On attend les oies du Capitole...

04/05/2014
Publication REE REE 2014-2
OAI : oai:www.see.asso.fr:1301:2014-2:10848

Résumé

On attend les oies  du Capitole...

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	    <date dateType="Updated">Thu 26 Jan 2017</date>
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92 REE N°2/2014 LIBRES PROPOS Jean-Loup Picard Ancien directeur général adjoint du Groupe Thales L a crise a accéléré l'histoire. Le barycentre du monde s'est déplacé en Asie. La compétition mondiale s'est établie à tous les stades de la valeur ajoutée, depuis la recherche jusqu'à la distribution des produits et services associés. L'enjeu du développement et de l'emploi repose, plus que jamais, sur les technologies, c’est-à-dire cet ensemble de techniques et de savoir-faire susceptible de géné- rer une valeur ajoutée élevée, permettant d'asseoir de manière pérenne une position de leadership sur le marché mondial. Une étude récente de la Direction du Trésor (Trésor-éco, N° 122, janvier 2014) illustre bien ce phénomène : le tiers de l'acti- vité industrielle française, ciblée sur les produits à haute valeur ajoutée, a doublé en dix ans son solde commercial, qui est pas- sé de 0,6 % à 1,2 % du PIB, sans compenser malheureusement la dégradation du solde commercial du reste de l'activité, plus sensible à la compétition directe par les prix. Les gouvernements, mais aussi les ré- gions, les grandes métropoles de nos pays industriels ne s'y sont pas trompés : Il faut s'appuyer sur ses points forts, supporter leur développement par tous les moyens dispo- nibles : la commande publique, le financement de la recherche en cohérence avec les établissements publics et les universités, le renouvellement des compétences via le système éducatif. En Europe, les pays scandinaves, l'Allemagne, la Suisse, le Piémont, la Catalogne, offrent de bons exemples de cette mobilisation. En Allemagne, par exemple, les entreprises du Mittels- tand, de taille moyenne, ciblée sur des secteurs techniques à haute valeur ajoutée, génèrent des excédents commerciaux indécents ; de tradition, les actionnaires, souvent familiaux, et les représentants des salariés, qui participent à la cogestion de l'entreprise, surveillent ensemble les conditions de sa compé- titivité, considérée comme un pré-requis. En France, selon une tradition tenace, remontant à Colbert et riche du souvenir de nos glorieuses révolutions, les enjeux économiques sont d'abord l'affaire de l'Etat, et de la politique. Selon une liturgie consacrée, le Gouvernement, de droite ou de gauche, proclame de grandes ambitions et, pétri d'embar- ras, réunit les représentants des entre- prises, réputés « de droite », et les syn- dicats de salariés, réputés « de gauche » (le Capital et le Travail s’opposent encore dans l’inconscient collectif !), pour élaborer lentement de laborieux compromis sur la réforme des retraites, les charges sociales, le fonction- nement du marché du travail... dix ou quinze ans après nos voisins, accoutumés aux enjeux de la compétition mondiale, fussent-ils en même temps les champions d'une économie sociale avancée, comme nos amis scandinaves. Heureusement, nous avons des fonctionnaires inventifs et, depuis que l'on a redécouvert les vertus de l'industrie, qui génère, de fait, plus de 80 % de nos exportations, un arsenal de dispositifs a été mis en place : les pôles de compétitivité en 2004, le renforcement du Crédit impôt recherche en 2008, les « investissements d'avenir » en 2010, le CICE en 2012, les trente- quatre plans de « la nouvelle France industrielle » en 2013... Mais la croissance n'est pas au rendez-vous, faute d'une mobilisation suffisante. Le chef de l'Etat évoque un « pacte de confiance »... Mais au fait, que disent nos ingénieurs, face à ces défis fondés sur la mobilisation des technologies et des savoir-faire ? On ne les entend pas… Certes, ils ne sont pas nombreux dans l’espace politique, ni au Gouvernement, ni sur les bancs des assemblées. Mais, lorsqu'à l'automne dernier, les attaques revinrent pour sup- primer ou réduire sensiblement le crédit impôt-recherche, ils auraient dû se mou- voir pour défendre l'outil sans doute le plus pertinent pour relancer la croissance industrielle française. On devrait les entendre pour stimuler les actionnaires en faveur de l'investissement, pour presser et convaincre les financiers qui gèrent l'énorme épargne d'assurance-vie des français, plus de 1 400 milliards d’euros, dont une très modeste proportion finance l’entreprise, pour ouvrir leurs laboratoires et leurs usines aux élèves des écoles, qui considèrent toujours avec méfiance une orientation professionnelle vers l'industrie. Nous attendons de nos ingénieurs, de leurs associations, de leurs réseaux – n’est-ce pas, mesdames et messieurs les lec- teurs de la REE – un enthousiasme communicatif, une ambition convaincante pour bâtir une vision, des projets multiples, struc- turés et probants qui génèreront la dynamique nouvelle de notre industrie, avec la confiance rétablie de tous les acteurs. Telles les oies du Capitole, nos ingénieurs doivent s'exprimer forte- ment pour alerter et mobiliser la France entière. Ainsi firent les Romains, qui se cotisèrent pour verser une rançon à l’en- vahisseur Gaulois, puis rétablir les forces vives de leur Etat, et, un peu plus tard, créer l'Empire… On attend les oies du Capitole... Jean-Loup Picard est ancien directeur général adjoint du groupe Thales, en charge de la stratégie et de la technolo- gie, administrateur de sociétés et conseil en stratégie industrielle, membre du Conseil d'orientation de la Fabrique de l’industrie.