Les Diesels d’ultime secours : véritable rempart face aux événements les plus extrêmes

06/03/2017
OAI : oai:www.see.asso.fr:1301:2017-1:18878
DOI : http://dx.doi.org/10.23723/1301:2017-1/18878You do not have permission to access embedded form.
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Les Diesels d’ultime secours : véritable rempart face aux événements  les plus extrêmes

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REE N°5/2016 57 LE GRAND CARÉNAGE DOSSIER 1 La sûreté et la sécurité des centrales nucléaires ont été prévues dès leur conception et celles-ci restent deux priorités absolues pour EDF. La prise en compte de l’expérience accumulée lors de l’exploitation des réacteurs nucléaires en France et à l’étranger permet à EDF d’analyser les dysfonctionnements ren- contrés, d’en tirer des enseignements et de faire évoluer les installations ainsi que les méthodes d’exploitation. A la suite de l’accident de la cen- trale de Fukushima en 2011, l’Autorité de sûreté nucléaire a demandé à EDF de soumettre son parc nucléaire à des évaluations complémentaires de sûreté. En parallèle, la communauté des spé- cialistes de la sûreté nucléaire a passé au crible le déroulement des faits afin d’en tirer tous les enseignements pour faire en sorte qu’un tel événement, s’il devait se reproduire, ne puisse pas conduire à des conséquences graves. Le programme industriel qui en découle prévoit l’augmentation de la robustesse des installations pour garantir l’intégrité du parc EDF en toute situation, y com- pris face à des événements hautement hypothétiques et donc non retenus lors du dimensionnement des installations. Les inspections effectuées sur les installations nucléaires ont montré que les dispositions existantes étaient d’un bon niveau global et ne présentaient pas de manquements. Toutefois, comme la sûreté est une préoccupation majeure qui s’inscrit dans un processus d’amé- lioration continue, un certain nombre de mesures supplémentaires ont été programmées afin d’élever encore plus ce niveau de sûreté, en tenant compte d’événements extrêmes, comme ceux qui se sont produits au Japon. Ce travail d’analyse a donné lieu à un programme de modifications qui com- prend trois volets : du nucléaire (FARN), forte de plus de 300 équipiers formés et entraînés, répartis sur quatre bases françaises d’intervention. Ces agents spécialisés sont capables d’intervenir en moins de 24 heures en cas d’accident majeur et d’amener sur place des moyens de se- cours mobiles appropriés tels que des générateurs électriques, des pompes, ou encore de l’eau (figures 1 et 2). vague de modifications dites « lé- gères », permettant une amélioration de la gestion d’un accident du type Fukushima. La création de la FARN a notamment nécessité dans les cen- trales un certain nombre de modi- fications, afin de lui permettre d’y raccorder le plus rapidement possible ses moyens mobiles. modifications lourdes permettant de prévenir un éventuel accident, l’objec- tif étant non plus d’améliorer la gestion d’un accident, mais de l’éviter. Les Diesels d’ultime secours : véritable rempart face aux événements les plus extrêmes Robert Acalet1 , Pablo Fuenzalida2 Chef des projets DUS et post-Fukushima du programme Grand Carénage – EDF 1 Chef du service Modifications et Ingénierie du Parc de la centrale de St Laurent-des-Eaux2 After the Fukushima accident, the countries ope- rating nuclear power, such as France, learned lessons on nuclear safety and prevention of so-called “ex- treme” events. In agreement with the nuclear safety authority (ASN), EDF has defined a set of post-Fukushima measures. This was the backdrop to the development of the Last Resort Diesel Generator (‘DUS’), an absolute bunker designed to resist the most aggressive external threats (earthquakes, high winds, tornadoes, floods, lightning strikes, projectiles) and capable of supplying electricity to the power plant in the event of widespread electrical failure. 25 m long and 12 m wide, the DUS incorporates a combination of technologies, and can start-up within 30 seconds from start-command and run autonomously for 15 days. By the end of 2018, 58 DUS will be installed across the fleet. ABSTRACT Après l’accident de Fukushima, l’ensemble des pays qui exploitent l’énergie nucléaire, tels que la France, ont tiré des enseignements en matière de sûreté et de prévention des catastrophes dites « extrêmes ». En accord avec l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), EDF a défini un ensemble de mesures dites « post Fukushima ». C’est dans ce contexte que sont apparus les Diesels d’ul- time secours, véritables bunkers conçus pour résister aux agressions extérieures les plus violentes (séismes, grands vents, tornades, inondations, foudre, projectiles) et capables d’alimenter la centrale en électricité en cas de coupure gé- néralisée. Les DUS sont un condensé de technologies de 25 m de long, pour 12 m de large, capables de démarrer en 30 secondes dès l’ordre de démarrage puis de fonction- ner en toute autonomie pendant 15 jours. 58 DUS seront construits sur le parc d’ici fin 2018. RÉSUMÉ 58 REE N°1/2017 LE GRAND CARÉNAGEDOSSIER 1 Un noyau dur, garant de la sûreté ultime Ces différents niveaux de modifica- tions s’articulent autour de la notion de « noyau dur », c’est à dire d’un ensemble d’équipements « vitaux », qui doivent être capables de continuer à fonctionner dans les pires conditions, même lorsque tous les autres systèmes font défaut. La logique qui préside à l’élaboration de ce noyau dur est que, quelle que soit la si- tuation, une centrale doit être alimentée en eau et en électricité afin de garantir la sûreté des réacteurs et d’éviter tout rejet radioactif dans l’atmosphère. Le Diesel d’ultime secours (DUS) fait partie des composantes de ce noyau dur. Comme son nom l’indique, c’est un groupe électrogène de secours, implan- té dans un bâtiment conçu pour résister aux agressions extérieures les plus vio- lentes (séismes, grands vents, tornades, inondations, foudre, projectile), capable d’alimenter la centrale en électricité en cas de coupure généralisée. La puis- sance de ce groupe électrogène de secours est de 3 MWe. Le noyau dur comporte d’autres vo- lets, notamment la création d’un réseau électrique très résistant et l’instauration d’une source d’alimentation en eau supplémentaire, différente de la source principale, avec ses pompes et ses ré- servoirs. Dans beaucoup de centrales, cette source sera obtenue par la créa- tion d’un captage souterrain de la nappe phréatique. Le noyau dur prévoit aussi la création d’un système complémentaire (en relais du système existant considéré comme inopérant après un évènement du type Fukushima) de condensation de vapeur (EASU) qui, en cas de rupture du circuit primaire, serait capable de faire baisser la pression liée au dégagement de vapeur dans l’enceinte du réacteur. Tous les composants du noyau dur sont dimensionnés pour des niveaux de risque ou d’agressions encore supé- rieurs à ceux du référentiel de sûreté, déjà très élevés. La constitution de ce noyau dur s’effectuera progressivement et se terminera au cours des prochaines visites décennales (VD4) dans le cadre du projet « Grand Carénage ». Un équipement complé- mentaire aux Diesels de secours déjà en place Le DUS est l’une des composantes du noyau dur, qui vient s’ajouter aux équi- pements de secours en place. En effet, chaque unité de production du parc est déjà équipée de deux groupes électro- gènes de secours, qui en cas de coupure du réseau électrique, sont capables de fournir en quelques minutes l’électricité L’accident de Fukushima Daiichi (Japon) Le 11 mars 2011, un séisme de magnitude 8,9 sur l’échelle de Richter a frappé la côte est du Japon déclenchant un important tsunami. Le séisme a entraîné l’arrêt automatique des réacteurs de la centrale de Fukushima Daiichi, puis le tsunami a endommagé les prises d’eau permettant le refroidissement du réacteur, ainsi que des alimentations électriques. Sans électricité ni moyen de refroidissement, une partie du combustible s’est détériorée sous l’effet de la chaleur rési- duelle provoquant la production d’hydrogène. L’hydrogène ainsi accumulé a explosé, endommageant le confinement de trois réacteurs. Il faut noter que ces réacteurs sont de technologie très différente des réacteurs du parc français, puisqu’il s’agit de réacteurs à eau bouillante (de première génération) et non de réacteurs à eau sous pression. Encadré 1. Figure 1 : Opération d’héliportage, équipe engagée sur la base arrière lors des exercices de la FARN à la centrale nucléaire de Gravelines. ©EDF – Bruno Bony. Figure 2 : La FARN est capable d’intervenir en moins de 24 heures sur un site nucléaire gravement accidenté – Simulation d’intervention : déroulage des tuyaux ©EDF - Laurent Vautrin. REE N°1/2017 59 Les Diesels d’ultime secours : véritable rempart face aux événements les plus extrêmes nécessaire au refroidissement du réac- teur : un seul suffit à garantir le refroi- dissement de l’installation mais il y en a deux par volonté de redondance. Le DUS complète ce dispositif de secours en tant qu’installation capable de résister aux si- tuations les plus extrêmes : c’est la notion d’ultime secours. La différence entre les générateurs de secours actuels et le DUS est que ce dernier est dimensionné pour supporter un niveau d’agression encore supérieur à celui des actuels Diesels de secours, dans tous les domaines. Au-delà du référentiel de sûreté En France, le niveau de risque qui détermine le dimensionnement d’une centrale est défini dans un référentiel de sûreté, qui tient compte des particularités géologiques, géophysiques, hydrauliques et météorologiques du site. Le risque sis- mique n’est pas le même en Alsace ou dans le bassin parisien, dans le Nord ou dans le Centre. Les aléas liés à la météo ou aux inondations diffèrent dans la Drôme ou en Gironde. Chaque référen- tiel détermine donc le niveau de risque auquel la centrale doit résister. Ce réfé- rentiel fait « loi » : s’il stipule qu’une cen- trale doit tenir à un séisme de magnitude x, alors l’ensemble des composants et équipements de la centrale doivent être dimensionnés pour résister à un séisme de cette intensité. Ce référentiel est réexa- miné tous les dix ans lors de la visite dé- cennale. L’idée générale qui prévaut pour le dimensionnement des composantes du noyau dur, dont le DUS fait partie, consiste à intégrer un niveau d’agression sensiblement supérieur à celui du réfé- rentiel de sûreté existant, dans tous les domaines (séismes, grands vents, tor- nades, inondations, foudre, projectile) de l’ordre de 50 %. Par exemple, les calculs concernant le risque inondation se font sur la base d’inondation extrême pouvant arriver tous les 10 000 ans. Dans le cadre du « Grand Carénage », il est prévu de doter l’ensemble des ré- acteurs du parc d’un DUS d’ici fin 2018, délai fixé par les prescriptions de l’Auto- rité de sûreté nucléaire, ce qui constitue un véritable challenge en terme de plan- ning. Chaque groupe électrogène sera affecté à une seule unité de production et s’ajoutera aux sources électriques déjà existantes. Un bâtiment « bunkérisé » Concrètement, un Diesel d’ultime secours se présente comme un groupe électrogène de secours, d’une puissance utile de 3 MW (3,6 MW réels). Ce bâti- ment bunkérisé de 25 m de long, pour 12 m de large et 15 m de hauteur, peut résister à des séismes de magnitude élevée notamment grâce à ses parois (50 cm d’épaisseur pour les parois ex- ternes et 20 cm pour les parois internes) d’une densité de béton très fortement armé, de l’ordre de 150-200 kg/ m3 . Outre le groupe électrogène lui- même, ce local abrite tous les équipe- ments et auxiliaires nécessaires à son fonctionnement : deux réservoirs de car- burant de 60 m3 , des réserves d’huile, un alternateur, des compresseurs d’air de démarrage, des transformateurs haute et basse tension, des armoires électriques, un système de ventilation, le dispositif de contrôle-commande. Deux design de DUS ont été déve- loppés, répondant à deux niveaux de risque sismique : l’un pour résister à des accélérations de 0,25 G, l’autre de 0,4 G. Le premier est posé sur un radier de forte épaisseur (1,4 m) ; l’autre sur un appui parasismique. Le choix de l’un ou de l’autre design dépend du niveau de risque sismique local. Une autonomie de 15 jours Un DUS est capable de démar- rer en 30 s dès l’ordre de démarrage, puis de fonctionner en toute autono- mie pendant une durée de 15 jours. Le fonctionnement des installations est entièrement automatisé, de manière à permettre son exploitation sans inter- vention humaine. Le pilotage du groupe électrogène est assuré par une armoire de contrôle-commande qui intègre un automate programmable pour la gestion du fonctionnement de l’installation, une platine de vitesse analogique assurant la régulation de vitesse du moteur diesel et une interface homme-machine per- mettant aux opérateurs d’interagir avec les différents systèmes élémentaires. Le groupe électrogène est relié à l’ins- Figure 3 : Construction d’un bâtiment Diesel Ultime Secours (DUS) à la centrale nucléaire de Cattenom - Travaux du « Grand Carénage » ©EDF – Christophe Guibbaud. 60 REE N°1/2017 LE GRAND CARÉNAGEDOSSIER 1 tallation par des câbles souterrains de forte section (630 mm2 ) protégés par des blocs buses, sortes de fourreaux en béton dimensionnés pour résister au même niveau de séisme que le bâti- ment et à la foudre. Les DUS sont éga- lement conçus pour fonctionner par de fortes chaleurs extérieures. Une importante campagne d’essais Un DUS est donc une véritable for- teresse, une forteresse antisismique, anti-inondation, anti-incendie, dont la conception a fait l’objet de très nom- breuses campagnes de tests et de simulations, afin de lui conférer la résistance adaptée aux agressions les plus violentes. Les composants phy- siques ont suivi un parcours d’essais comprenant entre autres : des essais électriques préliminaires, des essais cli- matiques, des essais de vieillissement, des essais sismiques sur table vibrante, des essais électriques finaux et des essais de compatibilité électromagné- tique. L’intelligence du DUS, c’est à dire son système de contrôle-commande, a lui aussi été testé de façon approfon- die, notamment pour vérifier que son logiciel offre un niveau de confiance conforme au cahier des charges. Outre les essais de qualification, menés en amont, d’autres campagnes de tests sont menées lors de l’intégration des équipements sur le site, puis lors de la validation globale du système DUS. Trouver de la place et pré- parer le terrain L’un des préalables à la construction des DUS est de déterminer sur chaque site l’emplacement le plus adapté pour les accueillir, sachant qu’il est jugé pré- férable de les installer à une distance raisonnable des réacteurs, pour éviter de trop grandes longueurs de câbles. Beaucoup de sites étant déjà très denses, il a parfois été nécessaire de déconstruire des ouvrages existants pour faire de la place, avant de les reconstruire ailleurs. A Saint-Laurent-des-Eaux (Loir-et-Cher) par exemple, les DUS ont été implantés sur l’emplacement d’un parking, ce qui a nécessité la construction d’un parking à étage ailleurs sur le site. Une fois ces préalables achevés, les travaux de terrassement peuvent- commencer. Un DUS est un bâtiment assez lourd, qui demande sur certains sites un renforcement du sol, ce fut le cas notamment à la centrale du Blayais (Gironde) où les installations ont été bâ- ties sur des terrains meubles ou encore à la centrale de Gravelines (Nord), où le sol est de nature sableuse. Ces renfor- cements sont menés selon un éventail de techniques assez large : vibro-com- pactage, injection de coulis de béton, pose de pieux, etc. Un béton fortement armé Ce travail de renforcement achevé, la phase de construction proprement dite peut débuter. L’ensemble du bâti- ment est réalisé à l’aide d’un béton très fortement armé dont le ferraillage a fait l’objet de nombreux calculs pour en déterminer à la fois la section et l’em- placement. Ces études préliminaires ont notamment débouché sur des plans de ferraillage et des plans de cof- frage que les intervenants du chantier doivent respecter à la lettre. L’ensemble de ces dispositions sont surveillées en permanence par des équipes d’EDF. A l’intérieur, tous les équipements – ven- tilation, tuyauterie, armoires électriques, chemins de câble – sont positionnés et fixés afin, là encore, de résister à des niveaux d’accélération ou de vibration très élevés. Le pilotage du projet Toute la phase amont, incluant la conception, l’avant-projet, la définition du cahier des charges et la consulta- tion des entreprises a été menée par le projet Grand Carénage s’appuyant sur la direction Ingénierie production du parc en exploitation de Marseille. Figure 4 : Vue de l'intérieur d’un DUS – ©EDF. REE N°1/2017 61 Les Diesels d’ultime secours : véritable rempart face aux événements les plus extrêmes Chaque chantier comporte deux lots : un lot de génie civil et VRD (Voierie réseaux divers), incluant la construction du bâtiment, la réalisation de tranchées et trémies nécessaires au tirage des câbles entre le DUS et le reste de la centrale. Et un second lot électro-mé- canique, portant sur l’étude, l’approvi- sionnement, le montage et les essais du groupe électrogène, plus les équi- pements associés : ventilation, armoires électriques, instrumentation… Les contrats de type « électro-mé- canique » ont été attribués à deux groupements d’entreprises momen- tanées solidaires (GMES) : l’un piloté par Clemessy, pour les paliers 900 MW et 1 450 MW, l’autre emmené par Westinghouse pour le parc 1 300 MW. Le recours à une maquette 3D Ce découpage du projet aurait pu déboucher sur une diversité potentiel- lement pénalisante pour la tenue des délais, surtout dans un contexte de planning très serré. Pour renforcer la coordination entre toutes les équipes impliquées (EDF et constructeurs), la réalisation s’est appuyée sur du maquet- tage 3D, avec l’outil Solid Works, qui per- met à tous les acteurs impliqués dans l’exécution du DUS de travailler sur une seule maquette 3D, partagée, validée et réactualisée en permanence. Avec un tel outil, les acteurs du projet ont la possibi- lité de naviguer dans le bâtiment, en 3D, à l’aide d’un simple joystick, et de zoomer à volonté sur tous les espaces. Lors des études, cet outil s’est avéré très précieux pour éviter les potentielles incompatibilités techniques, de croise- ments de câbles ou de tuyaux, ou autres superpositions gênantes. La maquette numérique 3D a permis à tous les inter- venants de visualiser très précisément le positionnement des équipements, trémies et fixations des différents ac- teurs du chantier, moins évidentes à identifier sur des plans 2D classiques. Un atout très précieux pour un bâtiment au contenu très dense. La précision autorisée par cet outil numérique 3D a notamment facilité le positionnement des multiples supports et fixations qui servent à tenir les tuyaux ou les che- mins de câbles dans le bâtiment : on en compte plus de 1 200 dans un DUS. Sur un tel ouvrage, si l’implantation de ces supports n’était pas anticipée, le perçage a posteriori de trous de fixation dans les murs « comme à la maison », constituerait un exercice très laborieux en raison de la densité du ferraillage. Pour éviter cet écueil, l’équipe du projet a choisi de positionner des platines de fixation, à des endroits très précis, réper- toriés sur l’outil de maquettage 3D. Ce qui a permis d’en tenir compte lors de la réalisation du génie civil, de sceller précisément les platines dans les voiles. Ce travail préalable a permis de gagner beaucoup de temps dans les Figure 5 : DUS de Saint-Laurent-des-Eaux : intervention des techniciens dans le cadre des travaux du grand carénage – ©EDF – Nicolas Gouhier. Figure 6 : DUS de Saint-Laurent-des-Eaux : mise en place d’un Diesel Ultime Secours – ©EDF – Christophe Guibbaud. 62 REE N°1/2017 LE GRAND CARÉNAGEDOSSIER 1 étapes de montage des premiers DUS, avec un taux d’erreur extrêmement faible : seules trois platines ont dû être reprises a posteriori par rapport aux plans initiaux. Certaines entre- prises se sont également servies de cette maquette 3D pour anticiper des cinématiques d’entrée d’équipements, autrement dit pour étudier la meilleure façon d’introduire un composant volu- mineux dans un espace relativement restreint. La maquette 3D les a égale- ment aidés à établir des séquences de montage, synchronisées, afin que les équipes interviennent respectivement dans leur domaine d’expertise sans se gêner mutuellement. Ce travail d’anti- cipation a d’ailleurs conduit plusieurs sociétés à pré-monter de nombreux équipements avant de les installer dans le bâtiment. Tous ces atouts ont conduit les équipes de projet sur les premiers chantiers à réaliser des revues d’avance- ment 3D, hebdomadaires. La réalisation de la maquette 3D demande du temps, de la coordination, mais cet investisse- ment initial est largement rentabilisé dans les phases d’exécution. L’enjeu du raccordement Une fois achevés la construction du bâtiment et le montage du générateur et de ses équipements, vient l’étape du raccordement du DUS à l’installation, une étape délicate. Initialement, il était envisagé d’opérer ce raccordement lors d’arrêts programmés avec un impact aboutissant à 80 jours d’arrêts sup- plémentaires. Pour éviter ce scénario pénalisant pour l’exploitation, une solu- tion technique innovante a été trouvée, qui permet le raccordement « tranche en marche », en toute sécurité, rédui- sant ainsi à zéro l’impact sur l’exploita- tion. Une fois raccordé, le DUS est alors en situation de démarrage permanent, qui peut intervenir soit sur ordre de la salle des commandes, soit automati- quement. La conduite du projet Pour mener à bien ce projet qui com- porte la construction de 58 DUS sur le parc d’ici fin 2018, l’ingénierie EDF s’est dotée d’une organisation spécifique sur les centrales, proche de celle mise en place pour des travaux neufs du type EPR. Au sein des services en charge de site (appelés « équipes communes »), chaque chantier est piloté par un res- ponsable qui a en charge l’ensemble des travaux liés au retour d’expérience de Fukushima. Il s’appuie pour cela sur une équipe de projet, qui intègre des compétences habituellement associées aux travaux neufs comme un manager de contrats, un métreur ou un planifica- teur ingénieur en charge du traitement rapide des écarts de réalisation. LES AUTEURS Robert Acalet est ingénieur élec- tricien de formation. Il intègre EDF en 1984 en tant que responsable de gestion clientèle à Rouen. Il de- vient ensuite ingénieur maintenance en centrale nucléaire puis chef de service et chef de projet. Plus der- nièrement, il était chef adjoint du département études du Centre d’Ingénierie du parc nucléaire en exploitation. Il est à présent chef des projets DUS et post-Fukushima du programme « Grand Carénage ». Pablo Fuenzalida est chef du ser- vice Modifications et ingénierie du parc en exploitation à la centrale nucléaire de Saint-Laurent-des-Eaux. Diplômé de l’Ecole des mines de Douai, il exerce plusieurs postes au sein de différentes entreprises en tant qu’ingénieur puis chef de service. Il rejoint le Centre natio- nal d’équipement et de production d’électricité (CNEPE) d’EDF en 2012 comme ingénieur coordinateur et chef de groupe.Calendrier du projet DUS - tion des ouvrages existants, préparation des sols, terrassement. Début du génie civil ; tous les chantiers génie civil des DUS sont ouverts. Deux DUS sont en mon- tage électromécanique (Cattenom 3 et Saint-Laurent-des Eaux 1) ; production. Tous les DUS seront en phase d’installation électromécanique ; REE N°1/2017 63 Les Diesels d’ultime secours : véritable rempart face aux événements les plus extrêmes Dans chaque centrale, ces antennes des équipes communes ont, pour mis- sion de suivre, d’organiser et de planifier les travaux avec l’ensemble des interve- nants en collaboration avec les unités d’ingénierie et d’exploitation. Ces équipes rapportent hebdoma- dairement de l’avancement de leur chantier afin de donner au « Grand Carénage » la visibilité sur le respect du planning global et d’envisager, en cas de dérive, les parades adéquates. Trois questions à Philippe Dubuisson, directeur de l’activité nucléaire de Clemessy Clemessy est la société leader de l’un des deux GMES retenus pour les lots « électro-mécanique » du projet DUS. Elle a remporté en avril 2014 le contrat de conception, installation et maintien en condition opérationnelle de 38 réacteurs sur les 58 que compte le parc français. Quelles sont les particularités du projet DUS, par rapport aux chantiers que vous menez habituel- lement pour EDF ? Philippe Dubuisson : C’est le plus gros contrat que nous ayons jamais signé avec le groupe EDF, qui porte sur la fourniture clef en main de 38 Diesels d’ultime secours (DUS) pour les tranches de 900 MW et 1 450 MW, dont deux optionnels. Techniquement, l’ensemble des équipements qui les composent doivent être en mesure de résister à des niveaux d’agression très élevés, bien supérieurs à ceux qui existent dans l’industrie, ce qui nous a demandé un véritable travail exploratoire. Une autre particularité de ce contrat concerne le calendrier, extrêmement serré. La tenue des délais est un véritable défi à relever sur ce projet. Heureusement, dans les phases d’études, nous avons travaillé en étroite concertation avec les équipes de l’ingénierie d’EDF, qui ont fait preuve d’une grande réactivité et nous ont permis de tenir le planning du projet. Quelle organisation avez-vous adopté pour réussir ce projet ? Philippe Dubuisson : L’un de nos objectifs est de réduire au maximum les heures de montage sur site et de capitaliser sur la grande répétitivité des interventions. Pour cela, nous avons identifié très en amont toutes les activités qui pouvaient être anticipées avant la mise à disposition du bâtiment. Cela nous a amené à pré-assembler le plus d’éléments possibles hors du site et avant le début de l’intervention. Par ailleurs, nous avons créé sur un site Clemessy une plate-forme regrou- pant l’ensemble des équipements électriques principaux d’un DUS, afin d’anticiper toute difficulté potentielle au montage. Cette plate-forme nous permettra également de former les exploitants pendant les 10 ans du maintien en condition opérationnelle. Ce projet a-t-il eu des conséquences positives sur l’emploi au sein de Clemessy ? Philippe Dubuisson : D’une façon générale, le programme « Grand Carénage » s’accompagne d’un important plan de recrutement pour l’activité nucléaire de Clemessy. De 400 en 2011, nos effectifs sont passés à 600 en 2016 et devraient Pour accompagner cette hausse de nos effectifs, nous avons fortement augmenté notre budget formation, qui s’élève à environ 1,5 M par an. Au global, le Grand Carénage nous donne une visibilité de cinq à sept ans sur notre charge de travail pour le parc.