Faire connaître et partager les cultures scientifique, technique et industrielle : un impératif !

27/12/2014
Publication REE REE 2014-5
OAI : oai:www.see.asso.fr:1301:2014-5:11993

Résumé

Faire connaître et partager les cultures scientifique, technique et industrielle : un impératif !

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144 REE N°5/2014 ENSEIGNEMENT & RECHERCHE REE : Pourriez-vous rappeler brièvement pour nos lecteurs la genèse de cette mission par- lementaire que vous avez coprésidée avec le sénateur Jean-Pierre LELEUX. Maud Olivier : Patrick Bloche, a demandé à l’OPECST de réaliser une étude sur la culture scien- tifique et technique, jugeant que l’Office pourrait utilement poursuivre les réflexions déjà engagées, afin d’évaluer l’adéquation des dispositifs de dif- fusion de la culture scientifique aux objectifs qui lui sont donnés : accès de tous à la science et à la technologie, notamment pour susciter le plus grand nombre de vocations de chercheurs et d’ingénieurs chez les jeunes, établissement d’une confiance durable entre la communauté scientifique et les pouvoirs publics d’une part, avec la société civile d’autre part, pour favoriser une approche apaisée et efficace de questions controversées, comme les nanotechnologies et les OGM. L’OPECST regroupe des parlementaires chargés d’éclairer l’action du Parlement en matière scientifique et technologique REE:Votrerapportestparticulièrementétoffé:ilanalyselarichesse et la variété, mais aussi la complexité, les défauts et insuffisances des actions entreprises, avant de formuler des recommandations. Pouvez-vous nous préciser vos impressions globales sur les atouts de notre pays face aux enjeux sociétaux des CSTI ? M. O. : En France, les cultures scientifique et technique, mais aussi in- dustrielle occupent une place importante. Elles concernent de nom- breux domaines d’emplois avec de grandes et belles industries ; nous avons des écoles de grande renommée, de nombreux prix Nobel et des chercheur-e-s reconnu-e-s ; les Françaises et les Français sont souvent au rendez-vous des débats contemporains, de façon parfois très controversée d’ailleurs. Nous avons également la chance d’avoir en France, pour la diffusion de la culture scientifique, des acteurs, tout à la fois experts et militants. A tra- vers les musées comme le Palais de la Découverte, les nombreux centres de cultures scientifique, tech- nologique et industrielle (CCSTI), et les associa- tions d’éducation populaire, nous disposons d’une multitude d’acteurs, ayant des techniques d’inter- ventions diverses et complémentaires. REE : La mission que vous avez conduite a tenu à s’informer directement sur ce qui se passe dans plusieurs pays voisins. Quelles sont les ex- périences et réalisations qui vous ont marquée et qui seraient susceptibles d’inspirer en France les actions des pouvoirs publics ? M. O. : Dans tous les domaines, et quand nous rencontrons de- puis de trop nombreuses années des résistances importantes, il est fondamental d’aller voir les expériences qui marchent à l’étranger. C’est pourquoi nous sommes allés en Allemagne et que nous avons échangé avec des acteurs en Angleterre et au Québec. Dans des pays comparables au nôtre comme l’Angleterre ou l’Allemagne, le journalisme scientifique est nettement plus développé En Allemagne comme en Angleterre, j’ai été frappée du dévelop- pement du journalisme scientifique, vecteur fondamental de diffu- sion de la culture scientifique au grand public. En Allemagne, l’offre est importante et diversifiée. On compte par exemple huit journaux scientifiques destinés aux enfants et des chroniques courtes et lu- diques qui sont diffusées dans les grands journaux. Nous avons par ailleurs découvert le Science Media center anglais qui joue le rôle d’interface entre les chercheur-e-s et les journalistes. Grâce à une très importante base de données et de Faire connaître et partager les cultures un impératif ! Entretien avec Maud Olivier - Députée de l’Essonne L e titre de cet entretien est celui d’un rapport parlementaire de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technolo- giques (OPECST), établi à la demande du président de la commission des affaires culturelles et de l’éducation de l’Assemblée Natio- nale, Patrick BLOCHE. Comme il est d’usage, le président de l’OPECST d’alors, Bruno SIDO, a chargé de cette étude deux membres de l’Office, Maud OLIVIER, députée, et Jean-Pierre LELEUX, sénateur, appartenant respectivement au groupe socialiste et au groupe UMP. Enregistré sous le N° 1690 à l’Assemblée Nationale et le N° 274 au Sénat, leur rapport est disponible auprès des librairies des deux assemblées au prix de 9,50 (402 p, y compris les annexes) ou en accès libre sur leurs sites Internet. REE remercie Madame Maud OLIVIER d’avoir accepté de répondre à ses questions sur ce thème des cultures scientifique, technique et industrielle (CSTI) qui lui tient à cœur comme très certainement aux lecteurs de la revue. REE N°5/2014 145 ENSEIGNEMENT & RECHERCHE contacts, il se charge d’apporter aux journalistes, de façon réactive, les informations ou les contacts liés à l’actualité. Si ce dispositif pèche par différents aspects, nous nous sommes inspirés de cer- tains points pour recommander que soit créé un centre de commu- nication scientifique au sein de l’Institut des Hautes études pour la science et la technologie. REE : Vous formulez des recommandations précises afin que le corps enseignant puisse jouer, de la maternelle à l’université, un rôle décisif pour « faire connaître et partager les CSTI ». Quelles sont les plus importantes, à la fois réalistes et de mise en œuvre potentiellement rapide ? M. O. : Dans le domaine de l’éducation, et pour favoriser la démo- cratisation des cultures scientifique, technologique et industrielle, il faut que l’école en soit le vecteur principal. Pour cela, il faut mieux former les enseignants aux cultures scientifiques et à leur diffusion. Ainsi, nous proposons d’intégrer un enseignement spécifique des CSTI dans le cursus des étudiants des ESPE (et de le promouvoir dans la formation continue) : il faut faire intervenir la Fondation La main à la pâte, ou un acteur similaire, au moins une fois dans le cursus. Il faut également, et c’est en très bonne voie, que les com- pétences pédagogiques des futurs enseignants prennent une plus grande place dans les évaluations ; en particulier la pédagogie par l’expérimentation doit être renforcée. Les établissements associés aux CSTI sont nombreux sur tous les territoires. Nous proposons de développer leurs liens avec les établissements scolaires, en nommant dans chaque établissement un référent pour les CSTI : celui-ci aurait en charge de coordonner les actions de partage des CSTI au sein de l’établissement et à l’ex- térieur, avec les autres acteurs (universités, associations, organismes de recherches, acteurs industriels). Le corps enseignant, de la maternelle à l’université, est appelé à jouer un rôle essentiel, mais non exclusif Pour inciter les enfants et leurs parents à participer aux débats sur les enjeux scientifiques, nous proposons que soit organisé chaque année dans les établissements primaires et secondaires, un débat, fil rouge de l’année, sur le modèle des conférences de citoyens. Ce dispositif aurait plusieurs objectifs : - mettre, en tant qu’éducateur, la connaissance de certains sujets scientifiques ; citoyens aux débats scientifiques ; nationaux émanant des mondes de la recherche et de l’entreprise. Autre exemple, au lycée, nous proposons qu’une initiation à la recherche soit proposée aux élèves, en lien avec leur cursus (techno- logique, scientifique, littéraire ou économique et social). REE : A propos de la réforme des rythmes scolaires, on a bien peu parlé des CSTI … Ne serait-ce pas là une excellente oc- casion de stimuler les actions de terrain, telles celles menées avec « Les petits débrouillards » et/ou « La main à la pâte » ? M. O. : De fait, notre rapport évoque cette question et rappelle que les élus, dans le cadre de l’organisation des activités périscolaires liées à la réforme des rythmes scolaires, ont besoin très rapidement de disposer des informations nécessaires pour choisir les acteurs de terrain compétents. Pour ces raisons – et compte tenu du travail de cartographie des acteurs de terrain déjà entamé – il nous a paru opportun d’inclure les CSTI dans les attributions de l’OCIM (Office de coopération Un établissement emblématique des CSTI : le Palais de le Découverte, créé en 1937 par Jean Perrin (www.palais-decouverte.fr). 146 REE N°5/2014 ENSEIGNEMENT & RECHERCHE et d’information muséales) afin de mieux recenser l’ensemble des acteurs ; cela contribuera à accompagner et à aider les municipalités dans le développement d’activités périscolaires liées aux CSTI. Nous avons d’ailleurs préconisé que les projets éducatifs territo- riaux, qui encadrent les rythmes scolaires, intègrent un programme CSTI. Enfin, nous proposons d’impliquer les collectivités territoriales dans le fonctionnement des Maisons pour la science et la tech- nologie, ce qui est une manière de les intéresser à la formation continue des enseignants qui est assurée par ces dernières. REE : Il est étonnant que la militante féministe que vous êtes n’ait pas tenu à affronter plus nettement les difficultés liées au genre : les jeunes femmes sont encore largement réservées, voire réticentes, face aux études scientifiques… Les nouvelles ESPE ont par ailleurs un recrutement très fortement féminisé et littéraire : une forte majorité des futur(e)s enseignant(e)s a renoncé aux disciplines scientifiques avant le baccalauréat et rien ne semble prévu dans les ESPE pour promouvoir une sérieuse ouverture pluridisciplinaire incluant les CSTI… M. O. : La question de l’égalité femmes-hommes dans l’accès aux CSTI et dans le monde de la recherche occupe pourtant une large part du rapport et des recommandations ! Mais je souhaite appro- fondir la question des études de genre et de leur valorisation dans le cadre d’un travail à part. La formation initiale ou continue des enseignants doit être renforcée en matière de culture scientifique dans les ESPE Pour la formation des enseignant-e-s et leur sensibilisation aux questions scientifiques, comme je l’ai déjà dit, il faut développer lar- gement cet aspect dans les ESPE. Beaucoup d’enseignant-e-s sont issus des filières littéraires. Je n’ai bien sûr rien contre ces filières qui sont fondamentales, mais il est nécessaire de transmettre à ceux et celles qui en sont issu-e-s le goût des CSTI, pour les transmettre à leur tour avec enthousiasme à leurs futurs élèves. REE : Le rapport insiste à raison sur l’amélioration de la gouver- nance et des synergies à promouvoir entre des acteurs disper- sés ; à côté des succès locaux, tels que la Fête de la science, ou la fréquentation croissante des expositions ou centres de promotion des CSTI, quelles seraient à votre avis les initiatives susceptibles d’une réussite renforcée ? M. O. : Nous insistons dans le rapport sur la richesse que consti- tue la diversité des acteurs et des initiatives dans les CSTI. Mais lors de nos auditions, il y a eu unanimité quant aux besoins de gouvernance nationale et territoriale, pour plus de lisibilité et de visibilité des actions mais aussi pour atteindre les objectifs globaux de démocratisation de l’accès aux savoirs et de participation du plus grand nombre aux débats contemporains. Les acteurs sont nombreux, compétents et dynamiques, mais la gouvernance, thématique ou régionale, doit être grandement améliorée ! C’est pourquoi, nous avons demandé à ce que le partage des CSTI soit inscrit dans la stratégie nationale de la recherche, et à la suite de notre rapport, la Ministre a revu le statut et le fonctionne- ment du Conseil national de la CSTI, pour que celui-ci soit une ins- tance plus représentative de la diversité des acteurs et qu’il favorise un dialogue et une coordination des initiatives plus efficaces. Nous avons également fait des propositions quant à la gouver- Le premier CCSTI de France, créé en 1979 dans les anciennes fortifications de la Bastille : la Casemate de Grenoble. (www.lacasemate.fr ou www.ccsti-grenoble.fr) ©M.Boumlik REE N°5/2014 147 ENSEIGNEMENT & RECHERCHE nance territoriale des CSTI : les Régions, qui vont en avoir la respon- sabilité, doivent énoncer des stratégies, en lien avec les richesses locales comme avec la feuille de route qui sera établie par le mi- nistère chargé de la recherche. Il faudra également donner plus de poids, y compris financièrement, aux têtes de réseaux dans le rôle de coordination des acteurs. REE : Le rôle possible des médias ne serait-il pas sous-estimé dans le rapport : d’une part on y occulte le succès – spectaculaire sur une ou deux générations ! – des excellentes revues qui se consacrent aux CSTI ; d’autre part on s’attarde peu – trop peu ? – sur le rôle que pourrait ou devrait jouer la télévision. Je me souviens qu’il y une vingtaine d’années le sénateur LAFFITTE, qui fut vice-président de l’OPECST, s’en émouvait déjà fortement … M. O. : Comme je l’ai dit précédemment, les médias jouent un rôle important dans la diffusion des CSTI et je pense aussi que la télévision, parce qu’elle est regardée par le plus grand nombre de- vrait davantage s’investir en la matière. Nous avons écrit en ce sens aux présidents des grandes chaines publiques et au CSA. Dans le rapport, nous faisons des recommandations très concrètes et assez iconoclastes pour un rapport parlementaire : nous proposons des idées de programmes télévisuels. Par exemple, prendre exemple sur l’émission D’art d’art, sur l’histoire de l’art, pour faire des pro- grammes dédiés aux sciences, très courts et placés par exemple entre deux épisodes d’une série à succès ; ou encore faire une série pour promouvoir les métiers de l’industrie, comme « Les experts » qui ont provoqué de nombreuses vocations en police scientifique. Le rôle de la télévision n’est pas à la hauteur des enjeux ni de son audience ! REE : Les sociétés savantes jouent dans de nombreux pays – mais guère dans le nôtre – un rôle important dans la diffusion des CSTI. Ne serait-il pas possible d’encourager leurs actions de promotion dans ce domaine (publications, mais aussi conférences, colloques et rencontres, notamment en direction des jeunes) ? M. O. : Si, bien sûr ! Toutes les énergies sont bonnes à prendre. Je crois simplement qu’il faut surtout aux CSTI une feuille de route claire et de la coordination entre acteurs. REE : Le rapport mentionne… ceux qui l’ont précédé et dont l’impact n’a sans doute pas été suffisant ! Quelles sont les suites, déjà données ou prévues, que les divers acteurs concer- nés et interpellés prévoient de mettre en œuvre ? M. O. : La gouvernance a déjà été revue par le Ministère au niveau national et prévue au niveau territorial. Geneviève Fioraso est très à l’écoute sur la diffusion des CSTI. Elle veut tout mettre en œuvre pour qu’on ne laisse pas cet énième rapport au fond d’un tiroir. J’ai également sensibilisé la Ministre de l’éducation sur cet enjeu et je la sais réceptive. Nous savons que les rapports parlementaires ne sont pas suffi- samment valorisés. C’est pourquoi l’OPECST a décidé d’évaluer un an après son adoption, la mise en œuvre des recommandations de ce rapport. Il y a une vraie volonté des parlementaires de tous bords de voir ce sujet évoluer ! REE : La dernière question s’adressera à la parlementaire, élue d’une circonscription fortement marquée, à Orsay et Saclay, par l’enseignement supérieur et la recherche : les études scienti- fiques et techniques, outre leur nécessité pour revitaliser les capacités industrielles de notre pays, ne sont-elles pas un bon levier pour remettre en marche l’ascenseur social ? Elles sont en effet a priori moins sensibles aux marqueurs sociaux ou familiaux que les études littéraires ou économiques... Les CSTI sont inséparables de la démocratisa- tion de l’accès aux savoirs M. O. : L’OCDE porte ce triste constat que notre système éducatif a de plus en plus de difficultés à réduire les inégalités voire, qu’au contraire, il les accroît. Je suis persuadée en effet que l’un des objec- tifs majeurs de la diffusion des CSTI est la démocratisation de l’accès aux savoirs, afin de permettre des choix diversifiés d’orientation pro- fessionnelle pour toutes et tous, indépendamment du sexe, du nom comme de l’origine sociale ou territoriale. C’est certainement le plus grand défi des actrices et acteurs des CSTI, qu’il s’agisse de l’éduca- tion nationale, des institutions (Etat et collectivités territoriales) ou des musées et associations. C’est l’axe majeur de ce rapport et des recommandations qu’il contient. Propos recueillis par B. Ayrault Ancienne cadre du secteur privé, Maud Olivier est depuis 2012 députée socialiste de la cinquième circonscription de l’Essonne, qui comprend 10 communes dont Orsay, Saclay et Les Ulis. Elle est également conseillère générale des Ulis, ville dont elle a été maire de 2008 à 2012. Secrétaire de la commission des affaires culturelles et de l’éducation et membre de l’OPECST, Maud Olivier est aussi membre de la délégation de l’Assemblée nationale aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes ; à ce titre elle est rapporteure de la Commission spéciale pour l’examen de la proposition de loi renforçant la lutte contre le système prostitutionnel.