quel cursus est un accord sur la définition du mot « ingénieur ». Il est en tout cas important qu'un tel accord intervienne pour la reconnaissanceeuropéenne et mondiale et la circulation internationale des personnes concernées. Plus importante encore est l'idée que la ou les expériences professionnelles fassent partie du cursus. Cela va dans le sens de l'évolution. En effet, comme nous le verrons plus loin, la part des démarches autodidactes et d'enseignements de terrain ne peut qu'augmenter dans la civilisation cognitive, et il sera nécessaired'en reconnaître la valeur. Et, même dansl'hypothèse d'études longues, une réalisation concrète, tel un chef-d'oeuvre de compagnon, est cohérente avec le métier, dont l'essence, faut-il le rappeler, n'est pas de produire un discours, mais de " faire en sorte que ça marche ". En outre, la responsabilitécivile professionnelle, esquissée dans les pays anglo-saxons, sera de plus en plus nécessairepour obliger, tout au long de leur carrière, les ingénieurs à une vigilance déontologique sanctionnée par la responsabilité civile, voire pénale. D'autre part, il serait logique que les formations courtes et longues soient menées dans les mêmes lieux, avec les mêmes moyens documentaires et expérimentaux, lesquels ont aussi vocation à servir la recherche. A cet égard, on ne peut que regretter la dispersion actuelle, qui obère le nécessaire travail culturel sur la technique. Ainsi, au 2l... esiècle, dans la société cognitive, la technique sera -ou redeviendra- une partie de la culture. Il n'y aura pas, comme le prédisait Mac Luhan, un village, mais des villages c planétaires, articulés chacun sur une profession, une spécialité ou une passion. Les créateurs de logiciels libres font déjà partie d'un même village mondial avec sesrituels et sessites Internet. Le passageà la civilisation cognitive consiste, non pas à refuser, ce serait impossible, mais à canaliser ce phénomène socio- linguistique universel : lorsqu'un vocabulaire dépasse une certaine taille, il seconstitue des tribus qui s'en approprient des sous-ensemblesqu'elles revendiquent comme territoires. Or, la technique a vu exploser son vocabulaire. Elle est et serade plus en plus le lieu où sedéploie ce phénomène.Et cela fait partie de l'ingéniérie cognitive que de savoir en canaliser l'énergie. Il en résulte que le métier d'ingénieur devient un métier culturel. D'autre part, ce métier ne peut déjà plus être défini dans un cadre national. Dans vingt-cinq ans, il sera mondial ou il ne sera pas. Or, il n'est pas difficile de deviner sur quelles normes s'aligneront les qualifications et les pratiques profes- sionnelles : celles des anglo-saxons. Nous serions donc bien inspirés de nous caler sur leurs cursus " de rechercher les recon- naissancesvalidant nos formations et de réfléchir sérieusement aux problèmes de responsabilités civiles et pénales telles que définies dans leur droit. Formation, formage ou autodidaxie ? À la Révolution française, la République, puis l'Empire, étaient pressés d'avoir des ingénieurs militaires, rapidement opérationnels pour faire face aux coalitions ennemies. Dès lors, on comprend bien pourquoi, à l'époque, les grandes écoles, notamment Polytechnique, aient misé sur la sélection, suivie d'études courtes. La continuité et le mimétisme ont perpétué cette logique jusqu'au 2le... siècle. On continue à sélectionner sur des exer- cices de mathématiques, car cette discipline a les meilleures performances docimologiques, puis on demande aux intéressés d'interrompre prématurément leurs études pour aller exercer des responsabilités opérationnelles. 7 Pont apprécier l'influence desgrands équipements surles compétences, il suffitd'évoquer lerôleduSLACenCalifornie, celuiduCERN enEurope oùfutinventé le langage htmi).Avant même sonachèvement, leLHCestdéjàuneréférence technique pourlesentreprises concernées, quecesoitpourlasupra conductivité oulebéton. Malheureusement, lesgrands équipements neconcernent quecertains domaines techniques. Ils sontabsents enchimie, enbiol 1 oc.je, enmecatiique, entechnolou.ics marines (sauf chez lesmilitaires etespétroliers). RII aFtllurienmoins qu'unaccord européen (les3-5-8)pourquelesformations d'ingénieurs sedécident àfaireévoluer leurs cursus. REE No 5 Mai2005 > L'article q h. " Contribution à une prospective du métier d'ingénieur L'effet de ce « coïtus interruptus » avec la connaissanceest évidemment en contradiction avec le contexte de la civilisation cognitive. Non seulement il perpétue l'inculture technique au moment où le vocabulaire et la complexité technologiques explosent, mais il transmet implicitement un contenu idéolo- gique en contradiction avec cette civilisation, contenu que l'on peut approximativement résumer ainsi : « peu importe ce que l'on sait (l'ampleur de la culture) ; peu importe ce que l'on a fait (un chef d'oeuvre ou une thèse), seules comptent les épreuves, puis la réputation que vous font les pairs ». Une fois passésles examens, la désinvolture peut reprendre le dessus. Par ce canal implicite, setransmet ce qui met le plus en péril la communauté des ingénieurs : la recherche n'est plus une valeur en soi, elle est subordonnée aux enjeux de pouvoir. Elle ne mérite pas qu'on lui consacre le temps qu'il lui faut, mais juste le temps et les moyens nécessaires pour gagner des batailles commerciales. Elle n'est pas supposée éclairer les finalités, ni aider à définir l'intérêt général. D'ailleurs, peut-on encore parler d'intérêt général si tout n'est que confrontation aveugle ? Les compagnons, au moins, avaient à produire un chef- d'oeuvre.Pour les ingénieursdu futur, il estclair qu'une formation sans programme doctoral serait une calamité. En outre, cette diversité suppose que les futurs ingénieurs deviennent des autodidactes. Pour reprendre l'exemple de la communauté des auteurs de logiciels libres, on y trouve quelques élèves dissidents des grandes écoles, mais surtout des passionnés, venant d'autres métiers qui ont appris par eux-mêmes. D'ailleurs le système d'apprentissage des nouveaux logiciels sur Internet, avec ses didacticiels en ligne et ses FAQ, est fait pour une démarche d'autodidacte. Or, le « marché » n'en a que faire. Il lui faut des ingénieurs « jetables », qu'il puisseutiliser tout de suite, dont il seséparera dès que possible. Les enseignants, pour la plupart, savent transmettre un contenu technique, plus ou moins celui que le « marché » demande.Jene suis pascertain qu'ils sachentformer desauto- didactes, ce qui est beaucoup plus difficile. La thèse, comme autrefois le chef-d'uvre des compagnons, est une petite partie de cette formation à l'autodidaxie. La pathologie Le mot ingénieurestun anglicisme « engineer», qui lui-même procède d'un gallicisme, car "engine" vient du français engin. c c C'est donc l'homme de l'engin, celui qui est familier avec les machines, dans la lignée du réparateur de moulins. En réalité, le métier de l'ingénieur, quand on le regarde avec une distance philosophique, a été celui d'une courroie de trans- mission. En haut, le discours de la Raison et de la Science, avec sesenchaînementsparfaits et sapure logique. En bas, une réali- té cafouilleuse et complexe, qu'il ordonne au nom et au moyen de ce discours (qui a pris la place du discours théologique). Les tentatives de prise de pouvoir par le Verbe sont récur- rentes dans l'Histoire. Le 21" "' siècle en a connues de crimi- nelles, dans le registre politique et religieux, mais aussi de plus familières et quotidiennes. Chaque fois, il s'agit de dompter, au moyen d'un vocabulaire restreint, une réalité qui s'y refuse. Aux États-Unis, on reproche cette attitude, d'une arrogante incompétence, aux anciens élèves des « business schools », à qui leur formation apprend à traiter de la gestion d'entreprise, quelsque soient les produits, les clients et la culture du personnel, avec le même vocabulaire de 400 mots. En France, c'est évi- demment l'ENA la cible favorite de ce genre de critique. Or, à entendre leurs subordonnés,on a souvent l'impression que les ingénieurs, particulièrement ceux qui sortent des écoles les plus renommées, se comportent comme des énarques de la technique. Le jugement qu'ils portent sur eux rejoint l'apprécia- tion que l'ambassadeur de France à Londres avait notée pour l'un de ses stagiaires énarque, d'ailleurs ingénieur et devenu depuis célèbre : « suffisant et insuffisant ». Si certains ont qualifié l'univers des ingénieurs de lieu d' « épaisse inculture » " c'est en raison de cette tentative de prise de pouvoir au moyen d'un langage étroit, servant en même temps de signe de reconnaissanceà une caste.Le résultat quasi mécanique de ce processus a été clairement décrit par Yves Lecerf "'dans son analyse des « dictatures d'intelligenzias »: c « A ces débuts la caste conserve un principe de réalité, elle est transformatrice, facteur de progrès. Puis elle décolle du réel, produit un discours en lévitation, devient prédatrice. Le moment critique est celui où, faute de temps, elle renonce au véritable savoir faire et à la culture technique, qu'elle remplace par un discours théorique sur le « faire s ". Alors, les exigences, formulées en termes de rémunération et de pouvoir, de cette casted'« éduqués » détruisent la compétitivité, appauvrissent la société. Et les difficultés renforcent son attitude de plus en plus arrogante et irréelle. » Lecerf et Parker font observer que, pendant le dernier demi- siècle, de nombreux pays sous-développés ont croulé sous le poids d'une classe dirigeante fort instruite, rémunérée selon les canons internationaux conespondant à leurs diplômes, mais ne manifestant aucun intérêt pour les problèmes concrets de leur contrée d'origine (syndrome latino-américain). Je me demande s'il ne faut paschercher dans cette direction la cause de l'effondrement de l'industrie française et de ses rendez-vous manqués avec la technologie. Peut-on expliquer autrement que des pans entiers (l'optique, la métrologie, la c machine outil...) aient été détruits, ou que le laser et les cristaux liquides ayant été inventés en France, aucune de nos industries Raymond Abellio,X-PonEs. TGPonts etethnologue, in "Lecerf et Parker, Lesdictatures d'intelligenzias ", PUF,1987. 1 c Voiraussi lesdéveloppements célèbres (dePhilippe Lazar (X56))surlesrapports entre lesavoir, lefaire,lesavoir-faire, lefairesavoir, lesavoir fairefaireetJesavoir faire savoir. REE Nn 5 Mat 2005 t- L'articl -9 invité Contribution à une prospective du métier d'ingénieur n'ait développé d'imprimante, de graveur de CD ni d'écran LCD. Pendant ce temps, on trouvait des milliards pour racheter la Metro Goldwyn Mayer... La mission La transition vers la civilisation cognitive devrait, d'après notre prospective, s'accompagner d'une crise de jeunesse dans le premier quart du 2 siecle. Dès l'an 2000, plus d'un milliard d'êtres humains sur six ont été chassés de leurs terres par la concurrence des agricultures industrialisées, et viennent peupler les banlieues des grandes villes, à San Paolo comme à Bombay, en Abidjan comme à Washington, à Londres comme à Canton. c À la deuxième génération, naissent des enfants qui ne peu- vent plus retourner dans le milieu naturel de leurs parents. Le savoir-faire traditionnel de survie ne leur a pas été transmis. Ils ne sont pas non plus familiers avec les technologies modernes : l'école n'était pas prête à les accueillir. Ce sont des sauvages urbains, c'est-à-dire des hommes et des femmes obligés de considérer la ville comme une jungle et d'y inventer de nou- veaux moyens de survivre. Dans toutes les villes du monde, il y a des quartiers où la police ne s'aventure plus. Le plombier n'y va pas non plus. Les immeubles se dégradent, sont « squattés ». Une autre société se met en place. Elle est à la merci des intégrismes, des sectes, des mafias, toutes organisations exploitant l'errance et l'exclusion. Dans les failles laissées béantes par la société officielle, s'ins- tallent des contre sociétés sectaires. Alors, que se passera-t-il ? Les Européens, au 19ë "'c siecle, s'étaient trouvés devant une situation semblable. Pendant les premières décennies de l'industrialisation, les campagnes se vident dans les villes. Le prolétariat urbain augmente, jusqu'à une proportion explosive. En 1848, la classe dirigeante perd ses illusions. Le peuple est dans le rue. Voyant les conditions de pauvreté et d'insalubrité lamentables, elle se divise en deux courants d'opinion : conser- vateur et humaniste. Les humanistes, parmi lesquels se trouvent la plupart des jeunes ingénieurs, disent « Ce n'est pas possible de laisser des êtres humains vivre dans de pareilles conditions d'insalubrité, d'alcoolisme et de pauvreté ». Ils ont raison. Et les conserva- teurs disent : « Attention, ils deviennent dangereux ! . Us ont .. raison aussi. Les uns et les autres aboutissent à la même conclusion : il faut faire quelque chose. Alors, Guizot 12 est écarté pour « conservatisme borné ». On structure les villes (Haussmann et ses ingénieurs) et on structure les esprits (Jules Ferry). Dans fAngleterre de la Reine Victoria et dans l'Allemagne de Bismarck c'est le même mouvement. Et ça réussit ! Au bout d'un demi-siècle, en 1900, l'Europe est redevenue le phare du monde. Malgré deux guerres mon- diales, l'Europe de l'Ouest connaît au 20é... 0 si ecle la plus grande prospérité de son histoire. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, l'avènement du nouveau système technique, au début du 21c,,,c siècle, déplace aussi l'ancienne force de travail et s'accompagne aussi de son cortège de pauvreté et d'exclusion. Quand la teneur explosive sera-t-elle atteinte ? C'est difficile à estimer. Notre pronostic situe ce moment critique entre 2010 et 2020, précisé- ment à l'époque où les ingénieurs formés aujourd'hui devraient se trouver dans la phase ascendante de leur carrière. Que se passera-t-il ? Des troubles de l'ordre public très vrai- semblablement, qui rendront la classe dirigeante, actuellement focalisée sur des préoccupations comptables, plus réceptive aux propositions de grandes réformes et de grands projets. c La stratégie de réponse à la crise, dans le meilleur des cas ressemblera à celle de 1850 : Structurer les villes et structurer les esprits. Elle comprendra nécessairement des programmes d'éducation de masse et d'encadrement de jeunes, pour mettre toute la population à niveau du nouveau système technique. Et sans doute retrouverons-nous le souffle des programmes d'amé- nagement planétaires, tels que pouvaient les rêver Ferdinand de Lesseps, Haussmann ou Jules Verne. Car on n'a pas encore trou- vé mieux que les grands travaux pour mettre les gens au travail. c c Il n'y a pas de meilleure mission à donner aux écoles, devenues universités de technologie, que d'anticiper ce changement de stratégie de la classe dirigeante en préparant les grands pro- grammes d'aménagement planétaire du 2 lé... e siecle. c Le rapport de l'Académie des Sciences des États-Unis (2004) Executive summary 14 Ce rapport résulte d'une initiative de l'Académie Nationale d'ingéniérie, qui tente de préparer l'avenir en posant la question : « Que sera ou que devrait être le métier d'ingénieur en 2020 ? ». Est-ce qu'il sera un reflet de ce qu'il est et de sa croissance passée, ou sera-t-il fondamentalement différent ? Question plus importante encore, est-ce que la profession peut jouer un rôle dans la définition de son avenir ? Est-ce qu'un futur peut être crée là où l'ingéniérie a une image largement reconnue, célébrant cree a u e e c le rôle positif et stimulant que les ingénieurs ont face aux défis techniques et sociétaux ? Comment les ingénieurs peuvent- c ils être mieux éduqués à devenir des dirigeants, capables d'ar- c bitrer entre les gains apportés par les nouvelles technologies et c n 12 13 14 Dont lesconceptions étaient assez voisines de cellesdeM. Thatcherou de R. Reagan. dansle pire.lesatrocitésduvingtièmesièclerisquentd'êtrelargement dépassées. La seconde guerremondiale,eneffet. estuneconséquence de la crisede 1929,qui a jeté à laruedesmillions dechômeurs.les iendaiit disponibles pont des ictions violentes, Il s'agit de la traductionde'l'executive summary " tel que publié sur Internetpar l'AcadémiedesSciencesaméricaine.Versioncomplètedu rapport en vente à http://books.nap.edLi/c,italoal/10999.htin]. (tradTG). REE WS Mai2005 . i n vit é > Contribution à une prospective du métier d'in Contribution à une prospective du métier d'ingénieur < les vulnérabilités engendrées par leurs effets secondaires, sans compromettre le bien être de la société et de l'humanité Est- ce que l'ingéniérie peut être considérée comme un fondement préparant les citoyens à un vaste ensemble de carrières créa- tives ?Est-ce qu'elle pourra refléter et célébrer la diversité des citoyens de notre société ? Quelles que soient les réponsesà ces questions, il ne fait pas de doute que des problèmes difficiles se présenteront qui appellent à des solutions mobilisant le talent créatif des ingénieurs. Parceque les prédictions précises du futur sont difficiles, le comité a abordé sa tâche par la technique des scénarios. L'intérêt de cette approche a été d'éliminer la nécessité d'un consensussur une seule vision du futur et d'ouvrir la penséeà de multiples possibilités. Cette technique a prouvé sa valeur pour desorganisations tant publiques que privées, en aidant à la conception de stratégies flexibles capables de s'adapter à des conditions changeantes. Dans ce projet, les scénariosconsidérésont été les suivants : 1- La nouvelle révolution scientifique 2- La Révolution biotechnologique dansle contexte sociétal 3- Les contraintes de la Nature interrompent le cycle tech- nologique 4- Le conflit global ou la cilobalisation Ces interprétations parfois hautesen couleur nerendent que partiellement compte de la vigueur des débats, mais elles per- mettent néanmoins d'illustrer la démarche.Chacun à samanière a apporté aux délibérations des éléments possibles qui peuvent influer sur le rôle des ingénieurs dans l'avenir. . La nouvelle révolution scientifique décrit un avenir opti- miste dans lequel le changement est principalement créé par les développements de la technologie. Il supposeque le futur suivra une trajectoire prévisible dans laquelle les techniques actuellement à l'horizon seront développées jusqu'au stade où elles pourront être utilisées dans des applications commerciales et que leur rôle seraoptimisé pour le plus grand bénéfice de la société. Comme par le passé, les ingénieurs exploiteront la science nouvelle pour développer des technologies qui servent l'humanité. Ils créeront aussi de nouvelles technologies qui deman- dent des sciences nouvelles pour être pleinement com- prises. L'importance de la technologie dans la société continuera à croître à mesure que de nouveaux dévelop- pements seront commercialisés et développés. . La « révolution biotechnologique » seréfère à un domaine particulier de la science et de l'ingénierie qui représente un grand potentiel, mais considère une perspective où les implications sociales et politiques pourraient intervenir dans son usage. Dans cette version du futur, les enjeux qui impactent le changement technologique, au-delà du champ de l'ingéniérie, deviennent significatifs, comme on peut le constater dans le débatconcernant les aliments transgéniques. Même si le rôle de l'ingéniérie reste important, l'impact des attitudes sociales et politiques nous rappelle que l'usage ultime d'une nouvelle techno- logie et le processusde son adoption ne sont pastoujours des questions simples. . Le scénario « maîtriser la nature » reconnaît que des évènements tels que les catastrophes naturelles, dont la cause échappe aux humains, peuvent encore être déter- minants dansl'avenir. Dans ce cas,le rôle des ingénieurs du futur et des nouvelles technologies sera important pour accélérer les secourset la réparation d'évènements désastreux. Il pourra aussi aider à améliorer notre capa- cité à prévoir les risques et à adapter les systèmes de manière que les impacts soient minimisés. Par exemple, il est vraisemblable que les capacités de calcul augmen- teront jusqu'à rendre possibles desprévisions météorolo- giques à lona terme fiables pour des aires géographiques c Il c c relativement petites. Cela permettra de développer des configurations défensives appropriées aux conditions c locales. 'Le scénario final examine l'influence des changements c globaux, en tant que ceux-ci peuvent impacter le futur à travers les conflits ou, plus généralement, à travers la c globalisation. L'ingéniérie est particulièrement sensible c à ces enjeux, car ils s'expriment à travers un langage international, celui des mathématiques, des sciences et de la technologie. L'environnement présent, avec ses enjeux liés au terrorisme et à la délocalisation des emplois, illustre l'utilité de prendre ce scénario en consi- dération pour planifier l'avenir. Cette étude suggère que si la profession des ingénieurs cc cherche à définir son propre avenir, elle doit : 1- se mettre d'accord sur une vision stimulante de son avenir 2- transformer l'éducation des ingénieurs pour réaliser cette vision 3- construire une image claire du nouveau rôle des ingé- nieurs, y compris celui de dirigeants des orientations technologiques, dans l'esprit du public et des futurs étudiants, appelésà remplacer et améliorer le talent de la communauté des ingénieurs, actuellement vieillissante 4- récupérer les développements innovateurs issus des domaines extérieurs au monde des ingénieurs 5- trouver le moyen de faire converger les énergies des c c différentes disciplines d'ingéniérie vers des finalités communes Si les États-Unis doivent maintenir leur rôle de leader éco- nomique et maintenir leur part d'emplois de haute technologie, ils doivent se préparer à une nouvelle vague de changement. Même s'il n'y a pas de consensus à ce stade, il y a un accord pour dire que l'innovation est la clef et que l'ingéniérie est essentielle à cette tâche. Mais l'ingéniérie ne pourra contribuer au succès que si elle est capable de continuer à s'adapter aux nouveaux courants et d'éduquer la prochaine génération d'étudiants de manière qu'ils soient armés des outils pour le monde qui sera et non pour celui qui est présentement. Commentaire À travers ce résumé, apparemment à la gloire des ingé- c c nieurs, on peut lire entre les lignes les raisons pour lesquelles cet exercice de prospective a été mené. La pyramide des âgesdes ingénieurs commence à présenter c c lin vieillissement inquiétant ; lesjeunes sont de moins en moins intéressés par les métiers de l'ingéniérie ; si ça continue, les Etats-Unis risquent de perdre leur compétitivité au profit de REE N' Mai 2005 e > L " article invite Contribution à une prospective du métier d'ingénieur pays aux formations plus techniques (on sent en filigrane la menace chinoise). Il faut donc entreprendre une action de relations publiques pour persuaderlesjeunes que le métier d'ingénieur est un grand et beau métier, servant l'intérêt général et les besoins de l'humanité 15. Et si possible faire en sorte que les formations se bougent et produisent des ingénieurs pour demain et non pour avant-hier. Sur tous ces points, on ne peut pas dire que la situation européenne soit très différente, à cela près qu'un rapport euro- péen sur le sujet aurait certainement insisté sur la nécessité d'apprendre les langues, y compris orientales, et de se préparer à une carrière internationale. Le rapport américain, manifestement mijoté dans le milieu desingénieursavec la caution de l'Académie desSciences,laisse c apparaîtrele poids desconformismes professionnels : le scénario nOl, placé en tête, réaffirme avec force l'excellence du progrès technique, dont on ne doute pas un instant qu'il soit mis au service de l'humanité par le canal du marché. Les scénarios 2 et 3 sont là en contrepoint, pour montrer qu'il faut quand même tenir compte de l'opinion publique et se faire connaître en ren- dant des services évidents, tels que la prévention ou les secours aux victimes descatastrophesnaturelles. Quant au scénario 4, il réserve pour la fin la dure réalité, à savoir que les contrats militaires sont ceux où l'on fait de la marge et que la délocali- sation est souvent nécessaireau maintien de la compétitivité. Il s'agit donc d'un plaidoyer et non d'une analyse objecti- ve de la situation. Par exemple, le saut qualitatif que repré- sente le passage aux nano-technologies, c'est-à-dire à des techniques si petites qu'elles sont imperceptibles par les humains, n'est pas examiné dans ce qu'il a d'essentiel : la possibilité, pour le détenteur de la technologie, d'opérer sans être perçu. Ce qui remet en causeà la fois l'art de la guerre (on peut détruire un ennemi - ou un concurrent- sans qu'il sache d'où vient l'attaque) et les pratiques commerciales, le vendeur devenant peu à peu capable de s'informer des détails du com- portement de son client. Communication présentée le 19 janvier 2005 dans le cadre d'une conférence du soir de l'Association PROSPECTIVE 2100 : wvvw.2100.org. 5 DanslecasdesEtats-Unis, quinerestent vraiment leaders quedans ledomaine del'annement, unetelleaffirmation estdifficileàsoutenir. t'D'un point de vue ethnotechnologique. REE Ne 5 Mai2005