Le gaz naturel, acteur incontournable de la transition énergétique

13/07/2015
Publication REE REE 2015-3
OAI : oai:www.see.asso.fr:1301:2015-3:13839
DOI : http://dx.doi.org/10.23723/1301:2015-3/13839You do not have permission to access embedded form.

Résumé

Le gaz naturel, acteur incontournable de la transition  énergétique

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REE N°3/2015 133 LIBRES PROPOS Jacques Deyirmendjian Ancien élève de l’Ecole polytechnique et de l’ENSAE Président de Deynergies D ans ce monde où le caméléonisme éner- gétique est de règle, il arrive que des opi- nions non conformistes puissent s’expri- mer. Je suis heureux que la REE offre à un « gazier première langue » l’occasion d’attirer l’attention sur certains aspects troublants concernant le gaz dans les politiques énergétiques européenne et française. L’un d’eux se trouve dans l’exposé des motifs de la loi sur la « transition énergétique pour la croissance verte » qui présente l’essor de nouvelles énergies comme un moteur de l’Histoire, veut renouer avec le volontarisme énergétique de la France, économiser l’énergie dans les bâtiments, créer des emplois, développer les EnR en valorisant les ressources des territoires, le tout dans le dialogue avec les citoyens ; il men- tionne aussi la réalisation du programme nucléaire à la suite du choc pétrolier de 1973 mais le gaz naturel n’existe pas ! Le gaz naturel est l’acteur de « la transition énergétique pour la croissance et un ciel plus bleu » Pourtant l’industrie gazière pratique depuis 50 ans la « transition énergétique » mais discrètement et à l’instar de ses invisibles tuyaux. Les gisements découverts au milieu du 20e siècle dans certains pays ont d’abord été exploités localement ; puis le commerce international du gaz s’est développé grâce à la mise au point des contrats d’approvisionnement à long terme et aux pro- grès techniques pour le transport à grande distance, terrestre par gazoduc ou maritime par méthanier après liquéfaction. Depuis 40 ans, l’approvisionnement européen est sûr et sécurisé et n’a pas connu de situation que les moyens techniques et contractuels disponibles n’aient permis de gérer. Le gaz naturel assure environ 25 % de l’approvisionnement en énergie primaire de l’Union eu- ropéenne (UE), 15 % en France en raison du nucléaire. En remplaçant le charbon et les produits pétroliers dans les installations existantes et en assurant une forte part des besoins nouveaux, cette « énergie propre, puissante et pas chère », la moins carbonée des énergies fossiles et respectueuse de l’environnement – un gazoduc de diamètre 700 mm transporte autant d’énergie que les lignes électriques évacuant la production d’une centrale de 5 000 MW – a largement contribué à réduire les émissions de gaz à effet de serre, à rendre plus res- pirable l’air de nos villes et plus visible le bleu du ciel, couleur préférée des gaziers. Cette transition a été réussie en respectant les règles classiques des coûts et de la concurrence : sans sub- ventions ni prélèvements obligatoires contrairement aux pratiques favorisant les EnR. Fondée sur des relations à long terme équilibrées entre les parties, notamment en matière de partage des risques, le gaz naturel a contri- bué à l’intégration européenne par la création d’infras- tructures transnationales et à favoriser la paix par la convergence d’intérêts de l’UE et des pays producteurs. L’organisation monopolistique de jure ou de facto qui prévalait au sein de ces pays a facilité l’accès aux rende- ments croissants qui caractérisent l’in- dustrie gazière. Les monopoles parlaient aux monopoles par-dessus les frontières en s’efforçant de tenir à l’écart le monde politique. Le succès de cette organisa- tion, que nul ne peut nier, finit par sus- citer la convoitise des gros consomma- teurs de gaz. Ainsi, le chimiste allemand BASF réussit à traiter avec Gazprom dès le début des années 90. Une dizaine d’années plus tard, à l’ouverture des marchés, les électriciens inventèrent la « convergence de l’électricité et du gaz » pour vendre le gaz en plus de l’électricité, et surtout pour shunter les gaziers dans l’approvisionnement des nombreux cycles combinés (CCGT) planifiés. Au-delà de sa lisibilité, la répartition des rôles des opérateurs gaziers de part et d’autre des points de livrai- son prévus aux contrats d’approvisionnement présentait des avantages importants notamment en matière de coûts et de sécurité d’approvisionnement, mais l’UE a choisi de passer outre. Les directives européennes ont démantelé la chaîne gazière et augmenté son coût La Commission européenne (CE) a mis sous tutelle ces contrats, proscrit les clauses de destination et défait les partenariats ; la production et le commerce du gaz ont dû être séparés des infrastructures ; les maillons de Le gaz naturel, acteur incontournable de la transition énergétique 134 REE N°3/2015 LIBRES PROPOS la chaîne gazière (transport, stockage, terminal de récep- tion de gaz naturel liquéfié (GNL) et distribution) ont dû être placés dans des entités juridiques distinctes mises sous la tutelle plus ou moins forte des commissions de régulation de l’énergie et des ministères compétents. Chaque entité cherchant à se renforcer tout en maximi- sant son bénéfice, le coût d’acheminement a augmenté considérablement par rapport à la gestion précédente, intégrée et optimisée globalement. Parallèlement, des points virtuels d’échanges de gaz ont été créés sur les zones où le réseau de transport peut satisfaire aux demandes même dans certaines hypothèses extrêmes, rendant possible une tarifica- tion « entrée-sortie ». En France, de sept en 2003 leur nombre a été réduit à deux en 2015 moyennant des investissements importants ; des ouvrages de plusieurs centaines de millions d’euros ont été décidés pour n’avoir plus qu’une zone de marché en France en 2019. Cette démarche s’inscrit dans l’objectif final de la CE de créer un nombre limité de zones de prix qui servent de référence pour la vente de gaz sur le marché inté- rieur et pour les importations. D‘ores et déjà, la CE incite les importateurs à exiger de telles références dans leurs contrats, ce qui fait supporter au consommateur euro- péen le surcoût mis en évidence ci-dessus, alors que le calcul “netback” classique l’aurait transféré au produc- teur. Mais l’intégration des marchés est prioritaire pour le succès de l’UE ; la compétitivité est un concept pour les discours. Le démantèlement de la chaîne gazière a reposé la question de la sécurité d’approvisionnement L’industrie gazière a attiré avec insistance l’attention sur les conséquences dommageables pour la sécurité d’approvisionnement du démantèlement engagé. Toute à son credo libéral, la CE n’a rien voulu entendre. Il a fallu la crise russo-ukrainienne de 2006, malgré son impact limité, pour qu’elle finisse par déclarer vouloir prendre le sujet au sérieux et, le 13 novembre 2008, devant le Par- lement européen, elle admit que « la sécurité d’approvi- sionnement […] est de plus en plus considérée comme un bien public méritant une attention plus soutenue de la part de l’UE » ! Pour la France, la sécurité d’approvisionnement est un « bien public » depuis la « crise algérienne de Skikda » en 1973. Gaz de France, aidé par Elf pour le Sud-Ouest du pays et sous le contrôle de l’Administration, mit ce thème au centre de sa stratégie ; malgré les contraintes financières, il bâtit en 30 ans un système intégré de res- sources diversifiées et d’infrastructures interconnectées permettant d’assurer les fournitures fermes même en cas d’arrêt d’une source majeure pendant un an. Ce résultat fut atteint au moindre coût grâce à la maîtrise de l’ensemble de la chaîne. Depuis l’ouverture des marchés, chaque opérateur arbitre entre les solutions possibles en fonction de son couple coût-risque, et notamment du coût du stockage versus le "spread“ hiver-été fourni par les marchés. Plus que par le passé, l’Administration veille à la sécurité d’ap- provisionnement et agit via des obligations de stockage sur le territoire national, ce qui révèle un manque de confiance dans les marchés, va à l’encontre de l’intégra- tion européenne et limite les arbitrages des opérateurs. Mais, elle a raison de ne pas faire confiance à la CE au vu de son action destructrice de la relation de confiance patiemment établie par les gaziers européens avec Gaz- prom malgré les tensions politiques. La CE fait obstacle au processus d’évite- ment de l’Ukraine engagé il y a 20 ans Depuis 1972, le gaz soviétique devenu russe à la chute de l’URSS a toujours été une ressource très fiable. Au dé- but des années 80, malgré l’opposition des Etats-Unis, les gaziers européens soutenus par leurs gouvernements sollicitèrent une augmentation des volumes notamment pour compenser l’annulation par la République islamique d’Iran du contrat conclu en 1976 par le régime précé- dent ; c’est ainsi que, en 1990, le gaz russe prit la « pole position » de l’approvisionnement de la France. Le processus d’évitement de l’Ukraine a commencé au milieu des années 90 après le refus des Ukrainiens de placer le réseau principal de transport de gaz sous un régime international. Une autre décision aurait donné un cours différent à l’histoire et l’Ukraine serait devenue un lien fort entre l’UE et la Russie, et non la ligne de fracture d’aujourd’hui. Mais ayant abandonné l’arme nucléaire sous la pression internationale unanime, elle choisit de conserver l’arme gazière que constituait sa position stra- tégique sur le trajet du gaz russe. Gazprom fit part à ses acheteurs de ses doutes sur la fiabilité du partenaire ukrainien et passa à l’action pour sécuriser ses fourni- tures et ses revenus. Avec des partenaires européens, il réalisa le Yamal-Europe à travers la Pologne (1997), le REE N°3/2015 135 LIBRES PROPOS Blue Stream (2002) sous la Mer Noire vers la Turquie par 2 000 m de fond sur 430 km de long, une première mondiale, et le Nord Stream sous la Baltique (2012)… dont la CE interdit encore l’usage à pleine capacité. La CE commet une faute grave en s’oppo- sant à la construction du South Stream Le South Stream devait être la dernière étape mais la CE en a décidé autrement. Elle a pressé la Bulgarie de ne pas donner suite à l’accord d’atterrage sur son territoire et vient d’engager une action contre Gazprom pour abus de position dominante et infractions diverses. Las, Gazprom a remboursé rubis sur l’ongle les dépenses de ses parte- naires du South Stream (Eni, Wintershall et EDF) et lancé une variante atterrissant en Turquie. Ce lien direct libérera la Turquie du transit à travers l’Ukraine et l’UE, privera la Roumanie et la Bulgarie de revenus de transits et placera l’UE sous la dépendance de la Turquie… qui n’en deman- dait pas tant ! La responsabilité de la CE pourrait être recherchée par Gazprom, mais aussi par les opérateurs européens, si une solution raisonnable n’était pas trouvée rapidement. Au contraire de la France qui, il y a 20 ans, sut établir un lien direct avec la Norvège, la CE fait une faute historique en refusant le lien direct avec Gazprom. Un espoir ténu existe encore car ni les cartes de poker ont été abattues, ni l’« échec et mat » annoncé. Dès le début des années 90, Gazprom a poursuivi une stratégie d’intégration européenne, prenant des risques qui ont arrêté les autres grands producteurs. Mais depuis le tournant du siècle, le dialogue énergé- tique avec la Russie a vécu. La CE a changé de straté- gie ; elle s’irrite du style dominateur de Gazprom, de sa communication inadaptée au contexte européen, de sa connivence supposée avec les anciens « monopolistes » et, envieuse du monopole d’exportation par gazoduc de Gazprom, évoque même l’idée d’un monopole d’im- portation du gaz dans l’UE ! Cette attitude de la CE est bien antérieure à la crise politique ukrainienne en cours, sur laquelle l’honnêteté oblige à rappeler qu’elle a son origine dans une révolte de la rue soutenue par l’UE et les Etats-Unis contre une décision prise par un gou- vernement et un parlement démocratiquement élus et internationalement reconnus ; l’annexion de la Crimée et la guerre dans l’Est du pays sont venus ensuite. Mais cette crise motive peut-être l’aveuglement de la CE à ne pas voir que l’arme du gaz contre Gazprom et la Rus- sie est pointée sur sa propre industrie gazière. Rejetés, Gazprom et la Russie se tournent vers la Turquie et l’Asie, laissant l’UE débattre de son avenir énergétique. L’industrie gazière entre les mains de la diplomatie européenne La nouvelle équipe de la CE a annoncé pour le début 2016, une nouvelle « diplomatie de l’énergie » compor- tant une diversification par le GNL et la promotion du stockage, et s’interroge sur la façon de faire de l’Europe « un marché attrayant pour les fournisseurs clés tels que l’Algérie, le Nigéria et le Qatar ». Cette démarche surpre- nante fait fi de la notion de marché, credo de la CE, et ignore qu’il faudra payer le GNL plus cher que les clients actuels des fournisseurs ; il est vrai que la compétitivité est un concept, pas un objectif de la CE. Les nouveaux pays exportateurs de GNL ne sont pas cités, mais une face cachée de la crise ukrainienne ne serait-elle pas la bataille Etats-Unis-Russie pour une part de 10 % du mar- ché gazier européen ? Rappelant que le GNL américain est produit à partir de gaz de schiste, dont la recherche est interdite en France et ailleurs... Dans un registre analogue, la CE précédente a beau- coup dépensé pour le « corridor sud » ; Nabucco fut un spectacle en plusieurs actes, avec des signatures d’ac- cords à grands renforts de publicité, qui s’acheva comme dans tout opéra ; l’échec était prévisible, car la dimension politique dépassait de beaucoup l’intérêt industriel. Fina- lement un projet de taille réduite, nommé TANAP, a été décidé fin 2013 par les producteurs de gaz du gisement azéri de Shah Deniz 2, sans la CE ; il améliorera la sécurité gazière de la Turquie mais pas celle de l’UE car, en cas de crise avec Gazprom, les volumes destinés au marché du sud européen resteront très probablement en Turquie. L’intégration des marchés gaziers reste capitale pour le succès de l’Union de l’énergie L’Union de l’énergie comporte cinq dimensions : sé- curité énergétique, marché intérieur, efficacité énergé- tique, réduction des émissions de CO2 et recherche, qui se placent dans la perspective des objectifs du paquet climat-énergie pour 2030. La CE vient d’entamer un pro- cessus de consultations par pays, dont la synthèse doit figurer au rapport annuel de l’UE de novembre 2015, et espère définir des « plans nationaux pour une énergie sûre, durable et compétitive », selon les objectifs euro- péens. Les gouvernements préparent, de leur côté, leurs 136 REE N°3/2015 LIBRES PROPOS conclusions sur la mise en œuvre de l’Union de l’énergie pour le Conseil énergie du 8 juin 2015. Les administra- tions parlent entre elles. Or le marché unique nécessite de sélectionner et le cas échéant de créer les infrastructures d’importance européenne permettant de sécuriser l’approvisionne- ment de chaque pays tout en contribuant à l’émergence d’une place de marché européen du gaz. La réalisation de ces projets est freinée par le manque d’enthousiasme des pays bénéficiaires à en supporter le coût, qui, par solidarité, sera sans doute imputé aux tarifs entrée-sortie du marché unique. Mais elle est aussi freinée par la pra- tique de multiples consultations et surtout par l’absence d’une entité ad hoc, d’intérêt européen, disposant de moyens humains et financiers et chargée de conduire ce projet en relation avec les opérateurs existants, tout en assurant la cohérence avec la dimension efficacité éner- gétique de l’Union de l’énergie pour éviter de construire des ouvrages qui pourraient devenir rapidement inutiles. En effet, le paquet européen des « trois fois 20 » a déjà conduit à déclasser des infrastructures et de nombreuses turbines à gaz CCGT, construites notamment pour rem- placer les centrales à charbon que le prix du CO2 atten- du à 25 /t devait éliminer. Mais le surplus de permis d’émission a conduit à un prix du CO2 de 4 à 7 /t et le charbon américain, expulsé par le gaz de schiste, alimente les centrales allemandes, amputant les effets du fort dé- veloppement des EnR du pays. Les dirigeants du Groupe Magritte1 ont raison de critiquer la CE, mollement car ils ont aussi leur part de responsabilité dans les énormes provisions passées dans leurs bilans : moutonniers, ils ont sous-estimé les effets de la crise et continué à construire des CCGT tout en développant les EnR ; et l’accord de principe du 5 mai 2015 du Conseil et du Parlement euro- péens sur la mise en œuvre d’une réserve de stabilité pour le marché d’échange de permis d’émission de CO2 (EU-ETS) entrera seulement en vigueur 2019… La loi sur « la transition énergétique pour une croissance verte » ignore le gaz naturel C’est dans ce contexte que le Gouvernement français a soumis à la représentation nationale le projet de loi sur « la transition énergétique pour une croissance verte ». 1 Groupe créé à l’initiative du PDG de GDF Suez, Gérard Mestrallet, rassemblant les dirigeants de 10 grands énergéticiens européens (Cez, Enel, ENI, E.ON, Fortum, Gas Natural Fenosa, GasTerra, GDF Suez, Iberdrola, RWE). L’idée est de faire table rase des énergies existantes et de leurs modes de production et d’ouvrir une nouvelle page d’histoire. Grâce aux progrès techniques, et à la volonté poli- tique, une nouvelle vision du monde énergétique est possible fondée sur l’écologie et la production d’éner- gie locale. Elle nécessite d’adapter les réseaux gaziers et électriques conçus pour une production centralisée, ce qui va assurer une activité rentable pour les gestion- naires d’infrastructures. Elle nécessite, à cause de son caractère diffus, l’adhésion forte des citoyens et, malgré les avantages fiscaux accordés, les résultats n’apparaî- tront qu’avec le temps. Elle nécessite enfin de former le personnel car les emplois de la croissance verte sont très différents de ceux qui sont détruits actuellement dans les industries énergétiques et ne contribueront qu’à moyen terme au redressement de la courbe du chômage. Finalement, le développement des EnR a été une réussite, mais n’aurait-il pas été préférable de faire porter l’effort d’abord sur les économies d‘énergie, la meilleure énergie verte étant celle qu’on n’utilise pas ? Le Gouvernement français se prépare à accueillir la grande conférence COP21 à Paris en décembre prochain, et œuvre pour qu’elle soit une étape importante pour la prise de conscience collective en faveur de l’environne- ment et surtout, que les pays s’engagent sur des objectifs ambitieux relatifs à l’efficacité énergétique. Mais la route sera longue, tant il est vrai que 2030 est loin … L’industrie du gaz naturel reste incontour- nable et s’adaptera au nouveau contexte Tant que l’on ne saura pas stocker facilement l’élec- tricité, le gaz naturel restera le complément indispen- sable des EnR intermittentes. Le biogaz, le “power-to- gas” et autres recherches technologiques notamment en matière d’efficacité, sont des pistes de progrès sur lesquelles l’industrie gazière travaille. Mais dans l’immé- diat, le potentiel de croissance du gaz naturel liquéfié ou comprimé, réside dans le segment du transport, en particulier en raison des nouvelles normes applicables dans les zones d’émissions contrôlées définies par l’IMO (International Maritime Organization) (pour l’Europe : Mer Baltique, Mer du Nord). L’usage du GNL a le vent en poupe avec le soutien de la CE (EU’s TEN-T Program) pour les “small scale LNG”, le soutage des navires de mer ou sur canaux, les poids lourds, les trains et, un jour, les avions. La croissance de la production mondiale REE N°3/2015 137 LIBRES PROPOS de GNL trouvera là un marché intéressant. A cet égard, l’initiative “Blue LNG corridors” prise par la CE en 2013 mérite d’être mentionnée ; elle prévoit pour les grands axes routiers une double fonction d’environnement et d’intégration routière des pays de l’UE. Le gaz naturel était l’énergie préférée des Français ; mais, sa discrétion, un lobbying insuffisant et des inter- ventions politiques ont affaibli son image. A l’exception de Gas Natural en Espagne, le mot gaz ne figure plus dans le nom des grandes sociétés européennes : Ruhrgas a dispa- ru dans E.ON, et récemment GDF dans ENGIE. La passion du gaz n’anime plus les dirigeants devenus multicartes et le gaz naturel est considéré, à tort, comme une commodité banale. L’espoir réside dans l’action des associations profes- sionnelles, telles que l’Union Internatio- nale du Gaz, dont la France a obtenu de haute lutte la présidence, et qui orga- nise le Congrès mondial du gaz à Paris début juin 2015, mais aussi celles qui interviennent à Bruxelles telles que Eurogas, Gaz Infras- tructures Europe (GIE), etc. L’expérience des gaziers européens est suspecte pour la CE ; celle-ci doit faire ses classes ; cela pren- dra du temps et les consommateurs européens paie- ront la casse. Mais il faut surtout que la compétitivité cesse d’être un concept de discours et devienne un véri- table objectif de la CE. Les gaziers doivent s’adapter au contexte comme ils l’ont réussi dans le passé, et, laissant de côté leur discrétion légendaire, doivent communi- quer fortement au risque de choquer les politiques, car le gaz naturel est dis- ponible et indispensable à nos écono- mies encore pendant des décennies. Le 21e siècle ne sera pas l’âge d’or pré- vu du gaz naturel, mais disponible et sûr, le gaz naturel continuera de servir l’humanité. Le mix énergétique ne se décrète pas : en France et dans la très libérale UE, il résultera de l’intelligence, du courage et des atouts de chacun. Jacques Deyirmendjian a été Directeur général de Gaz de France, délégué à l’interna- tional et aux partenariats indus- triels et Président de l’Association française du gaz (AFG).Il est à présent Président de Deynergies et intervient en tant qu’expert dans le cadre d’arbitrages inter- nationaux.