Entretien avec Klaus Froehlich - Président du CIGRE

17/07/2016
Publication REE REE 2016-3
OAI : oai:www.see.asso.fr:1301:2016-3:17174

Résumé

Entretien avec Klaus Froehlich - Président du CIGRE

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REE N°3/2016 19 Fondé en 1921, Le CIGRE (Conseil interna- tional des grands réseaux électriques) est une association internationale, à but non lucratif, dont la vocation est de favoriser la collaboration entre experts internationaux pour améliorer les réseaux électriques existants et construire ceux de demain. A l’occasion de sa 46e session, la REE a rencontré son Président, le Professeur Klaus Froehlich. REE : Merci, M. le Président, de nous accorder cet entretien à quelques semaines de la 46e session du CIGRE, qui se tien- dra à Paris du 21 au 26 août 2016. 1921-2016 : le CIGRE aura bientôt un siècle, ce qui en fait sans doute l’une des plus anciennes conférences techniques existant dans le monde. Avant de parler de cette 46e session, pouvez-vous nous dire quel regard vous portez sur l’évolu- tion du CIGRE au long de ces années ? Klaus Froehlich : Nous sommes en effet l’une des plus anciennes conférences dans notre domaine, devancés seu- lement par la Commission électrotechnique internationale (IEC). Nous sommes particulièrement fiers de l’évolution du CIGRE au long de ces décennies. Nous avons survécu à la seconde guerre mondiale. Au lendemain de ce conflit, nous avons repris notre expansion, en accueillant notam- ment le Japon, ainsi que l’Amérique du Sud. Notre histoire est une success story, qui nous a d’ailleurs conduits, lors de la dernière session, en 2014, à battre à nouveau le record du nombre de participants (Tableau 1). REE : et pour 2016 ? K. F. : Il faut attendre la séance d’ouverture ; mais cela ne devrait pas être moins qu’en 2014. Comme toujours, notre congrès va réunir toutes les parties prenantes des réseaux électriques : les opérateurs, les fabricants d’équipements, le monde académique, les instituts de recherche. Un point important sur lequel je veux insister. Comme d’habitude, le CIGRE se déroule à Paris et, dans le contexte sécuritaire actuel, nous sommes amenés à prendre le maximum de précautions, en étroite relation avec le Pa- lais des congrès et avec les autorités françaises. Cela peut présenter quelques inconvénients pour les congressistes, notamment en termes de files d’attente ; mais la sécurité doit primer. Et nous nous réjouissons du fait que cette si- tuation n’ait dissuadé aucun de nos partenaires habituels de venir à Paris. REE : Est-ce que tous les pays du monde sont représen- tés au CIGRE ? K. F. : Presque tous, avec toutefois une exception impor- tante : l’Afrique subsaharienne. Nous devons encore nous y développer, ce qui passera par la création de comités nationaux dans les pays concernés. L’Afrique du Sud est le seul pays de la région à disposer d’un comité national. Or je suis convaincu que ces pays ont à apprendre de notre expé- rience et nous souhaitons les en faire profiter. Cela concerne Tableau 1 : Evolution du nombre de participants aux conférences CIGRE. ACTUALITÉS 46ème session du CIGRE, du 21 au 26 août 2016 à Paris Entretien avec Klaus Froehlich - Président du CIGRE 20 REE N°3/2016 notamment les nouvelles technologies de pointe, les grands projets d’interconnexion, l’électrification rurale, etc. REE : Y aura-t-il, cette année encore, une exposition ? K. F. : Notre exposition est toujours un grand succès et toujours en croissance. En fait, nous ne sommes limités que par la dimension du Palais des congrès de la Porte Mail- lot. C’est une partie importante du congrès, mais l’essentiel reste, bien entendu, les échanges qui ont lieu dans les di- verses sessions. REE : Pour cette conférence, combien d’articles avez- vous reçus ? K. F. : Le nombre est toujours en croissance : 550 contribu- tions ont été acceptées, ce qui est supérieur aux sessions précédentes, mais ne représente que 85 % des propositions reçues. REE : Y aura-t-il des innovations notables dans le dérou- lement de la conférence ? K. F. : A chaque session ses innovations ! La conférence sera cette année davantage interactive, grâce à un sys- tème qui permettra aux participants de suivre sur leur smartphone, en temps réel, ce qui se passe dans les dif- férentes salles, et ainsi de se rendre dans le lieu d’intérêt majeur pour eux. Nous aurons des sessions de posters couvrant 100 % des articles et la possibilité d’utiliser les smartphones ou les ta- blettes pour envoyer, en temps réel, des messages au modé- rateur de la session et pour “liker” les questions posées par d’autres participants. REE : Venons-en donc maintenant aux principaux thèmes techniques qui vont animer cette conférence. Sur votre site web, je note les thèmes suivants : Ces sujets sont, pour la plupart, permanents. Quels sont ceux qui vont particulièrement marquer la session 2016 ? K. F. : Tous ces thèmes sont importants et il est difficile d’en définir le centre de gravité. La tendance la plus marquante, actuellement, me semble être la pénétration de plus en plus profonde dans le domaine de la distribution. Il ne s’agit évi- demment pas de développer une concurrence avec d’autres institutions plus spécifiquement dédiées à ce secteur, mais simplement de prendre en compte la réalité d’un système électrique dans lequel les gestionnaires des réseaux de trans- port (TSO) et de distribution (DSO) interagissent de plus en plus étroitement. En Europe, par exemple en Allemagne, en Italie ou en Espagne, on voit des consommateurs actifs (pro- sumers) jouer un rôle croissant dans le système. Il est bien de la responsabilité du CIGRE de couvrir l’ensemble du système. REE : Et parmi les questions plus classiques ? K. F. : Parmi les sujets devenus maintenant plus classiques, le boom des systèmes à courant continu (HVDC) reste en tête de la liste. La rapidité de leur développement est très impressionnante. Et il est loin d’être terminé, notamment pour des liaisons point-à-point. Toutefois, si vous me deman- diez si je crois qu’ils menacent, à terme, la prépondérance du courant alternatif, je vous répondrais que non ; en effet, même si les liaisons à courant continu présentent de nom- breux avantages, sur lesquels travaillent nos comités d’étude, je pense qu’ils resteront longtemps des « sous-systèmes » au sein d’un système à courant alternatif. Mais ce n’est peut-être qu’une conviction personnelle. A plus long terme, on peut bien sûr imaginer une sorte de “super-grid” reliant plusieurs réseaux à courant alternatif et, pour des raisons technico-éco- nomiques dans le cas de grandes distances à parcourir, ce super-grid serait à courant continu. Mais, pour l’heure, il n’y a pas de projets concrets en ce sens : nos groupes de travail s’intéressent aux concepts qu’il faudrait développer pour en permettre l’émergence et aux multiples problèmes qu’il fau- drait résoudre, par exemple celui de l’interopérabilité d’équi- pements d’origine diverse. REE : K. F. : Pas vraiment. Cette année encore, plusieurs grands in- cidents, ou plusieurs situations critiques proches du black-out seront présentées et analysées. Cela concerne notamment la Turquie, la Thaïlande, Israël, le Brésil, l’Australie. On a toujours à apprendre de l’expérience des autres. Ce qui est vrai en revanche, c’est que, sur les deux der- nières années, aucun cas de “large market disturbance”, c’est- à-dire de divergence brutale du prix de marché de l’électrici- té, ne nous a été rapporté. C’est plutôt rassurant. REE : K. F. :C’est un sujet complexe, dont l’évolution ne peut pas être résumée en quelques mots. Nous retrouvons là la né- cessité de l’interactivité entre le transport et la distribution, dans la mesure où l’objectif est de donner à tous un service de qualité, y compris dans le contexte du développement ACTUALITÉS REE N°3/2016 21 des “prosumers”. Ce qui est clair, c’est que la progression est très variable selon les pays, même au sein du continent euro- péen. C’est aussi que cette progression est fortement impul- sée par les politiques en matière de véhicules électriques : c’est par exemple le cas de la Norvège, où le taux de voitures électriques progresse de 9 % par an. REE : K. F. : Je pense que le stockage est un élément indispen- sable pour exploiter de manière économique les énergies renouvelables. Son développement est donc nécessaire en accompagnement de celui des renouvelables et sera rendu possible par la réduction de son coût. Mais il me semble que les possibilités sont limitées au ni- veau des réseaux de transport, à la fois du fait d’un trop faible nombre de sites de pompage (notamment dans les Alpes) et de capacités trop faibles des lignes d’interconnexion, notam- ment entre pays qui ont de fortes capacités de production éolienne et pays qui n’en ont pas. Le stockage sera donc plutôt le fait d’équipements (notamment batteries) situées au plus près des sites de production renouvelables. Les plus récentes expériences du Japon ou des Etats-Unis vont dans ce sens. REE : Nous ne pouvons évidemment pas faire le tour de tous les sujets techniques. Qu’est-ce qu’il semblerait le plus important de mentionner ? K. F. : Dans le domaine de la technologie des équipe- ments, je citerai les câbles souterrains de forte section qui connaissent des progrès importants, ainsi que les valves des réseaux à courant continu. Mais nous devons aussi évoquer les systèmes d’information et les logiciels informatiques, avec une mention particulière pour les questions touchant à la cybersécurité. Avant de conclure cet entretien, je souhaiterais insister en- core sur l’importance stratégique que revêtent pour le CIGRE les développements dans le domaine de la distribution. C’est pour cela que nous avons récemment élargi la collabora- tion avec le CIRED1 , avec la création de groupes de travail conjoints. Nous sommes donc dans une position de coopé- ration et non de concurrence. Je pourrais d’ailleurs en dire autant de l’IEEE, avec lequel nous développons des activités commune, par exemple dans le domaine de la protection de l’environnement (par exemple électromagnétique), afin d’éviter les redondances. REE : - vez que, en France, la coopération entre notre société scientifique, la SEE, et le Comité national du CIGRE se développe, ce dont nous nous réjouissons. Et, bien en- tendu, nous vous souhaitons un plein succès pour la 46e session du CIGRE ! Propos recueillis par Jacques Horvilleur Klaus Froehlich. Docteur en sciences tech- niques de l’Université de technologie de Vienne, en Autriche, Klaus Froelich a d’abord travaillé pour ABB Suisse et Etats-Unis, dans le développement d’équi- pements à haute tension. Depuis 1990, il poursuit une carrière universitaire à l’Université de technolo- gie de Vienne, puis à l’Institut fédéral suisse de technologie (ETH) à Zurich. Membre Fellow d’Electrosuisse et de l’IEEE, et membre de l’Aca- démie suisse des sciences techniques, Klaus Froelich préside le CIGRE depuis 2012. 1 Conférence internationale des réseaux électriques de distribution. ACTUALITÉS