Un exemple d’écosystème d’innovation en technologies de la santé

Le Laboratoire de recherche en imagerie et orthopédie de Montréal 13/07/2015
OAI : oai:www.see.asso.fr:1301:2015-3:13853
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Un exemple d’écosystème d’innovation en technologies de la santé

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        <publicationYear>2015</publicationYear>
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	    <date dateType="Created">Mon 13 Jul 2015</date>
	    <date dateType="Updated">Sun 12 Mar 2017</date>
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REE N°3/2015 99 NOUVELLES CONTRIBUTIONS DES TIC À LA MÉDECINE ET À LA CHIRURGIE DOSSIER Un exemple d’écosystème d’innovation en technologies de la santé Le Laboratoire de recherche en imagerie et orthopédie de Montréal Par Robert Picard1 , Jacques A. de Guise2 Ingénieur général des Mines, PhD Sciences de gestion1 , Ing, PhD Génie éléctrique (biomédical), FACG2 The innovation process, which includes all stages of the transformation of an idea into a product or ser- vice, is entirely coherent with the academic world. Especially in the field of health technology, Imagery and Orthopedics Research Laboratory of Montreal (LIO) has been innovating by literally creating an innovation ecosystem that is similar to the concept of the Living Labs. With their affiliation with an engineering school and a university hospital, the LIO researchers identified that innovation was far from a linear model, but rather a conti- nuous cycle in a double helix that meets sustainable user needs. Research activities can occur at any time in this cycle in response to the new needs of clinical and industrial partners. A co-creation approach integrating all the players of innovation enables the design of a new product or service and its efficient accompaniment to market in a process of continuous and sustainable improvement. ABSTRACT Introduction Partout dans le monde, les grandes universités ont de plus en plus le souci et le mandat de s’inscrire dans l’éco- nomie du savoir par la valorisation des travaux de recherche et leur translation vers l’industrie. On constate cependant que les chercheurs ont de la difficulté à s’inscrire dans la démarche d’innova- tion, d’une part par une compréhension incomplète du modèle d’innovation proposé et d’autre part par la valorisa- tion académique et professionnelle de cette activité qui a longtemps été per- çue comme étrangère et même incom- patible avec le monde académique. Cet article se veut une courte réflexion sur le concept d’innovation et son adé- quation possible au monde universitaire, en donnant comme exemple une expé- rience québécoise des plus probantes. Le concept d’innovation Rappelons tout d’abord la définition même d’innovation, telle que proposée par le Business Dictionary (http://www. businessdictionary.com/definition/ innovation.html) : « Pour être appelée une innovation, une idée doit pouvoir être transformée en un produit ou un service à un coût ac- ceptable pour un client et doit répondre à un besoin spécifique… L’innovation com- prend tous les processus par lesquels de nouvelles idées sont générées et trans- formées en produits utiles ». Dans le contexte universitaire, l’inno- vation renvoie classiquement au concept de transfert technologique : « Le transfert technologique est la migration des découvertes et innova- tions résultant de la recherche scien- tifique vers le secteur commercial, principalement par le dépôt de brevets et l’octroi de licences » (Jean Bélanger CETT-ETS). L’innovation est perçue selon ce concept comme relevant d’un modèle La double hélice de l'innovation 100 REE N°3/2015 NOUVELLES CONTRIBUTIONS DES TIC À LA MÉDECINE ET À LA CHIRURGIE DOSSIER linéaire (figure 1). Dans ce modèle, le chercheur aurait un rôle important à jouer au tout début du processus, dans le cadre de l’activité de découverte ou de recherche inventive. Cependant, le rôle du chercheur se voit rapidement di- lué quand la découverte est transformée en propriété intellectuelle (dépôt de bre- vet) et que des licences sont accordées à des industriels par l’intermédiaire des bureaux universitaires de valorisation de la recherche. C’est ensuite à l’industrie de transformer les fruits de la recherche en un produit commercialisable et de le transférer avec succès au marché. En réalité, l’innovation est loin d’être un processus linéaire. Elle en est souvent fort éloignée. L’innovation est caracté- risée par des allers-retours récurrents entre la recherche/développement et les marchés, chacun alimentant l’autre de nouvelles idées issues de l’expérience. Les éléments de la commercialisation sont eux-mêmes constamment redéfinis en fonction des résultats commerciaux observables suite au lancement des pro- duits et leur évolution nécessaire pour satisfaire les exigences du marché. C’est cette expérience d’innovation que nous voudrions apporter dans cet article, en nous référant au laboratoire de recherche LIO. Le modèle d’innovation tel que vécu par les chercheurs du LIO peut ainsi être présenté par une double hélice rappe- lant la double hélice de l’ADN : l’ADN de l’innovation (figure 2). Cette double hélice représente l’évolution néces- saire d’un résultat de la recherche qui subit les premières étapes néces- saires de translation vers le marché, mais qui rapidement voit de nouvelles questions se posées, appelant un retour vers la recherche universitaire. Les fondamentaux de la recherche peuvent ainsi être ré-interpellés dans le cadre d’un partenariat durable avec l’industrie dans un processus d’amé- lioration continue du nouveau pro- duit. Ce modèle remet en cause la vision encore parfois défendue selon laquelle l’intervention d’un laboratoire de recherche cesse après qu’il ait apporté une première réponse « inno- vante » à l’industrie. L’expérience du laboratoire LIO est riche de plusieurs cas qui renouvellent ce point de vue. L’un de ces cas sera développé dans la suite de cet article. L’expérience du Laboratoire de recherche en imagerie et orthopédie de Montréal (LIO) Environnement Le LIO s’inscrit dans l’articulation scien- tifique du Centre de recherche du Centre hospitalier de l’université de Montréal (CRCHUM) auquel il est associé. Il se po- sitionne sur une des quatre grandes pro- blématiques transversales, ou « axes » : l’axe « Imagerie et ingénierie », qui côtoie les axes « Risques à la santé », « Santé mondiale » et « Évaluation, systèmes de soins et services ». Les thématiques de cet axe sont les sui- vantes : Imagerie et modélisation morpho fonctionnelle et physique des systèmes biologiques ; gestes médicaux guidés par l’image ; conception, développement et Figure 1 : Modèle linéaire de l’innovation. Figure 2 : La double hélice de l’innovation. Le laboratoire LIO, créé en 1996, est une unité accréditée de l’École de technologie supérieure (ÉTS) de l’université du Québec depuis 2001. En plus de son affiliation principale au CRCHUM, il est aussi affilié à l’axe Traumatologie-soins aigus du Centre de recherche de l’hôpital du Sacré-Cœur de Montréal (HSCM). Il est aussi partenaire du Groupe de recherche sur les déformations musculo-squelettiques du Centre de recherche du Centre hospitalier universitaire de Sainte-Justine. Certains de ses membres sont aussi impliqués dans des activités de recherche avec des chercheurs de l’Institut de réadaptation de Gingras-Lindsay de Montréal (IRGLM) et du laboratoire en informatique cognitive et environnements de formation (LICEF) de la Télé-Université (TELUQ). REE N°3/2015 101 Un exemple d’écosystème d’innovation en technologies de la santé validation de nouveaux biomatériaux et implants ; radiochimie et cyclotron. Ces axes sont croisés avec les domaines cli- niques prioritaires suivants du CRCHUM : domaine « Cancer » ; domaine « Maladies cardio-métaboliques » ; domaine « Insulte1 tissulaire, immunité, infection, inflamma- tion » ; domaine « Neurosciences ». L’axe Imagerie et ingénierie est orga- nisé en six laboratoires de recherche. Le Laboratoire de recherche en imagerie et orthopédie (LIO) est l’un de ces labora- toires. Les autres concernent respective- ment les biomatériaux endovasculaires (laboratoire LBEV), la biorhéologie et l’ultrasonographie médicale (laboratoire LBUM), le traitement de l’image (labo- ratoire LCTI), la neuroradiologie inter- ventionnelle (laboratoire LNRI) et enfin la radiochimie et la gestion du cyclotron (laboratoire LRC). 1 Blessure. L’effectif de l’axe est de 18 chercheurs réguliers, auxquels s’ajoutent 12 cher- cheurs investigateurs et cinq chercheurs associés. 15 cliniciens du CHUM (radio- logie, radio-oncologie, chirurgie, méde- cine) collaborent avec les chercheurs de l’axe. On compte enfin 16 assistants et professionnels de recherche et plus d’une centaine d’étudiants actifs (1er , 2e , 3e cycles et stagiaires postdoctoraux). Le LIO, en grande partie formé de professeurs/ingénieurs de l’ÉTS, est localisé physiquement dans les locaux du CRCHUM et, ceci est très important pour notre propos, sur le site même du Centre hospitalier de l’université de Montréal. Cette relation de proximité au quotidien est primordiale pour assurer que les recherches du LIO puissent ré- pondre de façon prioritaire aux besoins d’innovation en technologie de la santé exprimés par les cliniciens et leurs par- tenaires. Une intégration forte du laboratoire d’ingénierie dans l’enseignement, la recherche médicale et la clinique Le laboratoire LIO maintient aussi des liens très forts avec plusieurs dépar- tements de la faculté de médecine de l’Université de Montréal (chirurgie, radio- logie, radio-oncologie, médecine nu- cléaire). Le responsable du Laboratoire, Jacques de Guise, ingénieur de forma- tion (Polytechnique 1977), est profes- seur titulaire à l’ÉTS et en même temps professeur associé à la faculté de méde- cine. Le poste de professeur à la faculté de médecine permet donc au respon- sable du LIO de diriger des étudiants en médecine qui désirent obtenir une for- mation supérieure en recherche et son laboratoire de recherche offre des places à ces étudiants. Il est ainsi possible de former des binômes ingénieur-médecin, dans les spécialités pour lesquelles le LIO intervient. Cette situation exceptionnelle de cohabitation génère un mouvement brownien d’échanges très riche et variés d’idées, avec à la fois des échanges sta- tutaires organisés dans le cadre de sémi- naires formels, et des rencontres plus fortuites au détour d’un corridor liées à cette proximité géographique. Le LIO comme Laboratoire « vivant » Les membres du Laboratoire de re- cherche en imagerie et orthopédie (LIO) de l’ÉTS et du CRCHUM participent ainsi à un réel écosystème d’innovation per- mettant la translation naturelle des tra- vaux de recherche vers les partenaires cliniques et industriels. Cet écosystème est en fait un laboratoire vivant qui es- saie d’unir, dès la genèse d’un projet, les partenaires académiques, cliniques et les industriels (figure 3). Il s’agit d’un espace de co-création et d’innovation ouverte selon un cycle d’amélioration continue rendu possible Figure 3 : Le LIO - Un Laboratoire « vivant ». 102 REE N°3/2015 NOUVELLES CONTRIBUTIONS DES TIC À LA MÉDECINE ET À LA CHIRURGIE DOSSIER par un partenariat durable entre tous les intervenants et favorisant aussi l’engage- ment du patient et des décideurs hos- pitaliers qui auront le rôle primordial de premier intégrateur des nouvelles tech- nologies développées. Le cycle d’innovation continue com- prend les éléments suivants : Identification des besoins, en lien avec des partenaires cliniques et/ou industriels -> Conception et développement des outils et des technologies -> Validation de preuve de concept et utilisation en recherche -> Amélioration par partenariat continu et durable -> Conception, etc. L’innovation et la valorisation résultent de ce cycle itératif continu. La vision des missions du laboratoire par ses respon- sables est une boucle ouverte vers la clinique et l’industrie. Tous les projets du LIO partent de besoins cliniques exprimés. Ce ne sont pas les ingénieurs qui imaginent a priori ce que l’on pour- rait faire à partir des technologies qu’ils maîtrisent : les besoins sont exprimés par les cliniciens, soit directement, soit par des retours en provenance des in- dustriels. Une préoccupation constante est celle d’intégrer l’usager et les béné- ficiaires dès le début des projets. Le grand défi est aussi la participation des administrations hospitalières qui doivent jouer le rôle de premier intégrateur des technologies en participant, le plus tôt possible dans le projet, à la démons- tration de la valeur ajoutée médicale et économique. Le LIO et l’Innovation « ouverte » Le concept d’innovation « ouverte » est aussi au cœur du fonctionnement du LIO. En rappelant que la mission pre- mière de l’Université est la formation de personnels hautement qualifiés, il s’agit d’une part de la mise en place de par- tenariats publics privés durables et leur intégration au cycle d’innovation axée sur le long terme en favorisant la qualité du partenariat plutôt que la recherche d’enrichissement immédiat par la distri- bution de redevances. D’autre part, le LIO a aussi adopté le concept de l’innovation incrémentale des processus, permettant l’amélioration continue des outils au fur et à mesure qu’ils sont utilisés par les partenaires. Par exemple, dans le cas spécifique de développements d’outils informa- tiques de traitement des images médi- cales, le laboratoire dispose d’un grand nombre d’outils génériques, constitués fondamentalement d’algorithmes des- tinés par exemple au post-traitement d’images médicales. Les outils géné- riques sont régulièrement implémen- tés dans diverses spécialités médicales pour devenir des outils métiers. Mais inversement, ces nouvelles implémen- tations sont autant d’opportunités d’en- richir la bibliothèque d’outils génériques améliorés grâce à cette confrontation à de nouveaux besoins émanant de clini- ciens ou d’industriels de spécialités dif- férentes. Ainsi par exemple, lorsqu’on s’inté- resse particulièrement à l’information que l’on peut extraire de l’image : en oncologie du rein ou dans le domaine des greffes (transplantation du rein) on a besoin de modèles 3D reproduisant les volumes des organes. Un des outils génériques du LIO vise spécifiquement la définition de contours et l’extraction de surfaces 3D à partir des données de l’image. Au départ, ces outils étaient is- sus de l’orthopédie : il s’agissait de définir les contours d’une structure osseuse et de reproduire sa géométrie tridimension- nelle. Des algorithmes ont été dévelop- pés, permettant d’extraire les contours des structures osseuses à partir des images tomodensitométriques (images CT). En oncologie du rein se posait également un problème d’identification de contours et de reconstruction du volume. À cause de la nature différente des images et du nouveau contenu infor- mationnel, les algorithmes de traitement des images des structures osseuses ont dû être adaptés au nouveau contexte des structures rénales. En retour, il a été possible d’améliorer la solution destinée à la modélisation géométrique de l’os en travaillant sur cette nouvelle probléma- tique. Le partenaire industriel peut ainsi bénéficier des améliorations apportées grâce à un autre projet. Ainsi, chaque application métier nou- velle est susceptible d’apporter des élé- ments nouveaux aux outils génériques et par conséquent aux outils métiers. Les licences accordées aux industriels sont différentes et concernent l’utilisation de la solution métier. Le laboratoire garde le droit d’utiliser la solution générique pour d’autres applications ainsi que pour ses activités propres de recherche et d’enseignement. Si demain on s’inté- resse à la description volumique dans le domaine cérébral, il faudra développer une application encore différente, pour une nouvelle structure biologique, mais à partir d’outils existants qui seront mo- difiés au besoin et à qui on donnera un nouveau métier. Le LIO et ses relations avec l’industrie Le premier motif de collaboration avec l’industrie n’est pas d’abord de chercher de nouveaux financements, mais de former un personnel haute- ment qualifié qui saura répondre à ses besoins. Ces étudiants peuvent publier les travaux qu’ils ont menés avec les entreprises et contribuer ainsi à les faire connaître, en même temps que cela participe à la qualité de leur formation. Les thèses qui sont souvent conduites en entreprises associent des chercheurs du laboratoire. Plusieurs assistants uni- versitaires suivent à temps plein des étudiants en maîtrise et des doctorants. Ils jouent vis-à-vis d’eux le rôle de coach, pour des recherches qui sont véritable- ment appliquées. REE N°3/2015 103 Un exemple d’écosystème d’innovation en technologies de la santé Le laboratoire n’intervient pas exclu- sivement en phase amont de la concep- tion, mais s’inscrit dans une logique d’amélioration en continu. En effet, lors d’une première conception, c’est le pas- sage vers l’entreprise qui révèle souvent les vraies questions, ce qui oblige par- fois à des retours sur les travaux réalisés en amont. Le LIO développe plusieurs types de partenariats avec les entreprises privées. Il peut y avoir des ententes contractuelles classiques, mais au Canada, de nombreux programmes fa- vorisent les partenariats publics privés si le partenaire industriel est canadien. La contribution au budget de recherche par le partenaire privé peut ainsi être abon- dée par l’administration publique. Pour certains de ces programmes publics privés, une condition est que l’étudiant concerné travaille dans l’entreprise pour une partie de son projet. Les étudiants du laboratoire qui s’engagent dans ce type de projet ont donc la possibilité, au cours de leur projet, de connaître les impératifs du milieu industriel, qui peut souvent différer des impératifs académiques. C’est pour eux très riche de vivre dans ce contexte qui les met en situation de répondre à des vrais besoins. Ils peuvent voir les priorités de l’entreprise, en lien avec les priorités académiques en matière d’innovation. Cette collaboration est très demandée. La présence d’étudiants dans les entre- prises se situe en amont de partenariats dont ils contribuent à la qualité. Cette implantation des chercheurs dans l’en- treprise est dans l’ADN du laboratoire. Etre présent dans l’entreprise, c’est être en mesure de faire émerger de nou- velles questions de recherche. La dimension internationale est également importante et résulte pour l’essentiel des publications des cher- cheurs du laboratoire dans des revues scientifiques diverses, aussi bien en médecine qu’en ingénierie. Un point vérifié lors de chaque projet, qui permet au laboratoire de s’investir, est qu’il sera possible de publier à l’issue des travaux. Le laboratoire peut aussi attester l’origi- nalité de ses travaux par des demandes de brevets. La participation à des études de validation clinique des dispositifs va aussi permettre des publications dans des revues médicales dont l’audience est toute aussi importante que les re- vues qui concernent l’ingénierie. De nombreux partenaires acadé- miques sont associés à ce type de démarche, parmi lesquels plusieurs parte- naires français : Arts et Métiers Paristech, Lyon 1, Telecom Bretagne, Université Aix- Marseille… Les partenariats industriels sont également nombreux : Dassault Systèmes, Siemens, Olea Medical, EOS Imaging, et beaucoup d’autres. Le LIO et la gestion de la qualité Dans de tels contextes de transferts technologiques, il devient très impor- tant de prendre en compte les aspects réglementaires. Le laboratoire est cer- tifié pour sa gestion de la qualité, en référence à la norme ISO 13485 : 2003 (dispositifs médicaux). C’est une norme qui s’impose aux industriels commer- cialisant des dispositifs médicaux et qui permet l’accélération du transfert des technologies vers les entreprises et leur commercialisation subséquente. Le LIO a décidé de s’y conformer pour placer ses étudiants d’emblée dans le contexte des exigences industrielles : ils en ont ainsi un vécu au quotidien. Tous les projets menés par le labora- toire suivent donc cette norme, tout en étant des projets académiques. Il s’est révélé que cela constitue une véritable aide pour les chercheurs : tout est tracé, colligé, enregistré… on sait où sont les données, de toute nature : des résultats expérimentaux aux dossiers de bonnes pratiques éthiques, des différentes ver- sions des programmes informatiques aux publications issues des travaux de recherche. Un exemple concret du processus d’innovation : analyse morpho-fonctionnelle de genou L’approche participative du LIO a per- mis le développement et le transfert vers un partenaire industriel d’une nouvelle technologie d’évaluation fonctionnelle du genou, le KneeKG. Alors que la radiogra- phie ou la résonance magnétique ne per- mettent d’obtenir que des images fixes en 2D ou en 3D, le KneeKG permet une analyse quantifiée en 3D du mouvement des os du genou. Le besoin, identifié par des cliniciens désirant améliorer leur chirur- gie ligamentaire et mieux comprendre les mouvements du genou et leur impact sur la greffe, était celui d’une évaluation fonc- tionnelle, en 3D et en mouvement des os du genou, soit le fémur et le tibia. Plusieurs technologies de captation du mouvement en 3D permettent l’acquisition précise de données cinématiques d’objets en mouve- ment. Il s’agit de fixer des capteurs de mou- vement, passifs ou actifs, à l’objet d’intérêt et d’utiliser des méthodes stréréo photo- grammétriques pour en extraire des infor- mations sur le mouvement. Cependant, lorsqu’il s’agit d’analyser le mouvement humain, on fait face au problème des arte- facts de mouvement. En effet, la procédure habituelle propose de « coller » les capteurs sur les membres à l’étude. Par exemple pour l’étude du mouvement du genou, il s’agit de coller les capteurs sur la peau entourant la cuisse et la jambe du patient. Hors, pendant un mouvement de marche, la peau et les muscles vont glisser de façon importante par rapport aux os du genou [1] et les données 3D pourront comporter des imprécisions importantes (de l’ordre du cm) à cause des glissements parasites des capteurs sur la peau par rapport aux os. L’enjeu était de pouvoir collecter les données de mouvement révélant le fonctionnement 3D du genou pendant 104 REE N°3/2015 NOUVELLES CONTRIBUTIONS DES TIC À LA MÉDECINE ET À LA CHIRURGIE DOSSIER le cycle de la marche de façon précise, itérative et sensible. Le résultat de cette recherche a produit le “KneeKG” (par analogie avec l’ECG) : Knee-Kinematic- Graphic (figure 4). Il s’agit d’un harnais anatomique qui permet de fixer les cap- teurs de mouvements de façon quasi rigide aux os du genou. Cette nouvelle technologie brevetée permet de contri- buer aujourd’hui à l’identification de biomarqueurs mécaniques pour l’aide au diagnostic des lésions du genou et pour l’aide au traitement de l’arthrose du genou. Devant le potentiel représenté par la possibilité d’obtenir une évaluation fonctionnelle précise, valide et utilisable en clinique du genou, la technologie [2] a été transférée à un partenaire indus- triel québécois, EMOVI. De nouvelles questions se sont posées au moment de la mise en marché de la technologie et de nouveaux travaux de recherche ont été initiés, notamment afin d’aider les utilisateurs a mieux comprendre et interpréter les données multi complexes générées par la technologie [3]. La solution initiale est ainsi entrée dans un cycle d’amélioration continue : l’entreprise qui a bénéficié du transfert technologique évoqué ci-dessus a solli- cité à nouveau le laboratoire en lui de- mandant de l’aider à rendre les résultats fournis par la solution plus directement exploitables par les cliniciens. Il s’agissait de franchir avec succès l’étape clé « Du laboratoire au patient ». En effet, il s’est avéré que si l’outil de mesure était valide, il ne constituait pas pour autant un outil clinique directement utile aux praticiens. Son insertion dans un épisode de soins pour la prise en charge de l’arthrose ou pour l’évaluation de l’impact d’une chirurgie s’est avérée problématique. Figure 4 : La technologie KneeKG pour une analyse quantifiée de la marche. Figure 5 : Graphiques cinématiques du genou pendant plusieurs cycles de marche sur tapis roulant. De haut en bas : flexion extension ; rotation interne externe ; adduction abduction. REE N°3/2015 105 Un exemple d’écosystème d’innovation en technologies de la santé La difficulté réside dans ce que les gra- phiques produits par l’appareil n’étaient pas compris facilement et difficilement interprétables par les praticiens, orthopé- distes, kinésithérapeutes, etc. (figure 5). La demande de l’entreprise qui avait acquis la licence de ce dispositif, EMOVI, était donc de simplifier cette représenta- tion du mouvement, de la rendre com- préhensible pour le clinicien. Un chercheur du laboratoire, spécia- lisé dans l’analyse de données multi- complexes, l’intelligence artificielle et les réseaux neuronaux, a été mobilisé. Il a réalisé une analyse syntaxique du graphe et a converti l’information graphique en données utiles, permettant la rédaction automatique d’un rapport et rendant lisible l’interprétation des résultats de l’examen. Cette restitution lisible, tradui- sant l’information recueillie, s’est avérée essentielle pour l’utilisation du produit (figure 6). Par analyse automatisée des données générées par le système, on est en me- sure de caractériser automatiquement la signature numérique des diverses situations cliniques : genou asymptoma- tique, genou arthrosique, déchirure des ligaments croisés, etc. Rappelons que tous ces résultats sont contenus dans les graphiques, mais très difficilement inter- prétables, même par un expert. Cette approche, conduite avec suc- cès, fait que l’information contenue par les graphiques est aujourd’hui automa- tiquement convertie en un rapport pro- duit par le KneeKG : le “KneeKG Report”. Il a fallu choisir les mots appropriés du vocabulaire médical pour, par exemple, rendre compte d’une rotation exagérée, en se référant aux habitudes des prati- ciens. Ce dernier travail a, lui aussi, fait l’objet de dépôts de demandes de bre- vets et de plusieurs publications dans des revues scientifiques. Les chercheurs et leurs partenaires cliniques et industriels ont ainsi été ame- nés à entrer dans un cycle d’amélioration continue de la technologie. Ce cycle per- met de répondre, par l’innovation, à de nouveaux problèmes qui n’avaient pas été identifiés au moment de la genèse du projet. Ainsi, grâce au modèle de labo- ratoire « vivant », de l’implication continue des partenaires et de programmes cana- LES AUTEURS Robert Picard est diplômé de l’Ecole polytechnique et titulaire d’un PhD en sciences de gestion. Ingénieur général des Mines, il est le référent santé au Conseil général de l’économie, au sein du Ministère de l’Economie et des finances. Très engagé dans la dynamique des Living Labs, il a créé avec Antoine Vial, expert en santé publique, le forum des Living labs en santé et autonomie (LLSA), dont il préside l’association de soutien. Jacques A. de Guise, Ing, PhD, Fellow de l’Académie canadienne du génie est diplômé en génie de l’École Polytechnique de Montréal. Il est professeur titulaire (Génie des systèmes) à l’École de technolo- gie supérieure (ETS) et professeur associé à la faculté de médecine de l’Université de Montréal (Dépar- tement de chirurgie). Il est titulaire de plusieurs chaires : la Chaire de recherche du Canada en imagerie 3D et ingénierie biomédicale et la Chaire Marie-Lou et Yves Cotrel de recherche en orthopédie Il dirige le laboratoire de recherche en ima- gerie et orthopédie (ETS et CHU de Montréal), en étant directement responsable de l’axe Imagerie et Ingénierie et Plateforme d’imagerie expérimentale. Figure 6 : Exemple de rapport KneeKG. 106 REE N°3/2015 NOUVELLES CONTRIBUTIONS DES TIC À LA MÉDECINE ET À LA CHIRURGIE DOSSIER diens de financement en partenariats publics privés, il a été possible de concré- tiser la mission d’innovation et d’assurer le succès du transfert technologique du laboratoire au chevet du patient. Conclusion L’innovation est un concept qui se doit d’être redéfini dans le contexte de la recherche universitaire et du rôle que les universités veulent se donner en trans- fert des connaissances et de savoir-faire. Particulièrement en technologies de la santé, qui est un secteur où on retrouve de petites entreprises locales comme de grandes entreprises multinationales, l’apport de la recherche académique appliquée est incontestable, surtout dans une volonté d’efficience organisa- tionnelle. Des budgets importants sont consacrés de nos jours dans les équipes et les infrastructures de recherche et il est important que les citoyens (individus comme corporatifs) puissent y trouver leur compte. Les laboratoires universi- taires peuvent ainsi devenir des acteurs clés de l’innovation, en autant que tous les acteurs de l’innovation puissent par- ticiper et intervenir à toutes les étapes, dans la mesure de leur mandat et de leur expertise, à l’intérieur d’un écosystème organique et dynamique. Une voie de solution est la création de plateformes de type « Laboratoire vivant » au sein même des institutions hospitalières, qui permettent cette synergie créatrice inno- vante. Nous sommes convaincus que le modèle développé par l’équipe du LIO peut servir d’exemple concret de ces nouveaux écosystèmes d’innovation. Références [1] M. Sati et al., “Computer Assisted Knee Surgery: Diagnostics and Pla- nning of Knee Surgery” in Computer Aided Surgery, vol. 2, pp. 108-123, 1997. [2] A. Fuentes et al., “Gait adaptation in chronic anterior cruciate ligament- deficient patients” in Clinical biome- chanics, vol. 26, pp. 181-187, 2011. [3] N. Mezghani et al., “Identification of knee frontal plane kinematic patterns in normal gait by principal component analysis” in Journal of Mechanics in Medicine and Biology, 13(03), 2013.