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L'emploi scientifique en France

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REE N°3/2014 109 ENSEIGNEMENT & RECHERCHE Bernard Ayrault I l n’est pas si simple d’évaluer et de mesurer l’effort de la col- lectivité nationale en matière de recherche et développement (R & D), tant ses modalités sont variées ; heureusement depuis quelques années diverses études ont été publiées qui apportent souvent des précisions méthodologiques et statistiques notables, mais trop souvent les médias publient sans précautions des chiffres globaux – qui ont tendance à mélanger des aspects largement indé- pendants –, ou partiels – qui faussent, en masquant leur complexité, la compréhension des phénomènes et évolutions en cours . Un exemple illustrera ces propos : on constate souvent, pour la déplorer, la baisse de jeunes bacheliers s’inscrivant dans les facul- tés des sciences : ne serait-il pas nécessaire, avant de s’inquiéter, d’analyser globalement les études scientifiques (classes prépa- ratoires très largement scientifiques, écoles d’ingénieurs souvent d’implantation universitaire et IUT - voire BTS - qui de plus en plus souvent conduisent à des emplois techniques hautement qualifiés) ? La réponse est alors nettement plus nuancée et même encoura- geante dans la mesure où l’ensemble du système éducatif assure de mieux en mieux la nécessaire professionnalisation des études longues à forte composante scientifique… A propos de l’emploi scientifique, des thésards et des doctorats L’emploi scientifique regroupe l’ensemble des personnes travail- lant sur un poste de R & D : doctorants, enseignants-chercheurs, chercheurs et personnels de soutien (ingénieurs et techniciens) qui exercent tant dans le secteur public que dans le secteur privé. La REE aborde dans le présent numéro une question souvent évoquée à l’occasion des budgets de l’enseignement supérieur et dont nous nous sommes fait l’écho dans notre dernier numéro : celle de l’effort collectif de la nation en matière de recherche et développement, base unanimement reconnue pour l’innovation et la compétitivité. Cette contribution comporte deux volets ; elle recense d’abord, à partir des études les plus récentes, les données essentielles en s’efforçant de préciser ce qui concerne les sciences de l’ingénieur dont nous sommes évidemment culturellement très proches. Ensuite REE accueille les réflexions de deux éminents spécialistes sur le rôle que pourraient et devraient jouer les docteurs dans l’entreprise. Figure 1 : Effectifs des chercheurs des administrations et des entreprises de 1997 à 2010 - Source : L’état de l’emploi scientifique en France - Rapport 2013. 110 REE N°3/2014 ENSEIGNEMENT & RECHERCHE Ainsi défini, et en tenant compte des temps partiels comme des quotités consacrées à l’enseignement, l’emploi scientifique com- porte actuellement près de 400 000 personnes en France, dont 240 000 chercheurs, désormais majoritairement dans le secteur privé, qui a doublé depuis 15 ans (figure 1). Les 100 000 chercheurs publics comprennent près de 20 000 doctorants financés sur fonds publics et correspondent donc à 80 000 emplois (en équivalent temps plein) dans les universités et dans les organismes de recherches, à commencer par le CNRS. Universités et CNRS sont par essence pluridisciplinaires, cependant que les autres organismes de recherche sont essentiellement scien- tifiques (CEA, INSERM, IFREMER, IRD...). L’emploi scientifique n’est pas réparti de façon homogène puisque l’Île de France accueille près de 40 % des chercheurs des organismes publics, et décentralisation oblige, 25 % des enseignants chercheurs. Pour les doctorants et les jeunes docteurs la proportion est voisine d’un tiers. Quelques régions concentrent l’essentiel de la province (autour des métropoles que sont notamment Toulouse, Lyon et Grenoble) et bien des régions n’accueillent aucun centre autre que l’université, ce qui pérennise une grande dispersion thé- matique. Le poids démographique de l’emploi scientifique s’écarte très largement de l’importance régionale : la Bretagne, par exemple, en dépit de sa politique volontariste et du poids historique qui y ont les TIC, ne parvient pas à 5 % des emplois nationaux. Les analyses démographiques et de genre apportent aussi quelques données intéressantes : la parité est largement inachevée et les femmes restent à envi- ron un tiers dans le public et un cinquième dans le privé. La pro- portion de femmes décroît avec l’âge et le niveau hiérarchique : on sait bien que l’évolution des pyramides est lente mais on peut rester (presque) optimiste en constatant que 48 % des doctorants sont des femmes. l’âge moyen des chercheurs du privé est très largement infé- rieur à celui du public (39,2 ans contre 47). Cela porte la marque des recrutements habituels : ici vers 30 ans après la thèse et sou- vent des séjours postdoctoraux ; là vers 25 ans, directement au sortir des écoles d’ingénieurs, sans préparation doctorale. A ces points de départ décalés s’ajoute des mobilités professionnelles significativement différentes puisqu’on fait moins souvent carrière dans la recherche privée que dans la recherche publique... Les comparaisons internationales ne sont pas aussi défavorables à la France qu’on le répète, dans les médias comme dans les syn- dicats : la France occupe le 8e rang mondial en termes d’effectifs (très près du Royaume-Uni et de la Corée du sud, mais assez loin des cinq premiers pays, inamovibles depuis de nombreuses années et sans doute pour longtemps encore !). Rapportés à la population, les mêmes effectifs donnent environ 0,85 %, devant l’Allemagne, le Royaume-Uni et presqu’au niveau des USA et du Japon, mais loin de la Finlande ou de la Suisse. N’oublions pas toutefois que la mon- dialisation concerne aussi bien d’autres aspects, tels que l’accueil des thésards étrangers ou la délocalisation de certains centres de recherche (pour se rapprocher des marchés). *** Le nombre global de doctorants recensés dans les universités et établissements similaires est désormais stabilisé à environ 65 000, après une forte période d’augmentation due essentiellement aux thésards étrangers qui représentent désormais environ 42 % du total (figure 2). Mais le nombre total de doctorants, établis à par- tir de l’ensemble des écoles doctorales dépasse sensiblement les 70 000 ainsi que le montre le tableau 1. Le « flux de sortie » de cette population, c’est-à-dire le nombre de thèses soutenues s’établit à 12 000 environ dont 4 800 étrangers, Grand domaine Domaine Scientifique principal Effectifs ED Nombre ED Sciences humaines et sociales Sciences humaines et humanités 20 570 37 100 50.8% 70 133 46.8%Sciences de la société 16 600 63 Sciences fondamentales et applications Sciences pour l’ingénieur 6 500 23.200 31,7% 26 91 32,0% STIC 7 700 23 Chimie 3 500 18 Physique 3 800 16 Mathématiques et leurs interactions 1 700 8 Sciences de la nature et de la vie Biologie, médecine et santé 8 400 12 800 17,5% 38 60 21,1% Sciences de la terre et de l’univers, espace 2 400 13 Sciences agronomiques et écologiques 2 000 9 TOTAL 73 200 73 100 284 284 Tableau 1 : Tableau des écoles doctorales (ED) classées par domaine scientifique principal. Etabli par Alain Bamberger à partir de l’annuaire des formations doctorales et des unités de recherche. REE N°3/2014 111 ENSEIGNEMENT & RECHERCHE parmi lesquels les sciences présentent des caractéristiques parti- culières (figure 3). Cela correspond à environ 7 500 thèses scien- tifiques délivrées chaque année, soit une augmentation de plus de 50 % sur la dernière décennie ; cette augmentation est due pour l’essentiel à deux causes, d’ailleurs non exclusives, la montée en charge des thèses préparées sous l’autorité des écoles d’ingénieurs et le poids croissant des étudiants étrangers (figure 4), (pensons aux thésards chinois, fort peu nombreux au début du siècle !). Les évolutions quantitatives mentionnées ci-dessus (+ 50 % sur les flux de docteurs face à une augmentation de 25 % des stocks d’em- Figure 2 : Evolution du nombre de doctorants entre 2000-2001 et 2001-2012 (France entière). Source : L’état de l’emploi scientifique en France - Rapport 2013. Figure 3 : Evolution du nombre de doctorats entre 2000-2001 et 2001-2012 (France entière). Source : L’état de l’emploi scientifique en France - Rapport 2013. 112 REE N°3/2014 ENSEIGNEMENT & RECHERCHE plois) expliquent les vives tensions relevées quant aux recrutements dans les organismes publics... Relevons quelques caractéristiques des thèses scientifiques : statistiquement les plus courtes (60 % des thèses achevées en moins de 40 mois et plus de 90 % en moins de 52 mois). La pro- portion de thèses menées à terme y est également la plus forte ; de thèse (un tiers la commencent avant 25 ans) ; dans la quasi-to- talité des cas les thèses sont financées et ce sont eux qui accèdent à un emploi pérenne (CDI ou fonctionnaire dans l’enseignement supérieur) dans la proportion la plus forte et le plus rapidement ; - nieur sont en nombre croissant et ont les trajectoires les plus favo- rables (ce sont les plus jeunes docteurs, puis les mieux rémunérés, en particulier dans le secteur privé où ils accèdent en proportion plus élevée). En dépit de ces caractéristiques globales, la dispersion des thésards scientifiques est très importante dans plusieurs domaines : d’un tiers (sciences fondamentales et applications) et plus de 60 % (chimie ; sciences de la vie, de la terre et de l’Univers ; pharmacie) ; - gions ; outre l’Île de France seules quelques régions parviennent à un poids comparable à leur importance démographique et/ou économique. Viviers et évolutions Il est bien connu que notre système universitaire s’articule désor- mais autour de la trilogie licence, master, doctorat (LMD) : hormis quelques fonctions du niveau licence ou infra (IUT, BTS), l’emploi scientifique ne concerne que les niveaux M ou D. Dans les domaines scientifiques et techniques, il existe deux viviers : les universités où l’on prépare explicitement un master et les écoles d’ingénieurs, dont une valeur plus symbolique que formatrice. Naguère le niveau M de l’université se partageait entre les DEA, à l’origine des masters recherche, et les DESS qui ont conduit aux mas- ters professionnels : ces différences se sont très largement estompées et les masters sont désormais très majoritairement indifférenciés. Actuellement les deux viviers sont du même ordre de grandeur : 85 000 étudiants sur deux années de master (toutes disciplines confondues), ce qui correspond à un doublement sur une dizaine d’années, et 125 000 dans les écoles d’ingénieurs (sur des scolarités une augmentation à peine moins forte. On ne dispose pas actuel- lement d’analyses précises qui éviteraient les doubles comptes et affineraient les analyses en terme de domaines. Le devenir des étudiants de master est dans l’ensemble connu : on constate une diminution relative de ceux qui continuent en thèse : à peine 15 % des masters recherche (contre près de 20 % il y a cinq ans) et 5 % des masters indifférenciés, qui ont fait de sérieux efforts quant à l’employabilité de leurs lauréats. A l’op- posé, une part croissante des jeunes ingénieurs continue en thèse, contrairement à une idée largement répandue, et la palme dans ce domaine revient indiscutablement à l’Ecole Polytechnique dont près de 30 % des anciens abordent le doctorat et à l’Ecole spéciale de Physique et chimie industrielle de la ville de Paris (ESPCI ParisTech) où la poursuite en doctorat est pratiquement la règle depuis Pierre Gilles de Gennes. Toutes ces données relativisent fortement le déclin annoncé des études scientifiques dans les disciplines traditionnelles à l’université, Figure 4 : Répartition des doctorants de nationalité étrangère par origine en 2001-2012. Source : L’état de l’emploi scientifique en France - Rapport 2013. REE N°3/2014 113 ENSEIGNEMENT & RECHERCHE d’autant que l’informatique y a pris une importance très forte. Mais ces évolutions induisent quelques effets délicats à gérer : - plines appelle la création de postes, cependant que la déshérence de certaines disciplines (la physique par exemple) rend fort pro- blématique le simple maintien des postes dans des équipes de recherche pourtant renommées ; fortement lié à la répartition des laboratoires d’accueil, entraîne des difficultés accrues, d’autant que les entreprises privées comblent une grande part de leurs besoins immédiats avec des ingénieurs (ceux qui le font, en part croissante, jouent à coup sûr gagnant si leur domaine d’élection est bien choisi !). Les écoles doctorales qui regroupent les laboratoires d’un même espace géographique (en province, c’est généralement celui d’une région et/ou de plusieurs universités) portent la marque de ces di- verses évolutions et on observe un nombre croissant de ces écoles qui accueillent des laboratoires tant de l’université que des écoles, quelle que soit d’ailleurs la tutelle de ces établissements. L’analyse de la répartition des ED par grands domaines (cf. ta- bleau 1) montre que parmi les ED des Sciences fondamentales et applications, plus de la moitié des écoles doctorales relèvent des « sciences physiques pour l’ingénieur », secteur qui avait pris une grande importance en particulier au CNRS et qui se trouve au- jourd’hui divisé entre deux ensembles : l’un est orienté vers les TIC et va de l’électronique à l’informatique, l’autre relève de la grande tradition de la mécanique et englobe tout ce qui concerne robo- tique et/ou énergétique. Face à ces deux ensembles, on trouve évi- demment les écoles doctorales dédiées aux mathématiques et à la physique d’une part, à la chimie et au génie chimique d’autre part. Pour stimuler la poursuite d’études vers le doctorat, en particulier des jeunes ingénieurs, les pouvoirs publics ont pris des mesures propres à favoriser le financement : il s’agit de mesures internes à l’enseignement supérieur, évoquées ci-dessus, mais surtout du dis- positif des bourses CIFRE (Conventions industrielles de formation par la recherche) où le salaire du doctorant est assuré à parts égales par l’entreprise et l’état, cependant que la thématique et l’encadre- ment sont co-assurés par l’entreprise et un laboratoire. On peut aussi mentionner dans cet esprit les « Instituts Carnot », laboratoires d’excellence que les pouvoirs publics abondent d’un montant égal aux contrats industriels conclus cependant que la quasi-totalité des Une mention particulière doit être accordée au dispositif CIFRE qui depuis une vingtaine d’années attire vers les entreprises de (environ 95 % de thèses soutenues). Même si les sciences hu- maines et sociales concernent près d’un quart des bénéficiaires, ce dispositif est, par volonté politique, essentiellement celui des hautes technologies : (45 %) alors que de nombreux laboratoires provinciaux peinent à trouver des candidats. Dans de nombreuses régions même il y a plus de laboratoires que de postulants... ; maintenant) semble achevée et il y a désormais une sélection assez sévère alors qu’il y a une dizaine d’années la plupart des candidatures étaient agréés ; des bénéficiaires (viennent ensuite chimie et matériaux pour 13 %, agroalimentaire pour 6 %...) ; d’excellence de la France : 22 % de boursiers dans l’électronique, la communication et l’informatique, 11 % dans les transports ter- restres et navals, 10 % dans la production et la distribution d’éner- gie, 8 % dans l’aéronautique et le spatial). Une enquête révélatrice et significative en Île de France Nous avons signalé que l’Île de France accueillait plus du tiers de l’emploi scientifique et des doctorants : aussi faut-il se féliciter de toutes les initiatives visant à mieux en analyser la répartition et les trajectoires professionnelles après le doctorat, en particulier celle réa- lisée ensemble par les universités Pierre & Marie Curie (Paris VI) et Paris-Est d’une part, ParisTech d’autre part, avec ses grandes écoles très fortement impliquées en matière de R & D (chacune accueille désormais plusieurs centaines de thésards !). L’enquête emploi 2013, relative à 1 479 docteurs de l’année civile 2012, est riche d’enseignements : concernant environ 12 % des thésards du pays (38 % des docteurs franciliens), elle peut être considérée comme très significative d’autant que le taux global de réponses avoisine 75 %, et même 85 % pour les docteurs issus de ParisTech. Elle concerne l’ensemble des disciplines scientifiques et techniques et permet un éclairage limité sur le champ des sciences humaines et/ou sociales. Les thèses avaient été financées dans la quasi-totalité des cas, à près de moitié sur fonds publics (le reste provenant essentiellement des contrats de recherche et des entre- prises, qui accueillaient un doctorant sur huit dans leurs laboratoires). Les sciences naturelles (mathématiques comprises) et les sciences de l’ingénieur représentent respectivement 46 % et 36 % des ré- ponses, et on souhaite que l’avenir permette d’affiner une classifica- tion trop réductrice. La féminisation, en moyenne de 37 %, dépend largement du domaine : elle décroît des sciences naturelles et chimiques aux ma- thématiques, restant homogènes avec les données des universités et écoles dans les cycles antérieurs. Plus du tiers des docteurs sont des étrangers, la moitié d’entre eux n’étant venu en France que pour - tion plus forte parmi ceux dont les thèses relèvent des sciences de l’ingénieur et/ou se déroulent dans des laboratoires industriels. Très naturellement on les retrouve aussi plus nombreux dans l’emploi privé, après la thèse. Au printemps 2013, soit de 4 à 16 mois après la soutenance, 114 REE N°3/2014 ENSEIGNEMENT & RECHERCHE 82 % des docteurs ont un emploi se répartissant à 67 % dans le secteur public (très majoritairement dans l’enseignement supérieur), 28 % en entreprise et 5 % dans le secteur privé non lucratif. Dans près de la moitié des cas, le contrat de travail avait été conclu avant la thèse et le plus souvent (9 fois sur 10) sa recherche dure moins de quatre mois. Il convient de noter que dans le secteur public plus des deux tiers des contrats sont des CDD correspondant à un « contrat post-doctoral », alors que dans le secteur privé les CDI sont les plus nombreux (70 %). Les différences de salaires entre les deux secteurs, public et privé, sont très importantes : rémunéra- tions annuelles moyennes brutes de 33 et 40 k respectivement, avec de très larges amplitudes (écarts types de l’ordre de 40 % de la moyenne). Les écarts de rémunérations hommes/femmes sont souvent importants, surtout dans le privé, mais restent en deçà de la dispersion constatée des salaires. La réorientation professionnelle après la thèse reste très limitée et les créateurs d’entreprise sont fort peu nombreux (à peine 1 %). Par contre on constate une forte mobilité géographique : l’emploi public concerne plus de la moitié des emplois hors Île de France (17 % en province et 40 % à l’étranger, pour des séjours post-doc- toraux universitaires, localisés surtout en Angleterre et Allemagne au sein de l’Union européenne, aux USA, Canada et Suisse hors U.E.). L’emploi dans le privé est légèrement plus concentré en Île de France ; les destinations hors de France sont les mêmes, avec toute- fois des fréquences plus élevées. La plupart des docteurs insistent l’importance des compétences scientifiques et techniques dans la plus-value que représente l’expé- rience doctorale dans la recherche d’emploi et la mettent même devant celles acquises avant la thèse ; beaucoup insistent aussi sur les compétences transverses telles que l’autonomie, la capacité d’analyser ou de gérer des problèmes complexes et/ou suggèrent l’intérêt de développer pendant la thèse de telles compétences (voir ci-dessous). Enjeux et évolutions souhaitables Dans une étude datant de 2010 mais qui, consacrée aux com- pétences dans les métiers de la recherche à l’horizon 2020, a gardé toute sa pertinence, on retrouve quelques-unes des constatations relevées dans l’enquête emploi analysée ci-dessus. L’organisation de la recherche, ses métiers et les compétences associées montrent des tendances lourdes, générales dans les pays que leurs dévelop- pements ont placés à des niveaux comparables : des évolutions structurelles, avec la prise en compte de straté- gies internationales, avec des rapprochements significatifs entre recherche publique et recherche privée, avec un maillage croissant des équipes et laboratoires ; des évolutions culturelles, avec des évaluations plus régulières, des gestions financières plus prégnantes, avec la nécessité de trouver des financements complémentaires (contrats) ; des pratiques nouvelles, avec la prise en compte renforcée des aspects de propriété industrielle, d’éthique, ou tout simplement de réglementations diverses, avec aussi une pluridisciplinarité toujours plus nécessaire pour innover et la maîtrise d’outils très évolutifs (outils collaboratifs, simulation, modélisation). Face à ces évolutions, des besoins homogènes en compétences se font jour pour les chercheurs confirmés dans tous les pays étu- diés, mais les attentes sont plus spécifiques concernant les jeunes chercheurs, selon leur environnement, université ou laboratoire, aca- démique ou industriel. A l’évidence un socle de compétences et de connaissances scientifiques est unanimement attendu, au sein desquelles l’interdisciplinarité comme la maîtrise des outils informa- tiques prennent une place croissante. Il s’y ajoute des compétences transversales, non scientifiques, de plus en plus nécessaires, princi- palement dans le domaine relationnel (maîtrise de l’expression tant écrite qu’orale, en particulier en anglais) et dans celui de la gestion de projet et d’équipe. Il s’y ajoute aussi des aptitudes personnelles telles que la créativité et l’ouverture d’esprit, la motivation-implication, l’imagi- nation et l’adaptabilité, ainsi que la capacité d’évaluation... et d’auto- évaluation ! L’analyse comparative pointe plusieurs domaines où notre pays peut et doit faire des progrès sensibles : cela concerne les compétences en communication et les compétences linguistiques, la gestion et le pilotage des équipes ainsi que la prise en compte de l’environnement, dans toutes ses composantes. Devant de telles attentes, plusieurs mesures paraissent s’impo- ser, qui ne concernent pas toutes le doctorat, mais aussi son amont et son aval : en compte ces exigences que l’on pourrait qualifier de « pré-profes- sionnelles » : c’est l’un des domaines où les grandes écoles ont un avantage compétitif sur les universités... ; - phiques, telles que les « doctoriales » qui rassemblent des jeunes chercheurs d’horizon variés, doivent être encouragées, voire systé- matisées. De même les gros établissements doivent avoir à cœur d’élargir, notamment par des séminaires réguliers, l’ouverture intel- lectuelle de leurs thésards ; - gement le plaisir d’évoquer les meilleurs souvenirs : la réussite scientifique ou professionnelle des anciens thésards, notamment étrangers, est un facteur de rayonnement intellectuel tout autant que d’échanges ultérieurs fructueux. Les universités paraissent en retard sur les Ecoles dans ce domaine ; les PMI et PME encore peu enclines à les embaucher, doit se pour- suivre. La mise en réseau des écoles doctorales, en particulier pour susciter de telles actions de promotion, est sans doute incontour- nable et il faut se féliciter des efforts faits dans ce sens tant pour le secteur mécanique-énergétique que pour celui des TIC. Conclusion L’enjeu de la compétitivité, que le gouvernement comme d’ail- leurs l’ensemble des forces économiques ou politiques appellent de leurs vœux, est dans tous les pays avancés lié à la formation des REE N°3/2014 115 ENSEIGNEMENT & RECHERCHE élites scientifiques et techniques. La France ne manque pas d’atouts dans ce domaine et son doctorat correspond globalement à ce qui est souhaitable, comme l’atteste le nombre et la qualité des docto- rants étrangers qui viennent y passer trois à quatre ans de forma- tion. L’évolution depuis une vingtaine d’années des grandes écoles scientifiques, dont les équipes accueillent désormais des milliers de doctorants, témoigne de progrès sensibles dans les thématiques plus proches que naguère des enjeux techniques, comme dans les coopérations induites par quelques évolutions nationales fort struc- Il reste toutefois encore bien des marges de progrès, dont les suggestions ci-dessus, indiquent les directions. En développant aus- si tout ce qui touche à l’innovation dans les cursus comme au sein des écoles doctorales, en simplifiant et en stimulant la création de start-ups, il est tout à fait loisible d’imaginer, pour notre pays et pour les années à venir, une présence européenne et mondiale efficiente face aux défis scientifiques et technologiques. Indications bibliographiques L’auteur tient à remercier ici Alain Bamberger qui a attiré son attention sur les études récentes les plus significatives. Le lecteur retrouvera les données rapportées ci-dessus, largement détaillées et analysées, dans les études suivantes, toutes disponibles en ligne : Emploi 2013 de l’UPMC, de ParisTech et de l’Université Paris-Est (septembre 2013). de l’enseignement supérieur et de la recherche (MESR). l’horizon 2020. Rapport établi en novembre 2010 par l’APEC et DELOITTE Conseil Secteur Public. A noter que les annexes de ce rapport présentent des fiches synthétiques comparatives sur les pays les plus importants en matière de R & D. Commissariat général à la stratégie et à la prospective (juin 2013). du Conseil supérieur de la recherche et de la techno-logie (mars 2012). Bernard Ayrault, membre émérite de la SEE, a été directeur de Télécom Bretagne. Depuis sa retraite, il s’entraîne à quelques exercices d’écriture et assure, pour la REE, la responsabilité de plusieurs rubriques dont une « chronique » régulière ; il s’y efforce de faire partager sa passion pour la culture scientifique. Bernard Decomps, Alain Bamberger L es réflexions de cet article sont de portée générale et, dans une large mesure, applicables à un docteur dans n’importe quelle discipline. Mais ici ce sont les doctorats de sciences fondamentales et appliquées qui sont visés et, dans ces spécialités, il est urgent de prendre conscience du contraste entre l’aura que re- vêtent le titre de docteur dans la plupart des pays industriels et leur image en France où le docteur peine à se mesurer avec l’ingénieur. Une reconnaissance controversée du potentiel d’un docteur français La reconnaissance du titre de docteur délivré par un établisse- ment homologué français — le plus souvent une université — fait aujourd’hui l’objet d’interrogations. Comment un docteur est-il ap- précié par les différentes catégories d’employeurs publics ou privés ? Est-il nécessaire pour exercer différentes fonctions ? Est-il suffisant pour obtenir effectivement un emploi permanent ? Existe-t-il des parcours types pour les docteurs entre l’obtention du doctorat et la stabilisation de son titulaire dans un emploi permanent ? La question de la reconnaissance est de portée générale pour l’ensemble des disciplines ; toutefois, dans cette analyse, les disciplines de sciences fondamentales et appliquées sont plus particulièrement visées. Comment définir le titre de docteur ? Avant de répondre aux questions qui portent sur la reconnais- sance du doctorat français, tentons de définir plus précisément le titre de docteur. Ce titre — cette « certification » pour se conformer à l’appellation officielle — reconnaît à son titulaire l’aboutissement d’un travail de recherche fondamentale ou appliquée, normalement conduit en trois ou quatre années sous l’autorité d’un directeur de thèse. Le directeur de thèse est officiellement « habilité à diriger des recherches ». Sauf exception, il s’agit d’un ancien docteur qui a apporté des preuves supplémentaires de son degré d’autonomie en matière de recherche au cours de son existence. Comment définir la compétence du docteur ? Au-delà des textes réglementaires qui précisent le cadre de la pré- paration et son mode d’obtention, le doctorat atteste d’un ensemble de compétences. Il atteste une appétence à se colleter avec des problématiques scientifiques controversées ou mal connues, une 116 REE N°3/2014 ENSEIGNEMENT & RECHERCHE aptitude à repérer les opportunité de progresser vers des solutions inédites et atteignables avec les moyens matériels ou intellectuels dont dispose le doctorant dans son milieu environnant (l’équipe de recherche ou le laboratoire), quitte à retenir le meilleur ou le moins mauvais de ces itinéraires. Au moment de la soutenance, le docto- rant a dû apporter la preuve de sa capacité à se colleter avec le réel, à le simplifier, souvent à le modéliser, bref, à progresser sur le front de la connaissance. C’est une attitude que le futur docteur aura à cultiver tout au long d’une carrière de chercheur, ce qui confère au doctorat son sens premier de qualification pour ce type de fonction. Mais, plus généralement, c’est au moins autant un apprentissage probant de l’art de l’ingénieur dans l’univers des technologies avan- cées. Cet apprentissage est la raison profonde qui justifie l’aura du docteur auquel on s’apprête, dans les pays anglo-saxons, à conférer des responsabilités d’ingénieur-entrepreneur. Quelles preuves d’un parcours effectif sur le front de la connaissance le docteur peut-il apporter ? En général, le résultat du travail est consigné dans un document qui porte le nom de « mémoire de thèse » ou de « thèse », document rédigé par le doctorant dans la perspective de réunir les preuves de ce parcours sur le front de la connaissance. L’originalité, la rapidité avec laquelle le futur docteur fait le tour des travaux antérieurs, le degré d’autonomie dont il a apporté la preuve ainsi que la rigueur scientifique de la démonstration de l’orthodoxie de la voie ou des voies explorées, sont validées par un jury dont les membres sont des « experts » de ces voies, professeurs, directeurs de recherche ou équivalents, dont les noms figurent explicitement sur la certification délivrée. En clair, tout employeur potentiellement intéressé par le docteur est susceptible d’identifier des référents parmi les membres du jury. Un rapport de soutenance, rédigé par le président du jury, fournit, en outre, une appréciation circonstanciée sur l’aisance du docteur au cours de la soutenance et sur sa capacité à valoriser les principaux résultats de son travail. Les failles de la démonstration de l’aptitude du docteur à poursuivre un parcours sur le front de la connaissance et de l’innovation industrielle On ne peut manquer de noter que le titre de docteur reste né- cessaire pour candidater à la plupart des positions de chercheur dans la recherche publique ou l’enseignement supérieur mais ne suffit plus à leur obtention d’une position permanente. Aux doutes sur l’originalité des avancées réalisées qui sont une forme de contes- tation du jury plus que du candidat, c’est l’autonomie et la part de responsabilité personnelle du jeune docteur dans le travail présenté dans la thèse qui ne serait pas suffisamment démontrée : pour être sérieusement pris en considération, on exige du jeune docteur surtout, réalisés dans un environnement où le directeur de thèse n’est plus partie prenante. Tout se passe comme si le « bon » direc- teur de thèse, celui qui est à l’origine du sujet de la thèse, qui en sur la responsabilité effective du docteur ne peut que susciter des interrogations sur son aptitude à faire preuve d’autant de perspica- cité quand il aura à faire un parcours non moins risqué dans l’envi- ronnement d’un entreprise ou d’un service public quand il sera à la recherche de ces découvreurs des bons itinéraires, de ces artisans de l’innovation, fonctions pour lesquelles il semblerait pourtant par- faitement qualifié. Deux attitudes opposées des recruteurs entre le domaine de la recherche publique et tous les autres employeurs entre chercheurs, la présomption de potentiel du jeune chercheur est validée au travers d’une étape de transition dans un environne- ment éloigné du directeur de thèse, avec une faveur particulière pour un parcours d’une ou deux années à l’étranger. Le candidat à une position permanente dans une fonction de chercheur public ou d’enseignant du supérieur se coule ainsi dans les références qui régissent le monde de la recherche. En dépit de l’allongement de la durée du parcours et de la nécessité d’accepter des positions temporaires qui pèsent sur l’attractivité réelle des parcours d’un doctorat en sciences fondamentales ou appliquées, on voit assez mal comment améliorer le processus de stabilisation. - tiques normatives du monde de la recherche ? Certes, il convient de saluer les avancées réglementaires récentes, concernant les titulaires d’un doctorat, notamment dans le recrutement dans les trois corps de la fonction publique, ainsi que dans les conventions collectives de différentes branches industrielles, à commencer par l’UIMM. Ces avancées sont récentes, ce qui laisse présager des améliorations prochaines ; mais elles restent bien timides au regard de pratiques de recrutement qui font toujours la part belle aux parcours de formation traditionnels et aux critères de l’entrée dans ces parcours, sans prendre en compte l’expérience acquise pendant le parcours de formation et les compétences réelles qui en découlent. Les docteurs dans l’industrie En privé, les patrons de l’industrie sont prêts à convenir de l’inté- rêt de recruter des talents qui se sont confrontés à la complexité du réel, à faire l’inventaire des solutions pour dépasser un obstacle, à repérer la solution la moins mauvaise car la meilleure est souvent difficile à identifier au départ. Mais leur directeur des ressources humaines — pour les grands corps de l’état comme dans les entre- prises — a les yeux rivés sur la notoriété de l’école du postulant et sur la certitude de l’effet bénéfique de la concurrence attestée par son concours d’entrée, une concurrence qui aurait établi définitive- les écoles doctorales et les entreprises, notamment au travers des fédérations, semblent impuissants à renverser la tendance, du moins pour le moment. Le passage par un CIFRE, avec un recrutement validé par une entreprise, ne suffit pas à assurer un recrutement REE N°3/2014 117 ENSEIGNEMENT & RECHERCHE pour une position sable au sein de la même entreprise. Certes, cette attitude réactionnaire est à nuancer en fonction de la branche. Les industries chimiques et, notamment, la branche pharmacie, sans doute sous l’effet de la prégnance des concurrents outre-Rhin, n’ont pas nécessairement les mêmes préventions à l’endroit des jeunes docteurs qui ne peuvent aligner une preuve de leur potentiel qui serait liée à un succès à un concours « anonyme », garant de leur valeur intrinsèque. On mesure ainsi le risque de discrédit du titre de docteur des trop « bons » directeurs de thèse qui ne laissent pas la bride sur le cou des doctorants dont ils ont la charge. En dépit. Dans ce contexte, quelles sont, pour les docteurs, les chances de jouer le rôle qu’ils méritent et qui serait hautement bénéfique à l’innovation ? Le parcours du jeune docteur à l’étranger, moins dans ce qu’il a trouvé dans une fonction de chercheur à titre temporaire, que dans les titres qu’il a pu décrocher dans une université prestigieuse, est de nature à réhabiliter le docteur. Fermons les yeux sur le déni impli- cite à l’émulation républicaine des concours anonymes des grandes écoles françaises quand on sait le prix d’une année passée dans une telle université. Notons qu’une fraction non négligeable des jeunes titulaires d’un doctorat français est également titulaire d’un titre d’ingénieur qui ras- sure le directeur des ressources humaines. Si, au passage, le jeune docteur-ingénieur est susceptible d’apporter une liaison forte avec un laboratoire déjà repéré par l’entreprise comme un partenaire à cultiver, notamment pour sa contribution à un Institut Carnot, ce der- nier augmente ses chances d’être un recruté. L’expérience du docto- rat lui est même reconnue par une année d’ancienneté ! Les statistiques de recrutement des docteurs issus des écoles doctorales françaises dans les entreprises industrielles sont parfois faussées par la proportion significative de titulaires de nationalité étrangère, écartés par principe dès que l’entreprise travaille sur des domaines sensibles. En revanche, les docteurs de nationalité fran- çaise — quel que soit leur parcours — ont plus de chances d’un recrutement dans une grande entreprise qui dispose d’un dépar- tement de recherche, en général fortement couplée à la recherche publique. En revanche, les opportunités s’amenuisent dans les en- treprises de plus faible dimension, celles-là même qui jouent plus souvent leur avenir sur l’innovation. C’est à l’évidence que le front des ETI, des PMI et TPE qu’il fau- drait jouer la carte de l’aptitude à l’innovation des jeunes docteurs. Cette recommandation rejoint les préoccupations exprimées par divers rapports de l’académie des technologies. Les ingénieurs diplômés et docteurs La dernière enquête de la revue « l’étudiant » témoigne d’un inté- et docteurs » varie fortement d’une école à une autre, il atteint à ParisTech une moyenne de 22 %, le fruit d’un double investissement dans la recherche et dans les écoles doctorales, avec la perspective de construire des liens durables et intelligents entre la recherche et les entreprises. Certes, le taux de 28 % de l’Ecole Polytechnique est pour partie le fruit de la dispense de la « pantoufle » – le rembour- sement des frais d’études pour les polytechniciens qui dérogent à l’obligation de servir l’état — accordée à celles et ceux qui préparent un doctorat. Mais les autres performances que révèle cette enquête — 62 % à ESPCI, 43 % à Chimie ParisTech, 40 % à Sup Optique, 19 % à ENSTA ParisTech ou encore 14 % à Mines ParisTech – sont à mettre exclusivement au crédit de politiques d’établissements volon- taristes qui ont totalement compris l’importance d’une vraie expé- rience de la recherche dans la culture des ingénieurs français. Dans les champs disciplinaires qui bénéficient de ces apports, notamment dans les écoles doctorales des sciences pour l’ingénieur, - torat sont devenus majoritaires. Si la greffe réussit, si les entreprises repèrent dans cette manne le potentiel d’innovation de ces doubles - trouvent le chemin des entreprises après la thèse, on peut penser passé. Il y a gros à parier que les autres docteurs, les docteurs qui ne seront pas passés par une école d’ingénieurs, ne tarderont à béné- ficier de la voie ouverte par leurs condisciples des écoles doctorales et que les performances atteintes par les uns dans le monde de la recherche rejailliront sur celles des autres. Certes, il reste à évaluer les vraies motivations des ingénieurs cette enquête que se livre actuellement la conférence des écoles doctorales en sciences pour l’ingénieur. Bernard Decomps, normalien, membre de l’académie des technologies, ancien chercheur et professeur, a participé à la création des allocations de recherche et des conventions CIFRE. Alain Bamberger, polytechnicien, ingénieur général des Mines, est délégué à la recherche, à l’innovation et à la valorisation à ParisTech