Le développement des relations avec le tissu industriel local

06/03/2017
OAI : oai:www.see.asso.fr:1301:2017-1:18882
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Le développement des relations avec le tissu industriel local

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70 REE N°1/2017 LE GRAND CARÉNAGEDOSSIER 1 Si, avec leurs tours de refroidisse- ment et leurs enceintes protégées, les centrales nucléaires peuvent évoquer les châteaux forts d’antan, il ne s’agit que d’une impression visuelle : au quotidien, abstraction faite des contraintes de sûre- té, ces sites de production sont très lar- gement ouverts sur leur environnement. Une centrale nucléaire emploie plu- sieurs centaines de collaborateurs qui habitent souvent à proximité, fait travail- ler de nombreuses entreprises locales et régionales, s’implique dans la protection de l’environnement et entretient souvent des liens avec le monde académique alentour. Déjà conséquent, cet ancrage territo- rial est amené à s’étendre et à s’appro- Le développement des relations avec le tissu industriel local Valérie Tordeur Chef de mission ancrage territorial à la centrale EDF de Gravelines In France, since it was founded, EDF has carried a public service mission promoting the regio- nal development. Still significant, this territorial anchoring is brought to expand and deepen throughout the deployment of the “Grand Carénage” fleet upgrade programme. A great deal of works have been and will be initiated, contributing to the economic and social development of the regions in which nuclear power plants operate. These works often re- quire particular skills or qualifications. Beyond the obvious social benefits, calling on the services of local contractors generally guarantees responsive and competitive solutions. As key local employers, the power plants will consistently prioritise local and regional recruitment for their “Grand Carénage”, thereby ensuring that these major works benefit regional labour markets. ABSTRACT En France, EDF assure depuis sa création une mission de service public qui vise à valoriser les territoires. Déjà conséquent, cet ancrage territorial est ame- né à s’étendre et à s’approfondir pendant toute la durée du programme « Grand Carénage ». De nombreux chantiers sont et vont être lancés, contribuant ainsi au développe- ment économique et social des territoires où sont implan- tées des centrales de production d’électricité nucléaire. Ces chantiers nécessitent souvent des compétences ou des qualifications particulières. Au-delà de la dimension socié- tale, faire appel à des prestataires du territoire constitue bien souvent un gage de réactivité et de compétitivité. Im- portants employeurs locaux, les centrales favoriseront tout au long du « Grand Carénage » les recrutements locaux ou régionaux, afin que ce volume d’activité profite au bassin d’emploi du territoire. RÉSUMÉ ©EDF REE N°1/2017 71 Le développement des relations avec le tissu industriel local fondir encore pendant toute la durée du programme « Grand Carénage ». L’objectif premier d’EDF est de réussir ce projet industriel, en termes de qua- lité, sûreté, coûts et délais. Mais, en tant qu’entreprise responsable et citoyenne, EDF souhaite que ce grand programme contribue aussi au développement éco- nomique et social des territoires où sont implantées ses centrales de production d’électricité. Au-delà de la dimension sociétale, faire appel à des prestataires ancrés sur le territoire relève aussi de son intérêt : la proximité géographique constitue souvent un gage de réactivité et de compétitivité, ne serait-ce qu’en limitant les déplacements et les frais afférents. Faciliter l’accès des PME aux contrats du « Grand Carénage » Aujourd’hui, la filière nucléaire fran- çaise est mutualisée, une seule centrale ne commande pas seule son matériel mais synchronise sa commande avec le niveau national. Les PME peuvent ainsi postuler soit à de petits marchés locaux, propres aux besoins de chaque centrale (entre- tien, peinture…) ou travailler en sous- traitance avec de grandes entreprises nationales qui travaillent avec EDF sur plusieurs territoires. Dans cette optique, chaque cen- trale a mis en place un certain nombre d’initiatives visant à faciliter l’accès des entreprises locales ou régionales aux appels d’offres d’EDF, qu’ils soient lan- cés par la centrale elle-même ou émis au niveau national, afin qu’elles béné- ficient davantage des retombées du « Grand Carénage ». Les PME locales ont depuis toujours la possibilité de postuler aux appels d’offres lancés en direct par la centrale de leur périmètre, pour des prestations qui ne requièrent pas de qualifications ou d’habilitations « nucléaire » : entretien, petite mainte- nance, prestations tertiaires, peinture. Mais il leur est plus difficile d’accéder aux grands appels d’offres nationaux, lancés par les centres d’ingénierie ou la direction des achats, qui demandent une envergure financière bien plus large et exigent souvent des qualifications spécifiques. Si ces grands appels d’offres sont hors de leur portée, les PME doivent pouvoir en profiter en devenant sous-traitantes des grandes entreprises qui y répondent. C’est l’idée cultivée par EDF sur chacune de ses centrales, en partenariat avec les chambres de commerce et d’indus- trie des différents territoires. Un grand contrat comporte souvent de nombreux lots qui ne nécessitent pas tous des habilitations particulières – fourniture de matériels, par exemple –, ce qui les rend de facto accessibles aux entreprises qui n’en disposent pas. En se position- nant en tant que sous-traitantes, les PME restent des partenaires possibles même si elles ne disposent pas des habilitations « nucléaire ». Dans ce secteur, en effet, ces dernières ne sont exigées que des entreprises donneuses d’ordre ; à elles ensuite de s’assurer que leurs sous-trai- tants respectent l’ensemble des exi- Des rencontres entre PME et grands donneurs d’ordre. Focus sur la centrale de Gravelines (Nord) Pour faciliter cette rencontre entre les grandes entreprises et les PME lo- cales, la centrale de Gravelines a organisé plusieurs forums en partenariat avec les chambres de commerce et d’industrie. Le 22 novembre 2016, par exemple, une quarantaine de PME locales ont été invitées à rencontrer Orys-groupe Ortec, une entreprise impliquée dans la construction de 38 Diesels d’ultime secours (Cf. article sur les DUS) pour les paliers 900 MW et 1 450MW. Orys souhaitait sous-traiter trois lots. La CCI de Dunkerque a identifié toutes les entreprises de sa région susceptibles d’être intéressées et les a conviées à ce forum, en partenariat avec la centrale de Gravelines. Soixante personnes y ont assisté. EDF a ouvert la séance en expliquant le programme Grand Carénage, puis Orys a présenté le marché ainsi que les lots concernés. L’objectif du forum était de favoriser cette mise en relation. Par la suite, les entreprises qui le désiraient ont pu répondre à l’appel d’offres. Une expérience similaire avait eu lieu en février 2016, avec Léon Grosse, une entreprise associée à l’un des groupements retenus pour le génie civil des DUS. Le constructeur recherchait des sous-traitants locaux pour son approvisionnement en béton (12 000 m3 ) et des prestations VRD (voiries et réseaux divers), pour un total de 11 M . Le constructeur a en parallèle procédé à plusieurs recrutements locaux : un préventeur HSE ; un qualiticien ; deux compagnons en CDI, et une quinzaine de compagnons en intérim. Ces nouvelles recrues ont rejoint ses équipes impliquées dans le chantier, venues de ses agences d’Amiens et de Rouen, soit une quarantaine de compagnons et sept cadres. Toujours dans l’idée de favoriser le lien entre entreprises locales et nationales, la centrale de Gravelines a créé une rubrique « Business Travaux EDF Gravelines » sur le site internet de la CCI de Dunkerque, où les entreprises peuvent consulter les différents appels d’offre et marchés que lance la centrale. Des initiatives similaires sont menées sur chacune des centrales du parc français. Encadré 1. 72 REE N°1/2017 LE GRAND CARÉNAGEDOSSIER 1 gences requises, quitte à mettre en place les dispositions nécessaires, telles que des formations appropriées (encadré 1). Accompagner les PME vers le nucléaire Dans cet esprit, mais à l’échelle régio- nale cette fois, EDF a mis en place en partenariat avec la CCI Région Hauts- de-France et le Conseil régional un pro- gramme baptisé Nuclei. Il s’agit d’une petite équipe de deux personnes dont la première mission est d’identifier les PME ou TPE disposant du profil requis pour postuler sur les chantiers d’une centrale et de les accompagner si elles décident de se lancer. Ces chantiers nécessitent souvent des compétences ou des qua- lifications particulières. Nombre d’entre- prises hésitent donc à franchir le pas. Nucléi peut alors leur proposer une éva- luation visant à établir leur potentiel sur ce type de marchés et si la conclusion est positive, accompagner l’entreprise dans les démarches de certification. Pour 2017, Nuclei s’est fixé comme objectif d’aider 45 entreprises, PME ou TPE. La deuxième mission de Nuclei est d’aider ces entreprises régionales à po- tentiel « nucléaire » à être présentes sur les événements (salons, conférences, etc.) à maille régionale, nationale et même internationale. Nuclei était no- tamment présent lors du dernier World Nuclear Exhibition (WNE), le salon inter- national de l’industrie nucléaire qui s’est déroulé fin juin 2016 au Bourget. Des entreprises des Hauts de France avaient également été invitées à présenter leurs savoir-faire aux visiteurs. Des liens avec les acteurs locaux de l’emploi Importants employeurs locaux, les centrales s’efforcent également, tout au long du « Grand Carénage », de favoriser les recrutements locaux ou régionaux, afin que ce volume d’activité profite au bassin d’emploi du territoire. EDF travaille par exemple avec plu- sieurs acteurs locaux de l’emploi tels que Pôle Emploi, ou l’association Agir et Entreprendre Ensemble. Quand les marchés en lien avec les projets du « Grand Carénage » sont attribués, EDF en informe le Pôle emploi, qui peut alors contacter les entreprises retenues et leur proposer des candidats ou des formations adéquates. Ainsi, une entre- prise qui vient de décrocher un contrat de robinetterie, se verra proposer par Pôle emploi des profils de demandeurs d’emploi robinetiers ou sera redirigée vers un organisme de formation spécia- lisé dans cette discipline. Un Comité d’ancrage territorial A Gravelines, l’importance du « Grand Carénage » a poussé les pou- voirs publics à créer un Comité d’an- crage territorial qui, tous les trois mois, sous l’égide du sous-préfet, réunit les principaux acteurs économiques et sociaux du territoire, pour faire le lien avec notre programme indus- triel. Y sont notamment conviés des représentants des différentes CCI, du Conseil régional, du Conseil départe- mental, du Medef, de l’UIMM, de Pôle emploi, d’Entreprendre Ensemble, de la Commission locale d’information, etc. Cette réunion est l’occasion pour tous d’échanger sur l’avancée du pro- gramme, ses enjeux, et ses retombées pour le territoire. Lors d’un précédant Comité, la centrale de Gravelines a par exemple exposé sa politique en matière d'alternance, qui s'est notamment tra- duite en 2016 par l'accueil de 85 jeunes en formation d’alternance. Comme il s’y est engagé, EDF ac- cueille dans ses effectifs 5 % d’alter- nants. Longtemps, la plus grande partie de ces jeunes a été recrutée à l’issue de leur parcours de formation, mais aujourd’hui, pour des raisons liées à la pyramide des âges, cette proportion a diminué. Le Comité d’ancrage territorial a fourni l’occasion à EDF de présenter le sujet, d’en informer les acteurs locaux de l’emploi et les employeurs potentiels, et par là même d’essayer de trouver des débouchés à ces jeunes, bien formés et parés pour la vie en entreprise. Avec ce programme, trois jeunes ont été em- bauchés par nos partenaires industriels au cours de l’année 2016 sur le territoire des Hauts-de-France. Favoriser l’innovation L’ancrage territorial, pour EDF, passe aussi par l’innovation. En tant que groupe responsable et citoyen, EDF souhaite favoriser les entreprises locales qui peuvent bien entendu apporter un concours essentiel à ses programmes. Pour reprendre l’exemple de la cen- trale de Gravelines (encadré 1), EDF a noué un lien particulier avec une PME innovante, Ident’it, spécialisée dans les puces RFID (Radio Frequency IDentification). Basée à Dunkerque, cette petite société a obtenu un pre- mier marché qui consistait à équiper d’une puce RFID les 4 500 portes de la centrale, afin d’en faciliter la mainte- nance. Quand un opérateur de main- tenance intervient sur une porte, il ©EDF REE N°1/2017 73 Le développement des relations avec le tissu industriel local scanne cette puce, qui lui fournit alors un certain nombre d’informations utiles comme l’historique de la porte et les dernières opérations de maintenance effectuées. Depuis, Ident’it a proposé d’autres solutions innovantes, dans d’autres do- maines et cette société est passée en peu de temps de 7 à 30 salariés. Elle a également mis au point une nouvelle batterie pour les détecteurs de conta- mination, dont l’autonomie est passée de 2 à 15 jours, facilitant largement leur gestion. Cette solution innovante a depuis été déployée dans six autres centrales en France. Identit a également développé un « détecteur automatique de dosimètre » (DAD), soit une borne d’alerte qui vise à éviter que les intervenants oublient de porter leur dosimètre dans les zones de la centrale concernées. Là encore, cette idée, née à Gravelines, est en phase d’être déclinée ailleurs sur le parc. Toujours dans une optique d’ouver- ture et de modernisation, la centrale de Gravelines a établi un partenariat avec le FabLab de la Côte d’Opale, un lieu ouvert et convivial dédié à l’inno- vation, qui regroupe à la fois un labora- toire électronique, des machines-outils numériques, des imprimantes 3D et des systèmes de découpe par laser. Dans le cadre de ce partenariat, tous les salariés de la centrale qui le sou- haitent peuvent s’y rendre, pour déve- lopper une idée, réaliser un prototype, plancher sur une innovation. Et ce, aussi bien pour des motifs personnels que professionnels. De la sorte, EDF favorise de nouvelles approches pour « travailler autrement », tout en sou- tenant financièrement ce lieu dédié à l’innovation. Une ouverture vers le monde académique Acteur économique majeur de la région, la centrale de Gravelines a noué des liens avec le tissu acadé- mique de son territoire. L’université de la Côte d’Opale l’aide ainsi à réaliser le diagnostic de son plan de déplace- ments, plan que toutes les grandes entreprises doivent mettre en place afin de réduire leurs émissions de CO2 . La centrale, associée aux filiales du groupe EDF, participe également à la « Semaine du nucléaire », au cours de laquelle ses représentants se rendent dans les grandes écoles de la région, comme HEI, l'université catholique de Lille ou l’Ecole des mines de Douai, afin de parler du nucléaire, d’EDF, du site industriel. Ces rencontres permettent aux étudiants de découvrir un secteur qu’ils ne connaissent pas toujours bien ©EDF 74 REE N°1/2017 LE GRAND CARÉNAGEDOSSIER 1 et de susciter des vocations. A la fin de leurs études, beaucoup d’étudiants des Hauts-de-France envisagent de quitter la région ; ces échanges permettent aussi de leur montrer qu’ils ont sur place des possibilités de carrière intéressantes. L’environnement, composante de l’ancrage territorial S’inscrire durablement et profon- dément dans son territoire, c’est aussi mener des actions dans le domaine de l’environnement. Dans le cadre de son offre de visites et d’animations, la cen- trale de Gravelines fait régulièrement intervenir le Centre permanent d’initia- tives pour l’environnement de Flandre maritime, qui vient présenter ses actions en faveur de la préservation du littoral, de la biodiversité et des espaces naturels. La centrale pratique également l’éco-pâturage en donnant accès aux 200 000 m2 de verdure de sa dune technique à des éleveurs de moutons. Par ailleurs, une partie des eaux chaudes rejetée par le site est utilisée par le ter- minal méthanier qui s’est construit à proximité de la centrale. Ce port ultra moderne s’en sert pour réchauffer le gaz naturel liquéfié, transporté par les navires méthaniers à environ -160 °C. Les eaux chaudes sont également utili- sées par une ferme aquacole voisine qui élève des bars et des daurades. On le voit bien à travers ces différents exemples, l’ancrage territorial d’une cen- trale revêt de multiples facettes, tant in- dustrielles, qu’économiques mais aussi sociales et environnementales. L'AUTEUR Valérie Tordeur est chef de mis- sion ancrage territorial à la centrale EDF de Gravelines. Elle a exercé plusieurs postes en tant que responsable de la communica- tion d’une collectivité locale, puis d’une S.A. d’HLM et plus récemment d’une société d’eau et d’assainisse- ment en région Nord-Pas de Calais. En 2011, elle rejoint le distributeur d’électricité Enedis avant d’intégrer les équipes de la centrale EDF de Gravelines, début 2016.