La maîtrise de la demande en électricité au travers d’une présentation efficiente des données

07/05/2017
OAI : oai:www.see.asso.fr:1301:2017-2:19274
DOI : http://dx.doi.org/10.23723/1301:2017-2/19274You do not have permission to access embedded form.
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La maîtrise de la demande en électricité au travers d’une présentation efficiente des données

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66 Z REE N°2/2017 L’ÉNERGIE ET LES DONNÉESDOSSIER 2 Introduction La maîtrise de la demande en éner- gie (MDE) est devenue un réel enjeu d’avenir afin de préserver la qualité de notre environnement. Le secteur rési- dentiel représente à lui seul 33 % de la consommation électrique du pays [1], de nombreux efforts restent à four- nir et les Français semblent avoir pris conscience du rôle potentiel qu’ils ont à jouer dans les actions de MDE. Mais ils se sentent démunis. Le projet Smart Grid SOLENN (SOLi- darité ENergie iNnovation) tente de répondre à ce besoin en créant et tes- tant des outils mis à disposition des résidents. Ce projet, subventionné par l’ADEME (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie), rassemble de 2015 à 2017 un consortium1 de 12 partenaires chargés de tester leurs solutions auprès de 1 000 usagers- expérimentateurs de l’agglomération 1 Nous tenons à remercier l’Agence Locale de l’Energie de Bretagne Sud (ALOEN), Delta Dore, Enedis, Niji, le Pôle Energie Bretagne (PEB), la Région Bretagne, le Réseau de trans- port d’électricité (RTE) et Vity qui ont contri- bué à la rédaction de cet article. de Lorient. Partant du principe qu’une bonne réaction nécessite une connais- sance de l’information (figure 1), l’af- fichage des consommations apparaît comme un levier pertinent et attendu. Le présent article propose une analyse extensive qualitative des moyens d’infor- mation existants, en intégrant les aspects législatifs, afin de proposer des recom- mandations de conception. En effet, les moyens d’information et les outils d’ani- mation en faveur de la MDE sont très variés et prennent la forme d’animations ou d’outils numériques. L’analyse de l’uti- lisation des données numériques a fait l’objet d’études sociologiques et marke- ting qui montrent la forte pénétration de ces informations dans les foyers. Un cer- tain nombre d’expérimentations de MDE La maîtrise de la demande en électricité EY XVEZIVW H¸YRI TVqWIRXEXMSR IJÁGMIRXI des données Recueil de bonnes pratiques pour la conception de dispositifs d’information et d’animation Mathilde Trehin1 , Pascal Berruet2 Ingénieur de recherche1 , professeur2 , Université Bretagne Sud, CNRS UMR 6285 Lab-STICC This article provides an inventory of the different solutions and works carried out about individual and collective information media for energy consumption. The objectives of this work were: the projects, products and services for information and/or demand side management; territorial energy activities; - backs. principles and methods used to meet the users’ need. ABSTRACT - moyens d’information individuelle et collective en matière de consommation énergétique. Les objectifs de ce travail étaient de : de processus MDE ; d’animations territoriales sur le sujet de l’énergie ; - formation et s’ils ont été testés, sur le retour des pilotes ou L’étude a mis en évidence des invariants caractéristiques ainsi que les grands principes et les principales méthodes RÉSUMÉ Figure 1 : Processus de réaction. REE N°2/2017 Z 67 La maîtrise de la demande en électricité au travers d’une présentation efficiente des données surtout axées sur les interfaces et les ser- vices pour les économies d’énergie sont actuellement en cours. Le travail mené repose sur une ana- lyse de plusieurs projets choisis selon leur diversité. Il comporte un recueil de bonnes pratiques tirées des succès mais aussi des échecs de chacun. Un aperçu des pilotes étudiés et de leur pluralité est présenté en première par- tie. Les éléments pertinents constituant les bonnes pratiques de conception de dispositifs de MDE, qui sont au cœur de l’étude, sont ensuite décrits. Une conclusion vient esquisser ce que pour- rait être un dispositif « idéal ». Aperçu des projets de MDE Pour mener à bien cette étude : 31 projets ont été étudiés (tableau 1) au travers de 82 sources documentaires2 ; deux séminaires réunissant les ac- teurs des différents pilotes ont été organisés afin de capitaliser un maxi- mum d’information. L’étape de sélection a veillé à bien diversifier l’ensemble des programmes étudiés. Ils ont été classés selon ces caractéristiques : 2 L’ensemble des références de ces sources documentaires est disponible dans le livrable n°3.1-4.1 du projet Smart Grid SOLENN sou- tenu par l’ADEME. La répartition des projets s’est faite de la manière indiquée sur la figure 2. Le déséquilibre entre méthodes d’ac- compagnement individuel et collectif se justifie par le fait que l’animation col- lective est un concept beaucoup plus récent qui n’a pas encore beaucoup été utilisé. Les bonnes pratiques de conception Cette section présente l’ensemble des invariants issus de l’analyse des retours d’expérience des programmes étudiés. Elle illustre ainsi les bonnes pratiques à appliquer lors de la concep- tion d’un dispositif de MDE. Ces inva- riants ont été classés en trois grandes catégories : retranscription de l’infor- mation, sensibilisation de l’utilisateur et acceptation des contraintes, mobili- sation durable du participant. Ces thé- matiques recouvrent l’ensemble des besoins/problématiques à aborder lors de la conception, aussi bien d’un point de vue technique que social/humain. Retranscription de l’information Avant d’espérer tout changement, il faut considérer l’utilisateur comme acteur de sa consommation. Il a ainsi besoin d’être informé sur celle-ci mais également de la comprendre. Il faut donc lui fournir les données néces- saires de façon ludique et adaptée à son niveau de compétence. Les premières questions à se poser sont : quelles don- nées lui transmettre, sous quelle forme et quel support ? Comment éviter que l'utilisateur se perde dans ces données et comment le faire monter en compé- tence pour qu’il soit à même de devenir « consom’acteur » ? Respecter les prérequis de la RT 2012 Depuis peu, la réglementation fran- çaise impose aux nouveaux logements et rénovations de réaliser un retour de consommation auprès des occupants. Ce texte, issu de la réglementation ther- mique RT 2012, donne une ligne direc- trice sur les données à transmettre et les moyens utilisés. Ces informations sont résumées dans la référence [2]. Elargir l’éventail des données et mesures restituées La réglementation impose d’in- former l’usager par une mesure ou estimation de sa consommation par poste. Cependant, la plupart des dis- positifs ont fait le choix d’étoffer cette information en récoltant des données auprès du consommateur ou en ins- tallant des capteurs additionnels pour proposer de nouveaux services ou analyser les causes des échecs/suc- cès des outils. Parmi ces données figurent les caractéristiques des logements (sur- face, étiquette énergétique, etc.) qui permettent de fournir des analyses plus poussées et proposer des comparai- sons entre foyers. La consommation est en effet dépendante du logement. Une Figure 2 : Répartition des projets. 68 Z REE N°2/2017 L’ÉNERGIE ET LES DONNÉESDOSSIER 2 Afficheco 2009 - 2013 Etude de l’impact de l’affichage des consommations sur les comportements des habitants à court/ moyen/long terme Aware Clock 2012 Horloge de consommation BeAware 2008 - 2012 Application/jeu sur la consommation énergétique BEL du Val d’Ille 2013 Situation des habitants du Val d’Ille (usage de consommation, enjeux énergétiques, etc.) et proposition de leviers d’actions Coach.me 2012 Application d’appui pour un changement personnel (usage, santé, etc.) « Réseau social de la motivation » Diagnostic Résidentiel « Mieux Consommer » 2003 Questionnaire sur l’ensemble des usages de l’électricité dans un foyer. Evaluation de la consommation et suggestions d’amélioration Domovea - Hager 2012 Commande et visualisation d’une installation domotique EcoFamilies 2011 - 2012 Co-conception avec les utilisateurs d’une interface d’affichage des consommations Ecoffices 2011 - 2012 Challenge énergétique par équipe dans le tertiaire Edelia - EDF 2005 Affichage de la consommation électrique du foyer assortis de conseils sur l’optimisation de la consommation Famille à Alimentation Positive 2012 Adopter une alimentation savoureuse, bio et locale, sans augmenter son budget alimentaire et rendre cela convivial (collectif) Famille à Energie Positive 2008 Sensibilisation collective. Suivi de consommation et compétition par équipe afin de réduire sa facture énergétique GESR – Atlantic 2013 Dispositif de gestion d’énergie Greenlys 2012 - 2016 Test de solutions innovantes pour le système électrique. Expérimentation de services en zone urbaine Ijenko 2010 Plateforme B to B to C de service de gestion de la demande en énergie résidentielle et de l’habitat intelligent Intelen 2011 Affichage des consommations et utilisation du principe de ludification Ma Ville Est Au Courant 2009 Concours d’économie d’énergie entre quartiers Meter Hunt 2009 Loterie énergétique. Un relevé de compteur = un ticket de loto Modelec 2011 - 2013 Test des solutions d’effacement. Utilisation du dispositif Ijenko Nice Grid 2014 Démonstrateur de quartier solaire intelligent Opower 2007 Application d’analyse et valorisation de la consommation d’électricité d’un foyer Qinergy 2014 Dispositif permettant de comprendre sa consommation électrique afin de pouvoir agir sur sa consommation et sa facture Quartier En Transition 2006 Dispositif citoyen d’engagement dans la transition énergétique Sensomi 2011 - 2013 Jeu multi-joueur en ligne basé sur la coopération + plateforme de restitution d’information de consommation Showe It 2011 - 2013 Affichage détaillé de la consommation dans des appartements de bailleurs sociaux européens Smart Electric Lyon 2012 Etude des usages de l’électricité. Mise en place de solutions techniques (gestion de l’énergie, affi- cheur, chauffage électrique piloté, etc.) couplés à des offres tarifaires TICELEC 2011 - 2012 Dispositif de retour en temps réel sur plateforme web des consommations sans coaching Trak O’Watts 2011 Accompagnement personnalisé des familles pour un changement d’usage entraînant la réduction des consommations électriques TYWATT 2000 – Delta Dore 2012 - … Dispositif pour la gestion des automatismes et affichage des consommations électriques par usage Watt & Moi 2012 - 2014 Expérimentation auprès de locataires d’un site web de visualisation de la consommation détaillée des foyers Wiser – Schneider 2014 Box dédiée à la gestion énergétique du foyer Tableau 1 : Liste des projets de MDE étudiés. Dispositif technique Dispositif de suivi et animation Dispositif technique avec suivi REE N°2/2017 Z 69 La maîtrise de la demande en électricité au travers d’une présentation efficiente des données habitation neuve, mieux isolée, aura une consommation due au chauffage moindre et ne pourra être comparée à un logement plus ancien. Des données sur l’occupant sont également récupérées dans différents projets. Ces informations sur le nombre d’occupants, le statut, etc. permettent de définir des profils et d’expliquer des différences d’usage. Des retraités, beau- coup plus présents, consommeront dif- féremment d’un couple de jeunes actifs. Des propriétaires pourront investir dans des travaux alors que des locataires seront moins libres d’agir sur les failles énergétiques du logement. Récupérer des détails sur les équi- pements (type, classe énergétique, etc.) ainsi que sur leur état de fonctionnement (marche/arrêt/veille) permet de com- prendre plus aisément les courbes de charge et de proposer une répartition de celles-ci. Le système est alors en mesure de déceler les surconsommations et de proposer des solutions adaptées. L’utilisa- teur peut par exemple être invité à dégi- vrer son congélateur ou encore à changer sa machine à laver devenue obsolète. Il n’est pas toujours nécessaire d’installer un capteur par appareil, la signature énergé- tique peut permettre d’identifier les équi- pements moyennant un algorithme et une mesure globale adaptés. Les données météo influent égale- ment sur la consommation et peuvent expliquer des pics sur certains jours. Pour lier conditions météorologiques et consommation, des capteurs de tempé- rature, luminosité et humidité peuvent être installés. Cette analyse peut aussi se faire de manière plus indicative en rele- vant sur les sites spécialisés l’évolution des températures de la région. Certains dispositifs permettent de confronter les degrés de confort et don- nées de consommation. Cela permet de prendre conscience que les actions de MDE ne pénalisent pas forcément le bien-être dans l’habitat. L’utilisateur se fie à la norme technique du confort, la tem- pérature de chauffe indiquée et moins à la norme physiologique, le ressenti phy- sique. Il n’est par exemple pas utile de chauffer un intérieur à 24 °C. La mise en relation des données de consommation en eau et gaz avec la consommation électrique permet de compléter la démarche (figure 3). Il s’agit d’une continuité dans l’approche environnementale et de maîtrise des dépenses. On retrouve également des infor- mations prévisionnelles comme l’af- fichage des prévisions de période de basse et forte consommation. Cela per- met aux consommateurs d’anticiper sur leurs besoins ou de reporter certaines actions non prioritaires. Certains projets ont choisi d’inclure des données additionnelles comme la tarification en cours ou encore le niveau d’engagement de l’utilisateur. Cette donnée, estimée à partir de la fré- quence d’utilisation, du type d’actions menées, etc. permet aux organisateurs de réagir pour motiver le participant. C’est également un moyen de prendre conscience de son taux d’investisse- ment et de faire les efforts nécessaires. On retrouve aussi des informations sur des thèmes annexes du développe- ment durable comme les horaires des transports publics, les jours de ramas- sage des ordures, etc. Remarque : Des cas extrêmes de restitution de données ont été rencon- trés (figures 4 et 5). Le bon système est celui qui arrive à faire les bons com- promis. Il est important d’être sélectif pour ne pas noyer les données essen- tielles, de proposer principalement des informations permettant de répondre aux objectifs. Il faut parvenir à établir un lien clair entre chacune des don- nées, retranscrire ces informations pour qu’elles aient du sens aux yeux de l’uti- lisateur et lui permettent de réaliser une analyse de sa consommation sans difficulté. Figure 3 : Indicateurs de consommation du portail « TiSOLENN » (Niji-ALOEN) - Source : tisolenn.lorient-agglo.fr. 70 Z REE N°2/2017 L’ÉNERGIE ET LES DONNÉESDOSSIER 2 Utiliser différents degrés de détail et technicité pour illustrer les concepts Les consommateurs proviennent de divers horizons et milieux profession- nels et appartiennent à plusieurs géné- rations. Il est important de s’adapter aux connaissances et attentes de chacun. Il faut tout d’abord faire attention aux termes employés. Par exemple, la dis- tinction entre les notions de puissance et énergie n’est pas claire pour la plu- part. Un équipement qui nécessite une forte puissance ne va pas forcément être le plus énergivore. Il faut donc bien faire attention à l’emploi de ces termes et utiliser un vocabulaire adapté aux connaissances de l’usager et à sa sen- sibilité. Les chiffres ne sont pas toujours très parlants et doivent être commentés pour leur donner du sens en y associant images et courbes. Un élément prépondérant dans les outils de MDE est la simplicité. Les projets l’utilisent dans leur communi- cation en proposant d’aborder simple- ment l’énergie, de cibler l’information afin de garantir un maximum d’accessi- bilité. Pour satisfaire chacun, des com- pléments peuvent être transmis. Un problème de compréhension ou le recours systématique au manuel d’uti- lisation peut décourager, entraîner une mauvaise interprétation ou des pro- blèmes techniques. On se retrouve alors avec des données non représentatives ou un abandon des utilisateurs suite à de trop nombreuses difficultés. La simplicité d’utilisation doit s’asso- cier à la simplicité d’installation. La mise en place de trop nombreux cap- teurs vient compliquer l’installation et sa maintenance. L’intervention essen- tielle d’un expert est aussi synonyme de coût additionnel. « Qinergy » répond très bien à cette problématique en n’uti- lisant qu’un seul point de mesure faci- lement installable par le particulier. La complexité du dispositif est cachée et réside dans les algorithmes de réparti- tion de consommation. Simplicité ne signifie toutefois pas impasse sur les détails. Des données trop statiques risquent d’entraîner un manque d’information. Les utilisateurs ne parviendront pas à identifier l’im- pact de leurs actions. Le détail permet de repérer les gouffres énergétiques. Il faut en proposer quitte à laisser l’utili- sateur libre dans le choix des informa- tions. La mise en place d’explications contextuelles, via accès à une rubrique « pour aller plus loin », permet de satis- faire un potentiel intérêt. Il est aussi pos- sible d’associer valeurs et tendances afin d’anticiper l’effet de ses actions. Remarque : Il apparaît important de moduler certaines variables en utilisant différents degrés de détail et technicité. Tout ceci peut se faire par l’intermé- diaire de sous-rubriques, d’une inter- face configurable ou encore de la mise Figure 4 : Dispositif minimaliste “Aware Clock” - Source : tii.se. Figure 5 : “EcoFamilies”, cas extrême de restitution d’informations. Source : nicecotedazur.org/.../le-projet-ecofamilies. REE N°2/2017 Z 71 La maîtrise de la demande en électricité au travers d’une présentation efficiente des données à disposition de documents annexes. Le tout est de laisser finalement la pos- sibilité de choisir son taux d’information et par conséquent son taux d’implica- tion. Une donnée étant associée sys- tématiquement à une valeur et un temps, il faut proposer différentes gra- nularités pour ces deux aspects et par- venir à un bon compromis entre détail et simplicité. Définir une fréquence de mesure appropriée La réglementation impose d’effectuer un retour de consommation a minima mensuellement. L’ensemble des disposi- tifs étudiés propose néanmoins une fré- quence de mesure plus élevée, voire du temps réel. Y a-t-il une fréquence plus adaptée qu’une autre ? Les fréquences de relevé observées dans les projets varient du temps réel à l’hebdomadaire. Les dispositifs ayant opté pour une fréquence faible sont majoritairement des systèmes à relevé manuel pour ne pas trop contraindre l’utilisateur. Cette faible fréquence de mesure et donc la différence de pré- cision obtenue par rapport aux relevés automatiques n’est pas forcément néga- tive. Le fait d’effectuer un relevé manuel de son compteur permet d’impliquer plus fortement l’utilisateur. Dans le cas d’un système automa- tique, il devient difficile de lier l’action au résultat avec une telle fréquence. Pour une interface dédiée, toujours visible, il est intéressant d’avoir un suivi temps réel pour mesurer l’effet d’une lumière allumée par exemple. Sur une interface non dédiée, l’utilisateur doit faire la démarche de la consulter. Un relevé quasi-temps réel, de l’ordre de la minute, semble suffire s’il donne la possibilité d’actualiser les données à tout moment. Il faut cependant noter que selon des études récentes, les économies d’énergie les plus impor- tantes sont observées sur les systèmes à retour temps réel de la consomma- tion totale (-9,2 %) et détaillée (-12 %) [3]. Remarque : On observe que la fré- quence de mesure choisie va dépendre du mode de relevé (manuel ou automa- tique) et du support de suivi. Aucune option ne semble l’emporter. Le plus important est la régularité des mesures. Sans contrainte matérielle, il est dom- mage de se priver d’un suivi temps réel permettant de souligner au mieux les conséquences d’une action. Attention toutefois à bien prendre en compte la capacité de stockage des données! Choisir un type d’affichage de données pertinent Pour garantir un dispositif attractif et surtout compréhensible, un affichage adapté est un élément essentiel. Si la donnée est retranscrite de façon gros- sière ou inappropriée, l’information ne parviendra pas à l’utilisateur. La forme masquera le fond, c’est-à-dire l’intérêt de la donnée pour l’usager. L’approche graphique est très majo- ritairement privilégiée, elle permet une lecture rapide et simplifiée (figure 6). Ces éléments sont les plus lus et les mieux compris [4]. A chaque cible d’in- formation correspond un type de graphe (histogramme, diagramme circulaire, etc.). Un outillage minimaliste et évitant l’utilisation de surcharge de texte permet une compréhension globale au premier aperçu. Un graphique sans unité de mesure n’a cependant aucun sens. Plusieurs options sont possibles : W, A, Wh, %, F, gCO2 . Pour mettre en avant les équipe- ments les plus énergivores, le % semble le plus approprié. L’utilisation de la valeur monétaire et des taux d’émission CO2 dépend du message à faire pas- ser. Il faut toutefois utiliser un référentiel lorsque l’unité gCO2 est employée, afin de faciliter l’interprétation. Enfin le watt, l’ampère et le watt.heure, directement liés au sens physique, restent indispen- sables pour prouver le fondement des valeurs et graphes construits ainsi que pour intéresser les plus aguerris. Les données peuvent être affichées en absolu ou relatif. L’absolu, résul- tat « brut » de la mesure, permet de toucher les personnes techniciennes. Cependant, la notion de gaspillage est Figure 6 : Portail “SOLENN – UBS”, répartition de consommation. 72 Z REE N°2/2017 L’ÉNERGIE ET LES DONNÉESDOSSIER 2 souvent importante pour les ménages et le moyen le plus clair de la mettre en avant est le relatif. La valeur indi- quée peut prendre pour référence une moyenne ou un objectif. La référence à la moyenne met en évidence les pro- grès ou régressions par rapport à une date t0 . La référence à un objectif per- met de donner une ligne directrice au foyer et d’inciter à l’effort (figure 7). Le choix des couleurs est aussi important. Il faut prendre en compte lisi- bilité, contraste, symbolique et har- monie des couleurs. L’étape est assez délicate car subjective. Les notions néga- tives, par exemple, ne sont généralement pas associées au vert dans notre société. De plus, il est préférable de n’utiliser qu’un nombre restreint de couleurs pour rendre l’interface agréable. Les mêmes codes doivent être respectés sur l’en- semble du dispositif. Enfin, la couleur ne doit pas représenter en soi une informa- tion, elle l’accentue, pour éviter une mau- vaise interprétation notamment par une personne de culture différente. Un autre principe qui se dégage est l’utilisation d’éléments familiers (figure 8). “Meter Hunt” se réfère au classement énergétique de l’Union européenne pour situer le foyer. Cette représentation, bien connue de l’en- semble des utilisateurs (électroména- ger, etc.), valorise les connaissances déjà acquises. Aucun effort supplémentaire pour leur lecture n’est nécessaire. L’utili- sation d’images claires et connues appa- raît plus efficace qu’un simple texte [5]. Par exemple, certains compteurs ont des visuels semblables au tachymètre d’une voiture. Enfin, la mise en place d’un affi- chage dynamique reste un élément clé. Il permet de mettre en avant les informations et d’apporter une meil- leure lisibilité. Sur l’interface du projet BeAware, lorsqu’un équipement moni- toré est activé, son image et sa consom- mation s’affichent sur la page principale (figure 9) [6]. Cela permet de visualiser aisément les appareils consommateurs. Un regroupement dynamique rend éga- lement l’interface plus attractive et per- met d’orienter l’utilisateur. Au choix, l’utilisateur peut afficher sur une même page les appareils d’une même pièce, d’une même famille, en veille, etc. Remarque : L’affichage doit être en accord avec le message à faire passer et compréhensible au premier aperçu. Il faut donc rester simple dans l’outillage tout en respectant une cohérence dans les couleurs et types de graphes. Les recommandations d’ergonomie, fruits de nombreuses études sur le comporte- ment humain, sont des bases indispen- sables à la constitution d’une interface. Tous ces points permettent de conclure que le meilleur moyen de transmettre de l’information, de faire monter en compétence l’utilisateur pour qu’il puisse devenir « consom’acteur », serait d’utiliser un système évolutif four- nissant dynamiquement une informa- tion adaptée au niveau d’intérêt et de Figure 7 : Interface « Ijenko » - Objectifs - Source : projet-modelec. Figure 8 : Classe énergétique “Meter Hunt” [5] et compteur “TyWatt 2000” - Source : deltadore. Figure 9 : “EnergyLife” du projet “BeAware”. Source : tii.se. REE N°2/2017 Z 73 La maîtrise de la demande en électricité au travers d’une présentation efficiente des données compréhension. La bonne utilisation de ce dispositif nécessite cependant un accompagnement sous forme d’explica- tions et aides contextuelles. Sensibilisation de l’utilisateur et acceptation des contraintes Sensibiliser le consommateur aux problématiques énergétiques requiert de jouer sur son individualité en utilisant des biais qui lui correspondent : financier, environnemental, social, etc. Utilisés de façon appropriée, ils rendent plus accep- tables les contraintes liées à la MDE. Apporter des conseils personnalisés La population est dans l’ensemble fortement sensibilisée et il est diffi- cile d’apporter globalement de nou- velles informations pour générer des économies. C’est pourquoi les conseils doivent être spécifiques et étroitement liés au foyer du consommateur. Ces conseils personnalisés peuvent être sous forme d’éco-gestes, de sug- gestions d’investissement matériel ou d’offres tarifaires. Ils sont ciblés en fonc- tion de la saison, du profil ou d’étapes clés de la vie d’un foyer. Les analyses d’usage et de consommation permettent de transmettre des suggestions adaptées (temps de retour sur investissement, impact des actions) sous forme de mes- sages non culpabilisants. Un éco-geste personnalisé sera dans l’ensemble plus appliqué qu’une recommandation géné- rale. Il faut garder à l’idée qu’on ne peut vendre de l’économie, il faut avant tout apporter du confort. On peut s’orienter vers une proposi- tion de conseils personnalisés en fonction du niveau d’implication des habitants, de l’analyse des consommations et usages. Les propositions peuvent prendre la forme d’une “to-do list” avec les éléments à faire, faits ou rejetés classés par catégo- rie (investissement, changement d’habi- tude, initiative de groupe) [7]. Intégrer des problématiques actuelles : la dimension environnementale La volonté de préservation de l’en- vironnement se retrouve parmi les champs de motivation des foyers. Cette dimension ne doit pas être négligée si l’on veut toucher un public le plus vaste possible. Cette thématique est très pré- sente dans l’actualité et il faut profiter des communications faites à ce sujet. Le plus souvent, cet aspect est représenté par un équivalent de la consomma- tion en émission CO2 (figure 10). Il semble intéressant d’ajouter un référentiel à cette donnée pour lui don- ner plus de sens. Une solution est l’in- formation imagée avec par exemple la représentation d’un arbre prenant de l’ampleur au fur et à mesure des pro- grès en termes de consommation [8] ou au contraire perdant ses feuilles en cas d’excès. Le particulier se représente ainsi facilement l’impact que pourrait avoir sa surconsommation. Selon EcoMde, « l’importance accor- vis du gaspillage, sont les motivations qui consommation des ménages » [6]. Il s’agit donc d’une mobilisation sur le long terme. Utiliser la donnée financière Un gain potentiel ou des promesses d’économie peuvent motiver. Un profil d’usagers pour lesquels l’optimisation du budget est le principal levier d’adhé- sion a été identifié [6]. S’appuyant sur cette donnée, la majorité des projets utilise des équivalents de consom- mation en euros (figure 11), alertes de dépassement de budget, factures pré- visionnelles, abaissement tarifaire ou encore des analyses de consommation permettant d’identifier un abonnement adapté. L’économie financière est par- fois un besoin pour certains profils en situation précaire. En impliquant ces derniers, elle contribue également à les valoriser. Il faut néanmoins manier ces don- nées financières avec précaution car elles n’ont qu’un effet à court terme et la sensibilisation aux enjeux éner- gétiques est limitée. Une fois l’objectif financier atteint, l’intérêt s’estompe. Il faut veiller à rappeler régulièrement l’ob- jectif initial de réduction de consomma- tion. Plusieurs profils pour qui un extra confort prime sur la donnée financière sont insensibles aux incitations tarifaires. Un effet rebond (perte des habitudes assimilées) a également été noté pour les personnes en situation précaire dont le pouvoir d’achat a augmenté. Figure 10 : Retour d’information du portail “SOLENN - UBS”. 74 Z REE N°2/2017 L’ÉNERGIE ET LES DONNÉESDOSSIER 2 Remarque : Il ne faut pas se pri- ver de la donnée financière qui per- met de capter un certain public et de rendre parfois les choses plus concrètes. Les utilisateurs veulent maîtriser leur budget ou sont motivés par des gains potentiels. Cette don- née doit être associée à une sensibi- lisation autre pour atteindre un effet long terme afin qu’elle ne soit pas juste perçue comme une question d’argent mais comme un réel enjeu d’avenir. Proposer une personnalisation de l’affichage Le particulier doit pouvoir s’approprier le système. Une proposition consiste à laisser l’interface au maximum paramé- trable afin que l'intéressé puisse définir son environnement graphique. Une première méthode se base sur le principe des widgets, objets sur éta- gère facilement configurables. Un autre moyen est la personnalisation des élé- ments existants avec par exemple un espace de stockage dédié aux images de l’utilisateur. Il est libre de choisir le fond d’écran, les icônes et leur dis- position, de définir les messages d’alerte. Ce dispositif est très maniable mais nécessite une phase importante de paramétrage. Un dernier moyen est l’avatar qui permet ainsi au consomma- teur de s’identifier [7]. L’adaptabilité du système est une autre forme de personnalisation. Elle per- met de concorder avec les caractéris- tiques de chacun (vue, contexte, etc.). Elle peut consister en une modulation de la taille des caractères, le choix de la langue, etc. Il faut également permettre aux utilisateurs de désactiver les affi- chages et informations inutiles, les auto- riser à contourner certaines fonctions, proposer plusieurs façons d’arriver à un même résultat. Par exemple, pour entrer une donnée, le consommateur peut utili- ser la saisie directe ou bien un curseur [9]. Permettre à l’utilisateur de se comparer Les données de comparaison, sou- vent bien perçues, impactent favorable- ment les résultats d’expérimentations. Deux types de comparaison sont identi- fiés : la comparaison intra-individuelle et interpersonnelle. La comparaison intra-individuelle est une confrontation des données cou- rantes avec celles passées (figure 12). L’horizon peut être la journée, la se- maine, le mois ou l’année et permet de valider les progrès. Cette comparai- son doit cependant intégrer saison et météo. Comparer décembre avec juil- let n’aurait aucun sens. Selon l’analyse [4], sur les programmes étudiés, 10,4 % d’économies d’énergie ont été obser- vées contre 6,8 % pour ceux n’ayant pas proposé cette comparaison. La comparaison interpersonnelle permet de se situer par rapport aux autres (figure 13). Il s’agit d’une motiva- tion extrinsèque, entretenue par l’émula- tion des autres (comparaison/pression sociale). Cette comparaison peut se faire Figure 11 : Portail « e.quilibre » d’EDF - Source : edelia. Figure 12 : Portail « Domovea » - Comparaison intra-individuelle - Source : hager. REE N°2/2017 Z 75 La maîtrise de la demande en électricité au travers d’une présentation efficiente des données selon plusieurs granularités (quartier, ville, etc.). Sa représentation sous forme de graphe de distribution est la plus appré- ciée (figure 14). Il faut toutefois fixer des groupes référents pertinents pour garantir la fiabilité des résultats et veiller à ce que cette comparaison ne soit pas contre-productive pour les petits consom- mateurs [6]. Elle active un esprit de com- pétition et un message normatif pour un impact long terme. Sur les factures détail- lées, elle a été identifiée comme l’une des données les plus influentes [5]. Mobilisation durable du participant Il est important de pouvoir étudier la durabilité des actions et motivations. Diffé- rents vecteurs permettent, selon plusieurs études, de maintenir cette mobilisation. Intégrer l’utilisateur à un groupe Créer un groupe permet de démargi- naliser la démarche et appuyer la moti- vation. Une approche citoyenne peut permettre de faire participer des foyers plus difficiles à persuader. Il est aussi pos- sible de rassurer les participants en diffu- sant des témoignages ou de se baser sur la coopération. L’objectif de « Sensomi » est de « faire croître une plante imaginaire, se développant en fonction […] de la consommation d’énergie du joueur, tout en restant dans une dépendance sym- biotique à l’égard des plantes des autres joueurs » [8]. La réussite est alors person- nelle mais liée au résultat commun. Cette notion peut être renforcée par les médias sociaux. Leur intégration per- met de partager connaissances, tableaux de bord, de se vanter des accomplisse- ments. Les participants peuvent utiliser Facebook/Twitter pour se connecter à une application de suivi. L’auto-motiva- tion est alors centrée sur les commen- taires et supports des amis. L’utilisateur est engagé envers eux. Les réseaux soci- aux sont susceptibles de devenir un pil- ier du développement des smart grids et solutions de MDE. Ce milieu étant vaste, il faut toutefois indiquer les informations nécessaires pour que l’utilisateur puisse se fier à une référence de valeur. Il est aussi important de laisser la possibilité de garder ces données privées. Une autre façon d’instaurer ce sen- timent de partage est la constitution d’équipes. La cohésion peut être renfor- cée par la création d’une identité : nom, logo, slogan, etc. L’intérêt est que le bilan se fait essentiellement par équipe. Il n’y a pas de défaite personnelle mais collective pouvant être tournée en déri- sion. Quant aux critères de succès dans la constitution d’équipes, certains esti- ment que les personnes doivent être proches physiquement pour favoriser l’échange tandis que d’autres privilé- gient les liens affectifs pour garantir le côté convivial. On retient que la proxi- mité (physique ou lien personnel) est un invariant des projets collectifs et joue sur la dynamique du groupe à long terme. Utiliser les concepts de jeux et défis Que ce soit seul ou par équipe, le jeu, la compétition attisent la curiosité et maintiennent le participant impliqué. Cette dimension ludique se manifeste sous différentes formes : les quizz, les Figure 13 : Portail “Opower” - comparaison interpersonnelle - Source : opower. Figure 14 : Diagramme de distribution utilisé pour une comparaison interpersonnelle [10]. 76 Z REE N°2/2017 L’ÉNERGIE ET LES DONNÉESDOSSIER 2 jeux-concours, les compétitions, les jeux interactifs et les jeux d’équipe. Quelques projets illustrent ces principes. “Meter Hunt” est construit sur le concept du jeu-concours. Une loterie est organisée chaque mois. Le but de l’opération est de transformer le comp- teur électrique, un objet de la maison peu intéressant, en l’outil permettant de gagner des prix tout au long de l’an- née, tout en rappelant au particulier sa consommation et favorisant ainsi un changement d’usage. Chaque mois, l’utilisateur doit envoyer de nouvelles mesures afin d’augmenter ses chances de gagner. Ce projet a eu de très bons résultats avec une baisse de consom- mation de 17 % [5]. Ces résultats n’ont pas de lien avec le gain d’un prix car il est possible de gagner sans économiser un seul kWh. Le jeu sert avant tout à main- tenir l’investissement du particulier. « Défi Famille à Energie Positive » se déroule quant à lui sous la forme d’une compétition par équipe. Le défi est de réduire les consommations de 8 % le temps d’un hiver. Il est important qu’il n’y ait rien à gagner de très significatif pour que les membres de l'équipe com- prennent que le but est avant tout la baisse de consommation. Ces défis ont eu de bons résultats avec une moyenne de réduction de 12 %. Des jeux au sein de l’équipe sont organisés. Ils sont soit entièrement réalisés par un membre ou tirés d’une base de données mise à dis- position. On retrouve par exemple « Qui veut gagner des millions de tonnes de CO2 ? », « Question pour un champion de la transition énergétique ». D’autres projets ont opté pour des jeux individuels [6]. L’application de “BeAware” est organisée sous forme de jeu avec une ouverture possible des résultats à la communauté pour entrer dans une démarche de compéti- tion. Les utilisateurs peuvent passer des niveaux et gagner des points en lisant des astuces, répondant à des quizz, etc. D'après les retours enregistrés, il est établi que l'utilisation du jeu a permis d’augmenter le niveau de connaissance [5]. Le système donne de plus un rôle actif et dépasse la simple technologie informative. Remarque : Ces jeux sont des inci- tations à l’apprentissage. Ils permettent de dynamiser les plateformes, de pous- ser le participant à lire un maximum de détails. Ils sont un moyen détourné de pousser le consommateur à s’intéres- ser au concept même s’il n’y est pas sensible au premier abord. Beaucoup de projets utilisent le principe de ludi- fication dans un objectif d’économie ou d'apprentissage en ligne pour engen- drer des actions qu’à l’ordinaire les occu- pants trouveraient pénibles. Conclusion : vers un dispositif « idéal » L’ensemble des thèmes abordés dans cette étude (retranscription de l’in- formation, sensibilisation, mobilisation) ont chacun le même facteur d’impor- tance. Un dispositif pourra être consi- déré comme « idéal » s’ils sont tous pris en compte lors de la conception. L’as- pect technique ne doit pas être privi- légié par rapport à l’aspect humain/ social et inversement. Afin de concevoir des outils d’aide à la MDE territoriale et des moyens d’information et d’ac- compagnement individuels répondant au mieux aux attentes des consom- mateurs, les éléments semblant les plus pertinents ont été relevés. Ils sont basés sur les retours les plus fréquents et les plus marquants sélectionnés par un panel réunissant des compétences diversifiées et complémentaires (ergo- nomie, sciences sociales, marketing, systèmes d’information, informatique, énergétique, etc.). On retient alors de cette analyse qu’un dispositif « idéal » doit a minima : - tialité des données ; LES AUTEURS Mathilde Tréhin, diplômée de Grenoble InP - ENSE3, est spéciali- sée dans la conception, le contrôle et le monitoring de systèmes éner- gétiques intelligents. Elle a rejoint le laboratoire Lab-STICC de l’Uni- versité Bretagne Sud en 2013 pour travailler sur les systèmes de gestion auto-adaptative des éner- gies. Actuellement, elle intervient en tant qu’ingénieur de recherche sur le projet Smart Grid SOLENN, une expérimentation menée sur l’agglomération de Lorient où elle s’occupe du design d’interfaces des- tinées à aider le particulier à gérer la consommation d’énergie de son logement. Pascal Berruet est professeur à l’Université Bretagne Sud (UBS). Diplômé de l’Ecole centrale de Lille en 1994 et titulaire d’un DEA, il obtient sa thèse en automatique, informatique industrielle en 1998. Il rejoint alors l’UBS et obtient son habilitation à diriger des recherches en 2007. Il développe des activités autour de la génération automatique du contrôle/commande, l’implanta- tion, la supervision et la simulation pour les systèmes à événements discrets reconfigurables. Il inter- vient dans des projets collaboratifs ayant pour champ applicatif l’effica- cité énergétique, la domotique pour l’aide à la personne et les systèmes industriels reconfigurables. REE N°2/2017 Z 77 La maîtrise de la demande en électricité au travers d’une présentation efficiente des données - gée dans la transmission d’information ; du détail avec des éléments chiffrés en option ; d’adaptabilité ; consommateurs en complétant les données de consommation d’énergie par des données financières, environ- nementales et comparatives ; électriques couplées aux caractéris- tiques du logement et des occupants, aux données météo (instantanées et prévisionnelles) et de confort si l’équi- pement le permet ; - ser l’implication des utilisateurs et la pérennité de l’action ; Cet article donne les principales clés pour garantir au dispositif un maximum d’attrait et amener l’utilisateur à devenir « consom’acteur » [11]. Les méthodes de sensibilisation et de mobilisation pré- sentées succinctement ici sont pensées selon des travaux portant sur l’accepta- bilité des Smart-Grids [12]. En effet un système, aussi bien conçu technique- ment qu’il soit, risque un échec dans le processus d’adoption de la technologie si cet aspect n’est pas anticipé. L’accep- tabilité est donc un point indispensable pour qu’un outil soit utilisé comme un objet du quotidien. A ces critères, de nombreuses innovations peuvent encore être apportées et sont suggé- rées tout au long de ce document (évo- lutivité, explications contextuelles, etc.). L’objectif est de prévenir un essouffle- ment de l’intérêt du particulier et ainsi de maintenir son engagement (figure 15). Références [1] RTE, « Bilan prévisionnel de l’équilibre offre-demande d’électricité en France », 2015. [2] «Systèmesdemesureoud’estimation des consommations en logement. Réglementation Thermique des Bâti- ments neufs, fiche d’application », 2013. [3] K. Ehrhardt-Martinez, K. Donnelly et J. Skip Laitner, “Advanced Meter- ing Initiatives and Residential Feed- back Programs: A Meta-Review for Household Electricity-Saving Opport- unities”, American Council for an Energy Efficient Economy, Washington DC, 2010. [4] J. Stromback, C. Dromacque et M. Yassin, “The potential of smart meter enabled programs to increase energy and systems efficiency: a mass pilot comparison Short name: Empower Demand”, Vaasa ETT, 2011. [5] P. Lewis, C. Dromacque, S. Brennan, J. Stromback et D. Kennedy, “Energy Efficiency through Information and Communication Technology - Best Practice Examples and Guidance”, Empower Demand 2, VaasaETT, 2012. [6] Alphéeis, « Analyse des facteurs socio- économiques qui entrent en jeu dans l’utilisation et l’adoption par les ménages des solutions de MDE dynamique. Etude internationale. Synthèse biblio- graphique », SoEcoMDE, 2013. [7] R. Decorme, E. Thibault et A. Zarli, “Energy Awareness In The Office and Residential Built Environments: The Ecoffices and Ecofamilies Expe- riments”, Proceedings of the CIB W78 29th International Conference, 2012. [8] A. Dujin et B. Maresca, « Changer les comportements : l’incitation compor- tementale dans les politiques de maîtrise de la demande d’énergie en France, Cahier de recherche », CREDOC, 2012. [9] J. Christian Bastien et D. Scapin, “Ergonomic Criteria for the Evaluation of Human-Computer Interfaces”, INRIA, 1993. [10] M. Iyer, W. Kempton et C. Payne, “Comparison groups on bills: Automated, personalized energy information”, Energy Build, vol. 38, n° 8, 2006. [11] C. Chauvin, P. Rauffet, M. B. P. Tréhin et J. Lassalle, “Using Cognitive Work Analysis to design Smart- Grid Interface” Proceedings of the Human Factors and Ergonomics Society Europe Chapter 2015 Annual Conference, 2015. [12] M. Tréhin, P. Berruet, C. Chauvin et J. Lassalle, « Co-conception ergo- système d’un dispositif d’information smart-grid » ERGO’IA, Bidart, 2016. Figure 15 : Courbe d’utilisation d’une nouvelle technologie.