Quelques réflexions sur l’avenir de la transformation énergétique

12/05/2018
Publication REE REE 2018-2
OAI : oai:www.see.asso.fr:1301:2018-2:22872

Résumé

Quelques réflexions sur l’avenir de la transformation énergétique

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108 Z REE N°2/2018 LIBRES PROPOS Dominique Auverlot Directeur de projet auprès du Commissaire général France stratégie LIBRES PROPOS A u moment où le débat sur la programma- tion pluriannuelle de l’énergie s’engage, peut-être n’est-il pas inutile de revenir sur certains éléments qui vont influencer notre mix énergétique dans les prochaines années. Un contexte énergétique qui a profondément évolué depuis la préparation de la loi sur la transition énergétique Force est tout d’abord de constater que le contexte énergétique dans lequel nous évoluons diffère profon- dément de celui d’avant la crise de 2007 qui a conduit au paquet énergie-climat et à son fameux « 3 x 20 » et de celui de 2014 qui a correspondu à la préparation de la loi relative à la transition énergétique pour la crois- sance verte (LTECV) : l’augmentation attendue des prix des hydrocarbures ne s’est pas vérifiée et les prix ont été tirés vers le bas par la révolution du pétrole et du gaz de schiste aux Etats-Unis, désormais premier producteur mondial de gaz et de pétrole. En juillet 2014, le cours du baril atteignait 110 dollars ; il est voisin aujourd’hui de 60 dollars. Le cours de l’uranium connaît une chute com- parable. La valeur du quota de carbone sur le marché européen reste bien trop faible (inférieure à 10 F/tCO2 ) pour donner un signal d’encouragement en faveur des investissements bas carbone. Les calculs économiques, implicites ou explicites, qui ont accompagné la prépara- tion du paquet énergie climat de 2008 et de la LTECV, n’avaient pas envisagé cette situation et doivent donc être révisés. Le calcul du coût de la tonne de CO2 évitée doit également être effectué ou réeffectué pour les dif- férentes mesures de la PPE. Réduire nos émissions de gaz à effet de serre est un impératif De surcroît, l’Accord de Paris, adopté en décembre 2015 et donc postérieur à la loi, modifie la vision de la transition énergétique qui était au cœur du travail législatif français : il souligne l’urgence de la lutte contre le changement climatique et fixe pour les activités hu- maines un objectif de neutralité carbone à la planète dans la seconde partie de ce siècle, objectif qu’il serait souhaitable d’atteindre dès 2050 pour les pays déve- loppés. Dès lors, la réduction de nos émissions de gaz à effet de serre s’impose comme la priorité majeure d’une politique énergétique qui doit cependant être optimisée sur le plan économique pour favoriser, dans toute la mesure du possible, la compétitivité et le pou- voir d’achat. De la libéralisation des marchés au retour de l’Etat Le sens même de la PPE a profondément évolué : dans la logique de la libéralisation européenne des secteurs de l’électricité et du gaz qui a prévalu dans la décennie 1990, et qui conduisait à s’en remettre aux forces du marché, les PPE du début des années 2000 servaient de remède aux défaillances du marché : elles étaient principalement destinées à prévoir les instal- lations de production d’électricité nécessaires au pas- sage de la pointe. Au terme de la LTECV, son champ est aujourd’hui beaucoup plus large : elle doit mettre en œuvre les moyens nécessaires à la déclinaison des 40 objectifs contenus dans les premiers articles de la loi, ce qui revient à placer l’Etat en commanditaire prin- cipal, non seulement de la production d’électricité, mais Quelques réflexions sur l’avenir de notre secteur énergétique REE N°2/2018 Z 109 LIBRES PROPOS aussi des énergies renouvelables, de la chaleur, des bio- carburants… et qui n’est pas sans contradiction avec la libéralisation du marché. Mais, c’est aussi un exercice de réflexion sur le futur : le ministre d’Etat, chargé de la transition écologique et solidaire, souligne que cette nouvelle PPE constitue l’un des rares moments où pour la première fois depuis 40 ans, existe une vraie opportunité de choix, où nous pouvons dessiner un paysage nouveau pour le mix énergétique à travers une vision du futur, où nous sommes libres d’inventer notre futur énergétique : jamais la possibilité de décider du rôle des ENR, de l’efficacité énergétique et du nucléaire n’aura été aussi forte. Repartons des considérations économiques pour dessiner le mix électrique Inutile de revenir longuement sur la place du nu- cléaire dans le mix électrique. Ce sera le point le plus débattu et les enjeux en sont bien connus : le nucléaire existant, même recaréné, reste de très loin (à part l’hy- draulique) le moyen de production le moins cher, et, de plus, décarboné. La question du 50 % de nucléaire dans notre mix énergétique peut être décomposée en deux étapes. Si nous voulons aboutir à une part de 50 % d’énergies renouvelables dans la production d’électricité, nous devons mettre sur le réseau chaque année, sur un rythme industriel durable de 25 ans correspondant à la durée de vie estimée des ENR, environ 2 GW de solaire et 2 GW d’éolien1 . Ensuite, se pose la question du calendrier de ferme- ture des centrales nucléaires. Les incertitudes qui pour- raient le modifier sont nombreuses à l’horizon 2030 : la consommation française d’électricité va-t-elle diminuer ou augmenter ? Les décisions de l’Autorité de sûreté nu- cléaire conduiront-elles à des arrêts réguliers de certaines tranches nucléaires pendant l’hiver ? Comment vont évo- luer les cours du pétrole et du gaz aussi bien que la valeur du carbone ? Jusqu’où ira la baisse du coût des énergies renouvelables ? Le stockage à bas coût de l’électricité va- t-il se développer ? Dans ces conditions, donner à EdF une certaine souplesse dans la date de fermeture de ses centrales afin de tenir compte de ces multiples interro- 1 Soit environ 6 TWh, ce qui, multiplié par 25, nous donne une production de 150 TWh à laquelle nous devons ajouter environ 60 TWh d’hydraulique. Ce total représente 50 % d’une consomma- tion que RTE envisage comme pouvant être de 420 TWh à 2035 (en recul par rapport à la consommation actuelle de 460 TWh). gations ne remettrait pas en cause le déploiement des renouvelables, permettrait une meilleure valorisation des centrales nucléaires existantes, réduirait, à défaut de sup- primer, le montant d’indemnisation demandé à l’Etat et donc la facture pour chacun d’entre nous, et éviterait, ce qui n’est pas le moindre avantage, les crispations obser- vées à l’occasion de la fermeture de Fessenheim. La neutralité carbone et ses implications L’objectif de neutralité carbone qui s’impose désor- mais et qui a été repris dans le discours de politique gé- nérale mérite d’être débattu plus largement : il implique à terme, hors développement de la capture et du stoc- kage du carbone, une très nette réduction, sinon l’arrêt, de l’usage des énergies fossiles. En France, une fois arrê- tées les dernières centrales à charbon ou transformées en centrales brûlant de la biomasse et des déchets verts, le mix électrique représentera moins de 4 % des émis- sions du pays. Les efforts de réduction des émissions de gaz à effet de serre, et les dépenses publiques aussi bien que privées, doivent donc se concentrer sur le rési- dentiel-tertiaire, le transport et l’agriculture secteurs pour lesquels les réductions sont beaucoup plus difficiles et coûteuses à mettre en œuvre. Ils doivent également se poursuivre dans un secteur industriel sensible aux fuites de carbone qui devrait idéalement bénéficier d’un mar- ché ETS rénové. Dans ce but, l’électrification des usages reposant actuellement sur le pétrole et le gaz, en par- ticulier dans le transport (véhicules électriques ou hy- brides, transports collectifs…) et le résidentiel tertiaire (pompes à chaleur notamment), doit être menée de manière résolue. Elle devrait être favorisée par un signal prix significatif du carbone, reposant pour le transport et le résidentiel-tertiaire sur une augmentation régulière de la composante carbone de la TICPE ainsi que, pour l’industrie, sur la mise en place d’un prix plancher sur le marché ETS et d’une taxe aux frontières de l’Europe sur le carbone. La réduction des émissions de carbone passe par une électricité propre et par l’électrification des usages En juillet 2017, Lord Turner venu présenter à France Stratégie les conclusions de l’étude qu’il a dirigée avec “The Energy Transitions Commission”, un think tank com- posé d’économistes et de dirigeants internationaux, sou- lignait que la réduction des émissions de carbone passait par la production d’une électricité propre – ce qui est le 110 ZREE N°2/2018 LIBRES PROPOS cas de la France au contraire de ses pays voisins –, et par l’électrification des usages, notamment le développe- ment du véhicule électrique pour la mobilité ou celui des pompes à chaleur pour le chauffage des locaux. Suivre ses recommandations nous permettrait de sortir du dilemme consistant à vouloir construire davantage d’installations EnR alors qu’il n’y a pas de besoins nouveaux d’électricité à satisfaire et que l’on veut éviter de détruire de la valeur et de créer des « crispations » en fermant prématurément des centrales nucléaires. La solution pourrait consister à renforcer notre politique d’efficacité énergétique dans le résidentiel tertiaire en l’adossant à des critères de réduc- tion des émissions de gaz à effet de serre et à mettre en œuvre, comme Jean-Pierre Hauet le suggère, une politique de promotion des usages rationnels de l’élec- tricité, vecteur décarboné. Mais celle-ci rencontre depuis plusieurs années des obstacles importants que le pouvoir réglementaire pourrait lever en revoyant la notion d’éner- gie primaire, ou au moins le coefficient de conversion de 2,58, et les réglementations thermiques qui pénalisent aujourd’hui l’usage des pompes à chaleur et font dispa- raître au profit d’énergies carbonées le bon vieux ballon d‘eau chaude qui demain pourra stocker l’énergie solaire à moindre coût. Réduire notre consommation pétrolière La réduction de notre dépendance au pétrole semble désormais possible : grâce aux progrès dans la technologie des batteries, plus d’un million de véhicules électriques circulent sur les routes de la planète. Dans son plan climat, la France s’est donné comme objectif d’interdire à partir de 2040 la vente des véhicules émet- teurs de gaz à effet de serre. Plusieurs autres pays ont également récemment annoncé leur intention de mettre fin à la vente des voitures thermiques à moyen terme : la Norvège en 2025, les Pays-Bas en 2030, l’Ecosse en 2032 ainsi que le Royaume-Uni2 en 2040. Ces défis ne pourront cependant se réaliser que dans la mesure où le coût des véhicules électriques diminuera suffisamment pour être comparable à celui du véhicule thermique et où les progrès techniques sur les batteries permettront d’offrir une autonomie suffi- sante à l’usager. Ceci suppose également la mise en 2 La Norvège ne compte pas interdire les véhicules thermiques ou hybrides à 2025. Son objectif provient de la multiplicité des avan- tages offerts aux véhicules électriques (absence de taxe à l’impor- tation ainsi que de TVA, péages routiers et en tunnel gratuits, transport gratuit en ferry, possibilité d’utiliser les voies réservées au covoiturage et prix de l’électricité particulièrement bas). place d’un nombre suffisant de bornes de recharge, lentes et rapides, accessibles au public, dans les villes comme dans les campagnes : chacun doit en particulier pouvoir accéder facilement à une borne de recharge à son domicile ou à proximité de son domicile s’il en fait la demande, à l’exemple du Danemark ou des Pays-Bas. Ceci implique également une profonde transformation du secteur de l’automobile qui doit en même temps faire face au développement des véhicules autonomes et de l’automobile partagée. Le nombre de pièces de la chaîne de traction d’un véhicule électrique étant plus faible, dans un rapport de un à sept, que celui de la chaîne de traction d’un véhicule thermique classique, le secteur automobile français devrait ainsi perdre de l’ordre de quelques milliers d’emplois, au sein des con- structeurs eux-mêmes mais aussi de leurs sous-trai- tants. Cette perte d’emplois (et de compétences par- fois très techniques) est importante mais probablement inférieure d’un ordre de grandeur aux évolutions des effectifs de la filière automobile française qui sont sus- ceptibles de résulter des parts de marché que les con- structeurs français peuvent gagner ou perdre à l’horizon 2030. La préservation de la compétitivité de ce secteur doit donc constituer une priorité importante de l’action des pouvoirs publics. Réduire notre consommation de gaz d’origine fossile La parution fin janvier d’un scénario 100 % gaz renou- velables à l’horizon 2050 pose la question du devenir du secteur gazier et de ses entreprises. L’augmentation progressive de la taxation du carbone (les 100 F/t de CO2 qui représentent environ 20 F/MWh sur le prix du gaz devraient probablement être atteints vers le milieu de la prochaine décennie) va conduire à un rééquilibrage concurrentiel entre l’électricité, la biomasse et le gaz (pompes à chaleur et biomasse pour le chauffage, biocar- burants et électricité pour la mobilité...). La réaction natu- relle du secteur gazier est de développer la production de gaz d’origine renouvelable dont le coût malheureusement très élevé – de 5 à 7 fois plus élevé que les coûts actuels d’achat du gaz naturel – ne lui permettra pas de résister, hors rupture technologique, à la concurrence des autres énergies. Tant que ces coûts n’auront pas été abaissés drastiquement, la production de gaz d’origine renouve- lable ne sera donc justifiée dans une optique de neutralité carbone, que si elle s’adresse aux usages que l’on pour- rait qualifier de captifs du gaz dans un monde neutre en REE N°2/2018 Z 111 LIBRES PROPOS carbone : la circulation des poids lourds (à moins qu’une autre technologie ne s’impose), les usages industriels, via l’éthylène qui est à la base de la fabrication de nom- breux matériaux composites et enfin, particulièrement en Allemagne, la production d’électricité lorsque les énergies éoliennes et solaires sont excédentaires. Mais, même sur ces deux derniers créneaux, le gaz d’origine renouvelable sera probablement en concurrence avec le développe- ment des matériaux biosourcés et des techniques de capture et stockage du CO2 . En outre, il est probablement trop tôt pour dire si l’abaissement des coûts de produc- tion de l’hydrogène électrolytique décarboné, permettra à la filière hydrogène de trouver une nouvelle place dans le paysage énergétique (injection dans le réseau de gaz naturel, carburant pour les poids lourds, …) au-delà de son utilisation dans le secteur industriel. Autrement dit, le secteur gazier est confronté à un défi redoutable : sa survie à long terme dans un monde neutre en carbone lui impose d’abaisser dans de très fortes proportions le coût de production du gaz d’origine renouvelable. La reconversion des centrales à charbon à l’aune du développement durable Le devenir du charbon est, pour la France, plus simple : le plan climat a prévu l’arrêt des cinq dernières centrales à charbon présentes en métropole en 2022 et une réduction progressive de la consommation de charbon au bénéfice des énergies renouvelables, dans les territoires d’outre-mer. Le gouver- r r nement a de plus prévu de mettre en œuvre des contrats de transition écologique qui associeront les par- r r ties prenantes (salariés, collectivités territoriales, entreprises, État) dans la recherche d’un objectif commun de reclassement optimal pour les sala- riés. La transformation d’une partie de ces centrales en installations brû- lant de la biomasse doit être étudiée et débattue, aussi bien en métropole que dans les territoires ultramarins : elle ne doit être autorisée que dans la mesure où la gestion de la forêt ou de la biomasse qui fourniront le combustible est effectuée de ma- nière durable, est reconnue comme telle à travers une labellisation et où l’installation correspondante est arrê- tée temporairement lorsque son gisement de biomasse exploité de façon durable est épuisé. La redistribution nécessaire du produit de la taxe carbone Depuis deux ans, nos émissions de gaz à effet de serre sont reparties à la hausse. Nous devons donc déployer plus vigoureusement les leviers à notre dispo- sition. La valeur du carbone devrait ainsi être de plus en plus importante dans les prochaines années. La com- mission présidée par Alain Quinet en 2008 avait envi- sagé une valeur du carbone de 100 F/tC02 à l’horizon 2030. Nous y serons probablement beaucoup plus rapi- dement. Force est en effet de constater que la réduction de nos émissions de gaz à effet de serre s’avère plus difficile que prévu dans les secteurs du transport et du résidentiel tertiaire. Une nouvelle commission Quinet a donc été mise en place par France Stratégie : elle devrait rendre ses conclusions dans le courant de l’année pour la finali- sation de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) et de la Stratégie nationale bas carbone (SNBC). Il est probable qu’elle envisagera d’atteindre cette valeur de 100 F/t dans le courant de la décennie 2020-2030. Cette évolution, absolument nécessaire si l’on veut garder une petite chance de ne pas dépasser les 2 °C d’augmentation de température en fin de siècle, ne sera acceptée par les Français que si elle leur est expliquée de manière pédagogique. C’est pro- bablement l’un des enjeux les plus importants et les plus difficiles de l’avenir à 10 ans de la transition éner- r r gétique. A ce stade, ce n’est pas la date à laquelle nous atteignons cette valeur qui importe le plus, mais les méca- nismes de redistribution qui accom- pagneront son déploiement : un tel dispositif peut en effet conduire à un (très) léger supplément de crois- sance sur le moyen terme à condi- tion de ne pas amputer le pouvoir d’achat et de ne pas désavantager la compétitivité des entreprises fran- çaises. Nous devons donc redistri- buer aux ménages et aux entreprises les dépenses qu’ils auront effec- tuées au nom de la lutte contre le Dominique Auverlot est ingénieur général du corps des ingénieurs des ponts, des eaux et des forêts. Après avoir débuté sa carrière à la DSIN (devenue ASN), puis à la DRIRE Paca, il occupe, de 1996 à 2000, un poste de directeur auprès du directeur général de l’ANDRA. Il rejoint ensuite le ministère des Transports de 2000 à 2006 avant de prendre la responsabilité du département du Développement durable et numérique au Centre d’analyse stratégique (CAS) et de devenir, en 2017, directeur de projet auprès du Commissaire général de France Stratégie. 112 ZREE N°2/2018 LIBRES PROPOS changement climatique. C’est particulièrement le cas des 5,6 millions de ménages en situation de précarité énergétique qui n’ont pas les moyens de supporter cette dépense supplémentaire, sauf si l’argent ainsi prélevé leur est rendu. La traduction dans l’économie d’une valeur de 100 euros la tonne de CO2 recouvre un certain nombre de conséquences que nous devons chercher à anticiper. Au-delà de ses conséquences sociales, la plus impor- tante réside probablement dans la perte de compétiti- vité de l’économie européenne3 par rapport à des pays qui ne la mettraient pas en œuvre : le plus simple serait dès lors de mettre en place une taxe carbone à la fron- tière de l’Union européenne (qui fonctionnerait comme la TVA). Cette mesure a d’ailleurs été évoquée par le Président de la République dans le discours de la Sor- bonne sur le devenir de l’Union européenne. Une étude du secrétariat général de l’OMC avait montré qu’elle pouvait, sous certaines conditions, être compatible avec les règles de l’OMC : sa mise en œuvre devra cependant être étudiée soigneusement puisqu’elle conduira à une augmentation du coût de certains biens intermédiaires, acier notamment, et à une perte du pouvoir d’achat des consommateurs. Le renouveau de la capture et du stockage du carbone ? Autre conséquence : certaines technologies, margi- nales jusqu’à présent, vont devenir rentables. Ainsi pour- rait-il en être de la capture et du stockage du CO2 : cette technologie avait fait l’objet de nombreux projets qui ont été arrêtés dans le prolongement de la crise économique et de l’insuffisance de l’enveloppe budgétaire européenne 3 En supposant que cette valeur de 100 F/tCO2 s’applique à l’en- semble de l’économie européenne. qui aurait dû être abondée par la vente de quotas de CO2 . Ils doivent probablement être relancés dans un proche avenir : n’oublions pas que la caractérisation des para- mètres géologiques d’un tel site demande plusieurs an- nées et que son développement doit s’intégrer dans la logique du territoire correspondant ce qui demande plu- sieurs années d’échanges et de dialogues. Insistons également sur l’importance que nous de- vons accorder aux actions de recherche et développe- ment dans une économie bas carbone : elles sont la condition-même de notre compétitivité future. L’analyse économique et la valeur de la tonne carbone évitée : des repères indispensables Insistons enfin sur la nécessité d’identifier très claire- ment dans le cadre de la Stratégie nationale bas carbone, les principales mesures que nous pouvons déployer pour réduire nos émissions, puis de les soumettre à une réelle évaluation socioéconomique, ne serait-ce que pour en mesurer l’efficacité. L’ancien journaliste scien- tifique de Libération, Sylvestre Huet, souligne sur son blog, que l’effort financier le plus important réalisé par notre pays dans sa lutte contre le changement clima- tique concerne le domaine de la production d’électricité et ne conduit pas à diminuer nos émissions. Il est dès lors compréhensible qu’une reprise de la croissance – aussi légère soit-elle – conduise à une augmentation de nos émissions. L’analyse économique des principales mesures de la SNBC comme de la PPE ainsi que la dé- termination du coût de la valeur de la tonne carbone évitée associée sont une nécessité pour le plus grand bien de la collectivité. Q