Enjeux pour une chaîne de télévision

04/09/2017
OAI : oai:www.see.asso.fr:1301:2005-11:19802
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Enjeux pour une chaîne de télévision

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Partie Il 1) ENJEUX STRATÉGIQUES ET ÉCONOMIQUES DE LA HAUTE DÉFINITION Enjeux pour une chaîne Ir a a de télévision Mots clés 1 Par Pierre LAVOIX 1, Francis HERICOURT 1 TFI 1, France Télévisions 1 TF1 Pousséedunumérique, Multi-plateforme, Ecransplats, Téléspectateurs France Télévisions Servicepublic, Chaînegénéraliste, Format16/9, Parc ParPar leur position centrale dans la chaîne de valeur audiovisuelle et la relation privilégiée qu'ils entretiennent avec le téléspectateur, les chaînes de télévision et bouquets voient en l'adoption de la haute définition un enjeu à la fois essentiel et complexe. Point de vue de TF1 1. Une avancée technique majeure pour le téléspectateur Les grandes étapes technologiques ont toujours visé une amélioration sensible du confort du téléspectateur. Le passage du noir et blanc à la couleur est, à juste titre, cité comme la plus importante jusqu'à ce jour. Les deux mondes, grand public et professionnel, ont connu ensemble ou séparément des évolutions qui main- tenaient ce mouvement. Celles consacrées à l'environnement du consommateur, comme par exemple les téléviseurs à tubes plats et à coins carrés, étaient indépendantes du processus technique professionnel. A l'inverse, le télé- spectateur a toujours bénéficié directement ou indirecte- ment des progrès des équipements professionnels, qu'il s'agisse de l'enregistrement magnétique, des capteurs des caméras, de l'habillage graphique et de l'introduction des nouvelles techniques en général. L'offre de programmes enrichie grâce à l'arrivée des bouquets numériques achevait le concept du produit ESSENTIEL SYNOPSIS TF1 Lahautedéfinition s'inclut dansle mouvement plus globald'amé- lioration qualitativede la diffusion et réception par le numérique. Apportant souplesse,performanceet confort pour le grandpublic comme pour les professionnels,cet environnement de rupture technologique se concentre aujourd'hui sur la valorisation de la qualité d'image. Pierre angulairede cette évolution, les écrans plats, via la démocratisation de leur rapport performance/prix, amène la haute définition au plus grand nombre. C'est dans ce cadreque lachaînegénéralisteleaderconçoit la transition vers la HD : en réponseaux attentes du téléspectateur. TF1 High Definition is included in a more global move towards quali- tative improvement of broadcastingand receptionthanks to digi- tal technology. Bringing flexibility, performance and comfort to both end-usersand professionals,this technologicalleapenviron- ment now focuses on enhancingpicture quality. Flatscreensare the cornerstonesof this evolution, throughthe democratizationof their performance/priceratio. Those are the conditions in which the leading generalist channel envisions the transition to HD: respondingto viewers'expectations. FranceTélévisions La haute définition constitue pour les télévisions généralistesun enjeu complexe à gérer, puisque celles-ci doivent concilier les intérêts de leurs téléspectateurs « traditionnels)}très majoritaires tout en satisfaisantune nouvelledemande. Les aspects parc de téléviseurs et différence des formats d'image sont les deux élé- ments-clésde notre réflexion. FranceTélévisions High Definition is a complex issue for generalistTV channelsto manage,as they must reconcile the interests of "traditional" vie- wers - by far still the vast majority,with new demands.The ins- talled baseof TV sets as weil as picture formats are the two key elements of our study. REE HORSSÉRIEW Septembre2005 Enjeux pour une chaîne de télévision audiovisuel de radiodiffusion pour le client téléspecta- teur, et faisait franchir l'étape industrielle indispensable au développement de ce nouveau marché grand public. Face à la vitalité des gammes de produits proposés au consommateur, la stagnation de la qualité de l'image radiodiffusée s'est révélée ces dernières années, notam- ment face à la concurrence du DVD. La progression de ce dernier, se substituant définitivement à la cassette dans un temps record, est un exemple remarquable de la réus- site d'un produit valorisant la qualité technique. Plus largement, l'image vidéo doit s'améliorer face aux progrès de la photo numérique et des images gra- phiques des ordinateurs personnels, intégrant désormais eux-mêmes l'image animée à des prix accessibles. Le son a fait sa révolution qualitative il y a plus de vingt ans grâce à la haute définition du CD. Depuis, aucune amélioration de la résolution sonore n'a eu d'intérêt pour le confort du mélomane. Pourtant les progrès technologiques permettraient de décupler cette résolution. Dans quel but, pour quel nouveau confort ? Les seuls développements qui ont reçu 1,écho mérité du public sont la diffusion en multi-canal 5. 1, valorisée par le cinéma, et le stockage de la musique sur des supports légers et mobiles, mais en offrant des résolutions inférieures à celle du CD. Ainsi, la progression vers la qualité technique connaît des limites de pertinence dues simplement à celles de la perception humaine. Nous sommes bien, pour le son, dans une cohé- rence entre les besoins clients et les offres du marché. Le temps est donc venu pour que l'image connaisse à son tour sa révolution qualitative pour les vingt prochaines années. La vidéo numérique haute définition est la réponse attendue dans un marché où tous les éléments de conver- gence sont réunis pour son éclosion. Les performances du format choisi permettent d'affirmer, en suivant l'exemple du CD, que l'acuité visuelle du téléspectateur ne lui fera pas exiger à l'avenir une amélioration de la résolution mais d'autres conforts fonctionnels qu'il faudra identifier et développer. 2. La révolution numérique aujourd'hui Dix ans après les premiers signes de l'arrivée de l'image numérique sur le marché, la pénétration de ces nouvelles techniques est quasiment faite à cent pour cent dans nos processus techniques professionnels. La profondeur de cette évolution n'a été perçue que récemment. La performance de l'image numérique, et plus encore sa souplesse et sa puissance de traitement, ont rapidement intégré les processus de production et de diffusion. Mais les professionnels sont restés avec l'idée que le rythme d'évolution de leurs équipements, puis de leurs systèmes, procédait par paliers comme par le passé. De fait, le numérique a fait sont entrée dans les processus techniques audiovisuels en y intégrant tous les paramètres récents des évolutions informatiques. Le numérique n'est pas seulement le transcodage en langage binaire des signaux sinusoïdaux ou la station de travail très performan- te, c'est aussi la connexion des équipements en systèmes et surtout de nouveaux paramètres de développement qui révolutionnent le mode de vie des « broadcasters ». Tout d'abord, la formidable accélération du rythme des innovations appliquées sur l'ensemble des outils. Elle suit celle des ordinateurs et de leur environnement. Il faut donc anticiper sur cette évolution permanente et exi- ger des constructeurs et des intégrateurs l'évolutivité maxi- mum des systèmes déployés dans le but de freiner l'ob- solescence des plateformes techniques. Cet objectif tenu, les entreprises garantiront la pérennité de leurs investisse- ments. Ensuite, la mutualisation des moteurs numériques. En effet, les développements des circuits intégrés puis- sants et ceux des dalles d'affichage nécessitent des investis- sements lourds qui s'amortiront sur plusieurs marchés, des technologies d'Internet jusqu'à celles du cinéma au travers des marchés grand public, institutionnel et profes- sionnel. Cette nouvelle donne s'illustre aujourd'hui par les nombreuses annonces de réorganisation des grands pôles industriels dans le monde. Du professionnel vers le grand public : la rupture d'une tradition. La fierté condescendante des profession- nels, à l'époque où les développements de leurs outils avaient des retombées pour le grand public, doit désor- mais se transformer en veille active sur l'ensemble des technologies, y compris celles de l'environnement du téléspectateur : un nouveau comportement pour les pro- fessionnels qui bénéficieront à leur tour des circuits déve- loppés à des coûts réalistes pour le marché grand public mondial. Enfin, les technologies historiques liées à la naissance de la télévision et du cinéma, c'est-à-dire le tube catho- dique d'une part, et le film argentique d'autre part cèdent progressivement la place aux nouveaux affi- cheurs et aux processus numériques complets. C'est bien une profonde révolution technologique qui constitue le cadre du passage à une plus grande qualité d'image pour l'ensemble des supports audiovisuels 3. Un environnement concurrentiel qui valorise la qualité d'image L'offre des produits audiovisuels s'est considérable- ment développée depuis cinq ans. L'observation des rayons des magasins spécialisés comme ceux de la grandec distribution montre à quel point l'environnement du télé- spectateur s'est transformé au profit des techniques numériques. REE HORS SÉRIE WI Septembre2005 Partiea M B't, B ENJEUX STRATÉGIQUES ET ÉCONOMIQUES DE LA HAUTE DÉFINITION La photographie numérique propose à des prix com- pétitifs des appareils de résolution de trois à cinq millions de pixels. Ces performances dépassent largement celles de la télévision haute définition et continuent leur progression. L'impact concurrentiel est d'autant plus fort par rapport à la télévision traditionnelle que ces photos s'apprécient sur les nouveaux écrans avec une qualité surprenante. Le million de pixels n'est même plus disponible pour la photo qu'au rayon des téléphones portables. L'ordinateur personnel suit aussi ces améliorations constantes en proposant des écrans et des cartes graphiques où la haute résolution est une entrée de gamme. Il suffit de regarder les photos et les graphismes informatiques sur les écrans d'ordinateur pour comprendre que ces plateformes n'attendent que les sources haute définition animées. De leur côté, les outils de la vidéo grand public comme les caméscopes et les DVD suivent une feuille de route haute définition qu'il est impossible d'ignorer. Les premiers exemplaires sont déjà en vente. Pour achever cet environnement, les consoles de jeux 2005/2006 seront le terrain d'une intense confrontation commerciale. La haute définition, encore une fois, sera au centre du confort et du spectacle proposés au client. En marge, le cinéma a amorcé sa mutation vers la technologie numérique depuis le tournage jusqu'à la pro- jection en salle. Les tests de comparaison entre la qualité de la haute définition paramétrée pour le cinéma et celle du film 35 mm intéressent peu le spectateur. A l'inverse, la qualité permanente de la projection numérique par rap- port au lourd processus des copies argentiques améliore- ra nettement son confort. Une mutation comparable au passage du microsillon au CD pour le son ; plus d'usure du support, plus d'effets de tremblements ou de distor- sions mécaniques. Dans ces conditions technologiques, le millième passage équivaut au premier, et procure une stabilité de qualité encore inconnue pour le spectateur. Le téléspectateur, entouré par ces nouveaux supports, inconsciemment, ajustera à la hausse ses exigences de qualité d'image. Dans cet environnement, la télévision haute définition propose une offre cohérente avec la qualité des autres supports. 4. Les nouveaux écrans Le téléviseur est devenu au sein du foyer un objet banalisé, évident. Son esthétique sera choisie avec attention. L'objet le plus regardé de la maison devient avec la nouvelle génération d'écrans un point d'affichage central des informations de toutes origines, vidéo, photogra- phique et informatique. La convergence tentée en vain, lorsque l'informatique s'affichait médiocrement sur le téléviseur, prend aujour- d'hui tout son sens dans la démarche inverse. La vidéo est devenue numérique, elle trouve donc sa place avec qualité sur l'écran informatique. Avec le format 16/9, dont la pertinence se renforce avec l'agrandissement de l'image, l'écran donne la priorité au confort et au spectacle. Les nouveaux téléviseurs, qu'ils soient à plasma, LCD ou en mode rétroprojection, sont par nature des moniteurs informatiques que l'on a adaptés aux signaux vidéo. Ils fascinent tout d'abord, puis suscitent un désir de possession, notamment grâce à leur design. Leurs dimensions s'étendent bien au-delà des téléviseurs tradi- tionnels à tubes. Pour la première fois, le téléspectateur voit les présentateurs et les personnages à l'échelle 1 : un nouveau facteur de fascination. Mais la qualité de l'image n'est pas toujours présente. Seules les dernières générations sont capables d'afficher de hautes résolutions. Ces téléviseurs possèdent le plus souvent des processeurs performants pour adapter les différentes sources d'image à la multitude de pixels composant l'écran. C'est donc ce tandem, écran et processeur, qui fixe le niveau de qualité. Sur de tels écrans, le passage de photographies numé- riques de haute résolution à la réception de chaînes de télévision standard se traduit par une baisse de qualité. Seule la télévision en haute définition maintient la continuité de qualité et résiste à de tels enchaînements. Elle apporte en plus la solution au changement d'échelle des écrans. Car l'agrandissement de l'image oblige le téléspectateur à reculer d'autant pour respecter le rapport distance/diagonale. La haute définition permet au contraire de réduire cette distance tout en améliorant le confort d'observation. La mutation profonde des téléviseurs est inscrite dans le schéma industriel qui se déploie. Le marché mondial, décliné sur une gamme réduite d'écrans, pour la télévision, l'informatique, l'affichage industriel ou promotionnel, se concrétise par des baisses de prix inhabituelles compa- rables à celles du DVD depuis son lancement. 5. Les enjeux de la HD pour la généraliste leader L'alternative est claire pour les chaînes de télévision : avancer et maîtriser sur la durée le passage à la haute définition, ou se laisser dépasser par un phénomène tech- nologique en pleine progression et donc agir dans la précipitation dans quelques années. La situation de concurrence internationale présente sur le marché des contenus renforce le choix du lancement de la HD dès la fin 2005. Ainsi, certains programmes de stock doivent déjà être produits en HD si leurs producteurs souhaitent en assurer la vente aux USA, au Japon, etc. La chaîne leader s'engage donc dans la haute définition. Elle le fera avec pragmatisme en respectant prioritairement les attentes du téléspectateur. A ce titre, le 128 REE HORS: EN° ! Septembre2005 Enjeux pour une chaîne de télévision point de rencontre d'un vaste public avec la haute définition pourrait bien être le jour où les téléviseurs normalisés d'environ un mètre de diagonale seront en vente autour de 1000 &Euro;.A cette date le téléspectateur devra disposer d'une offre de programmes en haute défi- nition attrayante sur les réseaux de diffusion face aux autres supports. Le spectacle familial de prime time y tiendra une place privilégiée. Les réalisateurs seront séduits par les nouvelles possibilités de créativité de la haute définition. Nous en verrons les effets sur tous les types de production. Le développement de la haute définition se fera dans une totale compatibilité avec la diffusion actuelle en définition standard. En aucun cas le téléspectateur en réception sur la SD ne serapénalisé. Il bénéficiera même de l'amélioration de la qualité d'image des productions réaliséesen HD. Les deux types de diffusion cohabiteront pour une longue durée. En plus du renouvellement desplateformestechniques, la chaîne devra maîtriser les compatibilités entre les formats d'image 16/9 et 4/3 d'une part et les conversions montantes et descendantesentre la haute définition et la définition standardd'autre part. La transition vers la production et la diffusion en Haute Définition est une démarche de modernisation de nos processusau service du téléspectateur.Il accompagne une révolution technologique et industrielle. L'objectif est de faire cette télévision de haute qualité technique pour le plus grand nombre, sur tous les vecteurs de diffusion, en améliorant, dans le même temps, la qualité de service de la télévision standard. Point de vue de France Télévisions Contrairement aux autres acteurs de la HD, les chaînesdéjà diffusées en terrestrenebénéficient à travers la HD d'aucun revenu supplémentaire : les téléspecta- teurs qui regarderont France 2 ou France 3 en HD sont ceux qui regardaient les mêmes programmes en SD. Il n'y aura pas accroissement de l'audience du fait de l'introduction de la HD. Tout au plus peut-on penser que la HD peut être un élément de valorisation des grandes chaînes dans la concurrence avec certaines chaînes thématiques. Quelles sont alors les motivations de Francetélévisions pour s'engager dans la HD ? Tout d'abord, il s'agit du souci du service public d'apporter aux téléspectateursdesprogrammesbénéficiant des meilleurs niveaux de qualité, tant en termes de programme que de technique.Le servicepublic a toujours joué un rôle moteur dans l'innovation et l'amélioration du service en matière de télévision. Ensuite, il apparaîtquel'évolution du parcde récepteurs vers la HD, mais surtout dans un premier temps vers le format 16/9, est un mouvement de grande ampleur qui est lié aux nouvelles technologies de fabrication des récepteurs de télévision. Il estdonc nécessaireen tout état de caused'adapter l'offre de programmes à la demande du téléspectateur. 1. L'effet de parc Les chaînes de télévision raisonnent par rapport au parc installé de téléviseurs : ce sont ces équipementsqui constituent le dernier maillon de la chaîne qui les relie au téléspectateur.Les industriels de l'industrie grand public raisonnent en vente annuelle, c'est-à-dire en flux. Il y a donc un décalage important entre l'appréciation portée par un éditeur de programmes sur un nouveau marché et l'appréciation portée par les industriels de l'électronique grand public. Pour illustrer cela, il faut noter que malgré le succèsindéniable du format 16/9, qui depuis plusieurs années(plus de 10 ans) constitue une part importante des ventes, ce format ne constitue encore que 25 % du parc de téléviseurs de salon (sanspréjudice des ancienstélévi- seursqui sont conservésen tant que 2ë"'' ou 3cposte dans les foyers). C'est-à-dire qu'aujourd'hui la très grande majorité de nos téléspectateursest encore en 4/3, et que notre souci principal est de continuer à les satisfaire. Cela illustre le fait que, pour les chaînesde télévision, l'investissement dans la HD est un investissement à long terme. Le développement de ce marché fait appel à de nombreux acteurs(la diversité desmétiers exercéspar les REE HORSSÉRIENT Septembre2005 . Partie IIV ENJEUX STRATÉGIQUESET ÉCONOMIQUES DE LA HAUTE DÉFINITION personnes qui s'expriment dans cette série d'articles en est la preuve). Ceux-ci ont des intérêts qui ne sont pas tous convergents, ce qui laisse à penser que le dévelop- pement de ce marché seraun processuslong et par nature fragile, en l'absence de toute « obligation légale ». Il est en effet à remarquer que les pays cités en exemple pour leur développement dans le domaine de la HD sont des paysoù cettediffusion estimposéepar destextesréglemen- taires.Même les Etats-Unis, pays peuenclin au dirigisme, ont imposé depuis longtemps la HD par le biais de la réglementation de la FCC. 2. Les téléspectateurs Mais peut-on seposer la question de savoir ce que la HD peut apporter au téléspectateur ? En effet, tous les téléspectateurs n'attendent pas la même chose de la HD, et tous les programmes ne sont paségaux devant la HD.Zn Il faut remettre le téléspectateur au centre du débat : c'est lui qui va décider ce que sera la HD, et c'est lui que nous devons écouter et dont nous devons décrypter le comportement. Sa perception sera fonction de son installation (à quelle distance s'installe-t-il ? Pour regar- der quoi ? Avec quel environnement de réception ?) et donc il sera plus ou moins sensible à tel ou tel aspect de la HD (format d'image, définition verticale, horizonta- le, qualité sonore surround ou 5.1...). Les consomma- teurs achèteront des téléviseurs HD en tant qu'objet de luxe, et je fais confiance à l'efficacité du marketing des industriels. Mais la HD ne sera un succèsque si le télé- spectateur voit une réelle différence entre HD et SD, et bénéficie de l'amélioration de la HD pour regarder ses programmes préférés. La satisfaction du consommateur est la rencontre entre un objet technologique et les histoires qu'il permet de raconter (ce qu'on appelle généralement les programmes). De plus l'histoire prime toujours la qualité technique. Il est donc nécessaire de trouver les bons compromis artistiques, économiques et techniques pour conjuguer au mieux qualité de l'his- toire et qualité technique,enfonction de l'attente destélé- spectateurs. 3. Le grand écart des technologies Cependant le téléspectateur HD restera très long- temps minoritaire, et donc le souci d'une télévision généraliste restera de ne pas travailler au détriment des autres téléspectateurs : la question de compatibilité non seulement technique, mais surtout artistique entre les programmes HD et les programmes 4/3 est donc un des points cruciaux. Il constitue le principal défi à relever pour une chaîne généraliste. Ce qui a été fait, avec plus ou moins de bonheur, pour la diffusion du cinéma en télévision, il va falloir le faire pour tout type de pro- grammes et ce, sansavoir l'excuse de diffuser un media conçu à l'origine pour un autre type d'écran (l'écran cinéma). Ce défi est particulièrement difficile lors qu'il s'agit d'émissions en direct ou tournées dans les condi- tions du direct. Un autreparamètredel'appréciation parle téléspectateur de la HD est la nature du contenu : plus les images présentéessont en gros plan, moins la HD a de sens.Il est bien connu que pour faire des démonstrations convain- cantesen HD, il est beaucoup plus facile de montrer des gros plans que des plans larges. C'est ainsi que les émis- sions de débat, les émissions baséessur des interviews, offrent peu de « plus-value HD ». A contrario, les sports, les films conçus pour le grand écran, les spectacles vivants (opéra, danse...), les fictions, certaines variétés, constituent les émissionsprioritaires pour valoriser la HD auprèsdestéléspectateurs.L'informationconstitue égale- ment pour une chaîne généraliste un champ de réflexion important. Il est clair que la priorité de l'information est la rapidité de mise en oeuvreet la souplesseopérationnel- le permettant de ramener des reportages d'actualité des différents coins du monde, dans des circonstances où la logistique locale (moyens de transmission, énergie...) est généralementinaccessibleou inexistante. L'intégration de la HD dans la production d'émissions d'information est donc une opération complexe, car les sources d'images utilisées dans un tel programme sont très diverses et de provenances très variées. Le contenu éditorial primera toujours la qualité technique pour répondre au mieux à l'attente des téléspectateursen matière d'information. Au contraire d'une chaîne thématique, une chaîne généraliste aborde par définition tous les genres. Il est donc nécessaire de mettre en oeuvre une politique de productions qui tienne compte des priorités éditoriales. Cela fait apparaître la nécessité de distinguer le vecteur de transport et de diffusion vers les téléspectateursd'une part, et les systèmes de production d'autre part. Cette notion de production HD va amener à inventer de nou- velles méthodes pour permettre d'obtenir cette fameuse « compatibilité ». C'est ainsi que les Anglais ont inventé le tournage « shoot and protect » qui consiste à tourner avec des camérasHD, mais à cadrer en 4/3 en masquant les bords de l'image et donc en gardant toute la partie significative de l'image dans le centre de celle-ci. On obtient donc un programme 4/3 normal (en coupant les bords du signal HD) et un programme HD avec une image dont le champ estplus large. On voit l'intérêt de ce mode de fonctionnement (en particulier pour certains sports), mais on comprend bien également la limitation, puisque le « plus d'image » donné par le format 16/9 de la HD n'apporte rien, si ce n'est de remplir l'écran 16/9. Cette méthode peut même sur le plan artistique aboutir à construire une image HD inesthétique, car « mal cadrée». Cela illustre que la solution n'est pas unique, et que de ce fait la complexité de gestion que la HD introduit doit êtrec REE HORSSÉRIENT Septembre2005 Enjeux pour une chaîne de télévision prise en compte par les sociétés de programme, et aussi par les producteurs. 4. Une longue histoire à venir En conclusion, la généralisation de la HD suppose, au-delà de la simple mise à niveau des équipements techniques qui présente cependant un surcoût bien réel, la mise en place de nouvelles méthodes de production et d'une gestion beaucoup plus complexe, liée à la multi- plication des formats d'images et de sons. Cette gestion a pour but, non seulement d'obtenir de nos fournisseurs le format adapté à notre diffusion, mais aussi et surtout de garantir la qualité de notre programme 4/3 comme de notre programme HD. Il est clair que l'introduction de la HD demande des efforts importants de la part des chaînes généralistes en termes financiers et en termes d'organisation. Le paradoxe est que ce sont ces chaînes, acteurs majeurs du domaine, qui auront le moins de retombées financières de leur action en ce sens. C'est pourquoi le cercle vertueux équipement des ménages/ programmes nécessite, pour se mettre en route et béné- ficier de la pérennité nécessaire à son succès, d'une volonté à la fois des acteurs du marché et des pouvoirs publics. Cette volonté doit se traduire concrètement et dans la durée, car le parcours sera long. On a déjà vu, lors de la mise sur le marché d'autres technologies du monde des médias, les acteurs s'essouffler faute de moyens, et faire machine arrière après une première période d'enthousiasme. Ei a u e u lu 1 1 Pierre Lavoix Directeur technique de la Diffusion & de la Qual té (TF 1 En 1971, Pierre Lavoix est ingénieur du son des Disques ERATO. Directeur technique en 1978, 11 superv se la product ond'ERATOet sa mutation vers le disque compact. Il enregistrera plus de 400 disques. Certains recevront un Grammy Awards. En 1984,il aborde laradiodiffusion et devient responsablede laqua- lité à Radio-France. Il améliore la qualité du son des chaînes du Groupe et développe une activité de coproduction avec les grands éditeurs de phonogrammes et de vidéogrammes. II participe aux premières productions musicales en TVHD et organise le premier direct avec son multicanal. En 1998, Pierre Lavoix rejoint TF1. Responsable de la Diffusion et de la Qualité, il met en oeuvre une démarche d'amélioration de l'image et du son et participe à lanumérisation de la chaîne. Il étu- die parallèlement 'évolution des équipements grand public et ià 4,.1 1 1 Francis Héricourt X et ENST, Il acommencé sa carrière dans l'audio- visuel en occupant diverses fonctions à l'ORTF,puis à la SFPavant de rejoindre TF1 en qualité de direc- teur technique en 1 982 1a passé ensuite 11 ans de 1985 à 1996 dans le groupe Thomson en qualité de directeur puis PDG de Thomson Broadcast, filiale de groupe en charge des équipements professionnels. A cette occasion, il a mis en uvre la stratégie HO de groupe dans ledomaine des équipements professionnels et de lapro- duction (création de la flotte Thomson-Ex Camera pour la couverture des Jeux olympiques en HD dès 1992). Il a rejoint France2 en tant que directeur technique et du développement en 1996, et a créé une chaîne « événementielle » en 16/9 et en HD en coproduction avec NHK, à l'occasion de la Coupe du monde de football en 1998 et du lancement de TPS. Il est chargé de piloter le dossier HD au sein du groupe FranceTélévisons. devient l'un des animateurs de laHD au sein du Groupe TF1 REE HORSSERIENT Septembre2005