Régalez-vous, c’est autant que les Prussiens n’auront pas...

17/03/2015
Publication REE REE 2015-1
OAI : oai:www.see.asso.fr:1301:2015-1:12979

Résumé

Régalez-vous, c’est autant que les Prussiens n’auront pas...

Auteurs

Transition énergétique : il est temps de redonner la priorité à l’électricité
Comment décarboner les transports lourds de marchandises ?
La RATP se met au vert
Autoconsommation : le débat ne fait que commencer
Un mix gazier 100 % renouvelable en 2050 : peut-on y croire ?
La fiscalité du carbone se renforce
Stratégie nationale bas carbone : les premiers indicateurs de résultats interpellent
Eoliennes flottantes : deux inaugurations importantes mais beaucoup d’incertitudes demeurent
Vers un cluster de l’hydrogène dans la région de Liverpool-Manchester
Les batteries Li-ion pour l’automobile : un marché en pleine évolution
Mobileye et le Road Experience Management (REMTM)
La cyber-sécurité dans les systèmes d'automatisme et de contrôle de procédé
Les applications industrielles et scientifiques des logiciels libres : aperçu général
Les applications industrielles des logiciels. libres
Les applications industrielles des logiciels libres (2ème partie)
L'identification par radiofréquence (RFID) Techniques et perspectives
La cyber-sécurité des automatismes et des systèmes de contrôle de procédé. Le standard ISA-99
Êtes-vous un « maker » ?
Entretien avec Bernard Salha
- TensorFlow, un simple outil de plus ou une révolution pour l’intelligence artificielle ?
Donald Trump annonce que les Etats-Unis se retirent de le l’accord de Paris
L’énergie et les données
Consommer de l’électricité serait-il devenu un péché ?
Un nouveau regard sur la conjecture de Riemann – Philippe Riot, Alain Le Méhauté
Faut-il donner aux autorités chargées du respect de la loi l’accès aux données chiffrées ?
Cybersécurité de l’Internet des objets : même les ampoules connectées pourraient être attaquées
L’Internet des objets - Deux technologies clés : les réseaux de communication et les protocoles (Partie 2)
ISA L’évolution des normes et des modèles
FIEEC - SEE - Présentation SEE et REE - mars 2014
Les radiocommunications à ondes millimétriques arrivent à maturité
L’Internet des objets - Deux technologies clés : les réseaux de communication et les protocoles (Partie 1)
Internet des objets : l’ARCEP et l’ANFR mettent à la consultation l’utilisation de nouvelles bandes de fréquence autour de 900 MHz
L’énergie positive
Controverses sur le chiffrement : Shannon aurait eu son mot à dire
La cyberattaque contre les réseaux électriques ukrainiens du 23 décembre 2015
Le démantèlement des installations nucléaires
L’Accord de Paris
Les data centers
L’hydrogène
Le piégeage et la récolte de l’énergie. L’energy harvesting
Régalez-vous, c’est autant que les Prussiens n’auront pas...
Le kWh mal traité Deuxième partie : le contenu en CO2 du kWh
Le kWh mal traité
Enova2014 - Le technorama de la REE
Les grands projets solaires du pourtour méditerranéen
Après Fukushima, le nucléaire en question ?
On sait désormais stocker les photons pendant une minute
Identification d’objet par imagerie fantôme utilisant le moment orbital angulaire
La découverte du boson de Higgs, si elle est avérée, confirmera le modèle standard
Multiplexage par moment angulaire orbital : mythe ou réalité ?
Supercalculateur quantique: le choix de la supraconductivité
Photovoltaïque : la course au rendement se poursuit
Production d’hydrogène par photolyse de l’eau assistée par résonance plasmon
Vers une meilleure compréhension du bruit de scintillation
Les nombres premiers en première ligne
La nouvelle révolution des moteurs électriques
Les cyber-attaques, un risque pour nos grandes infrastructures ?
Le stockage de l’électricité
Le véhicule électrique (2) : comment donner corps à la transition énergétique ?
L'automatisation des transports publics
Les technologies nouvelles de l’éclairage : leur impact sur l'environnement et la santé
Les énergies marines renouvelables
Le véhicule électrique : une grande cause nationale
Médaille Ampère 2012
Berges2009_Hauet.pdf
Prix Bergès 2009

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REE N°1/2015 1 L ’année 2015 démarre pour l’écono- mie française sous des auspices inat- tendus. La baisse des prix du pétrole, que beaucoup pensaient possible mais qu’aucun n’avait prévu, a ramené en cinq mois, d’août 2014 à janvier 2015, le prix du baril de 105 à 50 USD. Une telle baisse, jamais vue depuis 1986, vient alléger la facture énergétique de la France d’un montant inespéré : 11 Mrd EUR en 2014 et sans doute plus de 15 Mrd en 2015. Une somme considérable représentant à elle seule une injection dans l’économie française qu’aucun plan de relance n’aurait imaginé pos- sible, surtout dans la période de disette budgé- taire que nous connaissons. Au niveau européen, ce sont plus de 500 Mrd EUR qui pourraient être ristournés à l’économie euro- péenne sur trois ans renvoyant au second plan les 315 Mrd EUR du plan Juncker de relance des investissements. Au niveau des pays en voie de développement, les sommes rétrocédées vers les pays consommateurs éclipsent très lar- gement le financement de 100 Mrd USD que les pays riches se sont engagés à Copenhague à apporter d’ici 2020 aux pays en développe- ment pour les aider à réduire leurs émissions et à s’adapter aux dérèglements climatiques. Pourtant peu de responsables politiques s’inter- rogent sur l’utilisation qu’il conviendrait de faire de cette manne. On disserte sur l’impact straté- gique que peut avoir la baisse des prix du pétrole sur les relations avec la Russie et avec l’Iran, et sur la rentabilité des sociétés pétrolières, notam- ment celles engagées dans la mise en valeur des ressources en eau profonde ou des hydro- carbures non conventionnels. On s’interroge sur les conséquences néfastes qu’aura la baisse sur les économies des pays producteurs les plus dé- pensiers et dépourvus de réserves financières, Venezuela, Nigéria, Algérie, Equateur… mais aussi sur les effets bénéfiques qu’elle pourrait avoir sur le financement du terrorisme interna- tional. Pour le reste, les pays consommateurs se contentent d’avaler la bouffée d’oxygène qu’on leur tend : « Régalez-vous, c’est autant que les Prussiens n’auront pas » aurait dit ma grand- mère. Beaucoup de responsables se donnent bonne conscience en conjecturant : « Ça ne va pas durer » et c’est vrai ! La remontée du prix des hydrocarbures est inévitable et il y aura une quatrième crise de l’énergie avec à nouveau une hausse des prix du pétrole que l’on ne saura pas davantage maîtriser que les précédentes et qui à nouveau sera dommageable à nos économies. Le problème est que l’on ne sait pas quand cette nouvelle crise surviendra. En 1986 aussi, les te- nants du « ça ne va pas durer » donnaient de la voix mais la pause a duré plus de 15 ans ! Dans notre livre « Comprendre l’énergie », paru en avril 2014, nous avancions que « le monde pourrait continuer à progresser tant bien que mal par une succession de stop and go géné- rant à chaque étape des kyrielles de laissés pour compte ». Si nous ne réfrénons pas nos appétits gloutons, si nous ne nous préparons pas à faire face à la prochaine hausse du pétrole, nous fe- rons un jour définitivement partie de ces laissés pour compte. Ce devrait être un impératif majeur que de profiter des périodes d’accalmie pour se préparer à faire face aux prochaines bourrasques. Aujourd’hui, notre économie est si déprimée et l’opinion si remontée contre tout ce qui peut ressembler à une taxe, que nos politiques ont raison de laisser le citoyen souffler un peu et profiter d’une douceur qu’il n’espérait plus. Mais cela va à contrecourant des politiques de pro- motion de l’efficacité énergétique et des éner- gies alternatives que le gouvernement entend promouvoir. Certes, il récupère par litre de car- burant et de gas-oil, depuis le 1er janvier 2015, 2,1 à 4,8 centimes supplémentaires de taxes intérieures, mais une telle hausse ne représente en année pleine que 1,1 Mrd EUR de recettes supplémentaires qui étaient déjà budgétées avant la baisse des prix du pétrole, notamment Régalez-vous, c’est autant que les Prussiens n’auront pas… EDITORIAL JEAN-PIERRE HAUET 2 REE N°1/2015 par le canal de l’écotaxe à laquelle la hausse de 2 centimes supplémentaires sur le gas-oil se substitue partiellement. Le gouvernement fait donc le pari d’une relance keynésienne en lais- sant le consommateur libre de dépenser l’essen- tiel du surplus dégagé. Fort bien ! Mais pendant ce temps la rentabi- lité de l’efficacité énergétique et des solutions alternatives aux hydrocarbures commence à se dégrader. Le premier indice est le recul des investissements des sociétés pétrolières vers les ressources les plus incertaines. Les écologistes s’en réjouiront au nom du principe selon lequel il est impératif à présent de laisser en terre les ressources fossiles. Mais c’est aussi la meilleure façon de préparer la future hausse des prix, en redonnant notamment aux pays du Moyen- Orient la primauté qu’ils étaient en passe de perdre. Le véhicule électrique va voir son émergence rendue encore plus difficile et l’action de la so- ciété Tesla aux Etats-Unis a déjà perdu 25 % de sa valeur depuis septembre dernier. Le gaz, qui a conquis, grâce à la RT 2012, 75 % du marché des logements neufs, va voir son hégémonie renfor- cée et ce pour 100 ans, durée de vie moyenne des logements en France. Et ne parlons pas des énergies solaires ou éoliennes dont la rentabilité vacillante ne va pas se trouver renforcée. Dans le même temps, le financement des grandes actions de R&D sont à la peine et le financement du réacteur Astrid de 4e génération n’est pas ac- quis au-delà du stade de l’avant-projet. Curieusement la loi de transition énergétique, qui n’est pas avare sur les sujets traités, allant des centrales nucléaires aux couverts en plas- tique, ne parle pas des problèmes de finan- cement. Là est pourtant l’enjeu essentiel. La sagesse vient peut-être d’outre-Manche où nos amis anglais ont décidé depuis le 1er avril 2013 un “carbon price floor” permettant d’atteindre progressivement la valeur cible du prix du CO2 de 30 £/t en 2020, quelle que soit la valeur du prix du carbone sur les marchés européens. A partir de 2015, le “carbon price support” ainsi levé atteindra 18,08 £/t et permettra de financer de nombreuses actions de développement de technologies bas-carbone. Pourquoi ne pas aller dans ce sens dans toute l’Europe et en France en particulier, en profitant des heures propices et en accompagnant une telle évolution d’une refonte de la contribution au service public de l’électricité (CSPE) qui pèse de plus en plus lourdement sur les consomma- teurs d’électricité et finance aujourd’hui, au-delà du raisonnable, des énergies alternatives qu’il est temps de remettre dans le circuit du marché. Jean-Pierre Hauet Rédacteur en chef de la REE