Ampère n’a pas été qu’un grand savant

27/08/2017
Publication REE REE 2014-2
OAI : oai:www.see.asso.fr:1301:2014-2:19633
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Ampère n’a pas été qu’un grand savant

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78 REE N°2/2014 ❱❱❱❱❱❱❱❱❱❱❱ RETOUR SUR Robert Locqueneux Professeur émérite, Université de Lille 1 Les travaux d’André Ampère (1775-1836) sur l’électricité viennent bien tard, entre 1820 et 1826 dans une carrière qui avait été amplement favorisée par des amis occupant des fonctions éminentes dans les administrations les plus inamovibles de l’Empire et de la monarchie constitutionnelle ; et, sans la décou- verte d’Oersted, Ampère serait resté mathématicien par profession, chimiste et philosophe par passion : en ces différentes disciplines la postérité ne lui aurait attribué qu’un rang fort modeste. Hors ses travaux sur l’électricité, la première cause de la célébrité d’Ampère, qui n’a pas attendu le nombre des années et reste intacte, c’est l’image cocasse du savant distrait ; elle lui fut acquise dès ses premiers cours à l’X, et pro- pagée grâce à ses tournées d’ins- pecteur général. Une autre cause de sa célébrité, bien oubliée, est celle que lui valut sa foi : les milieux dévots donnèrent de lui une image sulpicienne, qui lui interdit l’entrée du panthéon édifié par les édiles scientistes du second Empire et de la troisième Répu- blique. André Ampère est né à Poleymieux aux Monts d’Or ou à Lyon. La famille passe la belle saison à Poleymieux et le reste de l’année à Lyon. Au temps de la Terreur, à Poleymieux, André est plongé dans l’étude de la Mécanique analytique de Lagrange ; son père est resté seul à Lyon, il y a été élu juge de paix, c’est lui qui a lancé le mandat d’arrêt contre Chalier1 ; aussi, en 1793, à la chute de Lyon, fut-il guillotiné. Sainte-Beuve nous dit que « cette mort fut un coup affreux pour le jeune homme, et sa douleur ou plutôt 1 A l’automne 1792, les jacobins ont pris la municipalité de Lyon ; Chalier, le président du tribunal de district, ne parle plus que de têtes à couper. A la mi-mai, les modérés ont repris par les armes le contrôle de la ville et le 29 mai 1793 la municipalité jacobine est dissoute. Chalier et les principaux meneurs jaco- bins seront incarcérés ; Chalier sera guillotiné. Deux jours plus tard, à Paris, ce sont les girondins qui, au terme d’une émeute, perdent le pouvoir ; la terreur règne à Paris, Lyon est assiégé, à la chute de la ville, les massacres commencent. sa stupeur suspendit et opprima pendant quelques temps toutes ses facultés » ; un an plus tôt, il avait perdu sa sœur aînée, « sa plus tendre amie ». A partir de décembre 1797, Ampère donne des cours parti- culiers de mathématiques et de physique, il prépare quelques élèves au concours de l’Ecole polytech- nique et commence des recherches en mathéma- tiques. Peu après son mariage, en décembre 1801, Ampère obtient un poste de professeur de physique et de chimie à l’école centrale de Bourg-en-Bresse. En avril 1803, il rentre à Lyon, ayant obtenu un poste de professeur de mathématiques au lycée de cette ville ; Julie, sa femme meurt en juillet, lui laissant un fils, Jean-Jacques, qui sera élevé par sa grand-mère paternelle et sa tante ; le séjour d’Ampère à Lyon s’achève en décembre 1804. Les amitiés lyonnaises Commençons par Roux-Bordier. Fils d’un botaniste réputé, il a acquis très jeune une vaste érudition dans cette science ; lisant parfaitement l’allemand, il a une parfaite connaissance de la philo- sophie allemande, c’est peut-être grâce à lui qu’Am- père a approfondi sa connaissance de Kant. Bredin fut le plus intime des amis d’Ampère. Lorsque Lyon s’armait contre la Convention, Bredin s’enrôla dans la cavalerie du comte de Précy et y fit preuve d’un grand courage : en vain son père tenta-t-il de le faire rappeler à l’armée. Fait prisonnier à la chute de Lyon, il ne dut son salut qu’au manque dramatique de vété- rinaires dont souffraient les armées de la Révolution. Plus tard il succéda à son père à la direction de l’école vétérinaire. Ampère lui confiait toutes ses joies et ses peines, ses faiblesses et ses doutes. À partir de 1806, leur correspondance palliait l’absence et sans elle nous ne pénètrerions point autant l’âme d’Ampère ; quand la maison de Poleymieux aura été vendue, c’est chez Bredin qu’à chaque vacance Ampère re- tournera à Lyon. À Lyon, Ampère est entré dans le cercle des amis de Ballanche, lequel forma « une petite mais aimable société » consacrée aux belles lettres et à l’amitié. C’est cette société que fréquenta André Ampère. Cette so- Ampère n’a pas été qu’un grand savant REE N°2/2014 79 Ampère n’a pas été qu’un grand savant ciété renfermait un homme déjà célèbre, Camille Jordan, un autre qui le devint bientôt, Degérando (ces deux là étaient inséparables, tous deux s’étaient engagés dans la défense de Lyon) ainsi que le futur traducteur d’Homère, Dugas-Montbel. Dans un grand élan religieux, Ballanche écrit : Du sentiment considéré dans la littérature et dans les arts. Avant d’être publié en novembre 1801, l’ouvrage avait été lu et discuté au sein de cette petite société. Jean-Jacques, le fils d’Ampère, relèvera que Ballanche « exprima dans cette œuvre avec beaucoup de bonheur des idées qui allaient être merveilleu- sement présentées dans le Génie du Christianisme ». Bien que Camille Jordan et Degérando ne furent jamais aussi proches d’André Ampère que ne le furent Ballanche et Bredin, c’est peut-être envers ces deux là qu’il eut la plus forte dette : la pensée philosophique d’Ampère emprunta beaucoup à celle de Degérando, sa pensée politique à l’ac- tion de Camille Jordan. De plus, nous pressentons que, dans ses errances mystiques, les convictions religieuses assurées des deux amis furent un repère que ni Ballanche, ni Bredin – aussi égarés que lui – ne pouvaient offrir. Degérando s’initia à la philosophie allemande ; il lut entre autres les œuvres de Leibniz, de Schiller, de Goethe et de Kant. Degérando concourt pour le prix de l’Institut : « Déter- miner quelle a été l’influence des signes sur la formation des idées ». Son mémoire fut retenu pour le prix ; il fut peu après, nommé secrétaire du Bureau consultatif des arts et du commerce. Il entra alors dans les allées du pouvoir pour n’en plus sortir. Il fut accueilli à la Société d’Auteuil ; en 1802 il fut nommé membre correspondant, et deux ans plus tard, il fut élu membre de l’Institut. Dans ces quelques années, Degérando s’est bâti une œuvre philosophique : en 1802, il publia De la génération des connaissances humaines, cet ouvrage fut l’esquisse de son Histoire comparée des sys- tèmes de philosophie, qu’il publia en 1804. Camille Jordan a mis son érudition au service de Mme de Staël lorsqu’elle écrivait De l’Allemagne et il est possible qu’il ait inspiré à Chateaubriand quelques pages des Mémoires d’Outre- Tombe. Sous le Consulat et l’Empire, Degérando commença une carrière de grand commis de l’état : en novembre 1804, il est nommé secrétaire général du Ministère de l’intérieur qui avait à sa charge l’enseignement, les cultes, l’agriculture, le commerce et les travaux publics sous un régime où l’admi- nistration est le véritable instrument du pouvoir. Sous la Res- tauration, il continua son ascension politique, il fut appelé, en 1837, à la Chambre des pairs. En 1814, la chute de l’Empire ramena Camille Jordan sur la scène politique, ses critiques du Consulat et de l’Empire l’en avait écarté. Nous savons par Degérando qu’il fut à cette époque appelé à une conférence particulière par Louis XVIII et qu’il en reçut des témoignages de confiance. Ampère et ses amis appartiennent à la mou- vance libérale et chrétienne. Degérando et Fontanes sous l’Empire, Camille Jordan à la Restauration veilleront sur la carrière d’André Ampère. Dans l’introduction de la Correspondance philosophique de Maine de Biran-Ampère, A. Robinet et N. Bruyère notent que : « autour de Biran et d’Ampère se décrit un milieu im- médiat évoluant, dont le noyau reste stable, appuyé sur les institutions ou les administrations les plus inamovibles des régimes… (Le duo) Biran-Ampère tient sa sécurité politico- administrative, de l’influence de lyonnais montés à Paris, qui ont tous pour caractéristique d’avoir résisté à la Convention par patriotisme local, d’avoir été la cible de condamnations, pas seulement par la Terreur... d’avoir été mêlés aux tenta- tives de déstabilisation des régimes en place, soit lors de la montée bonapartiste, soit lors de la conjuration des Cinq à la fin du régime napoléonien, d’avoir enfin été les agents les plus actifs de la Restauration, et les premiers bénéficiaires du retour de la monarchie ». L’entrée dans le cercle des mathématiciens Le séjour de Bourg-en-Bresse fut bénéfique pour la car- rière d’Ampère, puisqu’il y fait la connaissance de Lalande. Il y rédige un mémoire de mathématique sur le jeu. Lalande, alors agé de soixante-dix ans, est né à Bourg-en-Bresse et est resté attaché à cette ville ; il est rentré à l’Académie des sciences en 1753 et son œuvre fait autorité. En Lalande, Ampère va trouver un appui et il semble bien qu’il a su capter la sympathie du vieil académicien. C’est alors l’époque de la création des Lycées, une chance pour Ampère qui espère une place de professeur de mathématiques à Lyon. Ampère cherche alors de multiples recommandations : de l’arche- vêque de Lyon, de M. de Jussieu, “d’un illustre lyonnais”, etc. Une visite des inspecteurs généraux, Delambre [qui fut l’élève de Lalande] et Villars, tous deux membres de l’Ins- titut, est-elle annoncée, que Julie, la femme d’Ampère, sol- licite Ballanche pour qu’il obtienne une recommandation de Degérando, par ailleurs, Camille Jordan a déjà sollicité Degérando pour Ampère. Peut-on en effet rêver meilleure recommandation que celle de Degérando ? À cette époque, ce Lyonnais, de trois ans plus âgé qu’Ampère s’est déjà atta- ché au nouveau pouvoir ; un an plus tard, en 1804, il sera nommé secrétaire général du ministre de l’Intérieur, lequel a en charge l’instruction publique. En avril 1803, Ampère rentre à Lyon, il a obtenu le poste de mathématiques convoité ; Julie meurt en juillet à la suite d’une longue maladie ; le séjour d’Ampère à Lyon s’achève en décembre 1804. Les travaux mathématiques d’Ampère – des travaux de mécanique analytique – ont porté leur fruit : à l’au- 80 REE N°2/2014 ❱❱❱❱❱❱❱❱❱❱❱ RETOUR SUR tomne 1804, il est nommé répétiteur à l’Ecole polytechnique. A trente ans Ampère débute donc sa carrière parisienne ; il a su gagner l’estime des géomètres les plus éminents. Pour juger de l’importance des relations d’un modeste répétiteur d’analyse à l’X, il suffit de donner la liste des invi- tés au second mariage d’Ampère. La cérémonie eut lieu le 1er Août 1806, les témoins choisis devaient flatter la vanité des parents de la mariée : Champagny, ministre de l’Intérieur [Un Lyonnais, lui-aussi, il a connu la prison sous la Terreur et ne fut sauvé que par la chute de Robespierre], le géné- ral Lacuée, gouverneur de l’École polytechnique ; Laplace, Lagrange et Delambre, membres de l’Institut ; Jussieu, pro- fesseur au Muséum. Il y a du beau monde au mariage d’un modeste répétiteur de l’École polytechnique, l’ami Degéran- do n’est-il pas l’un des premiers personnages de l’administra- tion impériale. Ce mariage fut aussi calamiteux que le prévoyaient les amis d’Ampère ; bientôt il fut chassé de la maison de ses beaux-parents2 ; c’est alors que M. de Champagny, alors mi- nistre de l’Intérieur, lui offrit, temporairement, un logement dans son hôtel. Ampère philosophe Bientôt Ampère n’a plus en tête que le projet d’un ouvrage de métaphysique : « C’est en 1803 que je commençai à m’occuper presque exclusivement de recherches sur les phé- nomènes aussi variés qu’intéressants que l’intelligence hu- maine offre à l’observateur qui sait se soustraire à l’influence des habitudes. » Peu après son arrivée à Paris, il est présenté par Degérando aux philosophes de la Société d’Auteuil et il s’y fit de nouveaux amis. Ses lettres sont pleines de ces nou- velles amitiés : « Dites à Roux, écrit-il à Bredin en avril 1805, que je vois souvent MM. Cabanis et de Tracy, à Auteuil, nous parlons toujours métaphysique ; ce dernier goûte plusieurs de mes idées ». Il semble par ailleurs qu’Ampère réussisse dans la voie de la “métaphysique” ; en octobre 1805, il pré- pare un cours pour l’Athénée de Paris ; ce cours réalise un projet qui a été perfectionné d’après les idées de Laplace et a « pour objet de présenter l’origine, les progrès, le but, les 2 Les épisodes de l’établissement du contrat de mariage évoquent les plus sombres romans de Balzac ; les amis sont consternés et, comme l’écrit Cabanis dans une lettre à Maine de Biran : « C’est bien la peine de cultiver son bon sens, pour aller se jeter la tête première dans un pareil guêpier ». Madame Ampère ne voulait pas d’enfant, mais notre homme était plus accoutumé à la lecture de L’imitation de Jésus Christ qu’à celle des romans libertins de son temps. La dame fut vite enceinte ! Aussi fut- il prié de déguerpir. La fille, née de cette union, fut élevée par la sœur cadette d’Ampère et ne vit jamais sa mère. Par conviction religieuse, Ampère refusa le divorce et, ne pouvant s’engager, il connut quelques déceptions amoureuses songeant même parfois au suicide… principales vérités de chaque science et de discuter le degré de certitude de ces vérités, et les moyens par lesquels nous nous en assurons ». Le projet de ce cours a reçu l’approbation de MM. de Tracy et Degérando. C’est à Auteuil aussi qu’Ampère et Maine de Biran se sont rencontrés en juillet ou en août 1805. Maine de Biran est né à Bergerac. L’Institut ayant mis au concours un sujet sur l’influence de l’habitude sur la faculté de penser, Maine de Biran traite du sujet, obtient le prix en 1802 et entre en contact avec la Société d’Auteuil, le mémoire est imprimé en 1803. En 1803, Maine de Biran prépare un mémoire pour répondre à la question de l’Institut sur la décomposition de la pensée, mémoire couronné en 1804. La question posée au concours avait séduit Ampère qui a tenté l’aventure mais ne la mena pas à son terme. En mai 1805, Maine de Biran est de passage à Paris et reprend contact avec la Société d’Auteuil. Son amitié avec Ampère commence alors ; leurs échanges philosophiques ne seront jamais rompus. La carrière politique de Maine de Biran continuera sous l’Empire et à la Restauration sous la protection attentive de Degérando : en 1806, il est sous préfet de Bergerac ; en 1809, il est député du Corps législatif ; en 1813, il fait partie de la Commission des Cinq qui ose demander la paix et la liberté des citoyens, ce qui entraîne, comme on le sait, la dissolution du Corps législatif. Il est député et questeur de la Chambre sous les Bourbons. La politique n’est cependant pas chez lui une passion : « J’erre, [écrivit-il un jour], comme un somnambule dans le monde des affaires ». La carrière d’Ampère ne se déroule pas dans les allées du pouvoir, aussi la protection de Degérando est-elle plus discrète. En octobre 1812, Maine de Biran se fixe à Paris et réunit chez lui tous les vendredis, une petite société philosophique où se rencontrent : Ampère, les deux Cuvier, Royer-Collard, Guizot, Degérando, Thurot, Staffer, le docteur Bertrand, Loyson, Victor Cousin…Avec Royer Collard, c’est la philoso- phie de Reid et avec Staffer, c’est Kant et la Naturphilosophie qui se font entendre dans cette petite société. Une petite société qui devient spiritualiste à partir de 1816. Ampère chimiste par passion, mathémati- cien par nécessité En 1808, l’intérêt que, dans sa jeunesse, Ampère avait manifesté pour la chimie renaît, lorsqu’il apprend la dé- couverte du potassium et du sodium par Davy. En chimie comme en métaphysique, Ampère ne publie pas, c’est dans ses discussions particulières et dans sa correspondance avec Davy qu’il développe alors ses idées sur le chlore, le fluor et l’iode : il s’y révèle être le premier à considèrer ces corps comme simples. Dans une lettre datée de mars 1813 et dans REE N°2/2014 81 Ampère n’a pas été qu’un grand savant un mémoire sur le fluor publié en juillet de la même année, Davy reconnaît une dette envers Ampère ; voilà qui incite celui-ci à entreprendre la publication de ses travaux : trois mémoires de chimie s’ensuivront. La rédaction du second mémoire fut tourmentée, son auteur en pleine crise senti- mentale songeait au suicide dès qu’il levait les yeux de ses papiers, en plus, il briguait un fauteuil de mathématiques à l’Académie des sciences, aussi était-il urgent qu’il rédige quelques mémoires d’analyse, ce qu’il avait omis de faire depuis fort long- temps : il passe ainsi une grande partie de son temps à rédiger un mémoire sur les équations aux dérivées partielles. La rela- tion privilégiée d’Ampère avec le chimiste Davy et une relation conflictuelle avec Thé- nard ont éloigné Ampère des membres de la Société d’Arcueil que dirigent Berthollet et Laplace. Alors qu’il craint d’avoir contre lui les « Bonaparte de l’algèbre » lors du vote de l’Académie, ceux-ci remettent à septembre l’élection, en partie pour lui donner le temps d’y lire son mémoire de mathématiques, qui fera l’objet d’un long compte rendu de Poisson dans le Bulletin de la Société philo- mathique de Paris. Ainsi Ampère reprend- t-il goût aux mathématiques : il complètera son mémoire sur les équations aux dérivées partielles par plusieurs mémoires où il traite de diverses applications et publiera encore quelques mémoires de mécanique. En 1815, il donne un mémoire sur les lois de la réfrac- tion ordinaire et extraordinaire, dans lequel ses travaux sur les équations aux dérivées partielles trouvent à s’appliquer et qui géné- ralise un mémoire de Laplace sur le même sujet. Les deux mémoires, celui de Laplace et celui d’Ampère, sont présentés par Biot dans son Traité de physique expérimentale et mathématique en 1816. Les relations scientifiques du découveur de l’électrodynamique Ainsi, en 1816, Ampère s’est-il rapproché des membres de la Société d’Arcueil, lorsqu’un évènement scientifique va l’en éloigner à nouveau ; en mai 1816, à la suite de la lecture d’un mémoire de Fresnel par Arago à l’Académie des sciences, Ampère abandonne à regret la théorie de l’émission pour la « vraie théorie de la lumière », celle qui est fondée sur l’hypo- thèse ondulatoire. Il suggère même à Fresnel la conjecture de vibrations transversales pour la lumière, conjecture que Fresnel n’ose pas alors mentionner. Voilà scellé un nouveau groupe d’amis Arago, Fresnel et Ampère (Arago a 11 ans de moins qu’Ampère et Fresnel, 13 ans de moins), un groupe qui s’éloigne des « Bonaparte de la physique », qui s’en tien- dront toujours à la théorie de l’émission. Selon l’historien Pearce Williams : « en 1820, Ampère a acquis une certaine réputation de mathématicien et par- fois de chimiste peu orthodoxe; et, s’il était décédé avant septembre 1820, il serait une figure mineure dans l’histoire des sciences ». La révélation, par Arago, de l’action d’un courant électrique sur un aimant va tirer Ampère de ses réflexions philosophiques et, si les actions des aimants et des courants électriques ne retiennent son attention que peu de temps, de septembre 1820 à février 1822, ce temps sera suffisant pour qu’il pose les bases d’une science entièrement nouvelle : une théorie mathématique des phénomènes électrodynamiques. En peu d’années, il devient, selon l’expression de Maxwell : « le Newton de l’électricité ». En 1820, Oersted a mis en évidence l’action d’un circuit galvanique (que nous nommons à la suite d’Ampère, un courant électrique) sur un aimant. Ampère inter- rompt ses différents travaux philosophiques, chimiques et mathématiques pour se consa- crer à ce phénomène qui dérange les physi- ciens français : il découvre l’interaction entre les courants électriques et invente l’électro- dynamique. Pour ce faire, Ampère conçoit et fait construire des instruments qui per- mettent de déterminer les forces d’interac- tion de deux circuits électriques de formes diverses, à partir de leurs conditions d’équi- libre. Ampère qui était un expérimentateur fort malhabile fut aidé dans ses manipulations par Fresnel et Arago ; il reçut de ce dernier les exhortations nécessaires à la publication quasi hebdomadaire de ses premiers travaux. Ampère conçoit des enroulements de fils électriques, des solénoïdes – le mot est de lui – qui imitent l’action des aimants, et à partir de là, il ramène le magnétisme à l’électricité. Dans ce domaine de recherche, Ampère et Biot sont concurrents : Ampère s’oppose une nouvelle fois à un membre orthodoxe de la Société d’Arcueil. Alors qu’Ampère ramène les actions des aimants à celles des courants élec- triques, Biot ramène les secondes aux premières. Il s’ensuit qu’Ampère suppose que les actions entre les particules (ou 82 REE N°2/2014 ❱❱❱❱❱❱❱❱❱❱❱ RETOUR SUR les fluides) électriques sont de natures différentes selon que les particules sont au repos ou en mouvement ; il distingue des actions électrostatiques et des actions électrodyna- miques. Biot, au contraire suppose des interactions iden- tiques, que les particules électriques ou magnétiques soient au repos ou en mouvement ; il considère que le courant électrique rend par sa présence, passagèrement magnétique les corps conducteurs, aussi est-ce par une action magné- tique que le fil électrique dérange l’aimant. Alors que Biot voit dans l’action des courants électriques des phénomènes statiques, Ampère y voit des phénomènes dynamiques. En décembre 1823, la chaire de physique expérimentale du Collège de France est mise au concours. Ampère peut alors caresser l’espoir d’échanger sa chaire à l’École poly- technique contre celle-ci. L’obtention d’une chaire scientifique au Collège de France passe d’abord par un vote de l’assemblée des professeurs, toutes disciplines confon- dues, ensuite par un vote de l’Académie des Sciences et se termine par la libre désigna- tion du Ministre. Mais une telle procédure exige que le candidat se plie au rituel des visites, elle demande des talents de diplomatie dont Ampère est fort dépourvu. En outre, cette élection tombe bien mal : son fils, Jean-Jacques, Mme Récamier et le bon Ballanche sont en Italie, ils auraient pu influencer le vote de quelques littéraires du Collège de France. Ampère sera élu malgré ce handicap3 . Après un bref retour sur l’étude de la combinaison chimique et sur l’étude de la chaleur et de la lumière, les dernières recherches d’Ampère portent sur la classification des sciences, des sciences cosmologiques et noologiques [les sciences de la nature et de l’esprit] ; c’est Jean-Jacques qui, après le décès de son père, achèvera la dernière partie de cet ouvrage. Ampère, homme du monde La correspondance d’Ampère nous le montre plus souvent chez les Cuvier ou chez les Jussieu qu’avec les gens d’Arcueil ou qu’avec ceux d’Auteuil. Ainsi, à Paris, les premiers amis de Jean-Jacques, le fils Ampère, furent-ils Alexis et Adrien de Jus- sieu, qui sont cousins. Adrien de Jussieu est le fils d’Antoine Laurent de Jussieu, né à Lyon. En 1828, Adrien de Jussieu succèdera à son père à la direction du Muséum, il sera ainsi le cinquième et dernier d’une dynastie de botanistes, « les plus doux moments de l’enfance et de la première jeunesse de 3 Dix ans plus tard, les deux Ampère enseigneront simultanément au Collège de France, l’un la physique, l’autre la littérature française. [Jean-Jacques] s’écoulèrent au sein de la famille de Jussieu, étroitement unie à la sienne. Ils eurent pour théâtre tantôt, au Jardin des Plantes, la belle bibliothèque où se conservait l’herbier des Jussieu, tantôt [leur] terre de Vanteuil ». Il n’est pas rare qu’André Ampère passe lui aussi quelques jours à Vanteuil. André, qui est un familier du salon des Cuvier, rêve de marier son fils avec leur fille Clémentine, la mort de la demoiselle lui causa une immense douleur. Avec Ballanche, Ampère a été amené à fréquenter l’Abbaye- au-Bois. En 1812, a commencé la tendre amitié de Ballanche, cet exilé du bonheur et de Mme Récamier pour laquelle il manifestera jusqu’à sa mort l’affection « d’un frère pour sa sœur un dévouement entier et sans réserve ». En 1820, Jean-Jacques Ampère, le fils du savant, est présenté à Mme Récamier et s’attachera à ses pas, c’est elle qui guidera sa carrière contre l’avis de son père qui voulait en faire un chimiste ; il a laissé une œuvre qui a renouvelé l’histoire lit- téraire comme l’œuvre de Michelet a renou- velé l’histoire4 . Nous pouvons nous imaginer les deux Ampère à l’Abbaye-au-Bois lorsque Chateaubriand y lit les Mémoires d’Outre- Tombe ; Delécluze nous montre le “Grand Ampère” errant d’un air incertain et timide dans ces mêmes lieux un jour de réception. Ampère, un professeur de légende Selon le témoignage d’Arago, « Ampère se présenta, dans l’amphithéâtre d’une école presque militaire (l’Ecole polytechnique), en habit noir à la française, œuvre mal- heureuse d’un des moins habiles tailleurs de la capitale, et pendant plusieurs semaines, le malencontreux habit empê- cha plus de cent jeunes gens de prêter attention aux tré- sors de science qui se déroulent devant eux. Le répétiteur craint que les caractères tracés sur le tableau noir ne soient peu visibles pour ses auditeurs les plus éloignés ? Il croit devoir les consulter, ce qui semble bien naturel. Eh bien, à la suite du colloque ainsi établi avec ces jeunes gens réunis en grand nombre, plusieurs d’entre eux eurent l’espièglerie, en argumentant toujours de la faiblesse de leur vue, d’ame- 4 En 1842, lors d’un voyage en Provence, Chateaubriand fit poser une croix sur la tombe d’Ampère au cimetière Saint-Charles de Marseille. En 1847, Jean-Jacques est élu à l’Académie française, Chateaubriand qui est presque impotent s’est fait conduire à l’Institut pour lui donner son vote et le soutenir de son influence ; un an plus tard c’est Jean-Jacques qui accompagnera la dépouille de Chateaubriand jusqu’à son tombeau sur la grève de Saint-Malo et il sera encore auprès de Mme Récamier lorsqu’elle meurt, le 11 mai 1849 : « Cette affection, écrit-il à Barante, depuis trente ans remplissait ma vie, était toute ma vie. ». Autoportrait ou croquis d'élève ? REE N°2/2014 83 Ampère n’a pas été qu’un grand savant ner par degrés le bienveillant professeur à des caractères d’une telle grosseur que le plus vaste tableau, loin de suffire à des calculs compliqués, n’aurait pas contenu seulement cinq chiffres. Quand on parle des savants, nos contempo- rains, dont les facultés immenses ont été mal appliquées, le nom d’Ampère est le premier qui se présente à la pen- sée. Un homme d’état, célèbre par ses bons mots, disait d’un de ses adversaires politiques : “Sa vocation est de ne pas être ministre des affaires étrangères”. A notre tour, nous pourrions affirmer, à l’égard d’Ampère, que “sa vocation était de ne pas être professeur”. Une blessure grave qu’Ampère reçut au bras pendant sa première jeunesse, n’avait pas peu contribué à le priver de toute dextérité manuelle. Le premier emploi qu’on lui donne est, cependant, celui de professeur de physique, de chimie, d’astronomie, à l’école centrale du département de l’Ain. » Jean-Jacques Ampère n’est guère plus charitable qu’Arago dans ses jugements sur les cours de physique de son père La maison familiale Ampère, où André-Marie a passé son enfance et étudié avec brio auprès de son père, sans fréquenter l'école, a eu une destinée exceptionnelle. Le domaine de Poleymieux fut mis sous séquestre au pro- fit de la nation en 1793, au moment où la Révolution condamnait à mort le père du futur savant. Restituée à la famille deux ans plus tard, elle échut en 1812 à Ampère, après la mort de sa mère. Il s'en dessaisit une dizaine d'années plus tard quand il s'établit définitivement à Paris. Il a fallu un siècle pour que le domaine de Poley- mieux retrouve le souvenir de son prestigieux propriétaire d'antan ; c'est sur les conseils de Paul Janet, membre de l'Académie des sciences et alors directeur de Sup'élec, que deux riches industriels américains, Hernand et Sosthène Behn, achetèrent le domaine en 1928 pour en faire don à la Société française des électriciens, qui le confia à la Société des Amis de André-Marie Ampère, créée pour perpétuer la mémoire de l'illustre lyonnais. Depuis 80 ans, cette belle maison bourgeoise, située à une vingtaine de km de Lyon, au cœur du Mont d'Or, appar- tient à la société savante, devenue SEE, et c'est toujours la même Société des Amis, reconnue d'utilité publique et actuellement présidée par Geneviève Comte-Bellot, qui assure l’entretien et la promotion du domaine de Poleymieux, devenu Maison Ampère / Musée de l'électricité (site : www.amperemusee.fr). Le visiteur, après avoir admiré Ampère sur la grande fresque que Raoul Dufy a consacrée à la « Fée Electricité », découvrira d'une part le cadre familial reconstitué, d'autre part les diverses salles d'un musée fort pédagogique, consa- cré à l'électricité : avec des instruments d'époque sont reconstituées les grandes expériences qui sont au fondement de l'électromagnétisme et l'on retrouve les galvanomètres et solénoïdes d'autrefois, pour illustrer les célèbres expériences. Ampère est à l'honneur bien sûr, mais aussi les grands noms de ce siècle commencé avec Volta et ses modestes piles et terminé avec Maxwell et l'essor de l'électricité ! Cette visite est plus que recommandée à tous ceux qui passent à proximité de Lyon, d'autant que le Mont d'Or est une contrée fort accueillante. Rappelons à l'occasion de ce retour sur Ampère que la SEE, propriétaire de ces lieux mémoriels d'exception, honore aussi le grand savant par la Médaille Ampère : celle-ci récompense et honore chaque année un de ses membres qui a participé aux grandes orientations de l'association, à leur mise en œuvre et à leur développement. Par ailleurs signalons que la maison d'Ampère s'est vu décerner le label de « Maison des Illustres » par le Ministère de la Culture en 2013. Quelques indications pratiques : Le Musée est situé 300 route d'Ampère (D73) à Poleymieux-au-Mont-d’Or - 69250. Il est ouvert le samedi de 14h à 18h, le dimanche de 10h à 12h et de 14h à 18h. Des visites - guidées - de groupe, en particulier pour les sco- laires, peuvent être organisées tous les jours, sur demande téléphonique au 04 78 91 90 77. La Maison Ampère - Le musée de l'électricité 84 REE N°2/2014 ❱❱❱❱❱❱❱❱❱❱❱ RETOUR SUR au Collège de France, voici ce qu’il écrit dans son journal en avril 1825 : « […] au cours de mon père qui a fait une leçon très claire sur les deux fluides électriques. La leçon a bien été. Mon père se complaisait un peu trop à battre la résine avec la peau de chat et à montrer que les boules se repoussaient ou se rapprochaient selon qu’on les soumettait à des électricités semblables ou différentes. Il a une grande naïveté dans sa ma- nière de professer et pense à ses idées, jamais à ses auditeurs. Il répète avec volupté une expérience bien simple, bien facile à comprendre, parce qu’elle lui plaît, parce qu’il est amusant pour lui de la répéter, et il ira vite dans un calcul, ne pouvant pas apprécier la différence qu’il y a pour d’autres entre des choses qui n’en n’ont aucune à ses yeux. Mais, en tout cela, il est un homme de génie ; il faut bien se souvenir de cela pour tâcher de ne pas prendre d’humeur contre lui […] ». Dans ses Portraits littéraires, Sainte-Beuve évoque les conversations d’Ampère ainsi que ses leçons au Collège de France : « Pour ceux qui l’abordaient, c’était un puits ouvert. À toute heure, il disait tout. Étant un soir avec ses amis Camille Jordan et Degérando, il se mit à leur exposer le système du monde ; il parla treize heures avec une lucidité continue ; et comme le monde est infini, et que tout s’y enchaîne, et qu’il le savait de cercle en cercle en tous les sens, il ne cessait pas, et si la fatigue ne l’avait arrêté, il parlerait, je crois, encore. - Ceux qui l’ont entendu, à ses leçons, dans les dernières années au Collège de France, se promenant le long de sa longue table et discourant durant des heures, comprendront cette perpétuité de la veine savante. ». Les amis d’Ampère ont laissé des témoignages des conversations passionnées d’Ampère, soit qu’il parle de science, de philosophie ou de religion soit que, plus simplement, il refasse le monde. La vie quotidienne chez les Ampère Nous avons des témoignages contrastés de la vie dans la maison d’Ampère selon qu’ils sont de la patte du peintre Delecluse ou de Frédéric Ozanam, qui vécut chez Ampère le temps de ses études. En 1825, Delécluze, un ami de Jean-Jacques, brosse un portrait du physicien et donne un témoignage sans com- plaisance restituant l’atmosphère de cette maison : « Cet homme [Ampère] est certainement l’un des plus singuliers qui existent de notre temps. M. Ampère est un des plus forts mathématiciens de notre époque. Outre cela, il n’y a aucune branche des connaissances humaines qu’il ne cultive. Méta- physique, philosophie, sciences exactes et naturelles, éco- nomie publique etc., il est au courant de tout. […] dans la conversation, il pèche plutôt par l’excès de la science et il fatigue quelquefois ses auditeurs, faute de se mettre à leur portée. […] M. Ampère au premier aspect donne l’idée d’un imbécile. Il a la vue très basse, ses cheveux et toute sa toilette sont en désordre, il parle lentement, est privé d’élocution et dans toutes ses manières et ses habitudes, il manque abso- lument d’usage du monde. Il est très dévot […]. Aujourd’hui, M. Ampère, livré tout entier aux sciences, vit tranquillement au milieu de sa famille qui se compose de son fils, de sa fille et d’une sœur qui tient son ménage. Ces deux personnes, la tante et la nièce, sont enfoncées dans la dévotion la plus grande. Leur mise, leurs manières me rappellent toujours les femmes jansénistes dont j’étais entouré quand j’ai fait mes études au collège de Lisieux […]. ». Ozanam, qui habita chez les Ampère le temps de ses études universitaires, a laissé le portrait du chrétien, il nous montre Ampère priant le matin à Saint-Eustache. En 1886, Valson publie La vie et les travaux d’André-Marie Ampère, un récit hagiographique d’Ampère qui le place dans les rangs des savants catholiques ; Valson, qui est doyen de la faculté catholique des sciences de Lyon, est dans son rôle : nous sommes au début de la troisième République et du combat de la laïcité ; les Berthelot et autres enrôlent quant à eux les savants dans les rangs de la libre pensée, les progrès des sciences ont fait passer l’humanité de l’ère théologique à l’ère positive. Ampère ne rentrera pas dans la chapelle des “saints laïcs”, aussi est-il relégué au rang fort sympathique du savant Cosinus. Robert Locqueneux est professeur émérite à l’Université de Lille 1. Ses recherches et son enseignement ont d’abord concer- né la mécanique quantique, la thermodynamique classique et la mécanique statistique ; il a publié de nombreux articles de chimie quantique. Il s’est ensuite tourné vers l’histoire des sciences, a fondé le Centre d’histoire des sciences et d’épistémologie de l’Université de Lille 1 ; Robert Locqueneux est l’auteur de nombreux articles et de huit ouvrages d’histoire de la physique. On lui doit en particulier l’ouvrage de référence André-Marie Ampère, encyclopédiste et métaphysicien, avec la collaboration avec Myriam Scheidecker (édité par EDP Sciences, en 2008), dont REE 2013-01 a rendu compte naguère. L'AUTEUR