Quelques convictions pour l’évolution de l’enseignement supérieur…

13/07/2015
Publication REE REE 2015-3
OAI : oai:www.see.asso.fr:1301:2015-3:13841

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Quelques convictions pour l’évolution de l’enseignement supérieur…

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126 REE N°3/2015 ENSEIGNEMENT & RECHERCHE REE : Vous avez récemment, terminé un double mandat, à la présidence de l’Université technologique de Troyes (UTT) et à celle de la CDEFI. Nos lec- teurs savent ce que sont les universités technologiques mais beaucoup ignorent le rôle de la CDEFI. Pourriez-vous le pré- ciser ? Christian Lerminiaux : Les écoles d’ingénieurs françaises sont à la fois nombreuses (plus de 200 !) et variées ; mais elles ont des points communs nombreux, en particulier parce que depuis 80 ans elles font l’objet de l’accrédi- tation de la Commission du titre d’ingénieur (CTI). La CTI examine régulièrement (tous les six ans) toutes les formations, pérennes ou nouvelles, conduisant au titre d’ingénieur ; elle a fixé des repères et des exigences qui s’imposent à tous et qui sont des garanties tant vis-à-vis des diplômés que de leurs futurs employeurs (connais- sance des méthodes, maîtrise de l’anglais, stages en entreprise, initiation à la recherche, formation en sciences économiques et sociales…). Il était naturel qu’une structure à la fois représentative de la diver- sité même des écoles d’ingénieurs et reconnue de l’ensemble des acteurs concernés voit le jour : la Conférence des directeurs des écoles françaises d’ingénieurs (CDEFI) joue ce rôle, qui a d’ailleurs été officialisé et l’encadré ci-dessous rassemble l’essentiel de ce qu’il convient de savoir à son sujet. J’ajoute que cette structure légère sti- mule un travail collectif et varié au sein de ses diverses commissions, où l’échange est la règle. Pour ma part, avant d’être élu président par mes collègues, je me suis consacré tout spécialement à la recherche et au développement : compte tenu de mon cursus comme de mes fonctions à l’UTT, je suis très attaché au développement de la R&D au sein des écoles, alors même qu’on leur a souvent reproché de se dispenser de cet aspect, essentiel dans les universités. L’expérience de ces 20 dernières années montre d’ailleurs que la recherche s’est largement développé dans les écoles… en même temps que se développaient les coopérations entre écoles et universités. Les écoles d’ingénieurs ont toujours su être à la pointe de l’inno- vation technologique et organisationnelle et elles ont un rôle-clé dans la réflexion à mener dans l’enseignement supérieur en France ; il est important que ce rôle continue de se renforcer, grâce à la CDEFI bien sûr, mais aussi par d’autres voies – je pense en particulier à la consti- tution de réseaux ou à l’ouverture internationale. REE : Les écoles ne relevant pas du ministère de l’Education natio- nale, de l’enseignement supérieur et de la recherche (MENESR) ont- elles à craindre un certain étouf- fement ? C. L. : La CDEFI a su fédérer l’en- semble des écoles privées et pu- bliques quel que soit le ministère de tutelle. Elle a d’ailleurs quelque- fois joué le rôle d’intermédiaire entre les différents ministères. Il paraît logique que Programme 150, relatif aux formations supé- rieures et à la recherche universitaire au sein de la LOLF (loi organique relative aux lois de finances), regroupe l’ensemble des établissements publics et qu’il soit placé sous la coordination du MENESR ; mais il est important de maintenir la grande diversité des établissements et je ne pense pas que nous nous dirigions aujourd’hui vers un regroupement des écoles sous la seule tutelle du MENESR. Il faut maintenir la diversité des établissements REE : La Nation accorde-t-elle suffisamment d’importance à la recherche et au développement dans l’enseignement supérieur ? C. L. : Aujourd’hui, les dépenses globales concernant l’enseignement supérieur en France sont inférieures à la moyenne de l’OCDE, mais les dépenses publiques sont à peu près à hauteur. Il faut donc mener une réflexion globale sur le financement en mettant à contribution les usagers et surtout les entreprises. Les entreprises allemandes, par exemple, contribuent deux fois plus que les entreprises françaises au financement de la recherche publique, y compris par l’intermédiaire des fondations. Si l’on s’inspire de ce modèle, cela signifie aussi qu’il y aura davantage de contrats, de financements non pérennes et qu’il faut davantage professionnaliser la contractualisation. Un des challenges est le suivant : comment faire une politique de long terme avec un financement contractuel à court et moyen termes ? Aujourd’hui on ne sait pas faire, et on n’ose pas faire ! Il faudra sans doute améliorer nos outils de pilotage et de gestion financière. En ce qui concerne les autres financements possibles, celui venant des particuliers est un enjeu tout aussi important, même si, pour des raisons culturelles, il est encore peu développé en Europe. Mais cela Quelques convictions pour l’évolution de l’enseignement supérieur… Entretien avec Christian Lerminiaux Ancien président de la CDEFI Figure 1 : Les locaux historiques de la doyenne des Ecoles d’ingénieurs françaises, l’Ecole Royale des ponts et chaussée créée en 1747 et devenue Ecole nationale des ponts et chaussées. REE N°3/2015 127 ENSEIGNEMENT & RECHERCHE viendra. Il faut savoir se doter de structures capables d’aller convaincre les anciens, notamment ceux qui sont proches du terme de leur vie professionnelle, dont les enfants ont fini leurs études et ont trouvé l’emploi auxquels ils aspiraient, de consacrer à leur établissement d’ori- gine une partie de l’argent qu’ils ont gagné durant leur carrière. C’est ce que les universités américaines appellent le département « développe- ment » et effectivement aujourd’hui, le plus gros du développement des universités américaines repose sur ce financement. Il est nécessaire d’augmenter la part des entreprises dans le finan- cement de la recherche et des particuliers dans le financement des établissements. REE : Faut-il augmenter les frais d’inscription ? C. L. : Sans doute. Les ménages devront contribuer un peu plus no- tamment dans les filières les plus professionalisantes, celles qui per- mettent un débouché assuré, comme les formations d’ingénieurs. Mais soyons réalistes, cette augmentation sera loin de venir assurer les besoins de financement des établissements (pour information ces ressources constituent aujourd’hui de 1 à 3 % des recettes des écoles d’ingénieurs dépendant du MENESR), et les ressources envisagées précédemment restent primordiales. En même temps, si l’on augmente les frais de scolarité, il faudra mettre en place un système incitatif qui permettra aux défavorisés de ne pas être exclus, un système de bourse ou de paiement différé leur demandant de rembourser quand ils auront un emploi. L’avantage du paiement différé est qu’il permettra d’éviter la crise des prêts étudiants comme c’est le cas aux Etats- Unis. Ce dispositif obligera également les organismes de forma- tion à être performants car ils ne seront payés que si emploi il y a après le cursus ! Créée par décret en 1976 et confirmée dans son rôle par la loi du 1er août 2007 relative aux libertés et responsabilités des universités, la CDEFI a pour mission de représenter les écoles d’ingénieurs et les universités de technologie auprès de l’Etat, de l’Union européenne et des organisations internationales. Association régie par la loi de 1901, elle regroupe les directeurs des établissements de même que la Conférence des présidents d’université (CPU) regroupe les présidents des universités : mutatis mutandis, CDEFI et CPU jouent des rôles analogues auprès de l’Etat, des pouvoirs publics et des organisations à caractère professionnel. Au nom des écoles d’ingénieurs, la CDEFI formule des vœux, bâtit des projets et rend des avis motivés sur des questions relatives à l’enseignement supérieur et à la recherche. Dans un contexte de compétition internationale et de naissance d’un marché mondial de l’enseignement supérieur, sa vocation première est de promouvoir l’ingénieur en France, en Europe et dans le monde. Auprès des écoles la CDEFI agit comme une structure de conseil : - tiques… La CDEFI est animée par une commission permanente de 20 membres, autour d’un bureau constitué d’un président et de trois vice- et structuration de l’enseignement supérieur et de la recherche. La CDEFI gère cinq programmes de mobilité étudiante et enseignante à l’international et elle a conclu de nombreux accords d’échanges. Chiffres-clés 211 écoles d’ingénieurs comptant au total 125 000 étudiants qu’un triplement sur la même période. Les étudiants boursiers représentent 30 % des étudiants éligibles. Plus de 34 000 diplômes - domaine des sciences et technologies, les jeunes ingénieurs, trouvent un emploi en moins de deux mois pour 76 % d’entre eux, en CDI . 128 REE N°3/2015 ENSEIGNEMENT & RECHERCHE Il faut augmenter modérément les frais d’inscription… à condition de modifier le système des bourses et sans que cela ne constitue la seule réponse aux besoins de financement des établissements ! REE : Que pensez-vous des efforts et de la volonté de recom- position de l’enseignement supérieur ? C. L. : Le système est aujourd’hui très fragmenté, y compris dans la recherche. Il existe une dualité entre grandes écoles et universités, mais ce n’est pas le point le plus important car, mise à part la sélec- tion à l’entrée des cursus, elles tendent les unes et les autres vers un même système ; c’est par exemple le cas en ce qui concerne la car- rière des enseignants chercheurs. Mais il faut constater qu’on a aussi en France une séparation entre les établissements d’enseignement supérieur et de recherche et les organismes de recherche. Autre aspect important : une partie non négligeable de l’ensei- gnement supérieur, c’est-à-dire post-bac puisqu’en France le bacca- lauréat reste le premier grade universitaire, dépend de l’Education nationale pour environ 20 % des étudiants (BTS, classes prépara- toires essentiellement). Enfin, nous avons un foisonnement des di- plômes, en particulier au niveau du premier cycle : BTS, DUT, licence, licence pro, puis master (dont master en ingénierie), diplômes d’in- génieur, doctorats ; il n’est pas étonnant que les entreprises et les étudiants aient du mal à s’y retrouver, sans parler du caractère peu lisible de notre système à l’international ! Il est urgent d’avoir des référentiels de compétences plus clairs qui permettent de savoir quelles sont les compétences acquises et à quels métiers ils donnent accès. C’est pourquoi je pense et je souhaite que dans le futur un rôle plus important soit dévolu à des agences d’accréditation bâties sur le modèle de la CTI. On a de plus en plus besoin de préciser les compétences associées aux cursus REE : Est-ce qu’on n’a pas encore complexifié l’ESR avec tous les outils nouveaux résultant du programme d’Investissements d’avenir ? C. L. : La mise en place des COMUE (Communautés d’universités et d’établissements) a deux objectifs : simplifier la tâche de l’Etat en diminuant le nombre de ses interlocuteurs, mais aussi diminuer la complexité décrite précédemment, ou à tout le moins mieux coor- donner les offres de formations sur un territoire présentant une spé- cificité reconnue. Dans le même temps, le risque est d’uniformiser les offres de formation sur ce territoire et de rendre l’enseignement supérieur plus local. Le second risque est de diminuer les initiatives. Mais les COMUE sont aussi une opportunité pour reconfigurer les éta- blissements, pour permettre peut-être la création de ces grandes uni- versités de technologie que tous les pays voisins possèdent et qu’on n’a pas été capables de mettre en place, sauf quelques exceptions. La France a besoin de grandes universités technologiques ! A côté de ces COMUE, la plupart des autres outils mis en place ont pour objectif de favoriser les relations entre entreprises et re- cherche, par exemple les IRT (Instituts de recherche technologique) et ITE (Instituts pour la transition énergétique), qui semblent bien avoir trouvé leur mode de fonctionnement, en se consacrant surtout aux niveaux TRL 4 et 5, (Technology Readyness Levels) avec une forte implication des entreprises. Il y a aussi les instituts Carnot, qui ont pour vocation de développer la recherche partenariale, et les sociétés d’accélération du transfert de technologies (SATT), créées dans le cadre des investissements d’avenir, dont l’objectif est es- sentiellement d’investir sur la maturation de quelques projets ayant pris naissance dans les établissements membres. Toutes ces initia- tives, même si elles ont un indiscutable effet chronophage dans les établissements et les équipes de recherche, constituent des outils importants pour faire « sortir » les fruits de la recherche publique de ses établissements. Figure 2 : Chimie ParisTech dans le Quartier Latin à Paris. REE N°3/2015 129 ENSEIGNEMENT & RECHERCHE Un impératif : favoriser les relations entreprises-recherche REE : Faut-il augmenter le nombre d’étudiants étrangers ? C. L. : L’enseignement supérieur devient un enjeu de pouvoir et de compétitivité ; il est important de diffuser le modèle de formation français, et notamment les formations d’ingénieur, qui a une attracti- vité certaine sur la plupart des pays en développement. En revanche il ne faut pas être naïf : il ne s’agit pas d’évangéliser le monde mais de développer notre modèle de formation pour en faire bénéficier les entreprises françaises en France et à l’étranger. Un des enjeux-clés est donc aussi d’attirer les étudiants étrangers en France pour qu’ils trouvent un travail en France. Aujourd’hui les écoles d’ingénieurs ont à peu près 15 % d’étu- diants étrangers, l’optimal serait entre 20 et 25 %. Au-delà de cet aspect, il est possible que le modèle économique des écoles les conduise à développer des formations à l’étranger, avec deux objec- tifs : d’une part aller chercher les étudiants de qualité et d’autre part aller développer des formations qui leur permettent une améliora- tion de leur bilan financier. L’internationalisation des cursus est devenue un facteur de compétitivité ! REE : Les MOOC (Massive Open Online Course) vont-ils per- mettre une véritable formation continue dans l’enseignement supérieur ? C. L. : Aujourd’hui, les MOOC ont avant tout trois rôles : l’un est de sélectionner parmi les inscrits ceux des étudiants qui ont le meil- leur potentiel, dans le but de les faire venir (ce que font certaines universités américaines), ensuite l’augmentation de la notoriété des établissements eux-mêmes par la mise en place de MOOC écrits par les meilleurs enseignants de l’établissement, et enfin d’obtenir potentiellement des gains en matière de coûts pédagogiques : on peut en effet imaginer la moitié des formations sous cette forme. Néanmoins le coût d’investissement est élevé : le coût d’un MOOC peut être évalué à 10 fois le coût d’un enseignement annuel en pré- sentiel. En revanche, rien n’interdit de penser que le même MOOC puisse être utilisé par plusieurs établissements ; c’est d’ailleurs la logique qui sous-tend un organisme comme COURSERA, l’initia- tive des grandes universités américaines qui mutualisent des for- mations attirant désormais plus d’un million d’étudiants ; le MOOC est un produit qui peut donc aussi se vendre, à des particuliers (notamment par le biais des certifications) comme à d’autres éta- blissements. On parle aussi encore assez peu – trop peu ! – de formation professionnelle : cela reste encore un objectif à atteindre et en France il n’y a guère que le CNAM à y contribuer ! Le rôle des universités et écoles reste trop modeste. L’enseignement à distance va prendre de l’importance REE : Un grand merci pour vos propos roboratifs et bonne chance dans vos nouvelles fonctions de délégué général de l’Agence nationale pour la recherche et la technologie (ANRT). Propos recueillis par B. Ayrault A la sortie de l’ENS Cachan, Christian Lerminiaux a commencé sa carrière par un doctorat en physique puis un poste de maître de conférences à Paris 13. Il l’a poursuivie par une carrière industrielle d’une quinzaine d’années au sein de Corning, le grand ver- rier américain, puis du LETI ; il y a dirigé des équipes de haute technologie puis assuré des fonctions de direction dans le domaine de l’optique et de la photonique. Christian Lerminiaux est ensuite revenu vers le monde académique comme président de l’Université technologique de Troyes (UTT) qui, sous son mandat, a vu ses effectifs passer de 1 600 à 2 600 étudiants. Simultanément il s’est fortement engagé au sein de la CDEFI, où il a été successivement vice-président chargé de la recherche, puis président. Il vient d’être nommé délégué général de l’ANRT, après avoir assuré l’intérim de la direction de Chimie ParisTech Figure 3 : Le ministère assurant la tutelle de l’ESR est installé dans l’ancienne Ecole polytechnique.