Les réseaux optiques « longue distance » : Historique et perspectives

17/03/2015
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OAI : oai:www.see.asso.fr:1301:2015-1:13012
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Les réseaux optiques « longue distance » : Historique et perspectives

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	    <date dateType="Created">Tue 17 Mar 2015</date>
	    <date dateType="Updated">Tue 17 Apr 2018</date>
            <date dateType="Submitted">Tue 13 Nov 2018</date>
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REE N°1/2015 91 CÂBLES ET INFRASTRUCTURES OPTIQUES DOSSIER 2 Introduction Cet article aborde principalement deux domaines d’utilisation de la fibre optique, domaines qui ont chacun leurs spécificités et leurs contraintes particu- lières : les réseaux sous-marins d’une part et les réseaux « cœur » et « métro- politain » d’autre part. Un autre article de cette revue traite de la problématique du réseau d’accès. Les réseaux de transmission sont en général organisés par plaques, la plupart du temps interconnectées de façon hié- rarchique. On a ainsi des réseaux qui desservent des zones géographiques données, régions, métropoles… et qui sont interconnectés entre eux par un réseau de cœur ou longue distance. Les réseaux de transmission nationaux ainsi constitués sont eux-mêmes intercon- nectés par des moyens de transmission qui constituent le réseau international. Une partie de ceux-ci doivent traverser des mers et font alors appel à des tech- niques particulières dites sous-marines1 . On dénomme l’ensemble des moyens de transmission sous-marins, le réseau sous-marin. Les systèmes de transmission sous-marins Depuis le premier message télégra- phique transatlantique échangé entre la reine Victoria, souveraine du Royaume- 1 Les techniques sous-marines peuvent aussi être utilisées dans des réseaux nationaux pour raccorder des îles au continent. Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande, et le président Américain James Buchanan le 16 août 1858 [1], les besoins en communications ont large- ment évolué : du télégraphe à la voix et de la voix aux échanges de don- nées numériques aujourd’hui. L’évo- lution des technologies de transport des communications entre les conti- nents a radicalement modifié les usages et a offert de nouvelles perspectives pour les échanges internationaux. Le développement des câbles sous-marins occupe ainsi une place importante dans l’histoire humaine, symbolisée par exemple par Neptune déposant un câble sous-marin représenté sur la coupole du Capitole où siège le Congrès américain à Washington. Les réseaux optiques « longue distance » : Historique et perspectives Par Nicolas Brochier Orange Labs-Lannion The use of the optical fiber as transmission media in the late 80s, marks undoubtedly a major evolution in the telecommunication history. Since the late 90s, the capacity transmitted on a single optical fiber has been multi- plied by 100! This paper reviews the main technical evolutions and challenges of the three segments of the optical transport networks: submarine, core and metropolitan. ABSTRACT Figure 1 : Vue synthétique de l’architecture générale des réseaux. 92 REE N°1/2015 CÂBLES ET INFRASTRUCTURES OPTIQUESDOSSIER 2 L’ancienne compétition entre les câbles sous-marins et les satellites a largement tourné à l’avantage des sys- tèmes sous-marins avec l’avènement des technologies de transmission op- tique. En effet, ils bénéficient d’une meilleure fiabilité (les équipements immergés ont une durée de vie garan- tie de 25 ans), de capacités de trans- mission supérieures de plusieurs ordres de grandeur, d’un délai de transit (la latence) plus court et d’un coût de la bande passante plus faible. A ce jour, environ 99 % des échanges numé- riques intercontinentaux transitent par des câbles sous-marins. La figure 2 représente les principaux câbles sous- marins déployés et en cours de déploie- ment dont Orange est copropriétaire. Les différentes évolutions technologiques L’évolution de la capacité de trans- port des câbles sous-marins est mar- quée par des innovations et des paliers technologiques successifs. La figure 3 représente cette évolution au cours du temps depuis l’avènement de l’ère téléphonique. Le premier câble tran- satlantique sous-marin téléphonique, TAT-1, marque la fin de l’ère télégra- phique. Posé en 1956, TAT-1 permet- tait de transporter 36 puis 48 circuits téléphoniques à 3 kHz. Jusqu’à la fin des années 70, la bande passante sur câble coaxial sous-marin s’est amélio- rée de façon continue grâce notam- ment à l’amélioration des composants électroniques. La fibre optique remplace le câble coaxial La première révolution dans le domaine des télécommunications de l’ère moderne apparaît à la fin des années 80 avec l’utilisation de la fibre optique comme média de propaga- tion. TAT-8 est ainsi le premier câble transatlantique déployé utilisant deux paires de fibres avec un débit d’environ 280 Mbit/s. Bien que la propagation se fasse via la fibre, le signal est régénéré et Figure 2 : Principaux câbles sous-marins dont Orange est copropriétaire (Cette carte n’inclut pas les systèmes sur lesquels Orange a loué ou acheté par ailleurs de la capacité à un consortium tiers). Figure 3 : Évolution de la capacité des câbles transatlantiques de l’ère moderne (post télégraphie). REE N°1/2015 93 Les réseaux optiques « longue distance » : Historique et perspectives amplifié électriquement tous les 40 km par un système de conversion optique- électrique-optique (O-E-O). Les caractéristiques des fibres optiques ont beaucoup progressé depuis, pour s’a- dapter aux besoins des équipements de transmission : 2 a dans un premier temps été réduite autour de la gamme de longueur d’onde utilisée (afin de limiter le besoin de compensa- tion – fibre G.653), puis ré-augmentée dans un second temps (pour réduire les effets de propagation non linéaire). La dispersion chromatique accumulée sur la longueur du lien ne pouvant plus être compensée en réception à cause de sa valeur trop importante, des dis- positifs de gestion de cette dispersion en ligne ont été mis en place. Il s’agis- sait alors de régulièrement compenser la dispersion chromatique accumulée par l’insertion d’une fibre ayant une dispersion de signe opposé. Plusieurs générations de fibre ont été normali- sées par l’UIT/T et utilisées au cours du temps : G.655 à dispersion néga- tive (D=~-3ps/(nm.km)) compen- sée régulièrement par une section de fibre G.652 à dispersion positive 2 La dispersion chromatique caractérise la varia- tion du temps de propagation sur une fibre en fonction de la longueur d’onde. On l’exprime en ps/(nm.km). Il en résulte deux effets : une vitesse de propagation différente pour chaque canal WDM et un étalement temporel des impulsions optiques. (D=~17ps/(nm.km)) ; puis vers la fin des années 2000, G.654 large cœur (~20ps/(nm.km)) compensée par une fibre G.655 à dispersion négative (D=~-40ps(nm.km)) dans chaque section entre deux répéteurs dans un rapport de longueur 2/3 – 1/3 envi- ron. Actuellement, les câbles sous- marins de dernière génération n’ont plus besoin de gérer la dispersion chromatique en ligne grâce à des évo- lutions majeures dans le domaine de la modulation que nous détaillerons par la suite. Les fibres utilisées aujourd’hui sont de type G.654 (D=~20ps/ (nm.km)) avec de très faibles pertes et une large surface effective. polarisation3 (PMD) a également été longtemps un enjeu pour les transmis- sions à des débits supérieurs à 10 Gbit/s (notamment pour les réseaux terrestres), même si récemment, l’utilisation de la détection cohérente a pu relâcher les contraintes sur ce critère. restent aujourd’hui les principaux enjeux d’évolution pour les fibres optiques 3 La dispersion modale de polarisation caracté- rise la variation du temps de propagation d’un signal sur une fibre due à sa biréfringence rési- duelle. La polarisation du signal se décompo- sant sur les deux axes propres de polarisation de la fibre, la PMD a donc un effet d’étalement des impulsions optiques. Contrairement à la dispersion chromatique, cet étalement varie aléatoirement au cours du temps, ce qui rend plus difficile sa compensation. sous-marines : une fibre optique G.654 avec une atténuation inférieure à 0,15 dB/km a récemment été présentée [2] (figure 4). Elle permet, à performance équivalente, d’augmenter la portée d’un système d’environ 25 % par rapport à la fibre optique monomode traditionnelle G.652 (SMF : Single Mode Fiber). L’amplificateur à fibre dopée La seconde révolution est le dévelop- pement de l’amplificateur à fibre dopée à l’erbium (EDFA – Erbium Doped Fiber Amplifier). L’amplification du signal est ainsi réalisée par un transfert d’éner- gie entre un laser, la pompe, et le signal lui-même, via un processus d’émission stimulée [3]. Comme tout processus d’amplification, chaque EDFA génère du bruit qui s’ajoute au signal, mais le signal reste en optique tout au long de la trans- mission sans nécessiter de conversion optique-électrique. Cette technologie d’amplification a été introduite pour la première fois en 1996 sur le câble tran- satlantique TAT-12/13. Elle est toujours utilisée et installée de nos jours sur l’en- semble des systèmes de transmission optique terrestres et sous-marins. L’am- plification optique a l’immense avan- tage d’être « large bande » et donc de pouvoir amplifier plusieurs canaux de transmission (ou longueurs d’onde) en même temps. Initialement déployé avec un canal optique à 5 Gbit/s, TAT-12/13 a été amélioré à plusieurs reprises pour permettre de transmettre jusqu’à une dizaine de canaux à 10 Gbit/s, avant d’être retiré du service en 2008. Figure 4 : Evolution de l’atténuation des fibres PSCF (Pure Silica Core Fiber) d’après [2]. Figure 5 : Exemple de pose d’un répéteur sous-marin. 94 REE N°1/2015 CÂBLES ET INFRASTRUCTURES OPTIQUESDOSSIER 2 Le multiplexage en longueur d’onde L’amplificateur optique à fibre dopée possède une large bande d’amplification. De quelques nanomètres au moment de ses premiers déploiements, cette bande atteint plus de 40 nm aujourd’hui. L’am- plificateur optique peut ainsi amplifier simultanément plusieurs canaux de lon- gueurs d’onde différentes à l’intérieur de cette bande. Cet avantage a largement été exploité grâce à la troisième révolu- tion : les techniques de multiplexage en longueur d’onde (WDM – Wavelength Division Multiplexing). Ainsi plusieurs canaux optiques peuvent être regrou- pés dans une même fibre et peuvent se propager ensemble tout au long de la ligne de transmission en partageant les mêmes amplificateurs. Aujourd’hui, grâce au WDM, on peut transporter jusqu’à une centaine de canaux par fibre optique, multipliant d’autant la capacité transportée, et ceci sans multiplier les systèmes d’amplification. Les codes correcteurs d’erreurs La mise en œuvre de codes correc- teurs d’erreurs (FEC – Forward Error Correction) peut sans conteste être considérée comme une révolution des télécommunications optiques même si elle concerne d’abord la partie élec- trique de ces communications. Le FEC permet, par un système d’encodage des données binaires à l’émission et de décodage à la réception, de corriger un certain nombre d’erreurs survenant au cours de la transmission. Le traite- ment numérique de codage génère une redondance transmise avec le signal qui dépend des caractéristiques du code utilisé. L’utilisation de ces codes a per- mis d’augmenter considérablement les performances des systèmes. Ainsi, le code RS (255,239) déployé pour la pre- mière fois sur TAT12/13 constitue un standard encore utilisé dans certains équipements de transmission optique4 : ce code permet de corriger toutes les erreurs dès lors que le taux d’erreur en réception (avant décodage) ne dépasse pas 8.10-3. Les nouvelles générations de FEC basées sur des décisions douces (SD – Soft Decision) permettent aujourd’hui de corriger des taux d’erreur jusqu’à 2.10-2 [4]. Ces techniques permettent de relâcher les contraintes sur la ligne de transmission et d’augmenter le débit de modulation par canal WDM. Ainsi depuis le début des années 2000, les systèmes sous-marins sont déployés avec une technologie de modulation à 10 Gbit/s par canal WDM. En 2002, le dernier en date de la série des câbles transatlantiques, Apollo, a été conçu avec quatre paires de fibre supportant 4 UIT-T recommandation G.975. chacune 80 canaux WDM modulés à 10 Gbit/s chacun. Les techniques de modulation Les premières liaisons optiques sous- marines ont été déployées avec une modulation d’intensité et une modu- lation par tout ou rien (OOK - On Off Keying). Il s’agissait de transmettre l’in- formation binaire par l’observation de la présence ou de l’absence de lumière. La réception du signal était réalisée par la combinaison d’une photodiode, d’un filtre électrique et d’une bascule de décision. Plusieurs évolutions de cette modulation ont ensuite été dévelop- pées en utilisant les technologies les plus avancées du moment, ceci afin d’améliorer les performances tant en termes de débit et de portée que de résistance aux effets non linéaires de propagation. La redécouverte de la détection cohérente à la fin des années 2000 a projeté la transmission optique dans une nouvelle ère. Elle a longtemps été impraticable pour les transmissions optiques à cause de la difficulté tech- nologique de réalisation d’une boucle à verrouillage de phase. Des évolutions majeures en termes de bande pas- sante et de vitesse d’échantillonnage des convertisseurs électriques analo- gique/numérique (ADC) ont permis de réaliser la fonction nécessaire dans le Figure 6 : Structure type d’un récepteur cohérent incluant les différentes briques de traitement du signal et le décodage FEC. Pol : polarisation ; ADC : Analogue to Digital Converter ; PBS : polarization Beam Splitter ; LO : local Oscillator. REE N°1/2015 95 Les réseaux optiques « longue distance » : Historique et perspectives domaine numérique, relâchant ainsi les contraintes posées sur les composants optiques. Associés à une modulation à quatre états de phase (QPSK – Quaternary Phase Shift Keying) ou à deux états (BPSK – Binary Phase Shift Keying), les débits de 40 Gbit/s et maintenant 100 Gbit/s se sont généralisés sur l’en- semble des systèmes optiques. Enfin, des fonctions avancées de traitement du signal embarquées dans les équipe- ments permettent de compenser une partie des effets linéaires pénalisant la propagation (dispersion chromatique, PMD). La figure 6 décrit les principaux éléments composant un récepteur cohérent. Defait,enutilisantlesdernièresgénéra- tions de fibres optiques, les équipements de transmission peuvent aujourd’hui transporter une centaine de canaux WDM modulés chacun à 100 Gbit/s, soit une capacité de 10 Tbit/s par fibre ! Les systèmes de transmission optique pour réseaux « cœur » et réseaux « métropolitains » La fibre optique a été progressive- ment généralisée dans les réseaux « cœur » et « métropolitains », notam- ment grâce à l’arrivée de la fibre mono- mode qui a rapidement supplanté les fibres multimodes qui étaient très limi- tées en atténuation et en portée de transmission. En 1993, le réseau ter- restre d’Orange cumulait environ 170 000 km de fibres monomodes, lesquelles sont pour la plupart encore utilisées aujourd’hui. Les réseaux « cœur » et « métropolitains » s’appuient aujourd’hui en très grande partie, sur une infrastructure composée de fibres optiques fournissant des liens de trans- mission entre les différents réseaux d’accès qu’ils interconnectent en s’ap- puyant sur des protocoles de transport standardisés. La généralisation de la fibre pour le transport terrestre Au milieu des années 80, la capacité du premier système de transmission sur fibre optique était du même ordre de grandeur que celle des systèmes coaxiaux (140 Mbit/s). Cependant ses faibles pertes permettaient de fran- chir des bonds de plusieurs dizaines de kilomètres sans régénération, contrai- rement aux systèmes coaxiaux dont le signal devait être régénéré quasiment tous les 2 km [6]. Au début des années 90, les com- munications par fibre optique se déve- loppent en transport, avec le protocole de transport standardisé SONET/SDH5 (Synchronous Optical NETworks/Syn- chronous Digital Hierarchy), lequel suc- cède aux solutions non synchrones dites “PDH” (Plesiochronous Digital Hierar- chy). L’évolution vers une infrastructure optique de transport terrestre, au débit de 2,5 Gbit/s, s’est déroulée durant toute la première moitié des années 90 avec des pas de régénération d’environ 80 à 100 km. Contrairement aux réseaux sous- marins, où de nouvelles fibres de der- nière génération sont déployées à chaque nouveau déploiement de sys- tème, les nouveaux systèmes de trans- mission terrestre utilisent des fibres dans des câbles6 qui ont été déployés dans le réseau plusieurs années auparavant. De ce fait, le choix du type de fibre au moment du déploiement du câble est structurant pour un opérateur puisqu’il 5 Les fonctions de supervision et de gestion pré- vues dans le standard SDH ont été un élément moteur important qui favorisa sa généralisa- tion ainsi que les facilités d’insertion extraction qui n’étaient pas faisables dans la hiérarchie PDH sans un démultiplexage remultiplexage complet. 6 Les câbles optiques terrestres peuvent être composés de plusieurs dizaines voire plu- sieurs centaines de fibres, alors que les câbles sous-marins ne sont équipés que de quelques unités. va conditionner l’évolution de la capa- cité transportable pour des années. Les réseaux d’Orange sont principalement composés de fibres G.652 très bien adaptées pour les futures générations de transpondeurs à très haut débit. L’augmentation de la capacité des liens Les premiers systèmes terrestres WDM amplifiés ont été installés en France autour de 1995 avec une capa- cité de 10 Gbit/s par fibre (quatre canaux WDM de 2,5 Gbit/s chacun) sur plusieurs centaines de kilomètres. Les évolutions de débit et de portée rendues possibles par les progrès technologiques que nous avons décrits plus haut, se sont faites en tenant compte des contraintes expri- mées par les opérateurs, notamment celles de pouvoir réutiliser les infras- tructures fibres et les sites d’amplifica- tion existants. A la fin des années 2000, les systèmes terrestres pouvaient trans- mettre environ 800 Gbit/s par fibre (80 canaux WDM à 10 Gbit/s). Très récemment, comme pour les réseaux sous-marins, la généralisation de la détection cohérente associée à une modulation de phase à quatre états (QPSK) a également permis de multiplier d’un facteur 10 la capacité des systèmes terrestres tout en s’appuyant sur les infrastructures fibre existantes. La PMD qui était un facteur limitant par le passé est désormais compensée de façon électronique par des fonctions de traitement du signal associée à la détec- tion cohérente que l’on peut voir sur la figure 6. Aujourd’hui, les systèmes en cours de déploiement dans les réseaux « cœur » d’Orange sont construits pour une capacité pouvant atteindre 8 Tbit/s (80 canaux WDM à 100 Gbit/s). Les réseaux de transport Contrairement aux réseaux sous- marins, qui sont principalement compo- sés de liaisons point à point, les réseaux 96 REE N°1/2015 CÂBLES ET INFRASTRUCTURES OPTIQUESDOSSIER 2 cœur terrestres sont maillés afin d’as- surer notamment une résilience en cas de coupure de lien, le trafic étant alors routé sur un autre chemin du réseau. Les sources et destinations des flux de trafic ne correspondant pas aux extrémi- tés d’un unique segment de fibre, ces flux doivent être transférés à chaque nœud du réseau d’un segment de fibre à un autre pour finalement atteindre leurs destinations. Pour assurer le transfert en limitant le nombre de conversions O-E-O coûteuses à chaque nœud du réseau, des fonctions optiques de « routage » transparent ont été développées. Il s’agit d’équipements de brassage « tout optique » permettant l’insertion et l’extraction de façon trans- parente de canaux WDM. Ainsi, un canal WDM en transit dans un nœud (avec un trafic qui n’a pas atteint son nœud de destination) est aiguillé par un équipe- ment de brassage optique OADM (Opti- cal Add and Drop Multiplexer) vers la fibre de sortie correspondant à la direc- tion du prochain nœud de son chemin, sans conversion électrique. La figure 7 donne un exemple d’un réseau à quatre nœuds, incluant un OADM permet- tant d’interconnecter trois directions dif- férentes de façon transparente, chaque canal WDM pouvant être envoyé sur une direction différente. L’optique s’est éga- lement généralisée au niveau des inter- faces des équipements assurant des fonctions des couches supérieures. Les routeurs de la couche IP, par exemple, sont dotés d’interfaces optiques alors même que leurs fonctions sont assu- rées de façon électrique. C’est le cas également des DSLAM7 . En plus de l’augmentation de la capa- cité transportée par les fibres optiques, la transparence est devenue un enjeu fort car elle permet de réduire considé- rablement les coûts associés à chaque nœud du réseau. Dans un contexte de trafic de plus en plus fluctuant (poussé 7 DSLAM : Digital Subscriber Loop Multiplexer. C’est le multiplexeur qui concentre les flux de données transportés sur les lignes xDSL d’une zone donnée. par les nouveaux usages comme le télé- chargement ou la consultation de vidéo en ligne) des multiplexeurs reconfi- gurables (ROADM) ont été introduits pour permettre la modification du rou- tage des canaux WDM en fonction des besoins de trafic ou des besoins de reconfiguration de ce trafic. Les enjeux pour les réseaux de demain A partir de la fin des années 90, les évolutions technologiques se sont suc- cédé de façon continue. Comme on l’a vu sur la figure 3, ceci a permis de mul- tiplier les capacités transmises d’un facteur 100 en 10 ans. Cette évolu- tion est tout à fait similaire pour les réseaux terrestres. Même si l’industrie Figure 7 : Réseau optique comportant un nœud Optical Add and Drop Multiplexer (OADM). Figure 8 : Evolution du trafic dans le réseau de cœur IP d’Orange . REE N°1/2015 97 Les réseaux optiques « longue distance » : Historique et perspectives des réseaux sous-marins a longtemps conduit l’évolution des nouvelles tech- nologies de transmission optique, le besoin de plus de flexibilité dans la ges- tion du réseau optique pour optimiser les investissements et la reconfigura- tion du trafic, différentie profondément les réseaux sous-marins, généralement point à point, des réseaux terrestres, maillés et flexibles. Les différents acteurs du domaine s’accordent à considérer que la crois- sance du trafic observée actuellement va se poursuivre à un rythme de l’ordre de 30 à 40 % par an, au moins dans les prochaines années [5]. La figure 8 illustre la croissance du trafic dans le réseau cœur IP d’Orange. Pour satisfaire la demande de trafic en constante augmentation, il a fallu consi- dérablement augmenter la capacité des réseaux « cœur », « métropolitains » et « sous-marins », tout en maîtrisant leur coût grâce à la transparence optique et la réutilisation des infrastructures exis- tantes. Cependant, à l’avenir, ce double objectif paraît de plus en plus difficile à remplir indéfiniment. En effet, les pro- chaines générations de systèmes de transmission, encore au stade du déve- loppement, auront des portées plus faibles que celles qui sont offertes aujourd’hui : par rapport aux systèmes existants à 100 Gbit/s, la portée de systèmes à canaux à 200 Gbit/s [7] serait environ cinq fois plus faible. De plus, la consommation énergétique est aujourd’hui devenue un facteur-clé : les évolutions technologiques doivent consi- dérer ce facteur comme une priorité pour les prochaines générations d’équi- pement. C’est assurément un challenge que devra relever l’industrie dans les pro- chaines années… Conclusion Depuis l’introduction des technolo- gies de transmission optique, de nom- breuses évolutions, à la fois en matière de fibre optique, de système de trans- mission et d’architecture de réseau se sont succédées de façon continue. Les capacités sur les réseaux de transport optique terrestre et sous-marin ont été multipliées par un facteur 100 en 10 ans environ. La transmission à 100 Gbit/s par canal WDM est désormais deve- nue un standard pour ces réseaux, mais pour faire face à l’augmentation conti- nue de la demande de trafic, de nou- velles évolutions sont nécessaires dans les années à venir. En particulier une meilleure utilisation de la bande pas- sante disponible, en introduisant plus de flexibilité dans la gestion du débit par canal WDM associée à une optimisation conjointe de la couche optique (WDM) et des couches d’agrégation électrique (OTN, IP…), pourrait constituer la base d‘évolutions majeures à court et moyen terme [9] [10]. Au-delà, de nouvelles technologies de transmission optique (modulation codée [8], OFDM [9]…) et d’amplifi- cation à plus large bande sont actuel- lement à l’étude. Cependant, ces technologies ne semblent pas suffi- santes pour garantir une évolution de la capacité comparable avec le rythme de progression que nous avons observé ces dix dernières années. De nouveaux scénarios réseaux en rupture comme la commutation de rafales optiques (Optical Burst Switching [11]…) sont également étudiés. A plus long terme, le déploiement de nouvelles infras- tructures composées de fibres à plu- sieurs cœurs (fibres multi-cœurs) ou à plusieurs modes (fibres multimodes), permettant de transporter jusqu’à 20 fois plus de capacité, pourrait s’avérer nécessaire. La recherche de nouvelles solutions technologiques de transmis- sion optique pour les réseaux « cœur » et « sous-marins » est encore très large- ment ouverte et gageons que de nou- velles alternatives seront proposées dans les années à venir. L'AUTEUR Nicolas Brochier est diplômé de l’Institut d’optique Graduate School et de l’Université de Paris-Sud (1998). Il rejoint alors Alcatel Sub- marine Networks, puis France Tele- com R&D (devenu Orange Labs) en 2000 où il prend en charge les activités de recherche et d’expertise en technologie de transmission op- tique pour les réseaux sous-marins. Il contribue à de nombreux projets de déploiement et d’upgrade de câbles sous-marins pour Orange et s’implique dans les instances de normalisations de l’ITU-T SG15 où il participe à l’édition de plusieurs recommandations sur les systèmes de transmission sous-marins. Ses activités de recherche incluent l’évolution des technologies de transmission vers les très hauts dé- bits ainsi que l’évolution des archi- tectures de réseaux optiques vers plus de flexibilité. Il est auteur ou co-auteur de plus d’une trentaine d’articles et brevets dans le do- maine de la transmission optique. 98 REE N°1/2015 CÂBLES ET INFRASTRUCTURES OPTIQUESDOSSIER 2 Références [1] “History of the Atlantic Cable & Undersea Communications”, [En ligne]. Available: http://atlantic-cable.com/. [2] M. Hirano, “Ultralow loss fiber ad- vances”, chez Optical Fiber Conference, 2014. [3] E. Desurvire, Erbium-Doped Fiber Amplifiers: Principles and Applications, Wiley-Blackwell, 2002. [4] T. Mizuochi, K. Miyata, K. Kubo, T. 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