Du bon usage des mots

12/05/2018
Auteurs : Alain Brenac
Publication REE REE 2018-2
OAI : oai:www.see.asso.fr:1301:2018-2:22871

Résumé

Du bon usage des mots

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	    <date dateType="Updated">Sun 15 Jul 2018</date>
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106 ZREE N°2/2018 « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire arrivent aisément ». C e précepte, bien connu de nos lecteurs depuis les années de lycée, extrait de l’Art poétique de Nicolas Boileau, est dans sa formulation même un remarquable exemple de ce qu’il entend prescrire aux apprentis auteurs tant la formule est élégante, ramassée et pré- cise. Mais ce qu’on connaît moins peut-être, c’est la sévère recommandation qui suit deux vers plus loin : « Surtout, qu'en vos écrits la langue révérée, Dans vos plus grands excès vous soit toujours sacrée » et un peu plus loin encore, ce jugement sans appel : « Sans la langue, en un mot, l’auteur le plus divin Est toujours, quoi qu’il fasse, un méchant écrivain ». On ne peut être plus clair et nous voilà prévenus ! En outre, inutile de se prévaloir d’une prétendue exception réservée aux experts ou spécialistes de tout acabit, la règle vaut pour tous les écrits qu’ils soient littéraires, philosophiques, économiques, mé- dicaux, ou pour ce qui nous concerne ici, scientifiques et techniques. Or force est de constater qu’un relâche- ment coupable sévit de plus en plus dans la « littérature » dite scientifique et c’est bien de cela que cette chronique souhaite brièvement vous entretenir. Tout d’abord, les mots n’arrivent pas toujours aussi « aisément » que l’affirme le poète, votre chroniqueur peut en témoigner en ce moment-même ; comme les belles d’antan, les mots se font souvent attendre avant de se livrer… Or l’auteur scientifique, pressé par la concurrence et plus préoccupé par son « indice h (H index) » que par la pureté de son style, ne prend pas souvent le temps de se relire pour s’assurer d’avoir utilisé le mot juste et, tel un nouveau Flaubert, d’avoir ciselé sa phrase pour la rendre sinon plus belle au moins plus com- préhensible. Certes les auteurs scientifiques sont par définition habitués à manier des concepts précis et des grandeurs mesurables. Mais la précipitation peut les incliner à ne pas user du mot juste au risque de conduire à un faux-sens, voire à un contre-sens, pré- judiciable à la compréhension du lecteur. Pour avoir fait office, avec d’autres, de relecteur à bien des auteurs de notre revue, pourtant triés sur le volet, j’aimerais pointer quelques-uns des écueils le plus souvent rencontrés dans les textes que nous recevons : s ,INTERNATIONALISATION DU LANGAGE SCIENTIlQUE ET technique : ,ALANGUEFRAN¥AISE CETTEVIEILLEDAMEQUENOUS chérissons tant, chaperonnée depuis près de quatre SIÒCLES PAR UNE !CADÏMIE FRAN¥AISE SOURCILLEUSE chargée de veiller au bon usage d’un vocabulaire qu’elle met à jour à raison d’une nouvelle édition de son dictionnaire tous les 50 ans environ, a bien du mal à suivre l’évolution galopante des nouveaux mots qui rendent compte des développements SCIENTIlQUES ET TECHNOLOGIQUES ,E TEMPS QUE LES nombreuses commissions de terminologie spé- cialisées se rassemblent et débattent doctement du meilleur « terme équivalent » à proposer pour remplacer un terme étranger — en général anglais – apparu subrepticement dans la littérature et le lan- gage des spécialistes, ce dernier a fait florès et son usage s’est imposé dans la communauté sans coup férir. Inutile de préciser que la recommandation officielle qui est publiée au mieux 18 mois plus tard au Journal officiel, censée être appli- quée par tous les agents de la fonction publique, reste le plus souvent lettre morte1 . ,A SITUATION EST DAUTRE part compliquée par la flo- raison et l’usage intensif d’acronymes en tout genre, construits à partir de MOTS ANGLAIS DONT LEURS HOMOLOGUES FRAN¥AIS NE SIGNIlENTRIENPOURPERSONNE,ESEXEMPLESSONTLÏ- GIONPOURUNACRONYMEFRAN¥AIS 34%0PAREXEMPLE (mais à consonnance anglaise !), combien de FPGA, DE4#8/ DE,07!. DE-- D57"OU7#x Comprendrait-on ces acronymes « traduits » en fran- ¥AIS,ESNOBISME SOUVENTINCONSCIENT FAITLERESTE car dans de nombreux cas on pourrait rester com- PRÏHENSIBLEMÐMEAVECDESMOTSFRAN¥AISCERTAINS états quantiques ne gagnent rien à être « squeezés » lorsqu’ils sont simplement comprimés, les réseaux 1 Ainsi du « filoutage » proposé par votre serviteur et adopté par la commission « communications électroniques » pour remplacer l’expression américaine « phishing ». Las ! Ni « filoutage » ni l’astu- cieux « hameçonnage » québécois qui évoquait l’idée de pêche (au gogo) implicite dans le terme de phishing, n’ont prévalu dans le monde francophone, cet anglicisme étant maintenant utilisé sans vergogne par les banques, les commerces et même les administrations. CHRONIQUE Du bon usage des mots Nicolas Boileau (1636-1711) - Source Wikipedia.