Régalez-vous, c’est autant que les Prussiens n’auront pas...

17/03/2015
Publication REE REE 2015-1
OAI : oai:www.see.asso.fr:1301:2015-1:12979
DOI : http://dx.doi.org/10.23723/1301:2015-1/12979You do not have permission to access embedded form.

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Régalez-vous, c’est autant que les Prussiens n’auront pas...

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REE N°1/2015 1 L ’année 2015 démarre pour l’écono- mie française sous des auspices inat- tendus. La baisse des prix du pétrole, que beaucoup pensaient possible mais qu’aucun n’avait prévu, a ramené en cinq mois, d’août 2014 à janvier 2015, le prix du baril de 105 à 50 USD. Une telle baisse, jamais vue depuis 1986, vient alléger la facture énergétique de la France d’un montant inespéré : 11 Mrd EUR en 2014 et sans doute plus de 15 Mrd en 2015. Une somme considérable représentant à elle seule une injection dans l’économie française qu’aucun plan de relance n’aurait imaginé pos- sible, surtout dans la période de disette budgé- taire que nous connaissons. Au niveau européen, ce sont plus de 500 Mrd EUR qui pourraient être ristournés à l’économie euro- péenne sur trois ans renvoyant au second plan les 315 Mrd EUR du plan Juncker de relance des investissements. Au niveau des pays en voie de développement, les sommes rétrocédées vers les pays consommateurs éclipsent très lar- gement le financement de 100 Mrd USD que les pays riches se sont engagés à Copenhague à apporter d’ici 2020 aux pays en développe- ment pour les aider à réduire leurs émissions et à s’adapter aux dérèglements climatiques. Pourtant peu de responsables politiques s’inter- rogent sur l’utilisation qu’il conviendrait de faire de cette manne. On disserte sur l’impact straté- gique que peut avoir la baisse des prix du pétrole sur les relations avec la Russie et avec l’Iran, et sur la rentabilité des sociétés pétrolières, notam- ment celles engagées dans la mise en valeur des ressources en eau profonde ou des hydro- carbures non conventionnels. On s’interroge sur les conséquences néfastes qu’aura la baisse sur les économies des pays producteurs les plus dé- pensiers et dépourvus de réserves financières, Venezuela, Nigéria, Algérie, Equateur… mais aussi sur les effets bénéfiques qu’elle pourrait avoir sur le financement du terrorisme interna- tional. Pour le reste, les pays consommateurs se contentent d’avaler la bouffée d’oxygène qu’on leur tend : « Régalez-vous, c’est autant que les Prussiens n’auront pas » aurait dit ma grand- mère. Beaucoup de responsables se donnent bonne conscience en conjecturant : « Ça ne va pas durer » et c’est vrai ! La remontée du prix des hydrocarbures est inévitable et il y aura une quatrième crise de l’énergie avec à nouveau une hausse des prix du pétrole que l’on ne saura pas davantage maîtriser que les précédentes et qui à nouveau sera dommageable à nos économies. Le problème est que l’on ne sait pas quand cette nouvelle crise surviendra. En 1986 aussi, les te- nants du « ça ne va pas durer » donnaient de la voix mais la pause a duré plus de 15 ans ! Dans notre livre « Comprendre l’énergie », paru en avril 2014, nous avancions que « le monde pourrait continuer à progresser tant bien que mal par une succession de stop and go géné- rant à chaque étape des kyrielles de laissés pour compte ». Si nous ne réfrénons pas nos appétits gloutons, si nous ne nous préparons pas à faire face à la prochaine hausse du pétrole, nous fe- rons un jour définitivement partie de ces laissés pour compte. Ce devrait être un impératif majeur que de profiter des périodes d’accalmie pour se préparer à faire face aux prochaines bourrasques. Aujourd’hui, notre économie est si déprimée et l’opinion si remontée contre tout ce qui peut ressembler à une taxe, que nos politiques ont raison de laisser le citoyen souffler un peu et profiter d’une douceur qu’il n’espérait plus. Mais cela va à contrecourant des politiques de pro- motion de l’efficacité énergétique et des éner- gies alternatives que le gouvernement entend promouvoir. Certes, il récupère par litre de car- burant et de gas-oil, depuis le 1er janvier 2015, 2,1 à 4,8 centimes supplémentaires de taxes intérieures, mais une telle hausse ne représente en année pleine que 1,1 Mrd EUR de recettes supplémentaires qui étaient déjà budgétées avant la baisse des prix du pétrole, notamment Régalez-vous, c’est autant que les Prussiens n’auront pas… EDITORIAL JEAN-PIERRE HAUET 2 REE N°1/2015 par le canal de l’écotaxe à laquelle la hausse de 2 centimes supplémentaires sur le gas-oil se substitue partiellement. Le gouvernement fait donc le pari d’une relance keynésienne en lais- sant le consommateur libre de dépenser l’essen- tiel du surplus dégagé. Fort bien ! Mais pendant ce temps la rentabi- lité de l’efficacité énergétique et des solutions alternatives aux hydrocarbures commence à se dégrader. Le premier indice est le recul des investissements des sociétés pétrolières vers les ressources les plus incertaines. Les écologistes s’en réjouiront au nom du principe selon lequel il est impératif à présent de laisser en terre les ressources fossiles. Mais c’est aussi la meilleure façon de préparer la future hausse des prix, en redonnant notamment aux pays du Moyen- Orient la primauté qu’ils étaient en passe de perdre. Le véhicule électrique va voir son émergence rendue encore plus difficile et l’action de la so- ciété Tesla aux Etats-Unis a déjà perdu 25 % de sa valeur depuis septembre dernier. Le gaz, qui a conquis, grâce à la RT 2012, 75 % du marché des logements neufs, va voir son hégémonie renfor- cée et ce pour 100 ans, durée de vie moyenne des logements en France. Et ne parlons pas des énergies solaires ou éoliennes dont la rentabilité vacillante ne va pas se trouver renforcée. Dans le même temps, le financement des grandes actions de R&D sont à la peine et le financement du réacteur Astrid de 4e génération n’est pas ac- quis au-delà du stade de l’avant-projet. Curieusement la loi de transition énergétique, qui n’est pas avare sur les sujets traités, allant des centrales nucléaires aux couverts en plas- tique, ne parle pas des problèmes de finan- cement. Là est pourtant l’enjeu essentiel. La sagesse vient peut-être d’outre-Manche où nos amis anglais ont décidé depuis le 1er avril 2013 un “carbon price floor” permettant d’atteindre progressivement la valeur cible du prix du CO2 de 30 £/t en 2020, quelle que soit la valeur du prix du carbone sur les marchés européens. A partir de 2015, le “carbon price support” ainsi levé atteindra 18,08 £/t et permettra de financer de nombreuses actions de développement de technologies bas-carbone. Pourquoi ne pas aller dans ce sens dans toute l’Europe et en France en particulier, en profitant des heures propices et en accompagnant une telle évolution d’une refonte de la contribution au service public de l’électricité (CSPE) qui pèse de plus en plus lourdement sur les consomma- teurs d’électricité et finance aujourd’hui, au-delà du raisonnable, des énergies alternatives qu’il est temps de remettre dans le circuit du marché. Jean-Pierre Hauet Rédacteur en chef de la REE