Politique européenne de l’énergie : il est temps de sortir de l’ornière

04/05/2014
Auteurs : Claude Mandil
Publication REE REE 2014-2
OAI : oai:www.see.asso.fr:1301:2014-2:10846

Résumé

Politique européenne de l’énergie : il est temps de sortir de l’ornière

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	    <date dateType="Created">Sun 4 May 2014</date>
	    <date dateType="Updated">Thu 26 Jan 2017</date>
            <date dateType="Submitted">Mon 10 Dec 2018</date>
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REE N°2/2014 1 L La construction de l’Europe de l’éner- gie a pris deux formes essentielles : la création du marché intérieur concur- rentiel de l’électricité et du gaz et la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre. Très rapidement, ce dernier objectif s’est ramifié avec l’adoption de sous-objectifs : la croissance des énergies renouvelables et le fameux 3 x 20 en 2020. Du fait de ces objectifs surdéterminés ou contradictoires, la situation actuelle est un champ de ruines. Prenons l’exemple du marché de l’électricité. La fixation d’objectifs pour la pénétration des éner- gies renouvelables a nécessité des mesures spécifiques puisque ces énergies, souvent trop chères et presque toujours intermittentes, ne peuvent pas se placer sur le marché : tarifs de rachat garantis et priorité d’accès au réseau. Elles sont donc hors marché alors que leur production devient une fraction significative de la produc- tion totale dans l’Union européenne : 7,8 % de l’électricité produite mais 16,7 % des capacités de production en 2013. Et comme il faut bien payer le surcoût entre le prix de marché et le prix garanti au producteur, ce surcoût est imputé directement au consommateur. Il en résulte une situation ubuesque dans laquelle les prix de gros, très volatils, sont en moyenne de plus en plus bas du fait de la croissance de la production renouve- lable, et les prix de détail de plus en plus élevés du fait de l’impact croissant des systèmes de type CSPE en France ou EEG en Allemagne. Du coup les gouvernements sont tentés de réglementer les tarifs aux particuliers, en augmentant encore le nombre d’acteurs qui échappent aux lois du marché. En bref le marché intérieur de l’électricité a les apparences d’un marché, mais il n’en a au- cune des caractéristiques qui lui permettraient de conduire à un équilibre général au moindre coût. Deux perturbations majeures sont venues au même moment altérer un peu plus le fonctionne- ment du marché. La première est la crise financière de 2008, dont un effet collatéral a été l’effondre- ment du prix de marché des permis d’émission de CO2 . La tonne de CO2 évité, qui était autour de 25 avant la crise, et qu’on pensait voir monter à 50 , se traîne à 7 . Du coup, les investisse- ments destinés à limiter les émissions voient leur rentabilité se réduire, voire disparaître. La seconde tient au développement de la pro- duction de gaz non conventionnel aux Etats-Unis, provoquant là-bas un effondrement du prix du gaz qui déplace massivement le charbon vers l’Europe, puisque la pénalité carbone du charbon par rapport au gaz y est trop faible et puisqu’une priorité absolue est donnée aux énergies renou- velables. Voilà comment de nombreuses cen- trales à gaz ferment en Europe, alors qu’elles sont indispensables, à cause de leur souplesse, pour assurer le soutien aux énergies intermittentes. En résumé, la situation est la suivante : provoquer une baisse des prix pour les consom- mateurs. En fait les prix du gaz et de l’électricité n’ont jamais été aussi élevés pour le consom- mateur final ; - senté comme une politique temporaire, devant permettre à ces énergies de devenir progres- sivement rentables. C’est le contraire qui s’est trop souvent produit et des tarifs trop généreux permettent à des énergies sans avenir, comme l’éolien offshore, de se maintenir, au détriment de l’innovation ; - mise par le développement anarchique des énergies intermittentes et la fermeture des cen- trales à gaz. En cas de forte demande électrique un jour sans vent ni soleil, des pannes sont à prévoir ; donneur de leçons dans la lutte contre le chan- Politique européenne de l’énergie : il est temps de sortir de l’ornière EDITORIAL CLAUDE MANDIL 2 REE N°2/2014 gement climatique, l’opposé du mauvais élève américain. Et voilà que le mauvais élève réduit fortement ses émissions et que le bon élève augmente les siennes, en particulier en Alle- magne ; - mise par l’entêtement à poursuivre ces poli- tiques et par leur coût insensé ; publiques dans le bien-fondé des politiques énergétiques décidées par leurs gouvernants est ébranlée. Si on ne veut pas courir le risque d’un effondre- ment du système et d’un retour à des politiques purement nationales, donc gravement sous-opti- males, il faut lui apporter en urgence des amé- liorations pragmatiques afin d’en faire disparaître les travers les plus criants. Quelques suggestions : - malement, donc que le choix des acteurs soit influencé par les coûts. Il conviendrait de mettre fin à l’aberration des tarifs garantis et de les rem- placer, si nécessaire et pour une durée limitée, par des subventions d’équipement. Il faudrait en outre que les renouvelables supportent le coût de leur intermittence ; sur le marché ETS, afin de maintenir la confiance dans le cours des permis d’émission, signal pour les décisions d’investissement à long terme. Ce nouveau marché exige, comme d’autres, une véritable autorité de marché ; le changement climatique, faire des émissions de CO2 le seul objectif chiffré contraignant ; - quement la règle « touche pas à mon pote » : toute interruption de la fourniture d’énergie à l’un des Etats-membres est une interruption pour l’Union tout entière, et déclenche automa- tiquement une fourniture de substitution en pro- venance du reste de l’Union ; est essentielle. Que la Commission organise le modèle pratiqué par l’AIE, destinées à vérifier la cohérence des différentes programmations indicatives, les résultats étant publiés. Il restera à tenter de convaincre l’opinion publique qu’une énergie totalement sûre, abondante, bon marché, cela n’existe pas ! Claude Mandil est ancien directeur général de l’Agence internationale de l’énergie.