Optimisation et coopération : la plateforme européenne de télémédecine HIPERMED et le Living Lab PROMETEE

13/07/2015
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Optimisation et coopération : la plateforme européenne de télémédecine HIPERMED et le Living Lab PROMETEE

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92 REE N°3/2015 NOUVELLES CONTRIBUTIONS DES TIC À LA MÉDECINE ET À LA CHIRURGIE DOSSIER Optimisation et coopération : la plateforme européenne de télémédecine HIPERMED et le Living Lab PROMETEE Par Jean-Marie Moureaux Professeur à TELECOM Nancy, Chercheur au CRAN (Centre de Recherche en Automatique de Nancy) Telemedicine appears as a more and more relevant answer to the problems that must be faced by the immense majority of health systems such as (to quote only some of them): doctors' shortage, associa- ted with a medical desertification of some territories or still economies which must be realized by hospitals, not to mention the ageing of the population and its consequences. In this context, the European platform of telemedicine HIPERMED (High performance teleMEDicine platform) integrates a set of effective and relevant tools in answer to certain problems of the healthcare. Offering the possibility of exchange of various types of data, among which high definition video streams, HIPERMED relied on the living lab PROMETEE (User perception of multimedia in medical applications) which allowed the validation of tools developed in the platform in consideration of the medical usages which are made. ABSTRACT Introduction Si les défis dans le domaine de la santé ont toujours existé, ils revêtent aujourd’hui un caractère exceptionnel, du fait no- tamment de la vitesse et de l’échelle à laquelle ils se posent. En effet, que cela concerne la propagation des épidémies, l’apparition de nouvelles maladies, l’aug- mentation des maladies chroniques, le traitement du cancer ou encore le vieil- lissement de la population à l’échelle de la planète, l’humanité doit faire face à de multiples problèmes en matière de santé et négocier des mutations majeures du fait de l’extraordinaire développement des outils issus des nouvelles technologies de l’information et de la communication. Les enjeux sociétaux se mêlant aux enjeux économiques, dans un contexte mondia- lisé, on mesure l’importance de la « télé- médecine », elle-même sous-ensemble de la « télésanté1 », autant de termes qui hier pouvaient être considérés comme empruntés à la science-fiction et qui au- jourd’hui sont une réalité tangible. Le projet collaboratif européen Celtic Plus CP7-007, HIPERMED (HIgh 1 e-health, en anglais. PERformance teleMEDicine platform – http://www.hipermed.org/ – 1er juillet 2010 – 31 décembre 2013) en est une illustration. Ce projet a été récompensé en 2014 par un “award” d’argent Celtic Plus, dans la catégorie « Excellence » et par « l’award » d’or des projets euro- péens du cluster EUREKA, parmi plus de 1 000 projets, toutes catégories confondues, issus des quatre dernières années. HIPERMED a abouti à la création d’une plate-forme de télémédecine à haute performance qui intègre dans une seule et même interface, différents outils et services multimédias destinés aussi bien aux professionnels de la santé qu’aux patients. Elle permet ainsi, entre sites distants, l’échange en temps réel et de façon simultanée de diffé- rents flux d’information parmi lesquels, des vidéos haute définition (provenant aussi bien de caméras d’ambiance que d’instruments chirurgicaux), des images radiologiques (au format DICOM2 ) ou encore des fichiers textes. 2 DICOM : Digital Imaging and Communications in Medicine. Ce projet a également bénéficié de l’appui d’un “living lab”, outil qui vise à réunir dans un lieu spécifique dédié les acteurs et usagers concernés, ici par la télémédecine. Le “living lab” est un véri- table « laboratoire vivant » dans lequel on peut co-concevoir, tester, faire des preuves de concept ou encore déve- lopper des méthodes et outils dans un contexte et à une échelle les plus réa- listes possible. Dans cet article, nous présentons le projet HIPERMED, après un paragraphe consacré à quelques-uns des enjeux économiques et sociétaux majeurs de la télésanté. Nous abordons ensuite le concept de “living lab”, à travers l’exemple de PROMETEE3 , conçu et hébergé à Télécom Nancy, école d’ingénieurs du Collegium Lorraine INP de l’Université de Lorraine, également associée à l’Ins- titut Mines-Télécom. Cet article reprend plusieurs des concepts abordés dans la référence [1], en développant l’apport de PROMETEE à un projet tel qu’HIPERMED. 3 PROMETEE : PeRceptiOn utilisateur pour les usages du MultimEdia dans les applicaTions mEdicalEs. REE N°3/2015 93 Optimisation et coopération : la plateforme européenne de télémédecine HIPERMED et le Living Lab PROMETEE Quelques enjeux économiques et sociétaux majeurs de la télésanté Dans le contexte actuel de la santé brièvement décrit ci-dessus, on com- prend mieux pourquoi le secteur de la santé est l’un des plus importants au monde, avec l’un des plus forts taux de croissance. Les pays développés consomment en moyenne 10 % de leur produit intérieur brut au domaine de la santé publique et ce taux devrait encore croître dans les 15 prochaines années pour dépasser les 15 % en 2026. D’après le volet santé du rapport Attali [2] : « L’industrie de la santé est un facteur de croissance de l’écono- mie, représentant près de 11 % du PIB et employant près de deux millions de personnes (soit 9 % de la population active). Son chiffre d’affaires a doublé en 40 ans et augmente plus vite que le revenu disponible. Les emplois dans la santé ont augmenté, depuis 20 ans, six fois plus vite que l’emploi total ». Les enjeux économiques sont donc incontestables. Le défi lié à l’augmenta- tion continue de l’espérance de vie asso- ciée à une baisse globale de la natalité conduit l’Europe et l’ensemble des pays développés, à faire face à une demande croissante liée au bien (ou mieux) vivre des seniors. C’est ainsi qu’aujourd’hui on parle de « silver économie4 », comme d’une source économique considérable à l’échelle de la planète. En France, les statistiques annoncent pour 2030, 20 millions de personnes de plus de 60 ans. Toutes les régions sont touchées : par exemple en Lorraine, région ayant une moyenne d’âge basse à l’échelle française, les seniors représenteront en 2030, une personne sur trois. Cette ten- dance permet d’envisager un vivier d’em- plois estimé à 10 000 personnes pour la Lorraine, sur un potentiel national de 300 000 emplois. C’est la raison pour 4 “Silver economy” en anglais. laquelle, la Lorraine comme bien d’autres régions, mise aujourd’hui sur ce secteur d’activité. Mais la « silver economie » n’est pas, loin s’en faut, la seule source d’enjeux économiques, de défis technologiques ou sociétaux liés à la santé. Le traite- ment des maladies chroniques, la prise en charge des accidents vasculaires cérébraux ou des infarctus, les traite- ments du cancer et plus particulière- ment le suivi des patients tout au long de la maladie, le handicap sont d’autres exemples d’enjeux sociétaux majeurs, avec de forts enjeux technologiques et retombées économiques. Par ailleurs, ces retombées écono- miques ne sont pas seulement liées aux nouvelles technologies numériques et aux emplois induits dans ce secteur : elles sont également attendues pour pallier le déficit croissant et bien réel de la démographie médicale et la « déserti- fication de certains territoires » au profit d’autres, plus attractifs, avec pour consé- quence une inégalité de soins à l’échelle du territoire. Enfin et peut-être surtout la réduction des dépenses en matière de santé, celle des déficits des systèmes publics de sécurité sociale, la rationali- sation des coûts sont aujourd’hui des priorités pour la majorité des pays dé- veloppés. Ainsi, les pays de l’OCDE5 et d’Europe ont majoritairement gelé leurs dépenses de santé depuis 2010. Dans ce contexte, les nouvelles technologies de l’information et de la communication (TIC) peuvent apporter une partie des réponses aux problèmes posés. Il est impossible de clore ce para- graphe sans mentionner le chantier, dont tout le monde s’accorde à dire qu’il est essentiel pour diminuer de façon durable les dépenses de santé : celui de la prévention. Là encore, à travers 5 OCDE : Organisation de Coopération et de Développement Economique. les objets connectés ou Internet, la télé- santé jouera un rôle majeur. Le projet européen HIPERMED L’industrie de la santé est aujourd’hui très fragmentée et englobe aussi bien des produits spécifiques que des appli- cations clientes, sans réel souci ni réelle volonté d’intégration et d’interopéra- bilité. Un autre inconvénient lié à ces produits réside dans leur coût, en parti- culier lorsqu’ils concernent des services à haute valeur ajoutée. C’est ce constat qui a permis de définir l’objectif princi- pal du projet HIPERMED, de fournir un ensemble de services de santé avancés, de façon intégrée et interopérable à travers le développement d’une plate- forme libre. Pour ce faire, HIPERMED a réuni dans un même consortium des parte- naires tant industriels (PME, industries, opérateurs téléphoniques) qu’acadé- miques (universités, laboratoires de recherche, hôpitaux). Ces partenaires sont issus des cinq pays (Espagne, Pologne, France, Turquie et Suède) qui se retrouvent, avec la Finlande, dans le nouveau projet Celtic Plus E3 (E-health services Everywhere and for Everybody) qui a démarré le 1er décembre 2014 pour une durée de trois ans. Basée sur une architecture orientée service unifiée (SOA) et sur le protocole de communication SIP (Session Initiation Protocol) couramment utilisé dans les télécommunications multimédias, la plate-forme HIPERMED intègre diffé- rents services dédiés à plusieurs appli- cations médicales et permet l’échange en temps réel de différents types de données, parmi lesquelles des flux vidéo haute définition. Elle a été validée par les utilisateurs finaux (professionnels de la santé, patients) à travers le déroule- ment de scénarios réels de deux types : Professionnel-à-Professionnel et Patient- à-Professionnel, ainsi qu’à l’aide d’une méthodologie basée sur des indicateurs 94 REE N°3/2015 NOUVELLES CONTRIBUTIONS DES TIC À LA MÉDECINE ET À LA CHIRURGIE DOSSIER de performance (Key Performance Indicators – KPI) [3]. Cette méthodo- logie a été appliquée à l’ensemble des scénarios évoqués ci-dessus, en impli- quant les professionnels de la santé et les patients à travers des questionnaires dédiés s’attachant à recueillir la percep- tion de la plate-forme par les utilisateurs eux-mêmes, lors de la validation expéri- mentale des scénarios. L’état de l’art fait apparaître plu- sieurs plates-formes concurrentes [1], mais toutes ont trait à des scénarios ou à des données spécifiques alors qu’HIPERMED est plus large et supporte simultanément différents types de flux de données, parmi lesquels les flux vidéo médicaux haute définition. C’est là d’ailleurs le défi majeur relevé par HIPERMED : permettre à tous les utilisa- teurs distants (médecins, professionnels de la santé, patients) d’accéder simul- tanément et en temps réel à différents flux d’informations (signaux médicaux, vidéos médicales haute définition, visio- conférences haute définition, images radiologiques au format DICOM, fichiers texte), à travers une interface unique à fenêtres multiples. En effet, la principale réponse au besoin de communication à distance de données issues de systèmes et de cap- teurs médicaux consiste actuellement à utiliser les outils logiciels classiques de communication. Ainsi pour transmettre une échographie cardiaque à un site de téléconsultation distant, on branche la sortie vidéo analogique de l’écho-cardio- graphe à un système usuel de visiocon- férence. Si cette approche pragmatique a le mérite de satisfaire un besoin immé- diat, elle n’exploite pas, loin s’en faut, le potentiel de solutions de télésanté adap- tées, distribuées et interopérables qui se- raient conçues pour répondre totalement au besoin exprimé. C’est la raison pour laquelle HIPERMED a associé les profes- sionnels de santé concernés lors de la conception de la plate-forme. Ceci afin de construire des scénarios réalistes et d’influencer le design de l’architecture de façon à répondre au plus près aux pro- blèmes posés par les usagers concernés. Pour ce faire, HIPERMED a exploité les résultats obtenus dans le cadre d’un précédent projet européen, HDVIPER, qui avait permis la construction d’une plate-forme comportant des services de base dans le domaine de la vidéo. HIPERMED a développé une architec- ture spécifique basée sur un bus de type Enterprise Service Bus (ESB) inté- grant les contraintes des applications médicales visées, comme la nécessité de communications sécurisées (chiffre- ment, authentification) pour le transport de données sensibles à travers des ré- seaux publics, la prise en compte du for- mat DICOM des images radiologiques ou encore l’intégration d’instruments médicaux connectés (endoscopes, microscopes) générant des flux vidéo haute définition. Les échanges entre sites distants ont été effectués via le réseau paneuropéen à très haut débit (Gbits/s) GEANT26 . Six scénarios d’usage Six scénarios d’usage ont été définis pour ce projet afin de valider les outils de la plate-forme HIPERMED ; ils ont été classés en deux catégories : la première, « Professionnel-à-Professionnel », re- groupe les scénarios 3 et 5 et la seconde « Patient-à-Professionnel » les scénarios 1, 2, 4 et 6. Ces derniers représentent une tendance de plus en plus soutenue, du fait notamment du développement de la chirurgie ambulatoire et de la volonté de déplacer le traitement et le suivi des patients de l’hôpital vers le do- micile. Différentes études ont d’ailleurs prouvé que le rétablissement était plus rapide et de meilleure qualité au domi- cile du patient. 6 GEANT2: Gigabit European Advanced Net- work Technology 2. Scénarios 1 et 2 : rééducation du genou à distance La chirurgie arthroscopique du genou permet de traiter les changements struc- turels du genou d’une façon peu invasive, garantissant un meilleur rétablissement post-opératoire et permettant une pre- mière rééducation rapide. Néanmoins des problèmes résiduels comme l’atro- phie ou l’hypotonie des muscles exten- seurs et fléchisseurs (particulièrement le quadriceps) doivent pouvoir être traités de façon opportune, précise et efficace. Des tests effectués trois semaines après la chirurgie ont montré une perte rési- duelle de 20 % à 40 % pour les muscles extenseurs et jusqu’à 20 % pour les flé- chisseurs. Ce déficit augmente le risque de nouvelles blessures, particulièrement quand le patient retourne à ses activités quotidiennes. En conséquence, le succès de la chirurgie arthroscopique du genou exige un programme de réadaptation surveillé, qui doit être amorcé tôt et avec intensité, afin que le rétablissement soit rapide et atteigne un niveau fonction- nel semblable ou si possible meilleur qu’avant la chirurgie. Pour toutes ces raisons, la techno- logie biomécanique a été intégrée à travers une interface qui immerge le patient dans un environnement virtuel à base de jeux sérieux7 (figure 1), com- plété par des processus enregistrant cinématique, cinétique et observations d’électromyographie. Les mesures sont directement restituées au médecin dis- tant en temps réel ou sont enregistrées en vue d’une post-consultation. Les patients sont équipés, à leur domicile, entre autres, d’un capteur d’inertie 3D qui effectue les mesures d’extension et de flexion maximales du genou. Scénario 3 : téléconsultation Il s’agit dans ce scénario de permettre à deux ou plusieurs hôpitaux distants de 7 Serious games en anglais. REE N°3/2015 95 Optimisation et coopération : la plateforme européenne de télémédecine HIPERMED et le Living Lab PROMETEE communiquer entre eux en temps réel, en échangeant des images, des don- nées médicales, des vidéos – le tout en utilisant la même interface. Il est basé sur le constat qu’aujourd’hui, certaines compétences médicales pointues sont très dépendantes du lieu d’exercice. On distinguera dans la suite de l’article les hôpitaux dits « de référence » (CHU, instituts de lutte contre le cancer…), des hôpitaux dits « régionaux » (hôpi- taux locaux), dans lesquels toutes les compétences ne sont pas représentées. Cette situation, que l’on retrouve dans de nombreux pays, génère des coûts importants, en particulier ceux liés au transport de patients (même pour une simple visite) ou encore ceux liés aux déplacements de certains spécialistes. Ce sont ces coûts que la plate-forme HIPERMED vise à diminuer pour une meilleure prise en charge des patients, où qu’ils soient et pour une meilleure qualité des soins, du fait de la possibi- lité de partager des connaissances et de l’expertise (ce qui est particulièrement important dans le cas des traitements des cancers). Le scénario 3 peut lui-même se dé- cliner suivant trois sous-scénarios : Les consultations planifiées Il s’agit de reproduire une réunion de concertation pluridisciplinaire (RCP), comme celles qui se tiennent à l’hôpi- tal généralement une fois par semaine. Ces réunions mettent en présence des experts médicaux relevant de diffé- rentes spécialités afin d’étudier les cas de patients présentant des pathologies complexes et/ou graves. La principale difficulté liée aux RCP tient à la néces- sité de réunir au même moment des experts provenant de différents sites. HIPERMED permet de pallier ce pro- blème en évitant les voyages et les coûts afférents. Les consultations en urgence Ce scénario se déroule, par exemple, lors d’une opération chirurgicale dans un hôpital régional au cours de laquelle le chirurgien doit faire face à une situa- tion compliquée nécessitant de sollici- ter l’aide d'un expert localisé dans un hôpital de référence (figure 2). Celui-ci visualise sur un même écran la vidéo d’ambiance du bloc opératoire, la vidéo produite par la caméra endoscopique haute définition qu’utilise le chirurgien pour opérer, les images radiologiques au format DICOM du patient, ainsi que l’historique de celui-ci. Le télé-enseignement Ce scénario offre la possibilité à des étudiants en médecine ou à des chirur- giens en formation continue, de suivre en direct, depuis un amphithéâtre, une opération chirurgicale en visualisant à la fois le bloc opératoire et la vidéo produite par la caméra endoscopique haute définition qu’utilise le chirurgien pour opérer. Ce type de pédagogie est reconnu beaucoup plus efficace que les méthodes classiques recourant à la visualisation en différé d’actes chirurgi- caux enregistrés. Scénario 4 : rééducation de la parole à distance Ce scénario, de type Patient à Professionnel concerne les patients ayant des troubles du langage, souvent Figure 1 : Extrait du scénario 2 d’HIPERMED : Séance de rééducation du genou à l’aide de serious games (Espagne). Figure 2 : Extrait du scénario 3 d’HIPERMED : chirurgie ORL au CHRU de Nancy supervisée en direct à l’hôpital universitaire de Poznan (Pologne). De haut en bas à gauche : scanner du patient au format DICOM, vidéo endoscopique haute définition de la cavité buccale du patient, équipe de chirurgiens polonais superviseurs. De haut en bas à droite : équipe de chirurgiens ORL au bloc opératoire du CHU de Nancy, exemple de flux de données supplémentaires. 96 REE N°3/2015 NOUVELLES CONTRIBUTIONS DES TIC À LA MÉDECINE ET À LA CHIRURGIE DOSSIER conséquences d’un accident vasculaire cérébral ; il permet via la plate-forme HIPERMED, d’effectuer une rééduca- tion à distance avec des performances accrues du fait de la méthode utilisée. Ce scénario a été mis au point par les partenaires turcs du projet car la Turquie dispose de peu de consultations spécia- lisées en orthophonie, d’ailleurs concen- trées sur un nombre restreint de grands centres urbains. De ce fait de nombreux patients répartis sur l’ensemble du terri- toire n’avaient pas directement accès à ce type de soins. Le scénario se déroule de la façon suivante : après un rendez- vous indispensable dans un centre spé- cialisé pour faire un bilan diagnostic, le patient peut suivre les séances de réé- ducation depuis son domicile, à l’aide d’une simple connexion Internet et d’un terminal équipé du logiciel. Il prend ren- dez-vous via l’interface et, au moment de la séance, le thérapeute lui envoie des images et des séquences animées, puis lui demande, en retour, de pronon- cer les phrases correspondantes. Ce procédé permet une meilleure rééduca- tion, grâce à la stimulation d’une zone cérébrale liée à la vision. Scénario 5 : diagnostic et suivi à distance de brûlures Ce scénario est un scénario Profes- sionnel à Professionnel d’urgence qui permet à un hôpital régional d’effectuer en urgence, une demande de diagnos- tic à distance à un hôpital de référence, dans le cas de brûlures. A partir de là deux scénarios sont envisageables : Les soins d’urgence avant transfert L’hôpital régional et l’hôpital de réfé- rence sont connectés via la plate-forme HIPERMED. Les médecins de l’hôpital de référence donnent la procédure à suivre pendant la phase aigüe de l’ur- gence et la supervisent. Le suivi des patients non transférés Là encore l’hôpital régional et l’hôpi- tal de référence sont connectés via la plate-forme HIPERMED. Les médecins de l’hôpital de référence donnent les conseils de soin et suivent l’évolution de la plaie et sa cicatrisation à distance. Ce suivi permet ainsi d’adapter le trai- tement le cas échéant, en fonction de l’évolution de la cicatrisation. Scénario 6 : suivi cardiorespira- toire à distance Le concept suppose l’existence de centres certifiés tels que des gymnases, des établissements de soins, ou encore des résidences pour seniors, centres dans lesquels les sessions de réadapta- tion ont lieu en présence d’un profes- sionnel qualifié (non nécessairement le physiothérapeute). Pendant les ses- sions, les données (vidéo haute qua- lité et signaux vitaux) sont envoyées au physiothérapeute afin qu’il garantisse la qualité de la session. En conséquence, l’intensité des exercices peut être adap- tée si nécessaire en fonction du patient et de ses performances. Ainsi, grâce à un smartphone dédié et à des capteurs fixés sur une ceinture, un patient souf- frant de problèmes cardiorespiratoires peut continuer à se rééduquer dans le centre certifié le plus proche de chez lui, sous la surveillance de son médecin. Le Living Lab Prométée et son apport à HIPERMED D’après Wikipedia : « Un Living Lab regroupe des acteurs publics, privés, des entreprises, des associations, des acteurs individuels, dans l’objectif de tester « grandeur nature » des services, des outils ou des usages nouveaux. Il s’agit de sortir la recherche des labora- toires pour la faire descendre dans la vie de tous les jours, en ayant souvent une vue stratégique sur les usages po- tentiels de ces technologies. Tout cela se passe en coopération entre des col- lectivités locales, des entreprises, des laboratoires de recherche, ainsi que des utilisateurs potentiels. Il s’agit de favo- riser l’innovation ouverte, partager les réseaux et impliquer les utilisateurs dès le début de la conception. » Le concept même de Living Lab s’est d’abord beau- coup développé en Europe. L’association belge ENOLL accorde d’ailleurs une labélisation Living Lab. Aujourd’hui les Living Labs dépassent largement les frontières européennes mais ils peinent à se fédérer à travers des réseaux. Citons comme heureuse exception le Forum national des Living Labs en santé et autonomie (http://www.forumllsa. org), co-fondé par Robert Picard, réfé- rent santé du Conseil général de l’éco- nomie, et Antoine Vial, expert en santé publique (cf l’encadré dans l’introduc- tion au présent dossier). Les Living Labs jouent aujourd’hui un rôle de plus en plus important et de plus en plus reconnu, notamment parce qu’ils favorisent la co-conception et donc contribuent à la construction d’outils (matériels, logiciels, méthodo- logiques, etc) efficaces et pertinents [4,5]. Les Living Labs deviennent ainsi des acteurs incontournables avant une mise sur le marché ou un déploiement à échelle réelle. Dans le domaine de la santé, ils sont souvent dédiés au handicap, au retour à l’autonomie, ou encore au maintien des personnes âgées et/ou fragiles à leur domicile. Mais ils peuvent parfois également concerner des champs d’ap- plication plus restreints, comme c’est le cas par exemple de PROMETEE qui a été créé en 2012 à TELECOM Nancy. Celui-ci propose, dans un environne- ment normalisé, des outils de mesure de la « perception utilisateur » pour les usages du multimédia dans les applica- tions médicales. Il s’appuie en premier lieu sur un constat : l’usage de l’image et de la vidéo est de plus en plus répan- du, les technologies numériques ayant révolutionné le monde médical ces dernières années. Ainsi par exemple, la chirurgie bénéficie des progrès liés REE N°3/2015 97 Optimisation et coopération : la plateforme européenne de télémédecine HIPERMED et le Living Lab PROMETEE à l’utilisation d’images et de vidéos numériques, permettant notamment le développement d’opérations assistées par des robots télécommandés par des chirurgiens. La contrepartie de ces pro- grès réside dans la nécessité de gérer une masse considérable de données, ce qui pose de nombreux problèmes, en termes de transmission, d’archivage, de manipulation, de visualisation, de post-traitements et plus généralement d’usage de ces données. Afin de garan- tir une qualité optimale de celles-ci vis-à-vis des usages qui en sont faits, il apparaît essentiel de pouvoir mesu- rer de façon fiable la perception qu’en ont les utilisateurs finaux, à savoir les experts médicaux : c’est là tout l’objet de PROMETEE. Dans le projet HIPERMED, en parti- culier dans le scénario 3, la téléconsulta- tion étant la plus gourmande en bande passante, les vidéos ont nécessité une compression irréversible avant trans- mission. Cette compression a entraîné de fait, pour les professionnels, des questions d’acceptabilité de la qualité liées à leurs habitudes et usages. La compression des vidéos initiales a été effectuée selon le standard H264 [7], de façon logicielle, dans les serveurs minisip (minisip.org, solution libre de vidéoconférence haute définition basée sur le protocole SIP), mais aussi maté- rielle, dans les encodeurs vidéo faible latence de la société VITEC Multimédia, membre du consortium. Afin de définir et valider les taux de compression appropriés, nous avons ainsi mené une étude sur la perception de la qualité des vidéos compressées par les médecins. Un ensemble de tests subjectifs a été effectué selon le protocole double-stimulus continuous quality-scale (DSCQS) issu de la recom- mandation ITU-BT.500-13 de l’Interna- tional Telecommunication Union. À ces tests a été adossée une batterie de mé- triques objectives utilisées dans la littéra- ture. Les résultats obtenus sont issus de la validation de trois sous-scénarios déjà cités et impliquant les services ORL du Centre Hospitalier Régional Universitaire de Nancy (CHRU de Nancy) et de l’Hô- pital Universitaire de Poznan (Pologne) interconnectés via le réseau paneuro- péen haut débit GEANT2. Les tests ont été effectués sur quatre séquences vi- déo ORL originales haute définition (Full HD 1920x1080 - 60 images/s - 4:2:2 - 8 bits) d’une durée de 10 secondes cha- cune [6], toutes encodées initialement à 1,91 Gbit/s (de nombreux détails et résultats sont donnés dans l’ouvrage cité en référence [7]). Les tests ont mon- tré que les séquences pouvaient être compressées (avec des dégradations) par le standard AVC-H264 jusqu’à un débit d’environ 3 Mbit/s sans perte de confiance par les médecins et sans gêne dans leur pratique ! Ainsi, PROMETEE, en tant que living lab, a permis de valider des outils tech- nologiques et les paramètres associés, afin de rendre la plate-forme HIPERMED opérationnelle et compatible avec la pratique médicale. Mais il a également ouvert des perspectives pour des trans- missions sur des réseaux à faible bande passante, tels qu’ils sont prévus dans le projet E3, cité en introduction. Conclusion et perspectives Les technologies de l’information et de la communication sont aujourd’hui de plus en plus utilisées dans le do- maine de la santé : sont-elles réelle- ment à son service ou sont-elles un prétexte pour justifier des politiques uniquement sensibles aux arguments économiques ? C’est un vaste débat. Il est certain cependant, que bien utili- sées, bien pensées, bien conçues, elles peuvent être un réel facteur de progrès en matière de santé, en termes de qua- lité des soins mais également en termes d’égalité d’accès à ces mêmes soins, le tout avec un impact économique positif. L'AUTEUR Jean-Marie Moureaux a reçu le grade de docteur en Sciences pour l’ingénieur de l’université de Nice Sophia Antipolis, en 1994 et a soutenu son « Habilitation à diri- ger des recherches » à l’université Henri Poincaré (UHP), Nancy 1 en décembre 2007. Il est actuellement professeur à l’université de Lorraine. Il est directeur adjoint de Télécom Nancy, école d’ingénieurs associée à l’Institut Mines-Télécom. Depuis 1995, il est chercheur au Centre de recherche en automatique de Nancy (CRAN, université de la Lorraine, UMR CNRS 7039). Ses domaines de recherche sont le codage d’images et de vidéos médicales, le tatouage d’images, la quantification vectorielle algé- brique, l’évaluation de la qualité (image/vidéo médicale) ainsi que la modélisation de tumeurs céré- brales. 98 REE N°3/2015 NOUVELLES CONTRIBUTIONS DES TIC À LA MÉDECINE ET À LA CHIRURGIE DOSSIER La plate-forme de télémédecine HIPERMED illustre bien ce propos. En optimisant des ressources à travers l’in- tégration d’outils dans une plate-forme unique, elle offre aux systèmes de santé publique [1] des gains économiques potentiels significatifs. Elle répond éga- lement à des besoins clairement expri- més par le monde médical, qui cherche à simplifier et optimiser la pratique des soins du fait d’une charge de travail de plus en plus lourde et difficile. En cela, elle améliore le quotidien médical. Mais surtout, elle est un gage d’amélioration de la qualité des soins, d’une part grâce à un partage plus important de l’exper- tise comme dans les scénarios 3 et 5, d’autre part à travers un suivi plus effi- cace des patients à leur retour à domicile comme dans les scénarios 1, 2, 4 et 6. Enfin, ce projet a montré l’impor- tance du codesign et l’apport d’un Living Lab dans l’élaboration et/ou la validation d’outils, ici au service de la santé. Dans un monde de plus en plus ouvert, il est difficile aujourd’hui à une équipe de concevoir seule, sans se mesurer continument à la réalité au cours de la conception ; le domaine de la santé n’échappe pas bien entendu à ce phénomène ! L’individu, le pa- tient, sont de plus en plus acteurs de leur santé et il apparaîtrait aujourd’hui comme injustifié et potentiellement lourd de conséquences (notamment économiques) de ne pas les associer au processus d’élaboration, au même titre que l’ensemble des acteurs direc- tement concernés (médecins, profes- sionnels de santé, aidants, travailleurs sociaux,…). En ce sens, les Living Labs sont des lieux de rencontre pri- vilégiés pour favoriser ce processus de construction et ils ont assurément un bel avenir devant eux. Remerciements Mes plus vifs remerciements s’adres- sent à l’ensemble des partenaires du consortium HIPERMED (dont la liste complète se trouve à l’adresse www. hipermed.org) et à ceux du CHRU de Nancy, avec en premier lieu le Dr Gallet. Je remercie également l’Univer- sité de Lorraine à travers, le Centre de recherche en automatique de Nancy et Télécom Nancy, pour leurs contributions à la réussite de ce projet. Références [1] Moureaux (J-M.), « Une plateforme intégréeetinteropérabledetélésanté: le projet européen Hipermed », Réa- lités industrielles. Annales des mines, Vol. 2014 (4), pp. 41-46, novembre 2014. [2] Attali (J.), « Rapport de la Commis- sion pour la libération de la crois- sance française », XO Éditions, La Documentation Française, 2008. [3] Europe Aid Cooperation Office (ec. europa.eu/europeaid), “Families of Evaluation criteria”.http://ec.europa.eu/ europeaid/evaluation/methodology/ methods/mth_ccr_en.htm#03 janvier 2006. [4] Kusiak (A.), “Innovation: The Living Laboratory Perspective”, Computer- Aided Design & Applications, vol. 4, n° 6, The University of Iowa, 2007, p. 863-876. [5] de Ruyter (B.), Pelgrim (E.), “Am- bient Assisted Living Research in CareLab”, ACM Interactions, volume 14, n°4, juillet-août 2007. [6] Nicholson (D.), Pawalowski (P.) & Moureaux (J-M.), Selected medical imaging sequences for HEVC deve- lop-ment, Joint Collaborative Team on Video Coding (JCT-VC) of ITU-T SG 16 WP 3 and ISO/IEC JTC 1/SC 29/WG 11, 15ème Meeting : Genève (Suisse), 23 octobre -1er novembre. 2013. [7] Chaabouni (A.), Gaudeau (Y.), Lambert (J.), Moureaux (J-M.) & Gallet (P.), “Subjective and Objective Quality Assessment for H264 Compressed Medical Video Sequences”, 4th IEEE International Conference on Image Processing, Theory, Tools and Applica- tions, IPTA 2014, Paris, 14-17 octobre 2014.