Technologies numériques : un enjeu technologique, économique et sociétal majeur

07/05/2017
Publication REE REE 2017-2
OAI : oai:www.see.asso.fr:1301:2017-2:19257

Résumé

Technologies numériques : un enjeu technologique, économique et sociétal majeur

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98 Z REE N°2/2017 LIBRES PROPOS Christian Saguez N os sociétés et nos modes de vie connaissent des évolutions dont l’importance et la rapi- dité sont largement dues aux ruptures ap- portées par les technologies numériques. Trois facteurs expliquent cette situation : la numérisation de l’ensemble des informations, le développement très rapide des capacités de calcul, de stockage et de dif- fusion, la mise au point de méthodes et d’algorithmes de traitement très puissants. Avec ces aspects technolo- giques, de nouveaux modèles économiques sont appa- rus, accélérant encore ces changements. Ainsi les technologies numériques sont-elles deve- nues un des vecteurs essentiels de changement et de développement de notre société. Elles transforment fondamentalement celle-ci, tant au niveau des entre- prises et des modes de travail, que dans notre vie quo- tidienne et sont un enjeu majeur de souveraineté et de développement économique. Dans cet article, après avoir rapidement rappelé quelques grandes évolutions technologiques, nous pré- sentons successivement leurs impacts sur les grands secteurs économiques et sur la vie de chacun. Les grandes évolutions technologiques Quatre facteurs essentiels sont à l’origine des grandes évolutions liées aux technologies numériques : considérable d’informations de tout type (person- nelles, professionnelles, publiques…) a conduit aux données sont devenues la matière première de l‘éco- nomie. En conséquence la maîtrise des données a un rôle doublement stratégique : leur possession (au sens juridique ou réglementaire du terme) est essentielle à une économie de la connaissance et maîtriser leur manipulation à l’échelle qui nous guette (à savoir à l’échelle de l’exaoctet, 1018 octets, à très court terme, et d’un ou deux ordres de grandeurs supplémentaires à moyen ou long terme) est critique. Or dans ce secteur on ne peut que constater la place prépondérante, pour ne pas dire exclusive des sociétés américaines et no- tamment une forme de quasi-monopole des GAFA qui ainsi imposent des standards de fait. Il convient donc de lancer au niveau national un grand plan HPDA (High Performance Data Analytics) pour assurer la maîtrise de ces technologies. plus importante à tous les niveaux depuis la tablette dont chacun dispose jusqu’aux très grands calculateurs. Pour ces derniers les puissances sont aujourd’hui de plusieurs pétaflops (millions de milliards d’opérations flottantes par seconde) et devraient atteindre l’exaflop (1 milliard de milliards d’opérations par seconde) dans pour toutes ces architectures nécessite le développe- ment de nouveaux environnements logiciels adaptés. De plus la mise en œuvre de ces calculateurs pose des problématiques majeures en terme énergétique. Par ailleurs les capacités de stockage connaissent une évo- lution identique ainsi que les capacités de transmission des données. Ces puissances considérables sont lar- France a maintenant une position de leader dans ce secteur. Il convient de maintenir, pour ne pas dire d’ac- célérer, les efforts aux niveaux national et européen pour garantir cette situation très favorable à notre pays. permettent maintenant de traiter des problèmes de très grande taille, simulations muti-physiques ou - rithmique parallèle, qui doit permettre une utilisation optimale des capacités de traitement disponibles, connait une grande évolution, bien que des challenges essentiels soient encore à résoudre. Parmi les évo- lutions fortes, il convient de citer d’une part les mé- thodes d’optimisation et d’aide à la décision dans des environnements probabilistes et d’autre part les outils d’apprentissage et de modélisation par les données, de ces outils et la disposition d’éditeurs de logiciels de Technologies numériques : un enjeu technologique, économique et sociétal majeur REE N°2/2017 Z 99 LIBRES PROPOS taille mondiale assurant leur conception et leur diffu- sion est un enjeu essentiel. - cielles, des changements majeurs sont intervenus dans tant pour les logiciels que pour les données se déve- loppent rapidement et sont de plus en plus retenus dans l’industrie. Il faut bien comprendre que la vraie valeur des données provient de l’exploitation et du traitement Software as a Service (SaaS), qui reposent sur un paie- ment à l’usage en s’appuyant sur les technologies Cloud et les plateformes de service, permettent un accès de plus en plus aisé à tout type d’entreprise en limitant les investissements. Ceci doit assurer une diffusion beau- coup plus large dans tous les secteurs économiques au niveau des PME et ETI. Nous devons favoriser la mise en place de telles plateformes. au niveau national (Plan « supercalculateur », Techno- pole Teratec, Initiative SIMSEO pour les PME…) qu’eu- ropéen (ETP4HPC, projets H2020…) autour de ces d’avoir une position de leader au niveau européen en disposant de compétences académiques et indus- trielles de tout premier plan tout au long de la chaine de valeur. Cependant face aux évolutions très rapides, cette position reste fragile. Ces initiatives doivent donc être poursuivies, voire amplifiées pour maintenir notre positionnement actuel. En dehors des compétences proprement dites, la continuité des actions est en effet une condition absolue de succès. Par ailleurs soyons extrêmement vigilants à ce que nos pépites technolo- giques aient accès aux moyens financiers nécessaires à leur croissance pour atteindre les marchés mon- diaux et ne soient pas trop systématiquement absor- bées par des groupes internationaux. Des impacts dans tous les secteurs économiques - tions et des technologies numériques sont pour les états et collectivités, les administrations et les sociétés indus- trielles et de service un enjeu stratégique sociétal, cultu- rel, économique et technologique considérable. - miques : Les grands secteurs traditionnels développées dans les grands secteurs manufacturiers, tels que l’aéronautique, les transports ou l’énergie. Ceci a permis l’émergence de grands codes de calcul en structure, thermique, mécanique des fluides ou élec- tromagnétisme. Maintenant, grâce aux progrès algo- rithmiques et à l’accroissement des capacités de calcul, les problématiques des systèmes multi-physiques sont abordées ainsi que les méthodes d’optimisation sys- tème. Ceci a permis de passer d’une simple utilisation pour valider des expériences à un usage fondamental pour la conception de nouveaux produits ou services et à un rôle central dans tout le cycle de vie des pro- d’un avion ou d’un nouveau véhicule automobile jusqu’à des systèmes plus complexes tel un navire de croisière. Dans tous les cas, ces travaux permettent une améliora- tion très significative en termes de temps de conception et de performance et garantissent un meilleur suivi du produit de la fabrication à la fin de vie, apportant un gain incontestable. Un autre apport très pertinent concerne les outils de suivi et d’aide à la maintenance prédictive, par exemple pour les réacteurs d’avion. Face à la compé- tition mondiale, ces technologies sont devenues un outil obligatoire pour tous les acteurs économiques. Les nouveaux secteurs – L’exemple de l’agriculture mathématique et de traitement des données ont per- mis à ces outils de se diffuser dans tous les secteurs de l’économie. Dans de nombreux secteurs, ces technolo- gies jouent maintenant un rôle central. Parmi ceux-ci on peut citer : la santé avec notamment les aspects géno- mique et médecine personnalisée, le secteur du com- merce avec tous les outils de suivi clients ou de tarifica- tion dynamique, les activités autour de la ville durable et de la gestion intelligente des systèmes urbains (énergie, transport, environnement…), le secteur des loisirs et du multimédia avec tous les développements autour des vi- déos et images. Il faut aussi insister sur leur rôle devenu prépondérant dans tous les services de l’administration et de plus en plus au domicile de chacun. A titre illustratif, les secteurs de l’agriculture et de l’agroalimentaire vont connaitre une véritable révolution 100 Z REE N°2/2017 LIBRES PROPOS avec l’introduction de ces technologies numériques : multiplication des capacités d’obtention de données avec notamment des capteurs de plus en plus perfor- mants et les réseaux basse énergie, développement de techniques adaptées d’apprentissage par les données débouchant sur de nouvelles générations d’outils d’aide à la décision, mise en place de plateformes de services pour tous les acteurs des filières, nouveaux outils de pilo- tage des productions et des process de transformation. Ces technologies interviennent maintenant tout au long du cycle de vie des produits, comme dans les secteurs de l’industrie manufacturière : sélection variétale pour réduire de manière drastique les temps de sélection et le nombre des essais en champ, aide à la conduite des cultures en prenant en compte les caractéristiques intra-parcellaires, en réduisant l’utilisation des intrants et en gérant au mieux les ressources naturelles, prédiction de récoltes dans un marché où les cours des matières premières agricoles connaissent des fluctuations très grandes, première transformation pour garantir la qua- lité des produits et assurer une pérennité des approvi- sionnements… On pourrait aussi citer toutes les problé- matiques de traçabilité ou de prise en compte des forts changements climatiques. Par ailleurs ces évolutions auront un impact sociétal majeur sur de nombreux as- pects sociétaux : durabilité et pérennité des ressources naturelles, qualité des produits et traçabilité, respect des contraintes environnementales, production de proximité en circuit court... Ce secteur est une très bonne illustra- tion des apports considérables des technologies numé- riques face aux contraintes économiques et aux attentes sociétales ainsi que des transformations induites. Ces quelques exemples démontrent combien la maîtrise et l’usage de ces technologies numériques est une nécessité pour maintenir compétitivité et capacités d’innovation, éléments centraux pour le développement économique. Ces technologies offrent des opportunités très importantes de nouvelles activités avec l’émergence de nouveaux acteurs fortement créateurs d’emplois et - pétences académiques et industrielles pour y être un acteur de premier plan. Il est indispensable de saisir cette opportunité unique. Deux points doivent tout par- ticulièrement faire l’objet d’actions fortes. D’une part il faut permettre l’accès à ces technologies à tout le tissu des PME et ETI, potentiellement utilisatrices de ces tech- nologies. Sur ce point la France a un retard évident très dommageable. D’autre part il est nécessaire d’assurer la formation (initiale et continue) de l’ensemble des spé- cialistes et des utilisateurs indispensables pour assurer la croissance et le développement économique associés à Des impacts sociétaux majeurs A côté des conséquences et impacts décrits au para- graphe précédent, ces technologies ont également un impact majeur sur notre vie quotidienne et notre société. - diales (réseaux, cloud computing…) qui permettent de fournir l’accès à l’information et aux capacités de calcul, induisent une mondialisation souvent au travers de qua- si-monopoles de certaines grandes sociétés. Dans ce contexte le développement des réseaux sociaux et des communautés virtuelles génère une nouvelle structura- tion de nos sociétés. Au travers de ces réseaux de nom- breuses personnes s’exposent, avec en conséquence un retour du culte du moi et d’un certain individualisme. peut alors avoir des conséquences graves et non contrô- lées. Des exemples apparaissent tous les jours au tra- vers des médias. D’un point de vue économique, ces ruptures in- duisent de nouvelles organisations industrielles (relation clients, création d’entreprises en réseau, personnalisa- tion des produits, …) et de nouveaux modes de tra- vail (travail collaboratif, travail à domicile, augmentation des travailleurs indépendants ou multi-activité…). Elles permettent également une approche système globale qui va modifier profondément nos environnements per- sonnels (santé à domicile par exemple avec le concept de domomédecine, système de transport et ville numé- rique, musées et bibliothèques virtuelles…). On voit ainsi apparaître toute une économie du partage qui tels services sont de plus en plus nombreux : voiture, parking, logement, équipements divers... avec souvent des modèles économiques très originaux. Ainsi la dispo- nibilité et l’accès aisé à ces technologies et outils est-elle devenue un des éléments fondamentaux pour le déve- loppement économique d’un quartier, d’une ville, d’une région ou d’un état. induit également une modification des notions de distance et de temps. On transmet et on dialogue en REE N°2/2017 Z 101 LIBRES PROPOS instantané avec tout point du monde. Ceci devrait très fortement influencer la gouvernance des états et des administrations, dont les temps de prise de décision sont souvent incompatibles avec ces nouvelles don- nées. Ainsi convient-il de pouvoir légiférer avant qu’une technologie ne devienne obsolète. Tous ces points posent de nouveaux problèmes essentiels en termes de sécurité, de disponibilité et d’in- dépendance, notamment avec le développement de la cybercriminalité. Ceci nécessite de la part des gouver-rr nants une prise de conscience très rapide permettant de mettre en place les législations et règles adaptées à ces nouveaux concepts et bien sûr aussi de disposer des outils indispensables pour cela. Un point également important concerne les nou- veaux modèles induits par l’usage de ces technologies. On parle de moins en moins de qualité totale, mais de qualité « au mieux » (best effort) et curieusement l’usager semble accepter cette forme de dégradation de - manence (tarification dynamique), résultat instantané de sondage et d’analyse de données se multiplie pour prendre toutes sortes de décisions. Derrière toutes ces modifications, on retrouve des modèles probabilistes et des traitements statistiques maintenant abordables grâce aux données et aux capacités de traitement disponibles. Il n’est pas cer-rr tain que le public soit correctement for-rr mé à cet usage de plus en plus fréquent formation pour permettre un bon usage de ces technologies et éviter toutes les dérives potentielles est un enjeu sociétal majeur pour nos sociétés au risque de détourner celles-ci du bon formation est indispensable. Comme face à tout changement important, un as- pect essentiel concerne la conduite de ce changement pour le rendre acceptable et éviter les rejets. Dans ce cadre aussi la formation, initiale et continue, joue un rôle majeur. Face à un rejet par certains des progrès techno- logiques, il est fondamental d’expliquer comment ces technologies sont avant tout porteuses de progrès et d’amélioration pour la vie de chacun. Il s’agit d’un point vital pour notre société. En conclusion Ces ruptures majeures issues des technologies de l’information et de la communication sont une oppor- tunité unique pour le développement économique de notre pays, pour la compétitivité de tous les secteurs de de compétences reconnues dans ces secteurs tant au niveau académique qu’au niveau industriel, doit savoir impérativement saisir ces opportunités, tout en contrô- lant les risques induits. Par ailleurs il est essentiel de maîtriser ces technologies par un soutien permanent des activités de recherche et développement et par des mesures politiques permettant la meil- leure appropriation possible de celles- ci par l’ensemble des citoyens. A ces conditions, ces technologies seront une chance considérable pour la France, pour la transformation de la société et pour le développement économique. Q Christian Saguez est membre de l’Académie des technologies, président de la société CybeleTech, directeur scientifique de Teratec et vice-président d’Agreentech Valley.