Le Comité pour les métaux stratégiques (COMES), élément de politique industrielle

27/12/2014
Auteurs : Alain Liger
OAI : oai:www.see.asso.fr:1301:2014-5:12001
DOI : http://dx.doi.org/10.23723/1301:2014-5/12001You do not have permission to access embedded form.
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Le Comité pour les métaux stratégiques (COMES), élément de politique industrielle

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30 REE N°5/2014 LES MATÉRIAUX STRATÉGIQUESDOSSIER 1 Introduction Les années 2000 ont vu, au moins en Europe, une prise de conscience de la fragilité de l’économie induite par la très grande dépendance des industries manufacturières à des sources d’approvi- sionnement étrangères. La concentration de la production de plusieurs métaux et minéraux dans un nombre limité de pays et la croissance fulgurante des consom- mations et importations chinoises, liée à son essor industriel et technologique, ont aidé cette prise de conscience. C’est particulièrement le cas en France. La production minérale française, hors produits pour l’industrie de la construc- tion, est devenue très limitée au cours du vingtième siècle. L’industrie française importe donc la quasi-totalité de ses approvisionnements minéraux. Les enjeux industriels et technolo- giques des métaux stratégiques, sou- vent peu connus du grand public ont fait l’objet d’une réflexion de l’Etat, présen- tée au Conseil des ministres du 27 avril 2010. Le communiqué indiquait que « l’accès à ces métaux dans de bonnes conditions est nécessaire pour assu- rer à l’industrie française les conditions de son développement et lui permettre l’élaboration de produits plus vertueux et plus compétitifs ». L’Etat arrêtait alors une stratégie minérale c’est-à-dire un plan d’action de long terme, portant sur : (I) le besoin de cerner la vulnérabilité des différentes filières considérées ; (II) l’extension de la connaissance géo- logique du territoire et de la mer de la zone économique exclusive fran- çaise (deuxième au monde) et le développement de nouveaux outils d’exploration ; (III) une politique de recyclage des métaux stratégiques de la « mine urbaine » ; (IV) enfin l’instauration d’un dialogue organisé entre l’Etat et les indus- triels concernés par la sécurité d’approvisionnement. A la suite du Conseil des ministres du 24 avril 2010, le Premier ministre, la ministre de l’économie et le ministre de l’industrie signaient le 24 janvier 2011 le décret n° 2011-100 créant le Comité pour les métaux stratégiques (COMES). Le COMES est un lieu de dialogue pri- vilégié entre les nombreuses branches industrielles et les nombreuses admi- nistrations concernées par la théma- tique des métaux stratégiques. Le Comité stratégique de filière des indus- tries extractives et de première transfor- mation, créé en 2013, prend en charge les larges enjeux de la filière elle-même. Le Comité pour les métaux stratégiques (COMES) Le COMES est présidé par le ministre chargé des matières premières, à la date de cet article le Ministre de l’éco- nomie, de l’industrie et du numérique, M. Emmanuel Macron. Ses membres sont répartis en trois collèges : celui des administrations, celui des fédérations professionnelles et indus- trielles et celui des organismes techniques. La composition du collège des admi- nistrations illustre la diversité des minis- tères concernés par la problématique des métaux stratégiques : outre le ministre chargé des matières premières, déjà cité, ce collège comprend les ministres chargés respectivement de l’économie, de l’industrie, de l’environnement, des affaires étrangères, de la recherche et de la défense ; il comprend en outre le secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale, le vice-président du conseil général de l’économie et le Le Comité pour les métaux stratégiques (COMES), élément de politique industrielle Par Alain Liger Ingénieur général des mines, secrétaire général du COMES In 2010, an analysis of the economic risk of the reliance of industry upon outside mineral sources led the French Government to set up a mineral strategy; the Committee for strategic metals – COMES – was subsequently created at the beginning of 2011. Within the COMES, a strategic dialogue takes place between the representatives of the many industry branches that are concerned by minerals and the various Ministries in charge; technical experts from Government agencies also participate in the debates. COMES workgroups discuss issues concerning industry needs and exposure, e.g. primary or secondary resources, circular economy targets or strategic metals substitution. The COMES debates inspired new Government actions such as creating a digital tool to help small and medium enterprises diagnose the strategic metals risks they are exposed to, reinterpreting exploration data of France towards strategic metals targets and setting a French language Internet portal describing mineral issues and data. ABSTRACT REE N°5/2014 31 Le Comité pour les métaux stratégiques (COMES), élément de politique industrielle délégué interministériel à l’intelligence économique. De manière symétrique, la composi- tion des représentants des fédérations professionnelles et industrielles est co- hérente avec le fait que les enjeux des métaux stratégiques concernent, bien sûr, les industries extractives et métal- lurgiques, mais aussi, plus largement, tous les secteurs industriels français ; ce collège comprend bien sûr la Fédération des minerais, minéraux industriels et métaux non ferreux (FEDEM) – mainte- nant l’Alliance des minerais, minéraux et métaux (A3M) – et l’Union des indus- tries chimiques (UIC) ; les fédérations représentant les « consommateurs » sont plus nombreuses : le Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales (GIFAS), le Comité des constructeurs français d’automobiles (CCFA), la Fédération des entreprises du recyclage (FEDEREC), la Chambre syndicale des producteurs d’aciers fins et spéciaux (SPAS), la Fédération des industries électriques et électroniques et de communication (FIEEC), le Grou- pement des industries de construction et activités navales (GICAN) et la Fédé- ration des industries mécaniques (FIM). Enfin, le collège des organismes tech- niques comprend les organismes de l’Etat concernés : Agence de l’environ- nement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME), Agence française de dévelop- pement (AFD), BRGM, et Institut fran- çais de recherche pour l’exploitation de la mer (IFREMER). Les travaux du COMES se déroulent essentiellement dans le cadre de plu- sieurs groupes de travail théma- tiques ; en tant que de besoin, les groupes de travail invitent ponctuelle- ment des représentants des ministres non membres du comité, des person- nalités qualifiées ou des représentants des entreprises du secteur à présenter leurs travaux ou leurs actions relatifs aux métaux stratégiques. A partir de leur propre expérience et de ces contributions, les membres des groupes de travail peuvent être amenés à faire des recommandations d’actions publiques ou privées ; dans la plupart des cas, ces actions sont simplement intégrées, quelquefois sans référence au COMES, par les administrations par- ticipantes à leur programme d’action. Ni le COMES, ni son secrétaire général ne disposent en effet de budget d’in- tervention ni d’autorité sur les services de l’Etat, ni bien entendu sur les stra- tégies industrielles ; cette caractéris- tique essentielle renforce le besoin de consensus, de conviction, qui doit éma- ner des groupes de travail. La sensibilisation des entre- prises aux fragilités de leur outil industriel Un des premiers outils mis en place à la suite de la création du COMES est un outil d’analyse de la vulnérabilité des entreprises aux matières premières minérales stratégiques. L’objectif de cet outil est de per- mettre, à chaque entreprise qui le sou- haite, de déterminer les métaux pour lesquels elle est exposée, de com- prendre les raisons de cette exposition pour développer des stratégies de sécu- risation concertées, entre secteurs et entre industries de taille très différente. Il a été développé par la Direction générale de la compétitivité, de l’in- dustrie et des services – DGCIS - (qui a pris le nom de « Direction générale des entreprises – DGE » en septembre 2014) en collaboration avec les fédé- rations professionnelles participant au COMES. L’outil a été mis au point avec le conseil en environnement et développe- ment durable BIO Intelligence Service. Il a été conçu et a été testé par des entre- prises (grands groupes et PME). L’outil est très modulable : il permet de définir librement le périmètre de l’analyse en définissant des systèmes (secteur d’activité, application, chaîne de production, produit spécifique, com- posant…) adaptés à l’activité. La liste des matières qui approvisionnent le sys- tème choisi a été discutée par les partici- pants d’un groupe de travail du COMES afin d’assurer un compromis entre la couverture des besoins industriels et la difficulté de construire un modèle qui couvre toutes les situations ; elle com- prend les matières premières miné- rales suivantes : aluminium, béryllium, chrome, cobalt, cuivre, fer, lithium, nic- kel, niobium, platine, palladium, rho- dium, néodyme, dysprosium, tantale et titane. L’outil travaille à partir de données synthétiques portant sur les substances de cette liste, analysées à l’aune de variables comme la stabilité politique des pays producteurs, le niveau de concentration de la production et des producteurs, l’existence d’entraves au libre commerce, la volatilité historique des prix et la part de production issue, en tant que sous-produits, d’autres pro- ductions minérales. La plupart des don- nées sont issues de tables de références internationales. Pour chacun des « systèmes » défi- nis par l’utilisateur, un graphique per- met de visualiser les résultats sur deux axes : un axe « Risque d’approvisionne- ment » (indépendant de l’entreprise) de chaque matière présente dans le sys- tème et un axe « Vulnérabilité de l’entre- prise par rapport à ce risque (dépendant de l’entreprise). Un graphique global reprend les résultats des systèmes et les pondère avec le chiffre d’affaires de chaque système pour l’entreprise. Le site internet de la DGE met cet outil d’autodiagnostic à disposi- tion des entreprises désireuses d’éva- luer le niveau de vulnérabilité de leurs approvisionnements en métaux straté- giques. Les fédérations professionnelles membres du COMES ont sensibilisé leurs adhérents à l’existence de l’outil. 32 REE N°5/2014 LES MATÉRIAUX STRATÉGIQUESDOSSIER 1 Cet outil ne résume pourtant pas toute la problématique des sensibi- lités des modes de production et des fragilités ; les chaînes de production sont en effet complexes et font de plus en plus appel à des métiers très spé- cialisés ; il est donc fréquent qu’un industriel français importe dans sa pro- duction, non pas des métaux straté- giques, mais des composants contenant des métaux stratégiques. Par exemple, si certaines terres rares sont des élé- ments indispensables pour la fabrica- tion d’aimants à haute performance, il n’en résulte pas que l’industrie automo- bile française ou les fabricants de tur- bines d’éoliennes de grande puissance sont dépendants de sources minières de terres rares : il existe en effet dans le monde un nombre très limité de métal- lurgistes maîtrisant la technologie des alliages correspondants et la réflexion sur la sécurisation de l’approvisionne- ment doit aussi porter sur cette étape. La prise en compte de toutes les com- plexités de la réalité industrielle mérite de nouveaux développements de l’outil et de la sensibilisation des entreprises. Une information nationale sur les ressources minérales Les travaux du COMES ont permis de constater l’abondance de l’information sur le secteur des matières premières sur Internet, dans la presse spécialisée ou dans les débats d’instances interna- tionales auxquelles participent les auto- rités françaises ; ils ont aussi permis de constater la difficulté et le coût d’accès et d’interprétation de cette littérature pour les PME et ETI ; certaines sont en outre de fiabilité douteuse. Les groupes de travail du COMES ont ainsi recommandé de dévelop- per un système d’information qui per- mettait de rassembler, d’améliorer la connaissance sur les ressources miné- rales et de faciliter l’accès à une infor- mation structurée. La structuration de l’information passe par la mise à disposition de l’in- formation sur un portail informatique dédié. Ce site www.mineralinfo.fr a été développé par le BRGM en 2013 et 2014 sous pilotage du ministère chargé des mines (Bureau des ressources minérales), dans le cadre d’un groupe de travail COMES dédié. Les données et informations pro- posées concernent les quatre grands domaines d’activité du secteur : potentiel et économie des ressources primaires terrestres et marines, besoins de l’indus- trie, recyclage des ressources secondaires et recherche, aspects internationaux. Elles comprennent une cartographie des organisations collectives mises en place par l’industrie et par l’administra- tion, des informations générales sur les matières premières minérales, qu’elles soient primaires ou secondaires, sur la législation et la réglementation fran- çaises, une description sommaire des techniques, mais aussi des données brutes, des données agrégées, des cartes, des graphiques, des documents, des liens vers d’autres sites et sources externes… Parmi les nombreuses informa- tions disponibles, le site rassemble des monographies de substances dont le principe résulte également de travaux du COMES. Avant la mise en place du site, il avait en effet été décidé de com- mencer par focaliser l’effort d’informa- tion et de documentation sur la situation de plusieurs substances, sur la base d’une analyse globale réalisée au sein de deux groupes de travail du COMES. Les fiches ont ensuite été réalisées, sur plusieurs années, pour la plupart par le BRGM dans le cadre d’une convention de financement avec le ministère chargé des mines (Bureau des ressources minérales). Les études disponibles portent actuel- lement sur les substances suivantes : antimoine, béryllium, cobalt, gallium, ger- manium, graphite, lithium, molybdène, niobium, platinoïdes (platine, palladium, rhodium, iridium, ruthénium), rhénium, sélénium, tantale, tellure, tungstène. Ces panoramas passent en revue l’état de la demande mondiale et de son évolution, l’état de l’offre primaire et secondaire en France et dans le monde, la situation du recyclage et les prix ; ils identifient les principaux acteurs fran- çais, européens et mondiaux, et portent une évaluation de la criticité de la subs- tance pour l’industrie française dans son ensemble. Ces panoramas de substances sont des outils d’aide à la décision tant pour les industriels que pour les pouvoirs publics. La version publique de ces monographies, téléchargeable sur www. mineralinfo.fr est destinée à une large diffusion dans un but de sensibilisation des acteurs de l’économie et d’informa- tion générale. En facilitant l’accès à l’information, le site doit offrir aux entreprises les moyens d’anticiper les situations à risque et au public de mieux appréhender les enjeux de ce secteur d’activité pour l’emploi et le développement économique et ses enjeux environnementaux réels. Les ressources minérales du territoire national en métaux stratégiques Un nombre limité d’exploitations minérales françaises ont eu une visibi- lité pour le grand public : le charbon du Nord-Pas-de-Calais, de Lorraine ou de Saint-Etienne, les mines de fer de Lor- raine, le gisement de gaz de Lacq ont connu une notoriété importante ; la fermeture d’un certain nombre de ces ensembles miniers (charbonnages, mines de fer, potasse) a connu une importante couverture médiatique dans les années 1990 et 2000 et a focalisé la connaissance sur « l’après-mine ». Ces exemples n’épuisent cependant pas le potentiel minéral ni le passé indus- REE N°5/2014 33 Le Comité pour les métaux stratégiques (COMES), élément de politique industrielle triel d’un territoire qui le doit à une forte diversité géologique. Aujourd’hui, l’importance et la diver- sité de la filière des roches et miné- raux industriels (talc, kaolin, andalousite, etc.) traduit cette diversité. Le territoire métropolitain a été un producteur métallique depuis l’antiquité celte et romaine ; le développement des capacités métallurgiques d’extraction des produits utiles a progressivement permis de nouveaux usages des subs- tances minérales ; celui des techniques de reconnaissance minérale a permis d’identifier et d’exploiter de nouvelles mines. Finalement le passé historique a vu l’exploitation, à un niveau significatif, de nombreuses substances métalliques ; par exemple, le BRGM estimait fin 1999 que le territoire avait produit 4,7 milliards de tonnes de charbon depuis 1714, 4 milliards de tonnes de minerai de fer (sur la période 1750-1999) mais aussi 78 000 tonnes d’uranium métal (1946- 1999), 2,3 millions de tonnes de zinc (1837-1999), près de 12 000 tonnes d’étain (1813-1986), 130 000 tonnes d’antimoine, 1 600 tonnes de cadmium et même 400 tonnes de germanium. La France a été le 3e producteur euro- péen de tungstène jusqu’à la fermeture de la mine de Salau (Ariège) en 1986. Elle a occupé le premier rang mondial des producteurs miniers d’antimoine de 1890 à 1908, assurant jusqu’à 25 % de la production. L’ensemble de ces anciennes exploi- tations et des indices superficiels con- nus témoignent du potentiel physique de la géologie. La variation des condi- tions économiques depuis l’arrêt de cer- taines mines récentes laisse penser qu’il existe un potentiel économique sous nos pieds (figure 1). Ce potentiel doit être examiné à la lumière de la concurrence d’autres gise- ments et non seulement à l’aune des besoins de l’industrie nationale. Malgré la diversité géologique et malgré la réa- lité de l’existence de quelques environ- nements géologiques favorables, voire d’indices connus ou d’anciennes mines, le potentiel en fer, en cuivre, en zinc ou en platine est faible ou nul. Pour d’autres substances comme le tungstène, l'antimoine et l'or, le poten- tiel mérite un examen. En effet, il existe des ressources connues et inexploitées à tonnage métal important à très impor- tant calculées avec une définition de teneur de coupure économique d'ex- ploitation ancienne, très élevée parce que fixée à une période où les cours Figure 1 : Gisements, gites et indices en France - Source : ProMine Gisement. 34 REE N°5/2014 LES MATÉRIAUX STRATÉGIQUESDOSSIER 1 étaient plus bas qu'aujourd'hui ; ces res- sources résultent en fait de connais- sances datant de l'époque d'exploitation des mines et, en l'absence d'exploration minière depuis plus de vingt ans, on peut penser que leur ordre de grandeur – identique ou supérieur aux tonnages exploités historiques – est un plancher. Enfin, la position historique significa- tive de la France comme pays produc- teur et la présence de gisements très importants pour ces trois substances à l'échelle européenne ou même mon- diale est un signe encourageant. Par exemple, pour le tungstène, il existe sur le territoire métropolitain trois gisements inexploités supérieurs à 10 000 tonnes et qui sont vraisembla- blement du même ordre de grandeur que le gisement de Mittersill exploité actuellement en Autriche. L’hexagone n’a rien d’un eldorado minier mais il possède néanmoins un réel potentiel pour plusieurs substances stratégiques pouvant contribuer au dé- veloppement de la France ; le gise- ment de Saint-Salvy dans le Tarn a été un producteur majeur de germanium ; le tungstène et l'antimoine font partie des métaux stratégiques étudiés par le COMES et ont fait l’objet de fiches dis- ponibles sur le site www.mineralinfo.fr ; ils font aussi partie de la liste de métaux critiques pour l'Union européenne. La variété géologique du territoire permet d'espérer que d'autres métaux stratégiques comme les terres rares, le niobium ou le tantale pourraient être présents dans un nombre limité d'en- vironnements géologiques favorables présents sur le territoire métropoli- tain ou en Guyane, et jusqu'à présent peu ou pas explorés. Un groupe de tra- vail du COMES a proposé l'engagement d'une réflexion destinée à se donner les moyens d'actualiser un programme des années 1980 dit « inventaire minier national », en vue, pour les zones les plus pertinentes, d'identifier la présence éventuelle de métaux stratégiques ; le programme des années 1980 portait en effet surtout sur les métaux de base, l'or et le charbon, mais une partie de ses données peuvent être réinterprétées et complétées. Ce travail du BRGM a com- mencé en 2012 et de premiers rapports sont disponibles sur www.mineralinfo.fr. L’enjeu est surtout d'orienter les investissements du secteur privé natio- nal ou international dans cette direc- tion, dans un contexte où la recherche de conditions favorables à l'investis- sement porte simultanément sur les conditions géologiques et sur les condi- tions juridiques du risque minier ; la pro- blématique de cet investissement de long terme présentant, comme toute recherche technologique amont, un risque d'échec important est en effet bien comprise de certains milieux finan- ciers mais mérite d'être mieux appré- ciée en France. Cet objectif exige, sans sacrifier les exigences environnementales inscrites dans le code minier, un consensus sur des règles claires, pérennes et parta- gées et un réel dialogue national et ter- ritorial dépassant les conflits d'usage potentiels ou craints. Les ressources en métaux stratégiques des fonds ma- rins de la zone économique exclusive française Les zones économiques exclusives (ZEE) françaises sont les deuxièmes du monde avec 11 millions de km2 et, sur le plan minéral, les ZEE du monde sont très peu explorées. L’existence de ressources minières dans les fonds marins profonds de cer- tains océans est connue depuis long- temps (« nodules polymétalliques », surtout à fer et manganèse), y compris dans la ZEE de la Polynésie française ; ils ont fait l’objet de nombreux travaux, y compris de l’IFREMER français, dans les années 1970, mais aucun pro- jet minier n’a jamais abouti, malgré la variété des acteurs s’étant investis sur ce défi (Etats-Unis, Grande-Bretagne, Japon, URSS, France, etc.). La connais- sance de l’existence de gisements de sulfures à métaux de base liés à des sys- tèmes hydrothermaux s’est développée à partir des premières connaissances des années 1960 dans la Mer Rouge (où le BRGM a mené des recherches sci- entifiques) et s’est étendue à de nom- breux océans, y compris dans la ZEE de Wallis et Futuna ; un gisement semble en bonne voie de reconnaissance détaillée en Nouvelle-Guinée. Depuis une date plus récente dans les années 1980, des encroûtements à fer et manganèse ont été identifiés et étudiés ; certains sont connus dans la ZEE de Polynésie française. La recherche scientifique de la der- nière décennie a montré que ces types de minéralisation peuvent être des sources de certains métaux stratégiques présents en sous-produits potentiels ; par exemple, les nodules contiennent souvent des concentrations significa- tives de cobalt, de lithium, de molyb- dène, de terres rares, d’yttrium ou de zirconium ; les encroûtements contien- nent du bismuth, du molybdène, du niobium, du platine, des terres rares, du tellure, du titane, du tungstène, de l’yttrium ou du zirconium. L’IFREMER a identifié des encroûtements cobalti- fères avec contenu additionnel en pla- tine dans la ZEE de Polynésie Française ; en 2010, des chercheurs de l’Université de Tokyo ont décelé des indices conte- nant des terres rares dans cette même ZEE de Polynésie française. L’exploration et l’exploitation des fonds marins présente de nombreux défis scientifiques, techniques, envi- ronnementaux et économiques ; elles sont des champs d’intérêt pour la France compte tenu de la dimension de ses ZEE et des compétences de plusieurs de ses acteurs, par exemple l’IFREMER REE N°5/2014 35 Le Comité pour les métaux stratégiques (COMES), élément de politique industrielle en R&D, TECHNIP en ingénierie, DCNS en construction navale et de nombreux autres. Un programme préliminaire por- tant sur Wallis et Futuna a été discuté au COMES et mené en 2011 ; sur un plan plus stratégique, lors du Comité inter- ministériel de la mer tenu le 2 décembre 2013, l’Etat a pris acte de ce formida- ble gisement de ressources minérales et des perspectives de développement économique liées en engageant un pro- gramme national de recherche et d’ac- cès aux ressources minérales des grands fonds marins associant notamment l’IFREMER, le CNRS, les universités, les industriels et les ministères concernés, autour de l’acquisition des connais- sances, de l’expertise scientifique des conséquences environnementales de la valorisation des ressources minérales profondes, du développement des tech- nologies et du montage de partenariats public-privés. Comme pour les ressources à terre, le développement et le succès reposent sur la capacité de mobiliser l’investisse- ment des entreprises vers cette voie de sécurisation potentielle et de long terme des approvisionnements, et sur la com- patibilité environnementale des projets et des techniques. Les réflexions sur l’écono- mie circulaire des métaux stratégiques Le caractère limité des ressources du territoire et, par contraste, la constatation que nombre de produits grand public pré- sents sur le marché français contiennent des métaux stratégiques ont amené à faire porter une partie des réflexions sur les enjeux liés à l’économie circulaire : deux groupes de travail du COMES se penchent sur les questions de recyclage, éco-conception, substitution… L’ADEME, participante aux travaux du COMES, a fait réaliser en 2013 une étude sur le gisement des déchets d’équipements électriques et électro- niques (DEEE), afin de mieux anticiper la manière de faire face à des objectifs de collecte croissants. L’étude montre la grande difficulté d’appréhender avec un niveau de détail suffisant les enjeux de la « mine urbaine » ; au-delà de la dis- persion de cette filière en de nombreux types de collecte, on constate en effet que les contenus en métaux stratégiques sont très variables d’un produit à l’autre… et ne sont pas toujours bien connus. Or, les DEEE ne sont pas les seuls produits contenant des métaux stra- tégiques ; les piles et accumulateurs constituent une autre filière impor- tante et, par exemple, les véhicules en contiennent des quantités de plus en plus importantes. Face à ces contenus variables mais souvent faibles par rapport au volume total des déchets, les réflexions s’orien- tent d’une part sur la construction de filières de collecte et de déconstruc- tion adaptées qui permettent d’en- voyer les sous-composants contenant des métaux stratégiques vers des faci- lités métallurgiques permettant effecti- vement de valoriser ces métaux, d’autre part sur les objectifs de collecte/recy- clage des directives européennes que la récupération des seuls métaux de base et plastiques permet la plupart du temps de satisfaire. Le gisement interne de métaux stra- tégiques contenus dans les déchets est difficile à quantifier mais il s’exporte et certains savent le valoriser… Les expor- tations représentent une perte de substance potentielle pour l’industrie française et sa résilience. Le COMES a fait porter sa réflexion sur deux enjeux : ont porté sur la mise en place d’un système de certification des procédés de recyclage pour décourager l’expor- tation illicite. Une note des autorités françaises proposée par le COMES a débouché sur une prise en compte de cet enjeu au niveau européen ; L'AUTEUR Alain Liger est ancien élève de Mines ParisTech et ingénieur géné- ral des mines. Il a tenu pendant 20 ans des positions opération- nelles et de responsabilité straté- gique d’exploration-développement dans les groupes miniers BRGM et Billiton PLC. Depuis 2002, il a été successivement directeur régional de DRIRE (ministère de l’industrie) et de DREAL (ministère du déve- loppement durable). Alain Liger a été nommé secrétaire général du COMES – Comité pour les métaux stratégiques – en février 2013. Il est également membre du Conseil général de l’économie, de l’industrie, de l’énergie et des tech- nologies. 36 REE N°5/2014 LES MATÉRIAUX STRATÉGIQUESDOSSIER 1 pratique, une action est en cours de montage dans le cadre d’un groupe de travail du COMES et pourrait porter sur la sensibilisation des acteurs ter- ritoriaux au contenu en matières pre- mières stratégiques des exportations illégales de déchets et à l’enjeu de leur contrôle. Les débats des groupes bénéficient par ailleurs régulièrement de la présen- tation de stratégies de développement et de R&D menées par des acteurs fran- çais comme Rhodia, le CEA, AIRBUS, ORANGE, DCX Chrome ou bien d’autres industriels. Le renforcement des indus- tries extractives et de pre- mière transformation Une partie des réflexions sur les métaux stratégiques a très vite débou- ché sur le constat d’enjeux plus généraux de la filière industrielle spécifique, dis- tincts de ceux des industries « consom- matrices ». Afin de renforcer cette filière, le ministre en charge de l’industrie et les fédérations concernées ont créé en mai 2013 le Comité stratégique de filière des industries extractives et de première transformation. Ce Comité regroupe les acteurs des industries minières, de l’alu- minium, de l’acier, de la transformation des métaux, du verre, des céramiques, du ciment et du béton. Le Comité stratégique de filière a adopté en mai 2014 un contrat de filière et des propositions d’actions concrètes permettant d’améliorer la compéti- tivité de la filière; une partie de ces actions généralisent à l’ensemble des matières premières minérales certaines des réflexions citées pour le COMES (par exemple, des actions visant à ren- forcer et sécuriser l’approvisionne- ment en matières premières primaires de l’ensemble de la chaîne de valeur industrielle ; des actions visant le déve- loppement d’une industrie plus effi- ciente dans l’utilisation des ressources dans la perspective d’une économie circulaire) ; il aborde aussi des enjeux plus globaux et essentiels comme la stimulation de l’investissement et de l’innovation, le développement des compétences et la sécurisation des par- cours professionnels, le besoin d’un cadre énergie/climat compétitif ou l’ac- ceptation sociétale. Conclusion L’analyse des enjeux des métaux stratégiques est complexe : chacun des métaux stratégiques est un cas particu- lier, l’information n’est pas directement disponible pour des acteurs ne faisant pas partie des circuits commerciaux, les filières industrielles au niveau mondial sont plus complexes qu’il n’y paraît, une dépendance apparente décelée à partir d’une composition chimique peut pré- senter un caractère totalement différent au niveau de l’analyse des composants et de leur maîtrise. Dans ce contexte complexe, le dia- logue entre les acteurs est capital afin de partager les données et confronter les analyses ; les groupes de travail du COMES assurent une fonction essen- tielle à la résilience de l’industrie high tech française.