Un site et une logistique exceptionnels

06/10/2016
Auteurs : Erwan Duval
OAI : oai:www.see.asso.fr:1301:2016-4:17375
DOI : http://dx.doi.org/10.23723/1301:2016-4/17375You do not have permission to access embedded form.
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Un site et une logistique exceptionnels

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            <date dateType="Submitted">Sat 24 Feb 2018</date>
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REE N°4/2016 56 LA FUSION THERMONUCLÉAIRE ET LE PROJET ITER DOSSIER Un site et une logistique exceptionnels Par Erwan Duval Facility Management Officer, Construction Department - Ingénieur au département Construction. ITER Organization The ITER project is not only a reactor, but a whole industrial site. On one hundred hectares, around fifty buildings will emerge. Assembling the ITER subsystems, providing cryogenic helium to superconducting coils, transforming electrical power… each building will provide a key function to the project. To make all this possible, France – the host country – has offered the necessary land, close to Cadarache and neighbour of the CEA nuclear research centre. During several years also, crucial in-kind contributions have been brought in by France, Europe and regional authorities: levelling, terracing, and securing the area, building an international school close-by and building the ITER headquarters. Meanwhile, millions of components are being built all over the world, and some have already arrived on site. For most of them, the delivery takes place in the harbour of Marseille-Fos (the largest port in France, 4th in Europe). They then have to travel 104 km to reach the ITER site, on a custom-made itinerary for the biggest ones. Altogether, 200 to 300 “Highly Exceptional Load” and thousands of “Conventional Exceptional Load” convoys will deliver these internationally made components in the very five next years. ABSTRACT ITER et le voisin CEA-Cadarache © MatthieuColin.com – Source : www.iter.org. Introduction Ils sont rares, les chantiers industriels de cette ambition : autour du tokamak d’ITER ce sont en fait plus de 50 bâti- ments qui sortent de terre, sur près de 100 hectares. Pré-assembler le réacteur, produire du froid, transformer l’énergie, diagnostiquer le plasma… : tous auront une fonction-clé, un rôle indispensable au fonctionnement d’ITER. Sur un site mis à disposition par la France et bénéficiant du précieux sup- REE N°4/2016 57 Un site et une logistique exceptionnels port du CEA, ces bâtiments sont une contribution en nature (in kind) de l'Europe et de la France : l’agence ITER France (AIF) a ouvert la voie en terras- sant, viabilisant, sécurisant le site. Elle a dans le même temps réalisé l’aménage- ment routier – l’Itinéraire ITER – pour permettre d’acheminer les composants sur le site. La Région Provence-Alpes-Côte d’Azur a de son côté construit une école inter- nationale à proximité (Manosque) pour accueillir dans les meilleurs conditions le personnel ITER et leurs familles. La collaboration entre ITER Orga- nization, l’AIF et Fusion for Energy (ou F4E, côté européen) a aussi permis de réaliser le siège et les bureaux d’ITER où travaillent près de 1 500 personnes. Dans le même temps, la fabrication des équipements bat son plein dans le monde entier. Les premiers d’entre eux n’attendent pas les bâtiments et arrivent déjà sur le site. Par la mer pour la plupart, ils arrivent à Fos-sur-Mer puis suivent l’itinéraire ITER, long d’une centaine de kilomètres. Deux à trois cents convois très exceptionnels et des milliers de convois « exceptionnels normaux » doivent ainsi les acheminer sur le site avant leur assemblage, puis les essais. Cet article présentera plus particulièrement le site ITER, ses bâti- ments puis la logistique associée à la construction. Le site Cadarache, une histoire avec l’atome La présence d’ITER sur le site de Cadarache ne doit rien au hasard. Le centre du CEA-Cadarache, fondé le 14 octobre 1959, y concentre déjà un nombre particulièrement important de recherches dans le domaine nucléaire. Encore aujourd’hui, 480 bâtiments oc- cupent les 1 670 hectares du centre et constituent 21 installations nucléaires de base (INB). Environ 5000 personnes y travaillent (hors ITER), dont près de 200 cher- cheurs étrangers d’une vingtaine de nationalités intervenant sur des colla- borations scientifiques internationales. Ce pôle d’excellence a été un argument essentiel de la candidature du site à l’accueil d’ITER. Les recherches y sont nombreuses et variées : réacteurs d’enseignement, études sur la propulsion pour les sous- marins et porte-avions nucléaires, réac- teurs à neutrons rapides (RNR). Aussi et surtout, on y trouve le réacteur de fusion Tore Supra : ce grand tokamak à aimant supraconducteur, lancé par l’as- sociation européenne EURATOM/CEA, a été mis en service en 1988. Son implan- tation à Cadarache, ainsi que la zone choisie (à l’est du centre CEA), posaient déjà un jalon en faveur de la candidature française pour accueillir ITER. En effet, cette situation stratégique lui permettait tout autant de trouver une place parmi les autres réacteurs du centre que d’offrir un voisinage disponible pour le projet international (déjà évoqué à l’époque du choix du site de Tore Supra). Tore supra détient à ce jour le record de durée de fonctionnement pour un tokamak (6 minutes 30 secondes et 1 000 MJ d’énergie injectés puis extraits en 2003). Il a en outre permis de tester de nombreux systèmes nécessaires au fonctionnement d’ITER. Actuellement, Tore Supra joue plei- nement son rôle de pilier du projet ITER avec le projet WEST (“W Environment in Steady-state Tokamak” où W est le sym- bole du tungstène). Cette nouvelle version du Tokamak français, d’une forme de plasma « en D » (se rapprochant de celle d’ITER) sera parée d’un divertor1 aux parois en tungstène et refroidies à l’eau. Les résul- tats obtenus permettront au projet inter- national de gagner un temps précieux et limiteront les risques sur ce point-clé. Le choix du site : retour sur une ample négociation internationale Définir l’emplacement du site a donné lieu, entre 2001 et 2005, à des discussions diplomatiques serrées. En 2001, le Canada proposait déjà un site pour accueillir le projet. Le Japon prenait rapidement la suite, en juin 2003, avec le site de Rokkasho-Mura. Entre temps 1 Partie basse du réacteur, véritable chambre de recyclage du plasma. Figure 1 : Intérieur du Tokamak Tore Supra – Source : www.iter.org. 58 REE N°4/2016 LA FUSION THERMONUCLÉAIRE ET LE PROJET ITERDOSSIER la Chine, les États-Unis et la Corée deve- naient membres à part entière du projet. A cette date, l’Europe n’avait pas encore tranché entre les sites de Vandellòs (en Espagne) et de Cadarache. Le 26 novembre 2003, la candida- ture française est unanimement retenue par les 25 ministres européens de la science et de la recherche. L’Espagne obtenait de son côté le siège de l’agence domestique européenne, F4E. Il ne restait alors plus que deux em- placements possibles pour la construc- tion d’ITER : Rokkasho-Mura, au Japon (soutenu par les Etats-Unis et la Corée) et Cadarache dont la candidature sem- blait plutôt épaulée par la Chine et la Russie. Enfin, le 28 juin 2005, le choix de Cadarache est officialisé lors d’une réu- nion ministérielle à Moscou. Bruxelles et Tokyo entérinent en parallèle le lan- cement au Japon d’un ensemble de programmes de soutien d’ITER : « l’ap- proche élargie ». Un an après, l’Inde devenait la sep- tième et dernière agence domestique. L’agencement du site actuellement, les bâtiments déjà construits Avril 2009 : préparation de la plate-forme ITER Premier engagement de la France « pays hôte » et de l’Europe « partenaire hôte » : la préparation du site (défriche- ment, terrassement, viabilisation). Ce chantier de préparation des 90 hectares du site a été dirigé par l’Agence ITER France pendant deux ans, s’achevant en avril 2009. La moitié (42 hectares) est une étendue plate constituant la « plate- forme ITER », destinée à recevoir les 39 futurs bâtiments. Septembre 2010 : l’Ecole internationale Engagement pris par la France, pays hôte d’ITER, le tout premier bâtiment inauguré sur le projet ITER se situe… à une vingtaine de kilomètres du site. Il s’agit de l’Ecole internationale de Manosque, terminée en septembre 2010 (figure 3). Conçue par les architectes Riccioti et Battesti et financée par le Conseil régional de PACA à hauteur de 55 M , l’École internationale Provence-Alpes- Côte d’Azur accueille maintenant 410 élèves de 27 nationalités différentes. La moitié d’entre eux sont des « enfants d’ITER », l’autre vient de la région. Dans cet établissement public rele- vant de l’Éducation nationale, les cours sont dispensés pour moitié en français et pour moitié dans l’une des langues des participants au projet (chinois, an- glais, allemand, hindi, italien, japonais, coréen, portugais, russe et espagnol). Figure 2 : Un réseau hydraulique de plus de 20 km, des bassins de rétention et de traitement d’eau, ainsi que plusieurs zones d’accueil d’entreprises ont été réalisés sous la responsabilité de l’agence ITER France (CEA). Les marchés ont atteint la hauteur de 150 millions d’euros financés à 40 % par l’Europe et 60 % par la France. – Crédit photo : Altivue/AIF. Figure 3 : La construction du bâtiment bénéficie du label Haute Qualité Environnementale (HQE). L’école s’étend sur une surface de 26 000 m², est équipée de capteurs solaires qui couvriront 100 % des besoins en éclairage de l’établissement – Source : www.iter.org. REE N°4/2016 59 Un site et une logistique exceptionnels Les inaugurations suivantes se sont depuis lors rapidement succédées : 2011 : bâtiment de réalisation des bobines de champ poloïdal (PF-Coil) Sur ces six bobines en niobium-titane (en forme d’anneaux horizontaux autour du réacteur), quatre sont trop volumi- neuses pour emprunter le réseau rou- tier (les deux bobines « équatoriales » atteignant jusqu'à 24 m de diamètre). Elles sont donc fabriquées sur place, dans ce bâtiment dédié, inauguré fin 2011, de 12 000m2 et 257 m de longueur (figure 4). 2012 : siège ITER Conçu par deux architectes de la ré- gion : Rudy Ricciotti (Bandol) et Laurent Bonhomme (Vinon-sur-Verdon), ce bâti- ment de 20 500 m2 accueille plus de 800 personnes. Financé par l’Europe et la France, il est notamment équipé de salles de réunion, d’un amphithéâtre de 500 places, d’une bibliothèque, d’un res- taurant et d’une salle de « réalité virtuelle ». Agrandi de 3 500m2 en 2014, il mesure plus de 200 m. Son design re- marquable est directement lié à un ma- tériau de pointe: le BFUP (Béton Fibré Ultra Performant). Ce béton innovant, particulièrement léger et résistant, est largement utilisé en façades. Plusieurs rangées de panneaux solaires sont aussi déployées en toiture pour y produire l’eau chaude. 2014 : l’atelier Cryostat Plus grand encore que les bobines poloïdales qu’il enveloppe, le cryostat, même divisé en quatre parties (figure 5), n’est pas transportable par la route : avec leurs 30 m de diamètre, 10 m de hauteur et leurs 1 250 t (maximum), ces parties sont bien trop imposantes pour n’importe quel itinéraire routier. Un bâtiment, l’atelier Cryostat, a été spécialement édifié sur place pour réali- Figure 4 : Bâtiment des bobines de champ poloïdal (PF Coil) – Source : www.iter.org. Figure 5 : Le cryostat, une des plus grandes chambres à vide au monde - Source : www.iter.org. 60 REE N°4/2016 LA FUSION THERMONUCLÉAIRE ET LE PROJET ITERDOSSIER ser ses quatre sections à partir d’une cin- quantaine d’éléments provenant d’Inde. Ce bâtiment de 5 500 m2 et de 30 m de hauteur a été financé par l’agence domestique indienne (figure 6). Il a été conçu et réalisé sous la responsabilité de la société Larsen & Toubro Ltd. Spie- Batignolles, qui avait précédemment construit le bâtiment PF-Coil, en a assu- mé la construction. 2014-2015 : les zones de stockage Afin de permettre le stockage des équipements arrivés sur site avant leur assemblage, plusieurs entrepôts ont été construits au cours des deux dernières années, ainsi qu’une plate-forme logis- tique de 10 000 m2 de capacité. Les bâtiments Les bâtiments en construction : les fonctions-clé et la structure logique du site L’agencement du site ne doit rien au hasard. Conçue avant le choix du site d’accueil, cette organisation a été soi- gneusement pensée et l’emplacement de chaque bâtiment est toujours le résul- tat d’une fine optimisation de l’espace. Le complexe Tokamak Au centre se trouve le cœur d’ITER, dénommé « complexe Tokamak ». Il s’agit en fait de trois bâtiments mitoyens parta- geant les mêmes fondations : Les installations destinées au chauf- fage du plasma2 jouxtent ce complexe : Ouest (des injecteurs projettent dans le plasma des particules électrique- ment neutres et très énergétiques. Par le biais de multiples collisions, celles-ci 2 Les trois techniques de chauffage externe sont détaillées sur le lien suivant : https://www.iter.org/fr/mach/heating transfèrent leur énergie aux particules Est (permettant de chauffer le plasma par l’intermédiaire de deux sources d’ondes électromagnétiques de haute fréquence (chauffage cyclotronique ionique et électronique). D’ouest en est : l’entrée et la sortie des énergies L’arrivée côté ouest de la ligne haute tension est à elle seule responsable du po- sitionnement d’une dizaine de bâtiments : l’hélium cryogénique. A l’opposé du tokamak, donc côté est, la place est mise à profit pour l’implantation des bâtiments de refroi- dissement (tours aéro-réfrigérantes, échangeurs, bassins). On peut ainsi voir que l’énergie arrive par l’ouest, et ressort sous forme de chaleur à l’est (figure 7). Figure 6 : l’atelier Cryostat – Source : www.iter.org. Figure 7 : Le flux des énergies (de droite à gauche) et des équipements (de haut en bas). Source : www.iter.org. REE N°4/2016 61 Un site et une logistique exceptionnels Cette zone orientale est bien placée vis-à-vis du vent dominant (le mistral), qui dissipera rapidement tout brouillard. Cycle de vie des matériaux : l’assemblage au sud et la cellule chaude au nord Premier bâtiment définitif à être construit sur la plate-forme, au sud du tokamak, le hall d’assemblage permet- tra le pré-montage des principaux élé- ments du réacteur grâce, notamment, à deux ponts roulants de 750 t chacun. Avec ses 60 m de hauteur et autant de largeur, 97 m de longueur et 6 000 t d’acier au total, il est la véritable porte d’entrée des équipements du réacteur. A l’autre bout de la chaîne, la « cel- lule chaude » hébergera le traitement, la réparation, la remise en état, l’analyse et l’élimination des composants activés par l’exposition aux neutrons. La résistance au séisme Même si les contraintes sismiques sont de bien moindre ampleur qu’au Japon, la résistance aux séismes est une donnée prise en compte sur le projet. Ainsi, en maîtrisant cette contrainte, ITER aura pu démontrer la disponibilité de l’énergie de fusion pour de nom- breux pays ayant une moyenne activité sismique (et pas nécessairement non plus proches de la mer). Comment est articulée la conception parasismique d’ITER ? La plupart des bâtiments, même clas- siques, sont soumis à une stricte régle- mentation parasismique. Anciennement françaises (les PS92) et à présent euro- péennes (« l’Eurocode 8 »), ces règles protègent dans leur conception les structures des bâtiments et donnent une maîtrise du risque d’effondrement en vue de protéger les personnes. Tous les édifices sur le site ITER y sont évi- demment soumis, même les simples bureaux ou ateliers. Schématiquement, on considère pour ces bâtiments conventionnels une période de retour d’environ 500 ans. Pour les bâtiments à risque nucléaire, les études et travaux sont évidemment plus poussés : il convient de protéger non seulement les murs mais aussi certains équipements (les boucles d’eau de refroi- dissement par exemple : ces systèmes sont appelés PIC “Protection Important Component”, équipements importants pour la sûreté nucléaire). L’encadré 1 pré- cise la démarche les concernant. La technologie employée Protéger ainsi le complexe Tokamak (90 m x 130 m sur 77 m de hauteur, totalisant une masse de 330 000 t) est un défi à part entière. Pour y parvenir, on a fait appel à deux solides radiers d’environ 1,50 m d’épais- seur chacun, rattachés par 493 colonnes et patins antisismiques (figures 8 et 9). La protection parasismique d’ITER repose sur la démarche de la règle fondamentale de sûreté (RFS 2001-01). Celle-ci régit la protection des ins- tallations nucléaires et repose sur la démarche suivante: 1. Détermination du séisme maximal historiquement connu (SMHC), sur environ 1 000 ans Magnitude 5,5 à 7,5 km en 1708, Manosque Magnitude 6/6,2 à 16,5 km en 1909, Lambesc 2. Détermination du séisme maximal historiquement vraisemblable (SMHV) intégrant le voisinage et les paléoséismes : Celui de de Valveranne (magnitude 6.5 entre -26 000 et -9 000ans) 3. Séisme majoré de sécurité (SMS) + 0.5 (majoration forfaitaire de la magnitude) 4. Placement au plus proche : Ce séisme est considéré apparaître sur le point de la faille le plus proche du site ITER (8 km). Encadré 1 : Méthode de détermination du risque sismique maximal – Source : www.iter.org. Figure 8 : Les fondations du complexe Tokamak - Source : www.iter.org. 62 REE N°4/2016 LA FUSION THERMONUCLÉAIRE ET LE PROJET ITERDOSSIER Cette technologie a été utilisée pour le tokamak Tore Supra et sur de nombreux bâtiments publics dans des pays à activité sismique plus importante. Les avancées récentes et à venir L'avancée du chantier est bien illustrée par la figure 10 (photo aérienne d'avril 2016) et en vue plus rapprochée par la figure 11 (photo de mars 2011). Figure 9 : Détail d’un patin antisismique – Source : www.iter.org. Figure 10 : Etiquettes grises : bâtiments réceptionnés – Etiquettes vertes : chantiers en cours – Crédit photo : MatthieuColin.com – Source : www.iter.org. Figure 11 : De gauche à droite, l’atelier Cryostat, l’arrivée d’un des deux ponts de 750 t du hall d’assemblage et le bâtiment d’assemblage. www.iter.org REE N°4/2016 63 Un site et une logistique exceptionnels La logistique Des convois exceptionnels… et très exceptionnels Les opérations de transport Pour mener à bien le projet, la fabri- cation des équipements d’ITER tourne déjà à plein régime. Mener à destination ces millions de composants qui arrivent à Marseille depuis le monde entier né- cessite une logistique toute particulière. Depuis janvier 2015, des convois excep- tionnels circulent déjà et il y en aura des milliers à l’avenir (figure 12). Pour les pièces les plus imposantes, impos- sible de prendre les anciennes routes. Exceptionnelles par leur taille (jusqu’à 10 m de hauteur, 50 m de long ou 9 m de large) et par leur poids (jusqu’à 800 t), elles seront regroupées entre deux et trois cents convois « très excep- tionnels ». Ils parcourront ainsi depuis Fos-sur-Mer un itinéraire taillé sur me- sure, coordonnés et financés conjoin- tement par l’agence ITER France et l’agence domestique européenne. A environ 5 km/h, ces véhicules spécialement conçus par l’équipe- mentier français Daher franchiront la dernière « ligne droite » (une centaine de kilomètres) en plusieurs opérations nocturnes afin de perturber le moins possible le trafic routier. La charge étant soigneusement répartie sur une modeste remorque de ... 352 pneus, les manœuvres les plus fines peuvent être conduites grâce à deux cabines de commande, pilotables de l’exté- rieur. Autre enjeu de taille : la protection et la prévention de ces opérations, qui affectent 41 communes de la région. Pour minimiser ces impacts, la gen- darmerie mobile et maritime, ainsi que les forces aériennes et motocy- clistes de la Garde républicaine sont impliquées, mobilisant jusqu’à 140 personnes. Ces unités peuvent faire valoir leurs expériences des itinéraires Airbus ou Ariane. L’itinéraire ITER La plupart de ces convois arrivent par la mer au port de Fos-sur-Mer, à l’ouest de Marseille, et traversent l’étang de Berre sur une barge spéciale. Là commence l’itiné- raire ITER, long de 104 kilomètres, vers le site de Cadarache (figure 13). Les anciennes routes ne permettant pas d’acheminer des convois de telles dimensions, la France – conformément à son engagement de pays hôte – les a aménagées afin de permettre tous les transports nécessaires au projet. D’importants travaux ont ainsi été réa- lisés en trois ans sous maîtrise d’ou- vrage de l’État avec le co-financement du Conseil général (respectivement 40 millions et 72 millions d’euros). Ainsi, 26 ponts ont été construits ou - électriques enterrées ou surélevées, et 19 ronds-points ont été aménagés. La plupart de ces travaux ont été réalisés par des entreprises de la région. Ils ont sensiblement contribué à l’amélioration des conditions de circulation. Les moyens mis en œuvre sur le chantier ces 39 bâtiments nécessite près d’un Figure 12 : Photo prise du second convoi-test, le 28 mars 2014 (essai de validation de l’itinéraire ITER) – Source : www.iter.org. Figure 13 : Plan de l’Itinéraire ITER – Crédit photo : CEA. 64 REE N°4/2016 LA FUSION THERMONUCLÉAIRE ET LE PROJET ITERDOSSIER milliard d’euros d’investissement. La moitié d’entre eux étant prévus en bé- ton armé, parfois soumis aux obligations de sûreté nucléaire. La logistique mobili- sée est donc colossale, avec 18 millions d’heures de travail sur une décennie, fournies par de grands groupes inter- nationaux (Vinci, Ferrovial, Razel, Engie pour n’en citer que quelques-uns) mais aussi par bon nombre de PME locales. Une centrale à béton a été spéciale- ment ouverte sur le site (groupe Lafarge), contribuant aux besoins de 250 000 m3 de béton. Les trois quarts étant qualifiés « nucléaire », donc d’une qualité parti- culièrement contrôlée. Particulièrement rapide aussi, cette centrale peut fournir près de 120 m3 /h de béton afin de per- mettre d’importants coulages en continu et ainsi maîtriser drastiquement les phé- nomènes de fissures lors de ces phases délicates. Visibles de loin, pas moins de huit grues à tour, fixes, œuvrent aussi de concert, souvent épaulées par de nom- breux moyens mobiles. Choisies pour leur fiabilité éprouvée sur de nombreux chantiers, ces grues, levant jusqu’à 40 t sont estampillées de la marque Potain, leader du domaine3 . Une grue de plus de 1 000 t de capacité, mobile, vient d’ailleurs tout juste d’arriver en renfort. Un véritable ballet. 3 Six grues Potain construisent la plus grande centrale d’énergie de fusion du monde : http://www.manitowoccranes.com/fr-fr/ news-events/news/2015/six-potain-cranes- building-worlds-largest-fusion-energy-facility Références [1] Livre J Jacquinot et R Arnoux chez Edisud « ITER, le chemin des étoiles ». [2] Site ITER Organization - Les grandes dates d’ITER https://www.iter.org/fr/ proj/itermilestones [3] Jean Jacquinot, Chris Llewellyn- Smith, Paul Vandenplas, Carlos Varandas, Carlos Alejaldre, Alex Bradshaw, Francesco Romanelli, Le Monde, Edition du 30 janvier 2004 p.19–TousunispourITERàCadarache http://www.lemonde.fr/archives/ article/2004/01/30/tous-unis-pour- iter-a-cadarache_351106_1819218. html#YwOBpPFeL4tGp8zm.99 [4] Site IRSN - Risque sismique et instal- lations nucléaires Etudes de l’aléa sismique pour le centre de recherche de Cadarache : http://www.irsn.fr/ FR/connaissances/Installations_ nucleaires/La_surete_Nucleaire/ risque_sismique_installations_ nucleaires/Pages/10-Etudes_de_l_ alea_sismique_pour_le_centre_ de_recherche_de_Cadarache. aspx?DossierGuid=bbb50e91-d795- 4734-9450-f7cd15fe0aea&Dossier WebGuid=53763c1d-e722-4980- 88f3-de3d62e7991a#.Vt0tEojH55I [5] Article L’Officiel des Transporteurs - Grand Angle – Le projet ITER (E. Demangeon,−N°2742du13juin2014) http://www.wk-transport-logistique. f r/outils /upload /transpor t- exceptionnel-n-2742-juin-2014- L-officiel-des-transporteurs.pdf L'AUTEUR Erwan Duval est ancien élève de l’Ecole Centrale Paris. Il entame sa carrière à Kourou en 2000, au sein des équipes opérationnelles d’Arianespace. D’abord responsable des systèmes fluides des lanceurs Ariane, il prend la charge des ré- seaux fluides du site (cryogéniques, propergols et gazeux). Il est alors amené à coordonner les activités du complexe de lancement Ariane 5. Début 2008, il s’intègre à la prépa- ration du projet Soyuz en Guyane et coordonne les essais et activités du site sur les deux premiers lan- cements. En 2012, il rejoint ITER Organization dans le département Construction. Il conduit l’exploitation des infrastructures IO et pilote divers travaux nécessaires à la bonne pro- gression du projet ITER.