Évolution du secteur des Télécommunications : le cas européen

24/10/2015
Publication REE REE 2015-4
OAI : oai:www.see.asso.fr:1301:2015-4:14175

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Évolution du secteur des Télécommunications : le cas européen

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152 REE N°4/2015 LIBRES PROPOS Jean-Philippe Vanot Président de ParisTech Président du comité du MEDEF sur les relations avec les consommateurs D epuis quelques années, notamment depuis l’apparition en 2007 de l’iPhone, premier smartphone intelligent, le déve- loppement du numérique transforme en profondeur nos modes de vie. Ce développement massif de nouveaux usages que nous constatons par- tout dans le monde n’a bien sûr été possible que grâce à la généralisation de l’usage du protocole IP comme langage unique entre le réseau et les objets de tous types, serveurs, smartphones, tablettes, PC, montres connectées, voitures, compteurs… et au déploiement massif par les opérateurs de télécommunications, les « telcos », d’accès à haut débit, majoritairement mobiles. On pourrait donc penser que l’évo- lution de ces telcos, qui sont parmi les acteurs majeurs de ce dévelop- pement en cours, est orientée à la croissance. Paradoxalement cela est loin d’être sûr, tout particulièrement en Europe. Regardons pour commencer quelques chiffres : sur ces six dernières années le chiffre d’affaires des telcos dans le monde a crû d’environ 3 % par an, sauf en Europe où il a décru de 1 à 2 % par an. Et pourtant partout, y compris en Europe, les usages haut débit ont crû de façon très importante, à la fois en nombre d’accès et en consommation de données par accès, ce qui veut dire que tous les opérateurs de télé- communications, y compris les européens, ont investi massivement dans les infrastructures, principalement en déployant des réseaux mobiles 4G et des raccordements optiques FTTX, et aussi, pour les câblo-opérateurs, des accès en technologie DOCSIS, ceci afin de faire face aux croissances exponentielles des trafics associés. Et voilà donc le paradoxe européen, dans un marché en croissance forte des usages, les telcos voient leurs revenus baisser, mais doivent continuer à investir, et ils ont du mal, par ailleurs, à accéder à de nouveaux relais de croissance ; ils n’ont alors d’autre alternative que de poursuivre des pro- grammes de réduction de coûts dont la conception et la mise en œuvre sont de plus en plus difficiles, afin de pré- server leurs taux de marge et de rassurer les investisseurs. Comment en est-on arrivé là ? Je vois trois raisons fondamentales : Séduits par la simplicité marketing du concept et sans doute également inquiets de la lenteur du démarrage des usages des données mobiles – cela paraît loin main- tenant mais les telcos se sont longtemps demandé s’ils avaient bien fait d’investir dans les réseaux mobiles 3G car les usages ne décollaient pas – les telcos ont tous adopté, il y a près de 10 ans, des formules tarifaires dites « illimitées » pour la voix puis pour les données, ce qui les a conduits par la suite à devoir investir massivement pour faire face à la croissance des usages mais sans avoir de revenu complémentaire. Les opérateurs (mobiles princi- palement) n’ont ensuite pas su afficher ces tarifs de façon compréhensible par les clients, notamment pour tout ce qui n’est pas incorporé dans l’illimité, s’attirant ainsi une méfiance certaine des clients. Les opérateurs n’ont donc pas réussi à monétiser convenable- ment les services de données mobiles alors que ces dernières re- présentent depuis déjà longtemps dans les pays développés la majorité des volumes de trafic écoulés : dans les résultats financiers des opéra- teurs, le chiffre d’affaires associé aux données est très minoritaire et surtout leur profitabilité insuffisante. Par ailleurs face à la menace prévisible des OTT, comme on le verra plus loin, ils ont été incapables de s’entendre sur les moyens de contrôler ensemble les - ploitation qui, on le verra, sont clés pour la maîtrise de l’expérience client. En tant que vice-président de l’ini- tiative WAC (Wholesale Application Community) – qui a tenté sans succès de fédérer les actions des opéra- teurs mobiles sur le sujet – nous avons pu avec le pré- sident de WAC de l’époque, un autre français puisque c’était Michel Combes alors directeur général adjoint de Vodafone, constater à quel point il était difficile de bâtir des positions communes entre Européens, Américains et Asiatiques. Sur ces dernières années le moteur principal de la règlementation européenne a été de nature consu- mériste, car les régulateurs voulaient avant tout faire Évolution du secteur des Télécommunications : le cas européen REE N°4/2015 153 LIBRES PROPOS baisser les prix pour les consommateurs finaux : cela a été efficace car, comme l’ont démontré quelques études produites par la Fédération française des télécommuni- cations, les tarifs français, notamment ceux des hauts débits fixes et mobiles, sont les plus bas au monde. On peut également noter que cette politique a par- fois conduit à des dogmes, abondamment commentés dans les médias, comme celui du nombre minimum d’opérateurs par pays (pourquoi quatre et pas trois ?) pour préserver le degré de compétition ceci sans se soucier de la nature de ces opérateurs. J’aurais person- nellement applaudi au fait d’avoir quatre opérateurs par pays en Europe si ces quatre opérateurs avaient été présents dans chaque pays d’Europe, donnant par là naissance à quatre opérateurs pan-européens capables de concurrencer les plus gros opérateurs non européens tels que ATT, Verizon, China Mobile, NTT… L’arrivée des OTTs – Apple et Google principalement et à un moindre degré Microsoft – et leur contrôle total ou progressif des OS du terminal mobile (IOS et Android voire Windows X pour ne citer que les plus répandus) ont créé une réelle désintermédiation des telcos. En effet, grâce à la qualité de leur interface client, basée sur la simplicité et l’intuition d’usage et permet- tant en sus au client d’avoir accès très facilement à un gigantesque magasin d’applications ces acteurs ont su se faire désirer des clients finaux, qui sont bien souvent plus attachés à leur constructeur de smartphone qu’à leur opérateur, car le smartphone, enrichi par le client lui-même de multiples applications correspondant à ses besoins, est devenu un objet personnel de grande valeur. De fait ces nouveaux acteurs semblent aujourd’hui les mieux positionnés pour capter une partie de la valeur des relais de croissance que l’on pressent et qui relèvent pour la plupart de ce que l’on appelle l’Internet des objets : paiement en ligne, santé, véhicules connectés, domotique… carte SIM logicielle permettant de facto un passage sans couture d’un telco à un autre, va affaiblir encore plus la solidité du cordon ombilical entre le client final et le telco et ne fera qu’amplifier le risque de désintermédiation. Ces embedded SIM ont été spécifiées par les opéra- teurs mobiles eux-mêmes via des spécifications de la GSMA adoptées il y a plus d’un an, afin de développer le marché des objets mobiles connectés (on voit bien par exemple la nécessité de passer sans couture d’un opéra- teur à un autre pour développer un service européen de voitures connectées). Le revers de la médaille pour les opérateurs est que le client qui achète un matériel pré-équipé d’une telle carte SIM n’a plus tellement de raison de se rendre chez un opérateur pour choisir un abonnement si le distributeur du matériel lui propose de s’en charger à sa place. C’est bien sûr Apple qui s’est le premier engouffré dans la brèche en proposant aux États-Unis et en Grande Bretagne des iPads avec carte SIM intégrée ; le risque pour les telcos est pour l’instant limité mais que se passera- t-il lorsque Apple décidera d’intégrer ces cartes SIM dans les iPhones ? Face à ce constat un peu morose quelles sont les pistes pour l’avenir des opérateurs européens ? Le stratège de l’IDATE, D. Pouillot, voit trois scénarios possibles pour les telcos (européens ou non) : sont progressivement réduits au rôle de fournisseurs de tuyaux sans développer au-dessus des services à valeur ajoutée : elle résulterait en une baisse de CA d’environ 2 % par an ; qualité perçue par le client, l’opérateur développe des services d’accès étendus et parvient à une croissance de l’ordre de 2 % par an de son CA ; complémentaire en distribuant les services des sec- teurs verticaux évoqués précédemment, paiement, santé, domotique… Cela me semble assez bien analysé. Quels sont les moyens d’échapper au premier scénario ? Comme je crois fondamentalement que « les solutions du futur ne seront probablement pas celles qui sont à l’origine des problèmes du présent » il va bien falloir envisager quelques points différemment : Un bon nombre d’opérateurs ont déclaré s’être enga- gés sur cette voie : force est de constater que la route est pentue et glissante et que les telcos n’ont pas encore su monétiser une qualité différenciante notamment pour les services de données. Pourtant un déploiement mas- sif et rapide de technologies de type Big Data (basé sur une plate-forme de Customer Experience Mobile, sur le déploiement de sondes mais aussi sur le déploiement massif de logiciels embarqués dans les smartphones 154 REE N°4/2015 LIBRES PROPOS traçant la vraie expérience des clients, et enfin sur des technologies de traitement des données type Hadoop...) devraient déboucher sur de vrais services différenciant en matière de qualité. Personnellement, je rêve toujours de recevoir une information voire une explication quand je lance une connexion de données mobile qui n’aboutit pas. De la même façon, dans un endroit précis où je suis habitué à naviguer en 4G, j’aimerais que l’on m’explique les cas où je repasse en Edge et que l’on me dise combien de temps cela va durer, et que dire des achats impulsifs que je pourrais faire avec mon mobile aux moments où je suis désœuvré notamment quand j’attends dans un aéroport ! les OTTS Les OTT constituent à la fois une menace de désin- termédiation– que les telcos en faisant front commun doivent tenter de minimiser (il y a peut-être encore des mesures intelligentes à prendre sur les possibilités de contrôle des embedded SIM) – et une opportunité de business commun qu’il faudra savoir négocier avec finesse. On l’a vu, il existera des opportunités de relais de crois- sance dans certains secteurs verti- caux d’activités. Pour être reconnus par les partenaires de ces secteurs comme des distributeurs pertinents, les telcos devront apprendre à par- ticiper à la création d’écosystèmes qu’ils ne maîtrisent pas, ce à quoi ils sont peu habitués c’est certainement l’un des paris les plus novateurs et les plus ambitieux auxquels ils auront à faire face. Alors quel scénario pour quel opérateur ? Nous verrons bien si nous sommes sur l’un des trois scénarios évoqués précédemment, sachant, par ailleurs, que la consolidation qui a démarré dans plusieurs pays (Autriche, Irlande, UK, Allemagne, France...) devrait finir par se généraliser sur le marché européen. Plusieurs scénarios peuvent se produire pour cette consolidation. Le scénario optimiste, pour l’européen convaincu que je suis, devrait voir émerger des acteurs pan-européens plus forts et mieux armés pour les défis du futur. En effet, au-delà des économies d’échelle qui resteront limitées, il sera fondamental, pour faire face aux défis numériques du futur, d’être un acteur capable de créer rapidement des écosystèmes et donc des nou- veaux services sur des marchés de grande taille, c’est- à-dire multi-pays. Mais on ne peut exclure un scénario d’entrée significative par acquisitions sur le marché euro- péen d’acteurs américains ou asiatiques. J’espère que les responsables politiques européens comprendront que la mise en place d’un volet industriel dans le secteur des télécommunications, s’appliquant aux opérateurs comme aux équipementiers, est une nécessité absolue. Nous avons de formidables atouts en Europe, avec notamment de très bons ingénieurs, une forte R&D et une très bonne maîtrise des aspects statistiques mathématiques et algorithmiques qui sont au cœur de la problématique Big Data, essayons de ne pas les gâcher par une absence de vision. C’est en tout cas le vœu que je fais en espérant que la vision consu- mériste de la règlementation qui est nécessaire sera donc complétée par une vision industrielle tout aussi indispensable. Parfois j’ai un doute : j’ai relu récemment les mesures annoncées en avril dernier par le Parlement eu- ropéen dans le cadre de la marche indispensable vers le marché unique européen des télécoms. Quelle en est la mesure phare ? C’est une mesure d’inspiration purement consumériste consistant en l’abolition des frais d’iti- nérance en Europe. Consommateur quand tu nous tiens … Les opinions exprimées dans ces Libres propos n’engagent que leur auteur. Jean-Philippe Vanot a passé toute sa carrière dans le Groupe Orange. Son parcours profes- sionnel s’est déroulé principalement dans les domaines techniques, commerciaux et opérationnels depuis ses débuts dans le Groupe en 1977 jusqu’en 2013 où il était Directeur Général adjoint en charge de la Qua- lité et de l’Expérience Clients, après avoir été Directeur exécutif en charge de l’Innovation et du Marketing. Il est aujourd’hui Président de ParisTech et président du comité du MEDEF sur les relations avec les consommateurs. Diplômé de l’Ecole polytechnique et de Télécom ParisTech, il est Chevalier de la Légion d’honneur et de l’ordre du Mérite.