Culture scientifique et technique & thrillers

06/03/2017
Auteurs : Bernard Ayrault
Publication REE REE 2017-1
OAI : oai:www.see.asso.fr:1301:2017-1:18869

Résumé

Culture scientifique et technique & thrillers

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138 REE N°1/2017 C es derniers mois ont vu la parution d’ouvrages se présentant explicite- ment en couverture comme des thrillers, avec une trame faisant largement place à la science ou à la technique. Les deux ouvrages sélectionnés pour cette chronique sont illustratifs d’une tendance de l’édition, qui reflète la place croissante dans la société des préoccupations sociotechniques, craintes autant qu'espoirs. Des thrillers, ces deux ouvrages ont à l’évidence les caractéristiques essentielles : ils décrivent des enquêtes policières complexes, aux multiples rebondissements tenant en ha- leine le lecteur tout au long de plus de 500 pages. Ajoutons qu’ils témoignent l’un et l’au- tre d’un savoir-faire et d’une aisance d'écriture dignes d'éloges même s'ils sont tous deux œuvres de débutants dans ce genre litté- raire ; Marc Elsberg est le pseudonyme d’un essayiste autrichien, formé aux arts appliqués et que l’ouvrage récemment traduit a révélé au grand public (au total 12 millions d’exem- plaires !) après diverses publications moins marquantes sous son nom patronymique. Sans doute stimulé par ce succès notre auteur a récidivé avec deux nouveaux thrillers : ZERO en 2014 (Sie wissen was du tust – Ils savent ce que vous faites) consacré au Big Data et traduit en même temps que BLACKOUT, puis HELIX en 2016 (Sie werden uns ersetzen – Ils vont nous remplacer) qui s’intéresse à la génétique et dont la traduction française ne tardera sans doute pas. De son côté Jérôme Legras, polytechnicien et économiste, aura attendu la quarantaine pour faire ses débuts littéraires, avec un ouvrage qui atteste de sa fidélité à des passions juvéniles pour la phy- sique et les intrigues policières. Le Blackout que décrit Marc Elsberg est celui qu’il imagine survenir, dans toute l’Europe électriquement interconnectée, après des défaillances inexpliquées qui affectent suc- cessivement les réseaux des opérateurs na- tionaux. Le livre est le récit des trois semaines qui s’ensuivent, au cours desquelles, dans un chaos croissant, l’intrigue proprement policière s’ébauche puis se déploie. Il est évident que l’absence d’électricité va en entrainer bien d’autres, par exemple celle de la distribution de carburant, et le récit de l’apocalypse qui s’installe un peu partout est tout à fait passion- nant, d’autant que nous suivons jour par jour et lieu par lieu, les efforts des diverses autorités pour juguler cette crise dévastatrice et inédite. Cette première partie, sobrement écrite, par- faitement documentée est tout à fait plausible. Mais l’affaire dégénère et on repère des at- tentats contre des installations puis des défail- lances dans les centrales nucléaires entraînant de drastiques mesures d'évacuation ; le con- tinent américain lui-même est atteint… Alors que l’on adhère aux efforts souvent pathétiques pour rétablir le fonctionnement de réseaux in- terconnectés, que l’on comprend les difficultés à rechercher les défaillances techniques et/ou informatiques, bref tant que les hommes et leurs diverses organisations, nationales ou eu- ropéennes, gardent espoir et se battent, le récit reste passionnant et techniquement crédible ; mais la situation devient désespérée, la me- nace terroriste se fait brutale et la contamina- tion par des compteurs intelligents, irréversible. Le récit vire au policier classique, voire violent et perd en crédibilité comme en vraisemblance ; apparaissent alors des épisodes nettement conventionnels, avec violences, voitures de sport et jolies journalistes… La conjuration de Göttingen est d’une facture originale et se déroule, fort astucieu- sement, sur deux échelles de temps dif- férentes : celle de la semaine avec une en- quête policière, assez classique et rondement menée par la police locale après le meurtre mystérieux d'un bibliothécaire dans un square de Princeton ; on est alors en pleine guerre froide, au moment de l’exécution des Rosen- berg (juin 1953), et le spectre du nucléaire et de l’espionnage atomique plane sur l’enquête avec Edgar Hoover et le FBI… Et c’est là qu'in- tervient la seconde échelle de temps : celle qui s’étale sur un demi-siècle, depuis qu’à Göttingen s’est ourdie une conjuration, dont nous ne dévoilerons pas le machiavélisme teinté de nationalisme ! Mentionnons simple- ment que dans la ville universitaire allemande vivaient alors Hilbert, Planck et bien d’autres d'autres savants, alors que régnaient entre l’Allemagne et la France, sur fond de guerre et de revanche, des rivalités d’un autre âge. Einstein qui eut en 1905 son année merveil- leuse et qui vivait encore à Princeton en 1953 fait bien sûr le lien entre les deux récits, dont le lecteur comprend finalement l’intrication… Pour ses débuts, Jérôme Legras embrasse et développe avec brio des histoires, policières ou scientifiques, même si parfois il a tendance à en faire un peu trop. Il garantit que “Tous les faits historiques ici relatés sont réels”, ce qui constitue une admirable tautologie et dans une post-face d’une dizaine de pages, la con- juration elle-même est présentée comme tout à fait vraisemblable, ce qui reste fort contes- table au plan historique. Mais on aura passé d’excellents moments à l'évocation de la pe- tite histoire et de la grande Physique. Coquetterie littéraire, nos deux auteurs donnent souvent à leurs héros ou héroïnes les noms de grands savants, réels ou à peine dé- formés – Wien, Shannon, Barlowe, Michelsen. Cet artifice ajoute aux connaissances variées que Mark Elsberg et Jérôme Legras mobili- sent pour mieux contextualiser leur récit. Mais au delà de la vraisemblance scientifique, les trames restent classiquement policières, avec les ressorts usuels du genre. B. Ay. CHRONIQUE Culture scientifique et technique & thrillers Marc Elsberg BLACK OUT Demain il sera trop tard Thriller Black out "Morgen ist zu spät" (2012) Traduit de l'allemand par Pierre Malherbet Le Livre de Poche - Avril 2016 - 576 p. 8,10 Jérôme Legras La conjuration de Göttingen Thriller Editions de l’Archipel Septembre - 2016 - 504 p. 22