L’idée de Dieu n’est plus ce qu’elle était…

24/10/2015
Auteurs : Bernard Ayrault
Publication REE REE 2015-4
OAI : oai:www.see.asso.fr:1301:2015-4:14173

Résumé

L’idée de Dieu n’est plus ce qu’elle était…

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	    <date dateType="Updated">Thu 26 Jan 2017</date>
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REE N°4/2015 147 L’univers m’embarrasse, et je ne puis songer Que cette horloge existe et n’ait point d’horloger A la suite de Voltaire, beaucoup face à l’univers et au cosmos s’interrogent sur les mécanismes qui président à tant d’harmonie ! Les deux ou- vrages qui inspirent aujourd’hui notre chronique relèvent de ce questionnement, mais dans des styles et à partir de positions fort diverses. D’un côté un astrophysicien, très connu pour ses brillants ouvrages de vulgarisation comme pour ses convictions bouddhiques, convie ses éminents amis à s’interroger avec lui sur leurs sentiments Face à l’univers. De l’autre c’est un théologien, historien et philosophe des sciences, qui remarque qu’après un 19e siècle scientiste, le nom de Dieu n’est plus tabou dans la bouche et sous la plume des scientifiques… Cette donnée indiscutable est, comme tant de révolutions de la physique du 20e siècle, dou- blement imputable au génie d’Einstein : d’une part la relativité générale est le cadre théorique reconnu du Big Bang qui pose de façon inédite la question de l’infini comme celle de l’origine du temps ; d’autre part par ses célèbres bouta- des, il ne manquait pas de citer celui que, mali- cieusement et orgueilleusement, il considérait comme son seul rival : Je veux connaître la pensée de Dieu ; le reste n’est que détail ou encore Dieu ne joue pas aux dés. Voltaire encore nous interpelle, qui para- phrasant et complétant la Genèse affirmait que Si Dieu nous a fait à son image, nous le lui avons bien rendu. Mais le Dieu de l’art chrétien des siècles passés est bien éloigné de ce que les intellectuels contemporains, en particulier les scientifiques, imaginent. Il y a fort loin entre le vieillard chenu des siècles passés, dont nous admirons tant de splendides représentations, et le principe anthropique qui donne un sens à la façon dont notre univers, du moins celui qui nous est accessible, a évolué depuis 13,6 milliards d’années. Jacques Arnould recense et analyse, dans leur contexte tant scientifique que religieux, les propositions que de grands scientifiques chrétiens ont formulées : une place toute par- ticulière est réservée à l’abbé Lemaître en lien avec son double référentiel, assumé avec brio, si ce n’est sans difficulté. L’un des théoriciens de l’atome primitif devait en quelque sorte concilier Einstein et Pie XII, siéger à l’Académie ponti- ficale et contribuer au rayonnement intellec- tuel de l’université de Louvain… c’est peu dire que l’abbé fut chagriné qu’on contestât l’évolu- tion un siècle après Darwin (et à l’époque de Teilhard de Chardin !) et qu’on donnât l’im- pression que le Big Bang avait quelque chose à voir avec le Fiat Lux de la Genèse ! Les divers chapitres de Jacques Arnould constituent des récits captivants, constamment documentés et argumentés, se lisant avec plaisir. L'ouvrage commence par l'évocation de Giordano Bruno, l’un des premiers à remettre en cause, au prix de sa vie, l’idée que l’Homme et la Terre sont au centre de l’Univers : depuis, la place de l’hom- me dans le cosmos, a d’ailleurs été de plus en plus excentrée et relativisée. Les religions du Livre ont été amenées soient à paraître sectaires en s’arcboutant sur la lettre des textes saints, soit à évoluer vers une conception plus globale : le pénultième chapitre de Jacques Arnould s’intitule Vers une religion cosmique et sa conclusion finale est que Jamais Dieu n’a été si proche du voile du cosmos ; jamais aussi il ne paraît s’y être aussi bien dissimulé. Une question essentielle s’est également introduite avec les derniers développements de l’astrophysique : celle de la pluralité des mondes. D’une part l’existence avérée de multiples exoplanètes pose la question de l’unicité de l’Homme dans l’Univers ; d’autre part la possibilité des multivers, certes toute théorique, crée pour les relations entre phy- sique et métaphysique une situation inédite. Pour Aurélien Barreau qui en est le chantre convaincu, les multivers sont même la seule possibilité logique et scientifique d’échapper au stérile débat entre la probabilité négligeable de notre présence dans l’univers et le principe anthropique suivant lequel nous aurions déjà été programmés dès le Big Bang, dans les lois qui gouvernent l’évolution de l’Univers. Tout concourt à une forme de panthéisme, vers lequel convergent bien des intellectuels, en particulier ceux qu’a invités Trinh Xuan Thuan ; c’est aisé, voire naturel, pour ceux qui comme lui baignent dans la tradition boud- dhique, spontanément holistique face au dualisme traditionnel de la pensée occiden- tale. Et nous avons, avec les beaux textes de tous ceux qui précisent leur vision de l’Univers, une idée des formes variées de cette conver- gence où souvent l’émotion ou l’esthétique se mêlent à la réflexion scientifique : les splen- dides photos de Matthieu Ricard complètent, illuminent même, un ouvrage de grande richesse littéraire. Evoquons pour conclure deux éminents scientifiques qui posent autrement la question de Dieu : Stephen Hawking pense qu’il faut à la fois travailler sur les lois de l’Univers (comment évolue-t-il ?) mais aussi sur le pourquoi de son existence, afin de donner enfin une réponse physique à l’interrogation de Leibnitz : Pour- quoi y-a-t-il quelque chose plutôt que rien ? Et auparavant, Laplace, avec la superbe inso- lencedesaréponseàBonapartelequestionnant sur l’absence de Dieu dans sa Cosmogonie : Citoyen premier Consul, je n’ai pas eu besoin de cette hypothèse. Laplace expliquera plus tard que Dieu étant une hypothèse qui ex- plique tout mais ne prédit rien, il n’est pas uti- lisable dans le cadre de la science... B. Ay. CHRONIQUE L’idée de Dieu n’est plus ce qu’elle était… Trinh Xuan Thuan (avec J. d’Ormesson, M. Ricard, J.-M. Pelt, Ph. Desbrossses, E. Morin, J. de Rosnay, F. Verdier & J.-C. Guillebaud) Face à L’univers Éditions Autrement - Collection Manifeste mars 2015 - 160 p. - 19 Jacques Arnould Sous le voile du cosmos Quand les scientifiques parlent de Dieu Éditions Albin Michel janvier 2015 - 313 p. - 20