Grenoble INP : ancrage dauphinois et grand rayonnement !

11/05/2015
Publication REE REE 2015-2
OAI : oai:www.see.asso.fr:1301:2015-2:13528

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Grenoble INP : ancrage dauphinois et grand rayonnement !

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REE N°2/2015 105 ENSEIGNEMENT & RECHERCHE REE : Les écoles d’ingénieurs ont à Grenoble une histoire plus que centenaire et l’INP les regroupe depuis plusieurs décennies ; pou- vez-vous préciser quelques étapes importantes de cette histoire et présenter les composantes de l’institution que vous présidez ? Brigitte Plateau : La création des premières formations d’ingé- nieurs de Grenoble remonte effectivement à plus d’un siècle : c’est en effet le 12 janvier 1893 que Paul Janet inaugura un cours d’électricité industrielle à la demande des industriels dauphinois ; on venait alors de vivre l’exposition internationale dédiée à la « Fée électricité », dont la SEE est contemporaine ! Ajoutons que Supélec n’existait pas encore… puisqu’elle fut créée et longtemps dirigée par Paul Janet lui-même, qui poursuivit à Paris la brillante carrière inaugurée à Grenoble. Grenoble - INP : une tradition centenaire ! Pendant près de 70 ans, les formations se déroulent au sein de l’Institut d’électrotechnique de Grenoble, qui était associé à la Faculté des sciences et dont Louis Néel, prix Nobel de physique pour ses travaux sur le magnétisme, fut le plus célèbre directeur. La loi à laquelle le nom d’Edgar Faure reste attaché réorganisa, après mai 68, l’enseignement supérieur et créa les trois instituts nationaux polytechniques (INP) de Grenoble, Toulouse et Nancy : ce sont alors des établissements publics à caractère scientifique, culturel et professionnel (EPSCP), ayant rang d’université, et dont le président siège à la Conférence des présidents d’université (CPU) ; c’est d’ail- leurs Louis Néel qui présida l’INP Grenoble à sa création. Nous avions alors six écoles différentes, chacune étant centrée sur l’une des spécialités de l’ancien institut d’électrotechnique et des grands secteurs industriels du Dauphiné : c’étaient des écoles nationales supérieures d’électrotechnique, d’hydraulique, de génie physique, d’électrochimie et d’électrométallurgie, d’électronique et de radioélectricité, de mathématiques appliquées. A l’époque, l’INP Toulouse regroupa dans un établissement unique, organisé en râteau, la plupart de ces disciplines pour créer l’ENSEEIHT (où le T final, après avoir fait référence à Toulouse concerne maintenant les Télécoms !). En 2007, à sa transformation en grand établissement, Grenoble INP comprenait, en plus des écoles déjà citées, qui se sont regrou- pées et ont changé de noms, trois autres écoles d’ingénieurs : l’école française de papeterie et des industries graphiques, l’école nationale supérieure du Génie industriel, toutes deux également grenobloises, et l’école nationale supérieure en systèmes avancés et réseaux, implantée à Valence. A ces écoles, il convient d’ajouter Nanotech, formation en anglais dédiée aux micro- et nano- technologies, que nous avions créée en 2004 avec le Politecnico di Torino et l’EPF de Lausanne. Cette transformation en grand établissement a été l’occa- sion d’une évolution importante des programmes, des missions et des structures : nous avons désormais six écoles dont le tableau ci-dessous rassemble les noms qui ont été modernisés et actualisés en même temps qu’on restructurait ou réaffectait certains domaines techniques, tels celui des télécommunications relevant désormais de l’Ensimag. Au total Grenoble INP, puisque tel est notre nom officiel, compte sur ses campus de Grenoble, Saint-Martin-d’Hères et de Grenoble INP : ancrage dauphinois et grand rayonnement ! Intitulé exact Nom développé / Site web Grenoble INP - Ense3 Ecole nationale supérieure de l’énergie, l’eau et l’environne- ment. http://ense3.grenoble-inp.fr/ Grenoble INP - Ensimag Ecole nationale supérieure d’informatique et de mathéma- tiques appliquées. http://ensimag.grenoble-inp.fr/ Grenoble INP - Esisar Ecole nationale supérieure en systèmes avancés et réseaux http://esisar.grenoble-inp.fr/ Grenoble INP - Génie industriel Ecole nationale supérieure de génie industriel http://genie-industriel.grenoble-inp.fr/ Grenoble INP - Pagora Ecole internationale du papier, de la communication imprimée et des biomatériaux.http://pagora.grenoble-inp.fr/ Grenoble INP - Phelma Ecole nationale supérieure de physique, électronique, maté- riaux. http://phelma.grenoble-inp.fr/ Entretien avec Brigitte Plateau Administrateur général - Présidente du Groupe INP Tableau 1 : Les six écoles de Grenoble INP. 106 REE N°2/2015 ENSEIGNEMENT & RECHERCHE Valence, près de 5 500 étudiants ; chaque année nous diplômons près de 1 200 ingénieurs et nos thésards soutiennent presque 200 thèses. Mais notre rôle ne se limite pas à ces seuls chiffres, si importants soient-ils, et notre entretien sera l’occasion de vous donner bien des précisions, en particulier sur la recherche ou sur nos liens structurels avec notre riche environnement comme avec les trois autres INP. REE : Comment est organisée la gouvernance de Grenoble INP et comment s’articule-t-elle avec les évolutions de l’enseigne- ment supérieur ? B. P. : Les deux grandes missions d’un organisme comme le nôtre sont bien sûr l’enseignement et la recherche et il revient à l’équipe que j’anime d’en organiser la mise en œuvre, avec cohérence et dynamisme. Ces deux aspects, qui sont l’un et l’autre au cœur du quotidien des enseignants-chercheurs, sont régulés d’une façon très largement décentralisée et chacune des écoles bénéficie d’une large autonomie pédagogique et de relations spécifiques avec son envi- ronnement industriel et professionnel naturel compte tenu de son domaine. En revanche, la recherche est organisée en laboratoires centrés sur des thématiques spécifiques et chacun a sa vie propre, en particulier en relation avec les grands organismes de recherche ou pour la gestion de ses contrats de recherche. Une intrication originale de l’enseignement et de la recherche Ce double aspect impose une souplesse et une concertation permanentes : par exemple la gestion financière est centralisée, dans le respect des règles d’autonomie des uns et des autres. C’est d’ailleurs Grenoble INP lui-même qui a une existence juridique et administrative comme établissement public : en particulier quand il s’agit de négocier les orientations stratégiques ou le budget avec les tutelles, de mettre en œuvre les grandes actions de coopéra- tion ou les grandes décisions en matière d’investissement. C’est autour de la présidence de l’institution que nous agissons ; je pré- cise à cet égard que la fonction de direction s’incarne dans un ou une administrateur(trice) général(e), et non plus de président(e) comme dans les universités. Les conseils d’administration ont éga- lement des compositions assez différentes et il est bien connu que le poids et le rôle des acteurs économiques y sont bien différents : quand il s’agit de former des ingénieurs, les avis et suggestions des entreprises méritent d’être écoutés avec soin ! Tout n’est pas simple : par exemple quand il s’agit de recruter un enseignement-chercheur, après avoir arbitré entre les demandes des écoles et celles des laboratoires. Il s’agit de sélectionner parmi les nombreux candidats celui qui s’intégrera le mieux dans une équipe pédagogique ET dans un laboratoire... Assurer le dynamisme et le développement d’un organisme d’enseignement supérieur, à une période où le gouvernement arbitre au mieux le maintien des bud- gets, est une réelle difficulté quand il s’agit de créer une nouvelle thématique de recherche ou un nouveau cursus ! La volonté, en particulier pour améliorer les positions françaises dans la compétitivité mondiale et les classements internationaux, de regrouper les universités d’un même site ou géographiquement voisines, conduit actuellement à la constitution de communautés d’universités et d’établissements. Ce processus, entamé dès 2005 par la création d’un groupement d’intérêt public (GIP) Grenoble universités entre les quatre universités de Grenoble, s’est poursuivi sous forme d’un pôle d’enseignement supérieur (PRES), université de Grenoble, qui a accueilli l’université de Savoie. Depuis la loi de 2013, nous avons une communauté d’universités et établissements (ComUE) baptisé Université Grenoble Alpes, qui regroupe égale- ment Sciences Po Grenoble et les grands organismes de recherche tels que le CNRS, le CEA et l’Inria. Notre contribution à la vie de la ComUE est évidemment impor- tante puisqu’il s’agit en particulier d’établir une stratégie partagée en matière de recherche et d’écoles doctorales – et nous avons plus de 800 thésards ainsi que de nombreux contrats ! –, comme en matière d’actions internationales. Nous avons évidemment des rela- tions spécifiques avec l’université Joseph Fourier, qui est l’université scientifique et je vous précise qu’il n’y a pas concurrence entre nous et son école polytechnique universitaire, dont les conditions de re- crutement sont d’ailleurs fort différentes des nôtres. C’est à l’échelle de l’agglomération grenobloise qu’un incubateur accueille les jeunes pousses (startups) et qu’une Société d’accélération du transfert de technologie (SATT) organise tout ce qui touche au transfert de tech- nologie ou à la propriété intellectuelle. Dernière précision : pour des questions d’efficacité, nous avons en interne des filiales pour gérer l’ensemble des contrats de re- cherche de tous les laboratoires, et pour optimiser les investisse- ments dans les startups qui en sont issues. Groupe INP : le premier réseau d’écoles d’ingénieurs en France REE : Les divers INP (Grenoble, Toulouse et Nancy, ainsi que Bordeaux qui est de création nettement plus récente), se sont récemment structurés en réseau, et vos collègues vous ont élue à la présidence de l’association. Quels sont les modalités et les objectifs de cette coopération ? B. P. : Les INP se connaissent évidemment de longue date car ils ont des structures, des méthodes et des objectifs voisins, même si l’histoire a façonné pour chacun des composantes originales. Je crois que des quatre INP, celui de Grenoble est le plus homo- gène. Nos collègues de Toulouse, Nancy, et Bordeaux qui en temps qu’INP est beaucoup plus récent, ont fédéré des établissements divers, parfois anciens et/ou relevant d’autres ministères que celui de l’Enseignement supérieur : je pense en particulier aux deux éta- blissements de Toulouse orientés vers l’aéronautique ou à l’Ecole des Mines de Nancy, qui a intégré Lorraine INP. Le spectre scienti- fique et technique des trois autres INP est aussi plus large que le nôtre comme le montre le tableau 2 qui affiche l’ensemble de leurs composantes : on constate en effet une présence systématique de la chimie ou du génie chimique (fort modestes chez nous !), et souvent des établissements orientés vers les sciences de la nature (la géologie ou le bois) ou celles du vivant (agriculture, agronomie ou art vétérinaire). REE N°2/2015 107 ENSEIGNEMENT & RECHERCHE Mais nonobstant ces différences notables, nous avons tenu à nous constituer en réseau ; nous coopérons de longue date en matière de recrutement et nous relevons de structures analogues, même si les évolutions universitaires apportent quelques nuances. Mais depuis quelques années la tendance est forte à coopérer et à se constituer en réseau, sous des formes d’ailleurs variées ; ainsi on a vu, pour les seules écoles d’ingénieurs, se constituer ParisTech, qui regroupe l’X et d’importantes écoles parisiennes, l’Institut Mines Télécom qui rassemble les écoles relevant du ministère de l’Econo- mie, en plus du réseau Gay Lussac, plus ancien, des écoles de chimie. Les écoles centrales, les INSA ou les écoles polytechniques univer- sitaires coopèrent désormais de façon plus active, après souvent de longues années d’indifférence mutuelle... C’est en novembre dernier qu’avec mes collègues François Cansell de Bordeaux, Yves Granjon de Nancy et Olivier Simonin de Toulouse, nous avons formellement créé le Groupe INP : avec plus 21 000 étudiants (sur 125 000 futurs ingénieurs dans toute la France) répartis sur 30 établissements, nous constituons d’ores et déjà le 1er réseau d’écoles publiques d’ingénieurs ; nous comp- tons une centaine de laboratoires de recherche, labellisés pour la plupart et qui mènent actuellement près de 120 M de contrats de recherche de toute nature. La création d’une association et l’adoption Bordeaux INP Un établissement de huit écoles d’ingénieurs ENSC : ENS de cognitique ENSCBP : ENS de chimie, de biologie et de physique ENSEGID : ENS en environnement, géoressources et ingénierie du développement durable ENSEIRB-MATMECA : ENS d’électronique, informatique, télécommunications, mathématique et mécanique de Bordeaux ENSTBB : ENS de technologie des biomolécules de Bordeaux Ecoles conventionnées avec Bordeaux INP Bordeaux Sciences Agro : ENS des Sciences Agronomiques de Bordeaux-Aquitaine ENSGTI : ENS en génie des technologies industrielles ISA BTP : Institut Supérieur Aquitain du Bâtiment et des Travaux Publiques INP Toulouse Une université de six écoles d’ingénieurs et une école vétérinaire ENSAT : ENS agronomique de Toulouse ENSEEIHT : ENS d’électrotechnique, d’électronique, d’informatique, d’hydraulique et des télécommunications ENSIACET : ENS des ingénieurs en arts chimiques et technologiques ENIT : Ecole nationale d’ingénieurs de Tarbes ENM : Ecole nationale de météorologie PURPAN : Ecole associée à l’INP Toulouse, non accessible par La Prépa des INP ENVT : Ecole nationale vétérinaire de Toulouse Ecoles en accord global de partenariat avec l’INP Toulouse, accessibles par La Prépa des INP ENAC : Ecole nationale de l’aviation civile ISAE : ENS d’ingénieurs de constructions aéronautiques UAG : Université des Antilles et de la Guyane Lorraine INP Un collégium de dix écoles d’ingénieurs au sein de l’Université de Lorraine EEIGM : ENS en génie des matériaux ENSAIA : ENS d’agronomie et des industries alimentaires ENSEM : ENS d’électricité et de mécanique ENSG : ENS de géologie ENSGSI : ENS en génie des systèmes et de l’innovation ENSIC : ENS des industries chimiques ENSTIB : ENS des technologies et industries du bois ESSTIN : Ecole supérieure des sciences et technologies de l’ingénieur de Nancy Mines Nancy (ENSMN) : ENS des mines de Nancy TELECOM Nancy : Ecole d’ingénieurs généralistes en informatique et sciences du numérique Tableau 2 : Les écoles des INP de Bordeaux, Toulouse et Nancy. 108 REE N°2/2015 ENSEIGNEMENT & RECHERCHE d’un nom de marque traduit une vision et une ambition partagées, afin de renforcer la visibilité des formations que nous offrons et qui sont en phase avec les avancées scientifiques et technologiques des meilleures équipes de recherche. Les classements divers concernant la notoriété des écoles d’ingé- nieurs nous réservent déjà une excellente place, laquelle sera sans doute renforcée quand nous apparaîtrons groupés dans les salons et la communication vers les lycéens et les étudiants, avec un même logo et des chartes graphiques unifiées. Nous renforcerons aussi l’attractivité de notre prépa commune qui draine d’ores et déjà des centaines d’excellents bacheliers et dont j’aimerais vous parler. Enfin, vis-à-vis du monde industriel, dont les PME comme les grands groupes français et internationaux contribuent à élaborer nos programmes, à enrichir le cercle de nos enseignants vacataires et à offrir des stages à nos étudiants, le Groupe INP sera porteur, sur une palette disciplinaire unique dans notre pays, des innovations les plus performantes face aux défis de bien des secteurs d’activité essentiels Nous entendons à l’international être une facette de l’excellence des formations d’ingénieurs à la française. Dans la compétitivité à laquelle notre pays comme nos jeunes diplômés sont confrontés, ce sera un atout ! Mais pour cette mission de communication, nous tenons à garder une structure légère, qui ne comporte d’ailleurs pas de personnel en propre. REE : Les recrutements des INP, que vous venez d’évoquer, sont à la fois homogènes et originaux ; pouvez-vous préciser ce qui fait leur qualité et leur originalité ? B. P. : Traditionnellement, le recrutement des diverses écoles consti- tuant les INP s’effectuait, et s’effectue encore majoritairement à partir des classes préparatoires, par le biais du « Concours Commun Polytechnique » qui concerne un grand nombre d’établissements, naguère nommés « ENSI de physique » (par opposition aux ENSI de Chimie, qui relèvent d’un concours commun similaire). Le classe- ment est unique, mais les affectations se font en fonction des préfé- rences des candidats, grâce à une gestion nationale des vœux et des affectations dans les écoles, qui garantit à chacun(e) « l’école qu’il préfère… compte tenu de son classement ». Ce dispositif, encore largement majoritaire pour l’ensemble des écoles des quatre INP, nous donne toute satisfaction. La prépa des INP : 20 ans de recrutements originaux Mais nous avons un autre dispositif, original et concerté entre les INP : un cycle préparatoire, d’ailleurs baptisé La Prépa des INP, qui depuis plus de 20 ans recrute des bacheliers sur dossier et entretien ; cette filière est très sélective car elle exige en fait un bac S avec une mention Bien au moins : notre dernière promotion comporte 78 % de mentions TB ! La Prépa des INP est organisée au sein des INP, ainsi qu’à Saint- Denis de la Réunion, sur un programme propédeutique voisin de celui des classes prépas, mais sans doute plus proche des réalités pratiques. Pour notre part, nous organisons ce cycle préparatoire à Grenoble et à Valence. D’une durée de deux ans, ce cycle préparatoire constitue une alternative aux traditionnelles classes préparatoires : c’est un modèle rassurant et les étudiants qui suivent ce cycle avec assi- duité et persévérance sont en pratique assurés d’intégrer une école, au terme d’une sélection par contrôle continu et non pas par un concours final, toujours plus ou moins aléatoire. Au total la Prépa des INP accueille près de 400 étudiants chaque année, soit in fine plus d’une dizaine dans chacune des écoles constituant les INP. Le cursus comporte sur deux ans 1 680 heures de formation, hors devoirs surveillés (DS), dont le nombre est fixé pour chaque matière. Les résultats des DS et des TP peuvent être modulés par les autres éléments d’appréciation tels que les inter- rogations orales ou les exposés, mais ils constituent la base de la moyenne calculée pour l’admission. Ce type d’organisation préserve largement la seconde année (26 semaines effectives contre 34 en première année) et permet de réserver, avec des semaines raison- nables d’environ 28 h (hors DS), 20 % du temps aux langues et aux ©PhotoPierreJayet. La maison de Grenoble INP : un endroit convivial sur fond de montagne. REE N°2/2015 109 ENSEIGNEMENT & RECHERCHE sciences humaines et sociales ainsi que 10 % à l’approfondissement de thèmes scientifiques. Bien sûr, comme la plupart des écoles, nous avons également des recrutements sur titres (après licence ou maîtrise universitaire) qui représentent environ 20 % des admis. Je mentionne également, parce qu’ils ont une très grande importance, tant symbolique que stratégique, les recrutements internationaux qui sont le plus souvent associés à des conventions entre établissements et qui bénéficient de dispositifs tels qu’Erasmus. Ai-je besoin d’ajouter que symé- triquement nombre de nos étudiants bénéficient aussi de cette ouverture internationale en effectuant des séjours de longue durée et/ou des stages dans des universités partenaires ? C’est ainsi que nous avons des liens très importants avec le Vietnam, avec lequel nous contribuons à maintenir le rayonnement de la francophonie. J’ai déjà mentionné Nanotech, qui est une structure de coopé- ration internationale fort originale, en matière d’enseignement de haut niveau (Master), pour laquelle nous avons choisi de travailler en anglais. REE : Revenons dans la capitale du Dauphiné. C’est une ville réputée pour sa qualité de vie comme pour son engagement sportif : comment les étudiants de Grenoble INP peuvent-ils en bénéficier ? B. P. : Vous avez raison de souligner cet aspect : Grenoble est une ville sportive, qui a d’ailleurs naguère accueilli les JO d’hiver. Elle est aussi riche d’un passé historique important — l’ancienne capi- tale du Dauphiné est, avec Vizille, un peu le berceau de la Révolu- tion — comme de traditions culturelles variées. C’est aussi une ville étudiante : les étudiants représentent plus de 20 % de la popula- tion, ce qui n’est pas très courant en France (on peut citer Toulouse, Poitiers ou Rennes…) et ils manifestent un réel dynamisme dans la cité. Nos étudiants ont une vie associative intense et variée, entre eux ou en bénéficiant des nombreuses possibilités locales. Tout ce qui touche à la montagne trouve à Grenoble un large écho et je suis même certaine que l’attrait du ski entre pour une part non négli- geable dans les motivations des candidats et l’ordre des préférences entre les écoles quand ils sont reçus. Etudiants sportifs ou artistes ET ingénieurs Enfin, il est également très important de souligner que nous avons des cursus adaptés et réservés à ceux qui ont une forte motivation/vacation, d’une part dans le domaine artistique, d’autre part dans le domaine sportif. Nous avons prévu des aménagements d’études variés tels que étalement de cursus, adaptation des ho- raires ou même allégement de programmes pour deux catégories d’étudiants spécialement motivés et performants : les artistes d’une part, les sportifs d’autre part. Je tiens à souligner parce que c’est vrai- ment exceptionnel, que cet accompagnement est possible pendant la Prépa INP et nous sommes fiers de compter cette année 63 étu- diants sportifs de haut niveau, dont 25 en prépa ! La féminisation de ces sportifs de haut niveau doit également être soulignée (plus de 30 % de filles) de même que la variété des 31 disciplines sportives. A l’accompagnement pédagogique indispensable s’ajoute un accompagnement sportif, médical, paramédical et social qui s’ins- crit dans un dispositif commun aux universités de Grenoble. Par exemple nous avons, en partenariat avec la Fédération Française de Ski (FFS), le dispositif Inter’Val qui permet aux spécialistes de concilier études et participation au cycle hivernal des compétitions. Je voudrais souligner la grande richesse humaine que représente l’ensemble de nos étudiants sportifs, toujours très engagés dans la gestion équilibrée des exigences contraignantes de leur double engagement, et dont certains accèdent même aux podiums dans les compétitions nationales, voire internationales. Nous contribuons ainsi à Grenoble INP à forger des champions, dont la carrière ulté- rieure est assurée d’une grande richesse. Mais je tiens à mentionner d’autres initiatives : nous soutenons ©ArchitectureGroupe-6 La maquette du futur bâtiment écoresponsable qui accueillera l’ENSE3 en 2016. 110 REE N°2/2015 ENSEIGNEMENT & RECHERCHE par exemple les « juniors entreprises » qui mettent les étudiants en relation directe avec entreprises, sur des études contractuelles (et rémunérées).Nous contribuons ainsi à Grenoble INP à forger des champions, dont la carrière ultérieure est assurée d’une grande richesse. REE : Mais Grenoble offre aussi un exceptionnel environne- ment scientifique et technique, avec des centres de recherche très importants et des entreprises prestigieuses ; il en résulte des pôles de compétitivité très actifs avec lesquels, j’imagine, les coopérations sont à la fois riches et variées… B. P. : Vous avez raison de souligner au terme de notre entretien cet aspect essentiel : de tout temps et depuis plus d’un siècle, les diverses formations d’ingénieurs grenobloises se sont développées en résonance avec un environnement très actif ; et c’est vrai aussi de l’Esisar, notre école de Valence dont l’implantation a été associée à une importante entreprise, leader national sur son créneau (CROUZET AUTOMATISMES). Un environnement professionnel et industriel exceptionnel La capitale du Dauphiné reste une ville industrielle, même si elle a beaucoup évolué depuis l’époque de la houille blanche, et les deux pôles de compétitivité qu’elle accueille illustrent son his- toire : l’un est centré sur l’électronique, mais c’est évidemment aux niveaux micro et nano atteints désormais par la technologie, l’autre se consacre aux technologies de l’énergie ; dans les deux cas, nous faisons partie des membres fondateurs et des acteurs essentiels, parmi des partenaires très divers, groupes industriels ou PME, uni- versités et centres de R&D, acteurs publics tels que collectivités locales ou chambres de commerce.. Minalogic accueille en matière de micro- et nanotechnologies des établissements tels que le LETI ou STMicroelectronics, ce qui lui confère une vocation mondiale, mais aussi plus de 150 PME, ce qui souligne le dynamisme régional. Les aspects logiciels sont désor- mais inséparables des technologies dans la conception des compo- sants à venir et nos laboratoires, en prise avec des écoles abordant l’ensemble des aspects, trouvent l’occasion de coopérations riches et variées, au niveau régional, national ou européen. Tennerdis de son côté a vocation à développer le bouquet énergétique du futur et développe cinq programmes spécifiques en direction de marchés de masse tels que le bâtiment ou les trans- ports. Il dispose de cinq plateformes de compétences qui sont à disposition des acteurs. Avec des entreprises telles que Schneider Electric, Alstom, Gaz de France ou EDF et un centre tel que le CEAE (dont le second E signifie environnement !), notre région est donc très engagée en matière d’énergies renouvelables. Grenoble INP est un des acteurs essentiels du dynamisme régional à cause de ses compétences humaines en matière de R&D, mais aussi à cause de ses plateformes technologiques ; en retour ce riche environnement lui apporte tout ce que les écoles d’ingénieurs peuvent souhaiter recevoir des acteurs professionnels : présence dans les divers conseils des établissements, vacataires pour les enseignements spécialisés, accueil de stagiaires, thèses en partenariats (bourses « Ciffre ») et actions de recherche concertées dans les programmes français et européens. Pour conclure, je voudrais souligner l’enthousiasme des équipes variées qui concourent à faire de Grenoble INP un établissement dynamique et original, où recherche et enseignement s’articulent au bénéfice de l’économie régionale, avec un rayonnement qui porte loin au-delà de nos frontières. REE : Merci beaucoup d’avoir, pour nos lecteurs, répondu à nos questions et présenté les multiples facettes d’un établissement original, où l’on a vraiment envie d’enseigner ou d’étudier, de travailler ou de chercher. Propos recueillis par B. Ayrault Normalienne, agrégée de mathématiques, Brigitte Plateau est Professeur des Universités. Elle débute sa carrière au CNRS, puis enseigne à l’Université du Maryland et rejoint en 1988 Grenoble INP, où elle créera puis dirigera plusieurs laboratoires, dont à partir de 2006 le Laboratoire d’Informatique de Grenoble (500 personnes). Spécialiste des systèmes répartis et paral- lèles, elle a reçu le grand prix EADS de l’académie des sciences en 2012. Brigitte Plateau participe régulièrement aux instances de grands organismes de recherche (CNRS, ANR, INRIA) et du Ministère. Directrice de l’Ensimag de 2010 à 2012, Brigitte Plateau est ensuite Administratrice générale de Grenoble INP. Elle préside égale- ment le Groupe INP et Allistene, l’Alliance des Sciences et Technologies du Numérique. Brigitte Plateau est chevalier dans l’ordre de la légion d’honneur.