Le développement des énergies renouvelables en Ethiopie

Un exemple de renforcement des capacités d’une structure locale 06/05/2016
OAI : oai:www.see.asso.fr:1301:2016-2:16504
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Le développement des énergies renouvelables en Ethiopie

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REE N°2/2016 69 L’AFRIQUE ET L’ÉLECTRICITÉ DOSSIER 1 L’Ethiopie, berceau de l’humanité Située dans la corne de l’Afrique à l’est du continent, l’Éthiopie est vaste comme deux fois la France et se classe parmi les 15 pays les plus peuplés du monde avec 92 millions d’habitants. Etat moderne dont la capitale, Addis Abeba, accueille le siège de l’Union afri- caine et de la Commission économique africaine, l’Ethiopie hérite d’une longue et riche civilisation qui n’a connu que très brièvement la colonisation. Une des langues principales, l’amharique, s’écrit d’ailleurs avec un graphisme chargé d’exotisme pour les visiteurs européens. Depuis les années 2000, le pays a connu une forte croissance. Cependant de nombreux défis restent encore à relever car le revenu national brut est seulement de 550 USD par habitant, la population demeure en forte croissance et le potentiel agricole, pourtant impor- tant, pâtit d’une déforestation drastique et d’une érosion des sols catastrophique. Au niveau énergétique, l’Ethiopie se caractérise par une faible consommation Le développement des énergies renouvelables en Ethiopie Un exemple de renforcement des capacités d’une structure locale Par Jacky Bauley1 , Pauline Caumon2 , André-Jean Guérin3 Délégué général blueEnergy France1 , ingénieur EDF, administratrice de blueEnergy France2 , administrateur de la Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l’Homme, et de blueEnergy France3 Ethiopia ranks among the 15 most populous countries in the world with 92 million inhabitants. Since 2000, the country has had a strong growth rate. However, many challenges still lie ahead as the GNI is only US $ 550 per capita, the population grows rapidly and the agricultural potential suffers from deforestation, soil erosion and drastic droughts. Even if the country has a tremendous renewable energy potential, both access to electricity (< 30%) and electricity consumption (65 kWh/cap) are low. Given the situation, several NGOs are providing support to disadvantaged populations by developing access to renewable energy in rural areas. In particular, a French NGO (blueEnergy) and an Ethiopian NGO (MCMDO) have started to install photovoltaic power plants 2 years ago in 2014 with the support of the EDF Corporate Foundation. This article describes why the three organizations have recently decided to initiate a capacity building program and how it will be implemented in the coming years. ABSTRACT Figure 1 : Extrait du rapport “Africa 2030: roadmap for a renewable energy future” de l’IRENA2 . 70 REE N°2/2016 L’AFRIQUE ET L’ÉLECTRICITÉDOSSIER 1 (0,51 tep/hab. en 2013 selon l’AIE), dont l’électricité représente environ 65 kWh/ hab1 . Ceci place le pays dans la partie de l’Afrique la plus défavorisée en termes d’accès à l’électricité, comme l’illustre une infographie récente de l’IRENA (figure 1)2 . Pourtant le potentiel en ressources énergétiques de l’Éthiopie est consi- dérable. Pour les seules énergies re- nouvelables, il est estimé à 45 GW en hydroélectricité, 5 GW en géothermie, 100 GW en éolien. Le potentiel de production d’électrici- té solaire n’est pas moins important : la couverture de 1 % de la surface du pays avec des panneaux photovoltaïques re- présenterait un potentiel de production de 1 500 TWh/an, soit environ trois fois la production annuelle de la France. Des études récentes, dont celle de la Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l’Homme, estiment à 25 % la pour- centage de l’électricité mondiale bas carbone qui pourrait être fourni par le photovoltaïque solaire. En outre, il s’agit « d’un formidable espoir pour ceux qui n’ont pas encore accès à l’électricité à condition de l’envisager dans une pers- pective décentralisée au plus proche des besoins ». L’Éthiopie, par sa géo- graphie et l’organisation de sa société, pourrait être un modèle de développe- ment de l’énergie solaire. Plusieurs pays et acteurs européens semblent avoir intégré cette dimension et investissent dans ce pays. C’est dans ce contexte que la Fondation EDF et blueEnergy, en parte- nariat avec l’ONG éthiopienne MCMDO (figure 2), ont initié depuis deux ans des projets humanitaires s’appuyant sur la production et l’utilisation d’électricité photovoltaïque. 1 Pour plus de détails : http://baj.ouvaton.org/ spip.php?article47 2 http://www.irena.org/menu/index.aspx?mnu =Subcat&PriMenuID=36&CatID=141&Subcat ID=641 Un partenariat humanitaire qui repose sur trois acteurs MCMDO3 (prononcez Miss Mido !) est une ONG éthiopienne qui agit depuis près de 20 ans en faveur des mères et des enfants désavantagés pour renforcer leur accès aux soins, à l’éducation et pour améliorer leurs conditions de vie avec des programmes eau et assainissement, agriculture et développement d’activités génératrices de revenus. MCMDO travaille avec les communautés défavorisées dans toute l’Éthiopie avec une focalisation actuelle sur Addis Abeba et les régions fédé- rées de Amhara, Benshangul Gumuz et Oromia. Elle emploie une centaine de salariés, anime une dizaine de délé- gations et ses actions ont amélioré les conditions de vie d’environ six millions de bénéficiaires directs et indirects. Jean-Louis Quéri, ingénieur EDF, est tombé amoureux de l’Ethiopie. Touché par le manque d’accès aux services es- sentiels dans le pays (eau, énergie), il se porte volontaire en 2014 auprès de MCMDO afin de proposer son savoir- faire sur des projets d’électrification identifiés par l’ONG. La Fondation EDF soutient alors son initiative via le pro- gramme Intervention humanitaire, qui a pour mission d’apporter l’expertise du groupe EDF dans une démarche de transfert de compétences. En trois ans, ce programme a permis de soutenir 111 projets dans 25 pays. Son mode de fonctionnement est celui d’une fon- dation opérationnelle : les employés volontaires d’EDF se rendent sur place pour accompagner les ONG dans la réa- 3 http://www.mcmdo.org lisation de leur projet, depuis la concep- tion jusqu’à la mise en service. MCMDO ne possédant pas de bu- reaux en Europe, blueEnergy France de- vient son relais et organisation d’appui. Figure 2 : Logo de MCMDO (et exemple d’écriture fidäl). Une ONG à pied d’œuvre blueEnergy est une ONG internationale qui met en œuvre des solutions techniques simples et efficaces pour permettre à des communautés vulnérables d’assurer leur autonomie et de prendre en main leur propre dé- veloppement. Son histoire débute au Nicaragua dans les années 2000, par des projets en appui de par- tenaires locaux implantés au cœur des communautés. Le développe- ment de chaque projet est fondé sur une implication étroite des populations tant dans la phase amont d’identification de leurs besoins (animations communau- taires) que dans la conception, l’adaptation et la mise en œuvre des solutions les plus pertinentes. Cette démarche est rendue pos- sible par une implantation locale avec une structure d’environ qua- rante employés nicaraguayens. blueEnergy France cherchait un partenaire africain solide afin d’étendre son champ d’action géo- graphique. Plusieurs rencontres avec MCMDO permettent de vérifier les valeurs communes des deux structures, et l’aventure débute. REE N°2/2016 71 Le développement des énergies renouvelables en Ethiopie Les premières réalisations et le lancement du renfor- cement de capacités Depuis bientôt deux ans, une dizaine de projets de pompage solaire ont été réalisés en coopération avec EDF : professionnel ; - ture du document de réception par les partenaires locaux et formation à l’exploitation. Dans un souci de développe- ment durable, l’accent a été mis sur la construction d’installations pérennes (figures 3 et 4) et le respect de l’éco- nomie locale, de l’équité sociale et de l’environnement. L’implantation locale de MCMDO et la notoriété d’EDF ont permis d’obtenir le soutien d’autres ac- teurs, comme l’ambassade de France et son service de Coopération et actions culturelles (SCAC) ainsi que EEPCO (Ethiopian Electric Power Corporation)4 . Au-delà des installations solaires, le nouveau chantier qui s’ouvre pour ces trois acteurs en 2016 concerne le lan- cement des actions de « renforcement de capacités », avec la création d’une 4 http://www.eepco.gov.et cellule technique sur l’énergie auprès de MCMDO. Qu’est-ce que le renforcement de capacités des structures locales ? Il est difficile d'aborder le sujet du renforcement de capacités sans quelques définitions préalables, tant le sujet est vaste. On entend par capacité « l’aptitude des individus, des organisations et de la collectivité dans son ensemble à gérer leurs affaires avec succès ». Ce large concept englobe l’aptitude à créer, com- prendre, analyser, développer, planifier, Figure 3 : Installation KASECH au siège de MCMDO. Un système de monitoring par web box permet de suivre la production d’énergie solaire via internet (matériel SMA). Figure 4 : Installation d’Awberkulé. Des femmes viennent chercher de l’eau dont l’approvisionnement est assuré par une pompe Lorentz fonctionnant à l’énergie solaire. 72 REE N°2/2016 L’AFRIQUE ET L’ÉLECTRICITÉDOSSIER 1 atteindre les objectifs fixés, réfléchir sur les résultats des actions, se diriger vers une vision, changer et se transformer. Le renforcement des capacités appa- raît ensuite comme un processus par le- quel les individus, les organisations et la collectivité libèrent, créent, renforcent, adaptent et préservent les capacités au fil du temps. Ce concept est apparu re- lativement récemment dans la stratégie des organisations anglo-saxonnes sous la dénomination de “capacity building” ou “capacity development”. Enfin, le soutien au renforcement des capacités correspond à l’accompa- gnement d’une dynamique endogène par un acteur tiers. Il répond à une de- mande et apporte un soutien financier, technique ou organisationnel. Dans le monde de la solidarité internationale, il s’agit concrètement pour l’ONG du Nord (organisation d’appui) d’apporter un soutien pour consolider les connais- sances, les compétences, les capacités d’organisation et de développement de ressources et enfin la mise en réseau de la structure ONG locale partenaire au Sud (organisation renforcée). L’objectif poursuivi par l’organisation renforcée est d’acquérir l’ensemble des capacités qui lui permettront de gagner en autonomie. Les clés de la réussite Se donner pour objectif de fournir un soutien tellement transverse, diversifié et inclusif est pour le moins ambitieux. Parmi les textes fondateurs de référence qui peuvent guider les organisations d’appui, on peut citer la déclaration de Paris sur l’efficacité de l’aide (France, 2005) ainsi que le programme d’ac- tion de la déclaration d’Accra (Ghana, 2008). Ces résolutions insistent particu- lièrement sur trois axes : dans un contexte de partenariats d’en- gagement ; - ment de capacités vient des pays partenaires du Sud qui doivent s’appro- prier le leadership sur les programmes de leur développement ; - pement prennent une part active au dialogue sur la stratégie de dévelop- pement et l’identification du besoin de renforcement de capacités. Au cours des 10 dernières années, les organismes nationaux et internatio- naux d’aide au développement ont pro- gressivement intégré le renforcement de capacités dans leur approche. L’Agence française de développement a par exemple créé une division dédiée, dite d’appui, au renforcement des capacités. Lors d’une récente conférence orga- nisée en février 2016 par ID4D5 , les échanges entre différents acteurs du développement ont montré la diversité d’approche et des retours d’expérience autour de la question centrale : faire des bénéficiaires les premiers acteurs de la conception des projets. Certains principes faisant consensus au sein des organismes de solidarité in- ternationale viennent renforcer les pré- conisations ci-dessus : - ment de capacités implique une bonne compréhension du contexte social et poli- 5 http://ideas4development.org/renforcer-les- acteurs-porteurs-de-changement-synthese tique au niveau local et requiert une adaptation à la réalité, souvent complexe ; - cités doit s’inscrire dans le temps et ne peut produire de résultats et effets durables que sur le long terme ; - tés s’effectueront à plusieurs niveaux : individus, organisations et institutions. La mise en œuvre pratique Ayant établi une confiance mutuelle à la suite des premières réalisations, blueEnergy, MCMDO et la Fondation EDF décident en 2015 de renforcer leur partenariat. Il leur apparaît désormais évident que la pérennité des projets né- cessite un renforcement des capacités avec une montée en compétences et en autonomie de la structure locale, qui ne menait pas jusqu’alors d’action dans le domaine de l’énergie mais qui sou- haite en développer, tant l’accès à l’eau et à l’électricité est essentiel au dévelop- pement économique. En s’appuyant sur l’expérience nica- raguayenne de blueEnergy, l’idée qui émerge est la création d’une équipe « Energie » avec des techniciens locaux embauchés par MCMDO et accom- pagnés par un volontaire de solidarité internationale (VSI) français, expert en énergie solaire, recruté par blueEnergy (figure 5). L’objectif est de mener de Figure 5 : Trois membres de l’équipe locale constituée début 2016. REE N°2/2016 73 Le développement des énergies renouvelables en Ethiopie nouveaux projets et d’assurer le suivi et la maintenance des projets existants. La montée en compétence tech- nique sera favorisée par la présence de l’installation solaire réalisée récemment au siège de l’ONG à Addis Abeba, qui servira de lieu de formation et d’expéri- mentation technique avant d’aller « sur le terrain » en site isolé. Les projets de dé- veloppement envisagés sont essentielle- ment des solutions d’accès à l’électricité en milieu rural et de pompage d’eau pour l’irrigation ou pour la consomma- tion de villages. Ils reposeront sur une conception modulaire et aussi repro- ductible que possible, afin de faciliter le déploiement. Enfin, un partenariat avec l’université de Mekélé est bien engagé. Jean-Louis Quéri, qui fourmille d’idées, contri- bue largement au développement du “Center of excellence in renewable energy” dans cet établissement. Ce par- tenariat facilitera l’étude de nouvelles solutions pour répondre aux besoins identifiés par MCMDO, par exemple sur la chaine du froid pour les pêcheurs de la région du Tigré. Cela permettra aux étudiants qui le désirent d’en apprendre plus sur l’éner- gie solaire et, pour les plus motivés, d’ef- fectuer des stages au sein de MCMDO. Et la suite ? Le projet de renforcement de capaci- tés a suscité l’intérêt et l’enthousiasme de la Fondation EDF, ce qui a permis son lancement. La route sera longue pour blueEnergy et MCMDO qui devront en- suite travailler main dans la main pour faire vivre l’équipe et assurer son déve- loppement dans la durée. N’oublions pas que les besoins sont énormes dans ce vaste pays où l’âge médian est inférieur à 18 ans et où l’es- pérance de vie à la naissance est d’envi- ron 63 ans. Un sujet préoccupant pour l’Ethiopie est par exemple de réduire sa dépendance à la biomasse, particulière- ment forte dans le secteur résidentiel qui représente 92 % de la consommation énergétique finale du pays. Un chiffre marquant illustre l’amélioration envi- sageable de l’efficacité d’énergétique : dans la capitale Addis Abeba, la cuisson de l’Injera (le pain traditionnel éthiopien) est estimée à 85 % des besoins domes- tiques en énergie, contre seulement 1 % pour la lumière ! L’équipe énergie de MCMDO, ONG tournée vers les femmes, pourrait à moyen terme s’intéresser à ce sujet où de nombreuses actions sont pos- sibles et où le savoir-faire de blueEnergy Nicaragua en matière de cuisinières améliorées pourrait éventuellement servir. Les deux ONG de terrain sont enthousiastes à l’idée de partager leurs expériences et leurs savoir-faire et d’ap- prendre l’une de l’autre. LES AUTEURS Jacky Bauley est ingénieur en élec- tronique et électrotechnique (ESIEE) et titulaire d’un master en Solida- rité et Action Internationales (ICP). Il est chargé de projet pour les pro- grammes de blueEnergy en Ethiopie en partenariat avec l’ONG locale MCMDO depuis 2014, après une expérience de vingt-cinq ans dans le domaine des télécoms mobiles. Pauline Caumon est ingénieur équi- libre offre-demande chez EDF. Elle est volontaire du Programme Inter- vention Humanitaire de la Fondation EDF sur des projets au Nicaragua, et administratrice de blueEnergy France. André-Jean Guérin est ingénieur des ponts, des eaux et des forêts et anciennement haut fonction- naire au ministère français du développement durable. Il est admi- nistrateur de la Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l’Homme, de blueEnergy France, et ancien membre du Conseil Économique Social et Environnemental en France.