L’Europe, l’énergie et les réseaux intelligents

18/01/2016
Auteurs : Michel Derdevet
Publication REE REE 2015-5
OAI : oai:www.see.asso.fr:1301:2015-5:14932

Résumé

L’Europe, l’énergie et les réseaux intelligents

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	    <date dateType="Updated">Thu 26 Jan 2017</date>
            <date dateType="Submitted">Sun 20 May 2018</date>
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REE N°5/2015 1 A u-delà de la COP 21, la France et l’Europe conservent pour les prochaines années une responsabilité particulière : celle de continuer à être force de propositions afin de faire de la transition vers une économie décarbonée une réussite à la fois économique et sociétale. On l’oublie trop souvent, les Européens furent les pre- miers à faire de la lutte contre le dérèglement climatique une grande politique structurante de ce demi-siècle. Mais, pionniers, nous nous trouvons encore en première ligne face aux nombreux défis technologiques (déploie- ment de nouveaux moyens de production, renouvelables et décentralisés, rénovation massive des parcs immobi- liers, invention de nouveaux modèles énergétiques lo- caux), sociétaux (acceptabilité d’une évolution des modes de vie) et économiques (activation de circuits de finan- cement innovants et mobilisation de l’épargne) qui struc- turent la transition énergétique. La manière de relever ces défis dépendra des choix faits dans chaque État membre (et même, de plus en plus, dans chaque région ou collectivité de l’Union), mais les solutions trouvées auront en commun de devoir s’insé- rer dans des systèmes énergétiques dont les réseaux de transport et de distribution, d’électricité ou de gaz, four- nissent déjà, sur des millions de kilomètres, l’architecture. Continuer à « faire système », grâce aux réseaux, afin de délivrer une énergie dans les meilleures conditions d’effi- cacité et de coût, est ainsi l’impératif absolu pour la sécu- rité d’approvisionnement des Européens, notre confort de vie, la compétitivité de nos entreprises et donc pour nos emplois. L’Europe est la zone du monde qui offre les ser- vices énergétiques de la meilleure qualité ; cet atout doit être conforté. Or, les réseaux énergétiques européens sont soumis à un cahier des charges profondément renouvelé dans ce contexte de transition énergétique, puisque leur organisa- tion doit désormais permettre : d’accompagner la décentralisation, les moyens de pro- duction renouvelables étant dispersés en centaines de milliers de sites sur l’ensemble des territoires. Cela impose de repenser en profondeur les réseaux, no- tamment de distribution, qui n’ont pas été initialement conçus pour cette fonction de collecte des énergies renouvelables ; de piloter une complexité d’un ordre nouveau en rai- son de la variabilité de certaines énergies renouvelables (éolien, photovoltaïque) mais aussi de l’émergence de nouveaux usages, tels les véhicules électriques ; d’assurer les solidarités entre les Etats et régions, dans un contexte où les incertitudes technologiques des filières nouvelles viennent s’ajouter à celles, plus anciennes, d’ordre géopolitique ; de continuer à garantir un égal accès aux services éner- gétiques, sans que la transition devienne un facteur de discrimination à l’encontre des citoyens les plus fragiles économiquement. Mettre les intelligences en commun pour adapter les ré- seaux est une nécessité si les Européens veulent réussir la transition énergétique. L’article 194 du Traité de Lisbonne trace déjà la voie à une intervention plus forte de l’Union en la matière. Mais les Européens doivent aller au-delà et explorer au plus vite de nouveaux espaces de coopéra- tion, d’innovation et d’investissements conjoints. Le défi est de taille car des centaines de milliards d’inves- tissements devront être engagés d’ici à 2030, et il n’est nul besoin d’argumenter pour se convaincre que, dans une Europe convalescente, chaque euro devra être investi avec le plus grand souci d’efficacité pour nos collectivités. Cette « Europe énergétique en réseaux », que nous ap- pelons de nos vœux, ne sera pas qu’un défi physique, technique ou économique. Elle devra aussi incarner ces « singularités partagées » qui caractérisent aujourd’hui L’Europe, l’énergie et les réseaux intelligents EDITORIAL MICHEL DERDEVET 2 REE N°5/2015 l’espace énergétique européen : à la verticalité des hié- rarchies, nationales, succèdera l’horizontalité de la com- munication entre les territoires ; à l’autorité des pouvoirs en place, la légitimité du citoyen, de l’initiative et de la réussite ; à l’uniformité industrielle, la diversité des mo- dèles d’organisation ; à un univers d’Etats, le flux des échanges sur l’espace européen. Plus que jamais, il faut d’urgence faire émerger une approche européenne cohérente et pragmatique dans le domaine des réseaux, pour résoudre les difficultés d’aujourd’hui, et répondre aux défis de demain. Et nous devons organiser nos efforts autour de trois axes majeurs : rénover la sécurité d’approvisionnementet la coopération entre les entreprises de réseaux, mais aussi les collectivi- tés locales porteuses de la transition énergétique ; renforcer les coordinations des régulations et les leviers de financement pour optimiser les coûts des infrastruc- tures, tout en investissant sur les territoires traversés par ces infrastructures stratégiques ; promouvoir l’Europe en leader de l’innovation énergé- tique, en donnant un nouvel élan et une nouvelle dimen- sion à sa R&D, notamment à travers la normalisation, la création d’une plate-forme des données énergétiques, la mise en place de corridors des mobilités innovantes ou encore la fondation d’un Collège d’Europe de l’Energie. Le 9 mai 1950, Robert Schuman évoquait le fait que « l’Europe ne se fera pas d’un coup, ni dans une construc- tion d’ensemble : elle se fera par des réalisations concrètes créant d’abord une solidarité de fait ». Plus de 65 ans plus tard, une vraie politique européenne en matière d’infrastructures énergétiques irait à l’évidence dans cette (juste) direction, et donnerait un contenu concret au concept d’ « d'Union de l’énergie ». Michel Derdevet est secrétaire général et membre du directoire d’ERDF. Il est maître de conférences à l’IEP de Paris, professeur au Collège d’Europe de Bruges.