Du bon usage des controverses scientifiques…

27/12/2014
Auteurs : Bernard Ayrault
Publication REE REE 2014-5
OAI : oai:www.see.asso.fr:1301:2014-5:11994

Résumé

Du bon usage des controverses scientifiques…

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	    <date dateType="Updated">Thu 26 Jan 2017</date>
            <date dateType="Submitted">Fri 20 Jul 2018</date>
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REE N°5/2014 151 L es controverses et polémiques sont évidemment consubstantielles à la science qui se construit et s’élabore : l’un des mérites du premier ouvrage qui inspire notre chronique est d’en dresser une liste fort éloquente. Aline Richard, direc- trice de la rédaction du mensuel La Recherche a eu raison de mobiliser une solide équipe de journalistes scientifiques et de spécialistes de sciences humaines (histoire ou sociologie es- sentiellement) pour évoquer quelques contro- verses, historiques ou peu connues, jalonnant depuis Galilée l’histoire des grandes décou- vertes. On retrouve avec grand plaisir des dé- bats, dont certains perdurent, comme l’origine – Newton ou Leibnitz ? – du calcul différentiel, mais dont beaucoup ont été tranchés définitive- ment comme la génération spontanée, la vitesse de la lumière ou la dérive des continents. Ce recueil s’abstient à juste titre d’évoquer plusieurs séries de phénomènes qui sont à la marge des controverses : ainsi il n’est pas ques- tion des canulars tel le crâne de Piltdown ou le fameux article de Alain Sokal, ni des néga- tionnismes scientifiques, qui à l’image de ce qui se passe en histoire, rassemblent encore quelques opposants sectaires à la théorie de la relativité (pourtant sans doute utilisateurs de portables !) ou aux vertus des pratiques vacci- nales. Il n’évoque pas non plus les superche- ries, volontaires ou non, qui jalonnent l’histoire des sciences ; ainsi il ne parle pas des rayons N, artefact que le nationalisme des lorrains (N comme Nancy !) entretint à l’époque où Roentgen découvrait les rayons X de l’autre côté du Rhin, mais l’évocation de la mémoire de l’eau fait l’objet d’un exposé fort éloquent sur une aventure analogue. Ces phénomènes ont d’ailleurs été analysés avec brio par Alexandre Moatti dans ALTERSCIENCES (voir par exemple la REE 2013-2). Pour le plaisir du lecteur il reste heureu- sement bien des questions pour lesquelles la science n’a pas ou pas encore tranché de façon indiscutable et convaincante : ainsi en est-il des dangers de la radioactivité (effet de seuil ou proportionnel ?), ou encore du réchauffement de la planète, avéré mais qui n’a pas encore désarmé tous les climato-sceptiques. Nicolas Chevassus-au-Louis rassemble d’ailleurs dans un ultime chapitre huit affaires à suivre, qui sont autant de polémiques dans l’air du temps (par exemple les dangers possibles liés aux OGM, à l’exploitation des gaz de schiste, aux ondes électromagnétiques ou aux nanotechno- logies). On songe à Pasteur évoquant la géné- ration spontanée : ce n’est pas parce qu’elle est envisageable, qu’elle existe… Le point commun à ces polémiques con- temporaines est inséparable de la perception sociétale de la science, laquelle a largement cessé d’être, pour le grand public, associée au progrès. Ce n’est pas un hasard si force débats tournent autour de deux questions d’ailleurs cor- rélées : risque et danger d’une part, principe de précaution d’autre part, largement invoqué par les profanes. Ce sont précisément ces thèmes qu’aborde sous le titre à la fois ambitieux et mystérieux de Science et démocratie le second ouvrage aux sources de cette chronique. Habituées à publier les travaux du Collège de France, les éditions Odile Jacob viennent de rassembler les conférences prononcées à l’au- tomne 2013 au colloque dans lequel, chaque année, des professeurs en activité ou émérites de cette vénérable institution confrontent leurs réflexions avec d’éminents invités. Il y a donc une grande différence de ton entre les deux ouvrages : aux présentations essentiellement journalistiques de l’un correspondent des expo- sés satisfaisant avec brio aux critères usuels des universitaires. Dans son introduction Serge Haroche, administrateur du Collège, pointe les relations de plus en plus conflictuelles entre science et société ; ensuite des spécialistes divers, scientifiques mais aussi historiens, juristes ou économistes, s’efforcent d’éclairer plusieurs thématiques concernant à la fois le savant et la cité. L’enjeu, comme le souligne Pierre Rosanvallon dans une synthèse conclusive pénétrante, concerne bien la gestion, démo- cratique et de long terme, de questions essen- tielles dans des économies avancées comme celle de notre pays. Le rôle de l’expertise et les voies par les- quelles elle peut – et doit – inspirer les déci- sions de la puissance publique sont analysés de divers points de vue ; il s’agit in fine de convaincre l’opinion pour que celle-ci accepte, sans réticence, des évolutions globalement bénéfiques. L’horizon temporel, auquel les hommes politiques sont particulièrement sensibles, est toujours prégnant dès qu’il s’agit de mettre en œuvre à l’échelle d’un pays des orientations à fort contenu capitalistique et l’analyse économique bute sur les taux d’ac- tualisation à prendre en compte dès lors que les équipements ou les effets s’étalent sur des décennies ; ainsi en est-il de la transition éner- gétique, ou encore de la politique climatique ou de la politique de santé. Au total nous avons 15 exposés, dont les termes mesurés et les argumentaires nuan- cés tranchent avec les slogans simplificateurs et irrationnels, contre lesquels s’élevaient déjà en 1992 les prestigieux signataires de l’appel d’Heidelberg. La variété des thèmes abordés, – des cellules souche au gaz de schiste –, comme la diversité des points de vue exprimés, – du juriste à l’homme de laboratoire –, rend vaine toute présentation de détail : le mieux est évidemment d’aller aux sources et de se préci- piter sur Science et démocratie ! B. Ay. CHRONIQUE Du bon usage des controverses scientifiques… Ouvrage collectif sous la direction d’Aline Richard et d’Hélène Le Meur Les grandes controverses scientifiques Éditions Dunod et La Recherche mars 2014 - 166 p. - 14,50 Ouvrage collectif sous la direction de Pierre Rosanvallon, avec une introduction de Serge Haroche Science et démocratie Éditions Odile Jacob Collection Collège de France octobre 2014 - 330 p. - 25,90