Énergie et civilisation

27/12/2014
Auteurs : Emile H. Malet
Publication REE REE 2014-5
OAI : oai:www.see.asso.fr:1301:2014-5:11995

Résumé

Énergie et civilisation

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152 REE N°5/2014 LIBRES PROPOS Emile H. Malet Directeur de la revue Passages E ntre mondialisation et civilisation, nous vi- vons un malaise social grandissant (chômage de masse parmi les jeunes générations), une économie déboussolée par l’anarchie des flux financiers, la discordance entre le temps long de l’histoire – qui permet de prévoir et d’encadrer les grandes évolutions – et le temps court des jouissances consuméristes et, last but not least, le triomphe de la compassion des opinions publiques au détriment des valeurs universelles fondatrices de notre civilisation. Comment s’étonner dès lors de la redistribution des cartes en faveur d’une Chine conjuguant les risques sous toutes les formes et se saisissant de toutes les opportuni- tés de développement et de son corollaire géopolitique : un Occident pâle et pétri de doute, se cherchant entre un principe de précaution qui neutralise l’innovation et une culture du zéro (pollution, responsabilité, engagement) et du parfait (santé, trans- parence, performance sexuelle, propreté). Parmi les rares sujets permettant une pos- sible remise à niveau de nos économies bêlantes, il y a l’énergie comme facteur de croissance et la transition énergétique pour gagner un pari de transformation industrielle et (peut-être) renouer avec une société de progrès. La transition énergétique s’avère comme une étape nécessaire de transformation socio-économique et culturelle en vue d’améliorer l’état du monde et éviter les catastrophes écologiques. Dans ce registre modéré- ment optimiste, on peut penser qu’une transition éner- gétique raisonnée et raisonnable, où les besoins des hommes et les contraintes naturelles et technologiques seraient correctement objectivés, peut aider à mettre en route une nouvelle économie, industrielle et numérique, sociale et politique. À l’instar du développement durable qui, avant de devenir un concept galvaudé par la mode environnementale et instrumentalisé par le politique, a émergé comme un antidote écologique aux excès né- fastes d’un capitalisme financier sans foi ni loi et d’un consumérisme illimité. Dans ce contexte, la transition énergétique peut favo- riser l’amorce d’un nouveau modèle de développement, promouvant autant la croissance et la prospérité que la solidarité et la sobriété en permettant l’accès à l’énergie pour le plus grand nombre d’individus. Naturellement, et pour ce faire, une nouvelle grille d’approche doit mettre l’accent sur l’énergie comme facteur de croissance et de développement, sans négliger la préservation de l’envi- ronnement. Le challenge est immense, car il vient im- pacter tous les interstices de la mondialisation, tant dans ses asymétries économiques constatées entre pays émergents et économies stagnantes, voire en récession, que dans l’accentuation des inégalités et des pollutions qui viennent précariser la planète. Mais c’est aussi un challenge culturel qui s’appuie sur des acquis de civili- sation pour inscrire les innovations dans une filiation et une perspective de progrès. Chaque pays est doté d’une situation particulière quant à la composition de son mix énergétique. Cette diversité dans la ressource implique une diversité équi- valente quant à la transition énergétique qu’il va s’agir de promouvoir aux couleurs nationales. Au sein de l’Union européenne et du fait que les systèmes nationaux ne sont pas juridiquement et physiquement comptables, la transition énergétique empruntera des voies singu- lières. Mais cette singularité doit s’accom- moder de règles communes et d’une interdépendance à travers les réseaux de transport des énergies. Qu’il s’agisse de la protection de l’environnement sous toutes ses formes, de la taxe carbone, de l’exploitation du gaz de schiste comme des réserves d’hydrocarbures off-shore, des interconnexions terrestres et maritimes, de la géothermie (à fort poten- tiel dans nos îles d’outre-mer) au solaire photovoltaïque si prometteur, bref de tout ce qui a trait à l’énergie dans le monde, la transition énergétique est une aubaine de développement si nous savons privilégier la coopération aux dépens des égoïsmes nationaux, la complémenta- rité des ressources à des rivalités marchandes, les régu- lations climatiques à la recherche de la rente maximale. Avec la transition énergétique, la mondialisation dispose d’une capacité d’agir contre le sous-développement, l’exclusion et la précarité. L’énergie est une ressource à potentialité politique et stratégique, elle est connectée à la richesse (et la pauvreté) des nations et aux évo- lutions des modes de vie et des comportements. Par sa diversité, c’est une ressource cosmopolite ! Si l’eau est une source naturelle de vie, l’énergie vient assurer Énergie et civilisation REE N°5/2014 153 LIBRES PROPOS le bien-être et pérenniser durablement une croissance soutenable avec l’équilibre des écosystèmes. L’énergie est l’une des forces motrices de la mon- dialisation et, parmi ces forces, elle en est probable- ment l’expression la plus vitale dans la mesure où les incidences énergétiques sont dupliquées sur les batte- ments du monde. Les lois de l’énergie sont pluridiscipli- naires par essence et par structure, leurs applications se retrouvent dans l’ensemble des sciences (biologie, éco- logie, urbanisme, chimie, mathématiques et psycholo- gie). Les énergies nouvelles ont pour point d’application la nature sous toutes ses formes et visent à plus d’inclu- sion au sein des relations sociales et d’interdépendance dans les échanges commerciaux. Énergie, climat et rela- tions internationales dictent le tempo contemporain du développement durable. La COP21 se tient à Paris en décembre 2015. L’énergie est une chance pour la France, un levier pour l’Europe et une stratégie de développement durable pour le monde dès lors qu’elle est modulée comme facteur de crois- sance et de bien-être. Ces trois perspectives peuvent se conjuguer et leur mise en œuvre s’avère synchronique d’une mondialisation qui n’irait pas à contretemps. Ce point est essentiel au regard de l’état de déconstruction socioculturelle du monde, notamment de l’étiolement des valeurs, des progrès de la spiritualité contrecarrée par une culture du pareil au même et de l’émergence abrupte de certains pays d’Asie et d’Amérique latine. Désormais, il fau- drait agir français en pensant monde et vice versa, car toute mise en acte implique une interconnexion de res- sources et de territoires, de réseaux sociaux et d’impacts sécuritaires et stratégiques, de technologies et de contraintes environnementales, d’égoïsme et d’altruisme. L’écologie comme science envi- ronnementale est une absolue néces- sité. Sa contrepartie, que l’on pourrait qualifier d’ambiguïté écologique, met à mal toute dynamique de croissance en évitant les risques, notamment industriel et technologique. C’est tout l’avantage des énergies nouvelles, y compris du nu- cléaire du futur, d’assumer concomitamment le risque et la croissance dans une démarche de transition. La transition énergétique participe d’une dynamique nou- velle et pourrait – avec le concours d’autres facteurs – contribuer à embellir la croissance sans nécessairement porter atteinte au paysage environnemental. L’énergie est un facteur de croissance au propre comme au figuré, comme ressource et comme transition. Par l’intercon- nexion entre l’économie, le social, l’environnement et la sécurité, le bien-être et les modes de vie, l’énergie est à même de mobiliser des rouages économiques vétustes en les adaptant au service de la croissance. L’énergie est un antidote au vieillissement de nos sociétés et un fac- teur d’irrigation planétaire du circuit économique. Sans jeu de mots, pourrait-on dire, parce qu’on n’a jamais fait avancer un corps sans énergie. Et notre chance, ce qui pourrait prévenir la mondialisation d’un naufrage socio- économique, tient à cette simple observation : le che- min de l’énergie est inépuisable et toujours à frayer pour favoriser l’accessibilité du plus grand nombre au circuit économique. Face aux dérégulations économiques et à la paupé- risation sociale, l’énergie peut aider à une résilience de la France et de l’Europe vers une voie de croissance. Elle permettra, si cette grande trans- formation énergétique est conduite dans une perspective équitable et durable, de rééquilibrer d’un point de vue économique une situation mon- diale pétrie d’inégalités et d’injustice. Elle pourrait en outre avoir un effet ré- ducteur sur les tensions et les conflits internationaux. Naturellement, c’est d’une énergie plus universelle qui requiert de la cohésion sociale, de l’in- novation et une coopération interna- tionale, que le monde a besoin pour assurer une transition vers le futur. Emile H. Malet est docteur en sciences économiques, journaliste et essayiste, auteur de plusieurs ouvrages sur la mondialisation, directeur de la revue Passages et du think tank ADAPes, Il est fondateur du Forum Mondial du Développe- ment Durable et éditorialiste de politiques étrangères sur les radios chrétiennes de France (RCF). Il vient de publier « Défendre la civilisation face à la mondialisation – Editions du Moment. »